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samedi 8 novembre 2014

:: 1917, la révolution russe

L’année 1917, l’année trouble, disait Poincaré ; entendez par là l’année où la bourgeoisie vit se dresser devant elle, pour la première fois depuis le début du conflit, le spectre de la révolution.
 
Depuis près de trois ans, la guerre piétinait. Vingt-huit pays belligérants, ayant mobilisé 74 millions d’hommes, s’affrontaient de la Flandre à la Suisse, du golfe de Finlande à la Mer Noire, dans les Balkans et en Asie Mineure.


Les patriotes professionnels avaient chanté la guerre fraîche et joyeuse. Mais dans la boue des tranchées, les soldats qui avaient pu y croire perdirent vite leurs illusions. Le conflit semblait ne devoir jamais se terminer ; des milliers, des millions d’hommes tombaient dans des offensives meurtrières, pour quelques mètres carrés de fange et de barbelés.


Alors, peu à peu, pénétra dans la conscience des soldats la conviction profonde qu’eux seuls pourraient mettre fin à la tuerie.


En mars 1917, pour la première fois, des mutineries éclataient dans la flotte allemande. Elles furent réprimées.


Mais en Russie, le 4 mars (23 février suivant le calendrier Julien en vigueur dans l’Empire des tzars), à l’occasion de la « journée internationale des femmes », la grève générale éclatait à Pétrograd. La plus grande partie de la garnison passait du côté des insurgés et, en cinq jours, l’autocratie s’écroulait.


Certes, le gouvernement provisoire qui se formait alors ne représentait en aucune manière les intérêts des travailleurs. Serviteur fidèle, bien que gêné par les événements, de la bourgeoisie et des propriétaires fonciers, il entendait ne rien changer à l’ordre social existant, et maintenir le pays dans la guerre.


Mais les masses s’étaient organisées. Elles avaient formé leurs soviets. La révolution ne faisait que commencer.


Les insurgés furent moins heureux en France. En mai, après l’échec de la meurtrière offensive Nivelle sur le Chemin des Dames, la révolte éclatait. Les éléments de 54 divisions se soulevèrent, désertèrent, refusèrent tout service, arborèrent les drapeaux rouges, réclamèrent la paix, menacèrent de marcher sur la capitale. Il n’existait plus que deux divisions sûres entre Soissons et Paris.


La révolte fut brisée, la répression, dirigée par Pétain, sanglante. Et pendant des mois, alors que la révolution continuait à se développer en Russie, plus aucun soulèvement ne se produisit dans les armées en guerre.


Mais le printemps de 1917 avait au moins montré à la bourgeoisie sur quelle poudrière elle était assise.


Il avait aussi montré qu’il ne suffisait pas d’une mutinerie pour en finir avec la guerre, qu’il fallait une véritable révolution, brisant le pouvoir des classes dominantes. Or, s’il suffit de mutins pour faire une mutinerie, il faut des révolutionnaires pour faire une révolution, et il faut même un parti révolutionnaire.


Mais en Russie, il y avait un parti révolutionnaire ; il y avait ce parti bolchévik qui, depuis trois ans, prêchait la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile.


Le parti n’en connut pas moins une période de flottement, au lendemain de Février, lorsque certains dirigeants, dont Staline, prétendirent l’amener à une politique de soutien du gouvernement provisoire.


Mais dès le retour d’émigration de Lénine, en avril, il fit sien le mot d’ordre : « Tout le pouvoir aux soviets », considérant ceux-ci comme l’embryon du futur État prolétarien.


En fait, bien peu de choses pouvaient empêcher les masses de prendre leur propre sort en mains, si ce n’est leurs préjugés, et les illusions qu’elles nourrissaient sur les autres partis se réclamant du socialisme : les menchéviks et les socialistes-révolutionnaires.


Au début, c’étaient ces derniers qui détenaient la majorité dans les soviets, et les bolchéviks n’en constituaient qu’une faible minorité. Mais dans les mois qui suivirent, les masses purent faire l’expérience de ce que valaient les promesses des menchéviks et des S-R.


Les travailleurs réclamaient du pain, mais le gouvernement provisoire, soutenu par ces partis, se montrait incapable de conjurer la catastrophe imminente, parce qu’il se refusait à prendre des mesures radicales contre les spéculations de la bourgeoisie.


Les paysans voulaient la terre, mais on leur demandait d’attendre l’Assemblée Constituante et, quand ils voulaient s’emparer eux-mêmes des terres qu’ils cultivaient, on leur envoyait les gendarmes.


Les soldats réclamaient la paix, et le gouvernement du socialiste Kérensky se lançait dans la folle aventure de l’offensive de Juin.


Aussi, malgré la répression qui s’abattit sur les bolchéviks après les Journées de Juillet, leur influence ne cessa-t-elle de croître. Fin août, ils étaient majoritaires dans les soviets de Pétrograd et de Moscou et, les uns après les autres, ceux des villes industrielles allaient tomber entre leurs mains.


L’heure de la révolution prolétarienne avait sonné.


Rien ne ressembla moins à un putsch, au coup de main d’une minorité agissante, que l’insurrection d’Octobre. Ce fut l’insurrection des masses, en ce sens que, même si, sur le plan militaire, elle ne fut exécutée que par une minorité, l’immense majorité des travailleurs et des soldats en avait compris la nécessité.


Et pour eux, ce fut, pourrait-on dire, une insurrection légale. Du moins du point de vue de la légalité soviétique, la seule qui comptait désormais.


