
Depuis plusieurs mois, les Anglais et les Américains réfléchissaient à une possibilité de débarquement de leurs troupes sur la côte ouest de la France, dans le but d'ouvrir un second front en Europe.
Mais le débarquement d'août 1942 - l'opération " Jubilee " - n'avait pas lui-même pour but d'ouvrir ce second front, comme le prouve le nombre relativement faible d'hommes engagés. En réalité, il s'agissait bien plus pour les Anglo-américains de tester la faisabilité d'une telle opération, aussi bien que le nouveau matériel militaire américain.
Alors, tant qu'à faire des tests en grandeur nature qui pouvaient aussi bien se transformer en boucherie, on préféra, à Washington, que la chair à canon utilisée ne fût point américaine. Ce furent donc 5 000 soldats canadiens qui furent envoyés se faire massacrer à Dieppe, accompagnés de quelque 1 000 Anglais et d'une cinquantaine d'Américains.
Selon les historiens militaires, l'opération fut mal préparée et marquée de dilettantisme : l'état-major avait très largement sous-estimé les forces allemandes en présence ; les chalands de débarquement étaient incapables de tenir leur cap et débarquèrent loin du point prévu initialement ; il n'avait même pas été envisagé que les assaillants avaient le soleil dans les yeux, et offraient de ce fait une cible quasi-impuissante aux mitrailleuses allemandes. Lorsque les premiers chalands furent détruits, les systèmes radio, défaillants, ne permirent pas de communiquer des ordres au reste des troupes. Comme l'ont raconté par la suite des survivants : " Des embarcations en feu, la plage jonchée de cadavres, laissaient entrevoir l'imminence d'un désastre. (...) Le commandement pensait la situation à terre maîtrisée ; en fait, la fumée masquant le rivage, les transmissions défaillantes entraînèrent une interprétation erronée. Les Québécois allaient être entraînés sur la plage en plein chaos. "

Mais ce débarquement servit aussi de leçon aux Américains pour mettre au point leur stratégie de 1944, simple et elle aussi bien cynique : " Faire débarquer plus d'hommes que l'ennemi ne peut en tuer. "
La vie des soldats n'avait pas plus de prix dans un camp que dans l'autre.
Pierre VANDRILLE (LO n°1777)
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