En effet, si la date du 25 octobre 1917 restera à jamais liée au souvenir de la première révolution prolétarienne victorieuse, et cela en dépit du changement de calendrier, le processus insurrectionnel s’amorça en réalité plus de 15 jours auparavant.


Le divorce entre le soviet de Pétrograd et le gouvernement provisoire fut effectivement consommé le 7 octobre, lorsque le soviet, qui s’opposait à l’éloignement de la garnison, créa son Comité Militaire Révolutionnaire, et nomma ses commissaires auprès de toutes les unités, isolant ainsi complètement Kérensky et l’État major.


Aucun ordre désormais ne fut plus exécuté sans l’accord des autorités soviétiques. Le soviet se trouvait être le pouvoir de fait. II n’y avait pas un grand pas à franchir pour balayer le gouvernement fantoche. Sous couvert de la préparation de la défense du deuxième congrés des soviets, qui devait tenir ses assises fin octobre, s’organisait l’insurrection.


Celle-ci fut déclenchée dans la nuit du 24 au 25 octobre. Au matin, les bolchéviks étaient maîtres de la plupart des bâtiments publics. Mais ce n’est que dans la nuit suivante que le Palais d’Hiver, siège et dernier bastion du gouvernement provisoire, tomba à son tour.


A la même heure était réuni le Congrès des soviets des députés ouvriers et soldats de toute la Russie. Ce n’étaient pas des députés bien habillés, fleurant le parfum à la mode et arborant de luxueuses serviettes de maroquin.


C’étaient des ouvriers du rang, des soldats en grossier uniforme, des paysans barbus. Et c’est sans doute pour cela qu’ils firent ce qu’aucun gouvernement n’avait encore jamais fait dans l’Histoire : qu’ils traduisirent immédiatement en acte le programme du parti majoritaire, les promesses faites aux masses.


Le premier décret adopté concernait la Paix. Le congrès des soviets proposait à tous les belligérants d’entamer immédiatement des négociations pour la conclusion d’une paix sans annexion ni indemnité, et, en premier lieu, afin d’arrêter, dès l’ouverture des pourparlers, les massacres sans nom de la guerre, une trêve de trois mois.


Mais la révolution ne s’adressait pas qu’aux gouvernements : elle s’adressait aux peuples, aux travailleurs et plus particulièrement, disait-elle, « aux ouvriers conscients des trois nations les plus avancées de l’humanité et des États les plus importants engagés dans la guerre, l’Angleterre, la France et l’Allemagne », et elle les appelait « à mener jusqu’au bout la lutte pour la paix, et en même temps, la lutte pour l’affranchissement des masses laborieuses et exploitées de tout esclavage et de toute exploitation ».


Et quand le Congrès, après avoir adopté cet appel, se leva, quand tous les délégués, debout, entonnèrent l’Internationale, ce ne fut pas seulement l’hymne des travailleurs qui retentit, ce fut vraiment, par-dessus les tranchées, par-dessus les villages incendiés, par-dessus les vastes champs où des millions d’hommes assassinés dormaient de leur dernier sommeil, par-dessus l’Europe en flammes, l’appel à la révolution qui jaillit. « Debout les damnés de la terre », jamais peut-être les vieilles paroles de l’Internationale n’avaient été aussi chargées de sens.

La politique des bolcheviks au pouvoir


Puis, le calme revenu, le Congrès passa au décret sur la terre. Il abolissait « immédiatement et sans aucune indemnité la propriété des propriétaires fonciers », et en faisait la propriété du peuple tout entier. Toute la terre devenait bien nationale. Et la jouissance en était accordée à tous les citoyens qui désirent exploiter la terre par leur travail, « tant qu’ils sont capables de l’exploiter », le travail salarié étant interdit. Ce n’était pas là, bien sûr, une mesure « socialiste ». Ce n’était même pas le programme agraire du Parti bolchévik. Mais c’était ce que voulaient les paysans. Et, disait Lénine, « l’essentiel, c’est que les paysans résolvent eux-mêmes toutes les questions, qu’ils édifient eux-mêmes leur vie. »


Car ce que voulaient les bolchéviks, ce n’était pas construire une société socialiste dans le cadre de la seule Russie. Mieux que quiconque, ils savaient que cela n’avait aucun sens.

Ce qu’ils voulaient, c’était attacher les couches les plus larges du peuple au sort de la révolution socialiste.


Le prolétariat russe ne représentait qu’une faible minorité de la nation, et en son sein les éléments conscients, sachant ce que représentaient exactement la révolution et le socialisme, constituaient une bien plus faible minorité encore.


Mais toute la classe ouvrière savait que seuls, le pouvoir des soviets, les bolchéviks, pouvaient être capables d’assurer le pain et la liberté.


Mais une grande partie de la paysannerie avait pris conscience que seul le pouvoir des soviets pouvait en finir avec les tergiversations, et donner enfin aux paysans la libre jouissance de la terre qu’ils cultivaient.

Mais la majorité des soldats, et des travailleurs qui portaient le poids de la guerre, avait compris que seule la révolution pourrait mettre fin à la guerre.


C’est pour cela qu’ils avaient soutenu la révolution d’octobre.


Et le problème qui se posait aux bolchéviks au pouvoir, ce n’était pas de construire une économie « socialiste », c’était de resserrer toujours davantage l’union des masses travailleuses autour de leur pouvoir.


Le 25 octobre, la Russie était devenue le premier bastion de la révolution socialiste mondiale. Le problème, maintenant, c’était de tenir, en attendant que la révolution embrase à leur tour d’autres pays.


Sous la plume des dirigeants bolchéviks devenus commissaires du peuple, les décrets remplaçaient les textes de propagande. Ils n’auraient d’ailleurs souvent pas eu d’autre valeur immédiate, si les masses ne s’étaient chargées de les appliquer elles-mêmes, car dans les premières semaines de la révolution, le nouveau gouvernement ne possédait aucun appareil central capable de mettre ses textes en pratique.


Mais ce qui faisait la force du nouveau pouvoir, c’était de répondre aux aspirations de millions d’hommes, c’était d’être le pouvoir de millions d’hommes. Car le pouvoir des soviets, ce n’était pas seulement le pouvoir du congrès pan-russe, c’était aussi le pouvoir du soviet de la plus petite ville, du village le plus reculé.


Le parti bolchévik ne comptait certes, en octobre 1917, que quelques dizaines de milliers de membres. Mais en mobilisant la grande masse de tous les exploités, de tous les opprimés de Russie pour la défense du seul pouvoir capable du satisfaire leurs revendications immédiates, il faisait de chacun d’eux un soldat de la révolution socialiste mondiale.


Et quand les bolchéviks parlaient de révolution socialiste mondiale, il ne s’agissait pas d’un rite, ou d’une formule de politesse révolutionnaire. Il s’agissait des fondements mêmes de leur politique.


« Si l’on envisage les choses à l’échelle mondiale, écrivait Lénine en 1918, il est absolument certain que la victoire finale de notre révolution, si elle devait rester isolée, serait sans espoir... » « Nous ne remporterons la victoire finale que lorsque nous aurons réussi à briser, et pour toujours, l’impérialisme international. Mais nous n’arriverons à la victoire qu’avec tous les ouvriers des autres pays, du monde entier. »


Et les bolchéviks ne se contentaient pas d’attendre passivement que la révolution socialiste triomphe dans d’autres pays. Ils se servaient du pouvoir comme de la plus formidable tribune, et dans chacun de leurs actes, on trouve cette préoccupation de savoir quelle répercussion cela pourra avoir sur le développement de la révolution européenne.


Nous les avons vus déjà, lors du vote du décret sur la paix, s’adresser, par-dessus la tète des gouvernants, aux peuples et en premier lieu, aux travailleurs.


C’est le même souci qui anime toutes les tendances du parti lors de la discussion sur la paix de Brest-Litovsk, au début 1918. Si la tendance Boukharine voulait la guerre révolutionnaire, c’était parce qu’elle considérait que l’État ouvrier ne pouvait pas, sans se déconsidérer aux yeux des prolétaires du monde entier, signer une telle paix avec l’impérialisme allemand. Si Trotsky, qui savait l’armée russe hors d’état de mener cette guerre révolutionnaire, était partisan de la formule « ni paix, ni guerre », c’est parce qu’il voulait faire la preuve, devant le prolétariat européen, qu’il n’y avait pas de collusion des bolchéviks avec l’impérialisme allemand. Si Lénine préconisait, en dépit de leur caractère humiliant, d’accepter les conditions de paix des empires centraux, c’est parce qu’il pensait que la révolution en Europe n’était pas encore mûre, et qu’il fallait se préparer à tenir encore des mois en restant isolé.


La construction d’une nouvelle Internationale, destinée à coordonner et à diriger la lutte du prolétariat dans tous les pays du monde, était d’ailleurs au premier rang des préoccupations du parti bolchévik.


Dès 1914, Lénine écrivait : « La Deuxième Internationale a cessé de vivre, une autre Internationale la remplacera. » Et c’est dans cette optique de reconstruire l’Internationale que les bolchéviks avaient participé aux conférences de Zimmervald, en 1915, et de Kienthal, en 1916, qui réunirent des internationalistes appartenant à différents partis socialistes européens.


Les bolchéviks au pouvoir disposaient de moyens accrus pour mener cette tâche à bien. Outre le prestige considérable que leur conférait leur victoire, ils bénéficiaient des énormes moyens matériels qui sont ceux d’un État.


Malheureusement il n’existait pas encore de direction révolutionnaire internationale, ni même, à l’intérieur de chaque pays européen, un parti révolutionnaire capable de jouer le rôle qui avait été celui du parti bolchévik en Russie, quand la vague de soulèvements prolétariens que les révolutionnaires appelaient de leurs voeux déferla sur l’Europe.


Et l’absence d’une telle direction allait se faire cruellement sentir.

[...]

samedi 22 juin 2013

:: Le prolétariat est-il encore capable de remplir son rôle historique ?

Extrait de l'exposé du 1er octobre 1967

La crise de la direction révolutionnaire, qui éclata au grand jour en 1914, se pose aujourd’hui d’une manière plus aiguë que jamais.
De l’incapacité où se sont trouvés placés les militants révolutionnaires de résoudre cette crise depuis un demi-siècle, certains se sont empressés de déduire que cet échec ne faisait que traduire en termes organisationnels la disparition de la conscience de classe du prolétariat, qui rendrait désormais impossible toute révolution socialiste.
Il est certain que dans les pays capitalistes avancés, l’impérialisme a corrompu, en lui abandonnant les miettes des surprofits réalisés dans l’exploitation des pays dits sous-développés, toute une aristocratie ouvrière, et l’on peut se demander dans quelle mesure ce n’est pas toute la classe ouvrière qui a été ainsi corrompue...
Du fait que dans un pays comme la France nombre de travailleurs possèdent la télévision, un réfrigérateur et une voiture, nombre d’éminents sociologues ont déduit que la classe ouvrière, au sens que cette expression pouvait avoir il y a 50 ans, n’existait plus.
Mais c’est oublier que si aucun nouvel état ouvrier est né depuis 1917, les luttes ouvrières n’ont nullement été absentes de la scène de l’histoire.
Faut-il rappeler, entre bien autre chose, la grève anglaise de mai 1926, la riposte de la classe ouvrière française à la manifestation fasciste du 6 février 1934, la lutte héroïque, en octobre de la même année des travailleurs des Asturies, le mouvement de juin 1936 en France, la résistance, le combat acharné et désespéré mené par le prolétariat espagnol de 1936 à 1939, malgré la trahison de ses directions. Et plus près de nous, les vagues de grèves qui marquèrent les années 47-48, 1953, 1955 en France, sans oublier l’insurrection de 1956 du prolétariat hongrois, qui 40 ans après Octobre retrouvait spontanément la forme d’organisation des conseils ouvriers.
Bien sûr, on pourra toujours dire que ces luttes ouvrières marquaient la fin d’une époque, étaient des combats d’arrière-garde, et que la conscience de classe du prolétariat a disparu.
C’est un fait que la conscience de classe, au sens de conscience socialiste, celle qui s’incarnait dans le parti ouvrier a disparu depuis plusieurs décennies, et on peut effectivement se demander si cela n’est pas lié à une évolution interne de la classe ouvrière elle-même.
Mais il faut tout d’abord noter que si le réformisme social-démocrate, apparu à l’apogée du capitalisme, fut un réformisme avoué, ce qui lui permettait l’existence d’une base sociale propre, l’aristocratie ouvrière corrompue par l’impérialisme, le mouvement stalinien, n’a jamais pu se permettre de renoncer complètement, devant les travailleurs, à une certaine phraséologie révolutionnaire.
Cela prouve que les bases sociales du réformisme, loin de se développer au fur et à mesure que le temps passe, se rétrécissent au contraire. Et ce ne sont pas les actuelles difficultés du gouvernement Wilson qui prouveront le contraire.
Et ce qui est plus significatif encore que le catalogue des luttes ouvrières depuis un demi-siècle, bien que moins spectaculaire, c’est, dans un pays comme la France, la tactique employée par les staliniens dans les mouvements revendicatifs, la manière dont ils s’imposent au mouvement ouvrier.
La volonté manifeste de la direction stalinienne de morceler les luttes revendicatives au maximum, de trouver des formes d’action, telles que les grèves tournantes, qui la mette autant que faire se peut à l’abri de toute possibilité de débordement, prouve qu’elle est sans cesse obligée de se méfier des réactions de la classe ouvrière, et de sa propre base.
C’est que spontanément, même privée de direction révolutionnaire, la classe ouvrière est capable de poser dans les faits la question du pouvoir, même si elle ne peut la résoudre. C’est ce qu’elle a fait en juin 1936, et la politique de l’appareil stalinien prouve clairement que pour lui, c’est un danger qui existe toujours.
Et les méthodes de gangstérisme employées pour maintenir sa domination sur le mouvement ouvrier, la lutte physique menée contre toute manifestation des idées révolutionnaires, montre également que la direction stalinienne est bien plus convaincue que certains soi-disant révolutionnaires, de l’écho que ces idées pourraient rencontrer dans la classe ouvrière.
Certes, le poids à soulever pour vaincre le stalinisme est lourd, mais il n’est si lourd que parce qu’il est destiné à neutraliser la pression révolutionnaire potentielle de la classe ouvrière.

Existe t-il d’autres voies vers le socialisme ?

Certains affirment cependant que la révolution prolétarienne n’est plus, à cause des changements intervenus dans le monde depuis 50 ans, et de l’existence de l’URSS, le seul chemin menant au socialisme.
C’est ainsi que les staliniens justifient la théorie de la coexistence pacifique, et celle des voies pacifiques vers le socialisme.
La force du « camp socialiste » est aujourd’hui telle, expliquent-ils, que d’une part la guerre est désormais évitable, parce que l’impérialisme ne peut pas prendre le risque de sa propre destruction, et que d’autre part, après avoir été rattrapé et dépassé sur le plan économique, il capitulera sans aucun doute sans combat devant les « forces progressistes ».
Discuter la possibilité d’une coexistence pacifique illimitée entre l’URSS et l’impérialisme, n’est pas exactement, ici, notre propos, et il nous paraît vain d’opposer des arguments à des illusions capables de résister aux centaines de bombes que l’aviation américaine déverse chaque jour sur le Vietnam. Mais est-il possible que la bourgeoisie puisse un jour abandonner le pouvoir sans combattre ?
Une telle hypothèse ne serait pas impossible si la révolution socialiste avait déjà triomphé dans la plupart des pays industrialisés. Mais tant que l’impérialisme n’a pas été vaincu là où est sa force, dans les grandes métropoles de l’Europe occidentale et en Amérique du Nord, il est fou de rêver qu’il puisse quitter sans luttes la scène de l’histoire.
Et quand bien même cela serait possible, sans être certain, baser toute sa politique sur cette possibilité, confier le sort du prolétariat et du socialisme au hasard, serait une trahison. S’il y avait 99 chances sur 100 pour que la bourgeoisie accepte philosophiquement son sort, il faudrait tout de même armer physiquement, et surtout moralement le prolétariat pour la 100ème éventualité.
Mais il y a aussi des militants qui ne croient pas à la coexistence pacifique, ni aux possibilités de passage pacifique au socialisme, et qui s’appuient néanmoins sur les transformations que le monde a connues depuis 50 ans pour renoncer, plus ou moins explicitement, à la construction de partis ouvriers révolutionnaires de type bolchévik.
Et malheureusement, il y a parmi eux, nombre de militants se réclamant du trotskysme, et pas seulement les pablistes avoués.
Un tel renoncement découlait naturellement de l’analyse que ces camarades faisaient, et font encore, des démocraties populaires, et de certaines révolutions coloniales.
Pourquoi on effet s’obstiner à essayer de construire un parti ouvrier révolutionnaire, si un parti stalinien peut, ne serait-ce que dans certaines conditions, remplir, même d’une façon déformée, le même rôle ?
Pourquoi le faire dans les pays sous-développés si une direction nationaliste petite-bourgeoise peut, sous la contrainte des événements, créer un État ouvrier, même déformé ?
Il faudrait, pour s’obstiner dans la tâche difficile de construction du parti révolutionnaire, si l’on fait siennes de telles idées, être un maniaque de la perfection qui ne tolère pas la moindre petite « déformation » à un État ouvrier, ou être inconséquent.
Tout porte à croire que ces camarades sont plutôt inconséquents ! D’une analyse qui leur est fondamentalement commune, les uns ont déduit la nécessité d’un entrisme sui generis au sein du mouvement stalinien, ou lorsqu’il n’existait pas du mouvement social-démocrate, les autres ont crié à la trahison devant une telle perspective, mais n’ont pas hésité à s’accrocher aux basques de certaines organisations nationalistes petite-bourgeoises.
De quatorze ans d’échec dans la tâche de construction de partis ouvriers révolutionnaires, le pablisme tirait la conclusion qu’il fallait trouver de nouvelles voies. Mais on attend impatiemment de voir les fruits de quatorze ans d’entrisme « sui generis ».
Quant à la politique de la section française du Comité International, vis-à-vis du MNA de Messali Hadj, il n’y a pas eu besoin d’attendre si longtemps pour la voir jugée par les faits.
Il ne faut pas se faire d’illusions. Nul part l’histoire ne dispensera les révolutionnaires de la première de leurs tâches, construire une direction révolutionnaire, ce qui signifie à la fois reconstruire une Internationale révolutionnaire, et construire dans chaque pays un parti révolutionnaire.

Conclusion

Camarades, il y a 50 ans, la révolution socialiste mondiale remportait sa première victoire. Mais malgré des luttes grandioses et héroïques du prolétariat dans le demi-siècle qui suivit, luttes vouées à l’échec par suite de l’absence d’une véritable direction révolutionnaire, cette première victoire resta isolée.
Pourtant, l’évolution du monde impérialiste montre que le socialisme est, plus que jamais, la seule voie de salut pour l’humanité.
50 ans, c’est à la fois beaucoup et peu. C’est beaucoup dans la vie d’un homme, mais c’est bien peu au regard de l’histoire.
Brisés physiquement ou moralement par le stalinisme, les révolutionnaires qui se sont attelés au cours de ces 50 ans à la construction d’une direction révolutionnaire, dans l’Internationale Communiste d’abord, dans la Quatrième Internationale ensuite, n’ont pas pu mener leur tâche à bien.
Mais ils ont pu au moins transmettre l’acquis théorique du bolchévisme et du trotskysme.
Le stalinisme qui a représenté, pendant des années, le principal obstacle au travail des révolutionnaires est loin d’être mort. Mais il est incontestablement entré dans son déclin.
Notre génération se trouve placée dans des conditions infiniment plus favorables que ses devancières pour mener sa tâche à bien.
C’est à elle qu’il appartiendra de construire enfin l’Internationale nécessaire au triomphe de la révolution socialiste mondiale, si elle sait s’inspirer non seulement des idées, mais encore de l’exemple d’abnégation, de dévouement à la cause ouvrière, d’héroïsme dans les petites tâches quotidiennes comme dans les combats de la guerre civile, dans les jours sombres de la clandestinité, comme dans les jours brûlants de la révolution, que surent donner les militants du parti qui, il y a 50 ans, menait les travailleurs russes à la victoire.
Et en ce cinquantième anniversaire de la naissance du premier État ouvrier, crier « Vive la révolution socialiste d’Octobre » n’aurait aucun sens si nous n’ajoutions pas :
« Vive la lutte pour la reconstruction de la Quatrième Internationale ! »
« Vive la lutte pour la révolution mondiale ! »

jeudi 26 janvier 2012

:: "La condition qui manque actuellement du point de vue historique"

S’il est invisible pour ceux qui sont aveuglés par leurs préjugés de classe, le prolétariat est donc bien une classe sociale toujours plus indispensable au fonctionnement de la société, toujours plus nombreuse, toujours plus implantée à l’échelle mondiale. Mais qui, depuis bien des années, manque cruellement de partis politiques capables de l’unifier, de lui redonner une conscience, de mener à nouveau le travail élémentaire qu’ont mené les militants du 19e siècle.
Depuis Marx, les révolutionnaires savent que trois conditions sont nécessaires pour qu’une révolution puisse accoucher d’une société nouvelle : le développement des forces productives ; le poids du prolétariat dans la société ; et ce que Marx appelait « les conditions subjectives », c’est-à-dire l’état de conscience du prolétariat. Juste avant la Seconde Guerre mondiale, Trotsky écrivait déjà : « (Le prolétariat) doit comprendre la position qu’il occupe dans la société et posséder ses propres organisations visant le renversement de l’ordre capitaliste. C’est la condition qui manque actuellement du point de vue historique. » Cette remarque, déjà profondément juste en 1938, l’est encore plus aujourd’hui. Car si les forces productives ont continué de se développer, même poussivement, car si le poids du prolétariat n’a cessé d’augmenter dans la société capitaliste – parallèlement la conscience du prolétariat n’a pas avancé mais profondément reculé, pour toutes les raisons que nous avons expliquées. Et conséquemment à ce recul, ce sont les idées les plus réactionnaires, les pires préjugés, qui ont progressé dans la classe ouvrière – corporatisme, chauvinisme, ici racisme, ailleurs ethnisme ou intégrisme religieux.
Mais l’histoire de la classe ouvrière, de ses défaites et de ses victoires, nous a appris que les choses peuvent changer très vite. Elle nous a montré quels trésors de dévouement, d’imagination, de combativité et de solidarité peuvent apparaître dans la classe ouvrière lorsqu’elle renaît à la conscience. Les prolétaires russes d’avant 1917 étaient patriotes, souvent illettrés, fréquemment antisémites. Et cela ne les a pas empêchés de se transformer en quelques mois en la classe ouvrière la plus révolutionnaire du monde.
On ne peut que constater le recul de la conscience ouvrière. Face à cette situation, la pire des choses à faire, serait d’abandonner nos idées sous prétexte que les travailleurs ne les reprennent pas. Il faut affirmer que s’ils ne les reprennent pas, la faute en incombe en premier lieu aux générations d’intellectuels qui ont dévoyé les idées communistes et ont ainsi désarmé le prolétariat. Et les trahisons de ces intellectuels, ce sont les travailleurs qui les payent, par la perpétuation d’un système qui les opprime et les écrase ! Alors, c’est tout de même la moindre des choses que le petit courant que nous représentons tente de garder vivantes ces idées et d’essayer de les transmettre, intactes, à ceux qui seront prêts demain à reprendre le combat.
Ce qui peut transformer des milliards d’individus isolés en une classe sociale agissante, c’est la conscience. Et la conscience, cela passe à travers des partis. Aujourd’hui comme hier, c’est l’existence de partis révolutionnaires communistes qui cimentera le prolétariat et en fera une véritable classe sociale, ayant une compréhension commune des événements, une politique commune, des actions communes. Qui lui feront reprendre conscience qu’elle ne devra pas seulement lutter, mais bien renverser l’ordre existant et se constituer en classe dirigeante. Nous sommes toujours partisans de la dictature du prolétariat, et fièrement, parce que la dictature de trois milliards d’individus sera infiniment plus démocratique que la dictature actuelle d’une infime poignée d’actionnaires.
Voilà pourquoi il faut continuer de militer pour ces idées, continuer de tenter de les développer malgré les vents contraires et malgré le fait que les délais soient bien plus longs que ce que les fondateurs du communisme espéraient. Il faut continuer de gagner des travailleurs à la révolution, à la conscience communiste. Les travailleurs vivent aujourd’hui non seulement dans la crainte du chômage et de la pauvreté, mais doivent en plus subir la propagande à sens unique des porte-parole de la bourgeoisie, qui tentent chaque jour de les convaincre qu’ils ne sont rien, qu’ils ne servent à rien, qu’ils coûtent trop cher, qu’ils sont des poids morts ! Eh bien notre combat, c’est aussi de restaurer la fierté d’appartenir à la classe ouvrière : car oui, nous avons toutes les raisons d’être fiers d’appartenir – par origine sociale ou par adoption – à une classe qui n’exploite personne, qui fait tourner toute la société par son travail, qui a toujours lutté contre l’exploitation – qui est, en un mot, le moteur et l’avenir de l’humanité !
Alors oui, le monde a changé depuis Marx – et la classe ouvrière a changé. En mieux, par certains aspects : la classe ouvrière des pays riches est aujourd’hui bien plus cultivée, c’est-à-dire bien plus apte à acquérir des idées qu’elle l’était au 19e siècle. Et celle des pays pauvres, est plus nombreuse, plus concentrée, plus en contact avec le progrès technique, qu’elle l’a jamais été. Et ce qui n’a certainement pas changé, c’est que le prolétariat est plus que jamais au cœur de la production et de l’exploitation, et par là-même il reste la seule classe capable de changer le monde – et ça, tant que le capitalisme existera, cela ne disparaîtra jamais !
Oui, le monde bouge, des usines ferment ici et s’ouvrent ailleurs, certaines productions apparaissent et d’autres disparaissent, les centres de gravité de la production se déplacent. Et alors ? Lorsque la production des calèches a presque disparu pour faire place à celle des automobiles, les militants révolutionnaires n’ont pas pleurniché, mais sont allés s’implanter dans les usines d’automobiles !
Oui, enfin, la période que nous vivons, dans laquelle nous militons, est dure parce qu’elle est marquée par la démoralisation. Mais nous vivons dans un monde capitaliste, dominé économiquement, politiquement et intellectuellement par la bourgeoisie, alors il n’y a rien d’étonnant à ce que le chemin soit semé d’embûches. Jusqu’à la révolution, il en sera ainsi, et, comme le disait Engels, l’histoire du prolétariat se résumera à « une longue série de défaites, interrompue par quelques victoires isolées. » Cela ne change rien à la profonde validité de nos idées, et aux tâches qui sont celles des révolutionnaires.
Les sociologues et les journalistes peuvent bien enterrer le prolétariat tous les matins si ça les amuse – ou plutôt si ça les rassure, parce que c’est bien de cela qu’il s’agit. Nous, nous savons que c’est bien le prolétariat qui enterrera ce vieux monde. Nous faisons donc nôtre plus que jamais les dernières lignes du Manifeste communiste, sans en changer un mot : « Les communistes ne s’abaissent pas à dissimuler leurs opinions et leurs projets. Ils proclament ouvertement que leurs buts ne peuvent être atteints que par le renversement violent de tout l’ordre social passé. Que les classes dirigeantes tremblent à l’idée d’une révolution communiste ! Les prolétaires n’ont rien à y perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à y gagner. Prolétaires de tous les pays , unissez-vous ! »


[lire le texte intégrale]

lundi 19 décembre 2011

:: Les perspectives communistes sont-elles plus utopiques qu'au temps de Marx ?


Les perspectives communistes sont-elles plus utopiques qu'au temps de Marx ? Sûre­ment pas !
Les conditions matérielles du communisme sont plus mûres aujourd'hui que jamais. Les capacités productives de l'humanité sont infiniment plus grandes non seulement qu'au temps de Marx mais même qu'au temps de Lénine.
La production est depuis longtemps internationalisée. Pour coordonner les activités de leurs entreprises ou pour des opérations financières spéculatives, les grands trusts et les grandes banques ont mis en place des moyens techni­ques et organisationnels considérables. Une centralisation à l'échelle du monde. Des satellites pour surveiller la végétation et prévoir les récoltes. Un réseau dense de moyens de transport. Des moyens de communication puis­sants, permettant de transmettre instantanément une quantité colossale d'in­formations d'un bout à l'autre de la Terre.
Les trusts l'ont fait pour piller la planète.
Mais les mêmes instruments, sous le contrôle du prolétariat, pourraient constituer un formidable instrument d'organisation économique.
Oui, l'humanité n'a jamais autant eu la possibilité matérielle de se donner une organisation sociale où l'égalité ne soit plus un mot mensonger pour masquer la toute-puissance de l'argent. Sa réalisation dépend exclusivement de la rapidité avec laquelle le prolétariat retrouvera sa confiance en lui-même, sa combativité et la conscience de son rôle historique.
Œuvrer pour cela, voilà la tâche fondamentale du mouvement commu­niste.
Et j'ai confiance en sa renaissance. Il renaîtra pour la bonne raison que l'idéal communiste n'est pas mort. Il existait avant l'Union soviétique et, si elle meurt vraiment, il lui survivra.
L'idéal communiste est vivant, de toute façon dans le cœur des hommes, dans leur sens de la justice sociale, même s'ils n'appellent pas cela «commu­nisme», même s'ils n'en tirent pas toutes les conséquences politiques.
Ces sentiments sont ceux de la solidarité, de la fraternité et du collecti­visme. Le communisme, ce n'est pas seulement une façon d'organiser l'éco­nomie. C'est surtout une autre façon de vivre.
Un des pires méfaits du capitalisme, c'est qu'il démolit le sens de la col­lectivité, qu'il fait de l'individualisme, de l'égoïsme, du «chacun pour soi», du «que le plus fort gagne», les vertus cardinales de la société.
Le communisme, c'est lorsque l'homme pourra vivre pleinement comme membre d'une collectivité où chacun aura droit à la solidarité et à la fraterni­té, où les individus trouveront d'autant plus facilement leur place qu'ils sont différents et donc complémentaires. Et c'est cette vie collective qui permettra d'utiliser toutes les intelligences, toutes les compétences, et qui provoquera un essor de la culture et de la civilisation humaines, dont on ne peut avoir aujourd'hui qu'une très vague idée.
Et le prolétariat qui fera triompher un jour l'idéal communiste, n'est pas moins nombreux que dans le passé. Il est, au contraire, plus nombreux car il y a aujourd'hui des prolétaires partout dans le monde.
Le prolétariat n'a pas perdu, non plus, sa force sociale, sa concentration, sa position au cœur de la production capitaliste, partout, dans l'industrie, sur les chantiers, dans les transports, dans les banques. Collectivement, la classe ouvrière est en situation de tout contrôler et diriger.
Alors, la remontée de la combativité ouvrière est inévitable. Regardez d'ailleurs comment les hommes politiques de la bourgeoisie deviennent pru­dents dès que s'amorcent des mouvements susceptibles d'échapper au con­trôle des centrales syndicales. Car ils ne peuvent pas savoir si des coups de colère même sporadiques et limités n'annoncent pas une future explosion sociale.
Que les bourgeois, que ceux qui fabriquent l'opinion, qu'ils soient payés pour cela ou simplement stupides, continuent donc à enterrer et réenterrer le communisme, comme ils le font d'ailleurs depuis des dizaines d'années, qu'ils s'amusent à parler de vieilleries à propos d'idées qui ont pourtant été engendrées par ce même capitalisme qu'ils trouvent tellement moderne !
Oui, le communisme se fraiera un chemin. C'est inscrit dans l'évolution de l'économie comme de la société. Il le fera au travers des hommes car ce sont les hommes qui font leur propre histoire.
Pour notre part, nous avons fait le choix de rester fidèles à ces idées communistes, même pendant cette période passagère de l'histoire où elles sont très minoritaires. Nous l'avons fait pour les mêmes raisons que des générations successives de militants l'ont fait depuis un siècle et demi.
L'avenir dira si notre génération sera utile à la cause du communisme simplement en transmettant aux générations futures des traditions qui facili­teront les luttes de demain, ou alors si nous aurons la chance d'être les com­battants de ces luttes.
Mais ce que nous savons, c'est que nous travaillons pour l'avenir. Car l'avenir de l'humanité, c'est le communisme.

[extrait de : "L'avenir de l'humanité, c'est le communisme". Meeting d'Arlette Laguiller novembre-décembre 1993]


Lire les autres extraits :



:: Il est vital pour l'avenir de l'humanité que le prolétariat propose une autre perspective à la société


Une mince couche de financiers jongle avec les milliards, encaisse des profits fabuleux sur des coups spéculatifs qui ruinent l'économie. Pendant ce temps, même dans les pays les plus riches, des dizaines de millions d'ouvriers sont transformés en chômeurs, puis en pauvres, puis réduits à la charité étati­que, municipale ou privée, quand ce n'est pas à rien du tout.
Et [...], même dans les grandes villes des pays les plus riches de la planète, à Paris, à New York ou à Marseille, on meurt encore de froid quand l'hiver s'installe, simplement parce que des centaines de milliers de femmes et d'hommes sont privés de ce droit élémentaire qu'est celui d'avoir un logement correct ! Et l'on voit réapparaître des maladies de la pauvreté comme la tuberculose que l'on croyait quasi définitivement dispa­rues des pays dits civilisés.
Le chômage - et l'incapacité totale de le surmonter - est une des expres­sions les plus visibles de la décadence du capitalisme. En France, pas une seule année depuis vingt ans sans que le chômage ne se soit aggravé.
Des femmes et des hommes, qui sont tout à fait capables de travailler pour la collectivité, sont rejetés de celle-ci parce que les entreprises capitalistes ne jugent pas utile ou rentable de leur donner du travail. Au nom de la sacro-sainte propriété privée, un Calvet par exemple, exécutant les basses œuvres de la famille Peugeot, peut décider un plan de licenciements qui ruine des milliers de familles ouvrières. N'importe quelle entreprise peut être fermée, même si sa production est utile à la société, même si sa fermeture aggrave encore la crise, du moment que son propriétaire juge rentable pour ses profits personnels de placer ses capitaux ailleurs.
Derrière les froids mécanismes économiques, combien de détresses, de dignités foulées aux pieds, combien d'existences humaines détruites ?
Et l'on ose nous dire que le marché capitaliste, sa loi de l'offre et de la demande, seraient la meilleure façon de réguler l'économie ?
Mais quand il s'agit de ses profits, le patronat ne s'en remet pas au marché et à ses lois ! Il exige de l'Etat d'être soutenu. Dans tous les pays, l'Etat consacre une part considérable de ses ressources à permettre aux grandes dynasties bourgeoises de dégager, même par ces temps de crise, des profits aussi élevés qu'auparavant.
Voilà pourquoi tous les Etats sont endettés jusqu'au cou ! Voilà pourquoi il ne reste pas à l'Etat de quoi embaucher des infirmières, des cheminots, des postiers, des instituteurs. Voilà pourquoi il n'y a pas assez d'argent pour les hôpitaux, les routes, les écoles, les transports publics. Voilà pourquoi les services publics se dégradent même dans les pays les plus riches. Voilà pour­quoi on fait des économies sur les dépenses de santé, sur les prestations sociales, c'est-à-dire, sur le dos des pauvres.
Et quant aux pays sous-développés, saignés aujourd'hui comme jamais par les intérêts qu'ils doivent payer aux usuriers de la finance internationale, la majorité d'entre eux, tous ceux du continent africain et tous ceux d'Améri­que latine, plongent dans la misère et la famine.
Le règne de la bourgeoisie conduit le monde vers la barbarie. Aujourd'hui des conflits ethniques ou nationalistes saignent à blanc l'Afrique et, en Eu­rope, la Yougoslavie, le Caucase. Des bandes armées faméliques se consti­tuent pour vivre sur le dos de populations encore plus faméliques. Mais la barbarie monte aussi dans le monde occidental. Matérielle, dans les grandes villes, avec la drogue et la criminalité. Politique et humaine avec la démago­gie raciste et le renouveau des idées réactionnaires.
Et le capitalisme peut faire pire. Car face aux mensonges de ceux qui assimilent capitalisme ou économie de marché avec liberté et démocratie, rappelons que le capitalisme a engendré, outre les deux guerres mondiales, rien qu'en notre siècle, le fascisme, le nazisme, les camps d'extermination et les innombrables dictatures qui, aujourd'hui même, oppriment la majorité des pays du monde, même représentés à l'ONU !
Alors, oui, il est nécessaire que le prolétariat soit, de nouveau, en position de disputer à l'échelle internationale le pouvoir à la bourgeoisie et cette fois, de le lui prendre ! Il est vital pour l'avenir de l'humanité qu'il propose une autre perspective à la société !

[extrait de : "L'avenir de l'humanité, c'est le communisme". Meeting d'Arlette Laguiller novembre-décembre 1993]


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jeudi 1 décembre 2011

:: La capacité du prolétariat à prendre la direction de la société

Pour mettre fin au capitalisme, il faut renverser le pouvoir de la bourgeoisie sur la société. Il n’y a aucune autre force sociale susceptible d’accomplir cette tâche que la classe ouvriere. Elle demeure la seul classe qui, du point de vue de ses intérêts matériels objectifs, n’a aucun intérêt à la préservation d’un ordre social fondé sur la propriété privée des moyens de production.
La classe ouvrière, si elle s’est réduite dans certain pays occidentaux, s’est numériquement renforcée à l’échelle mondiale car elle existe aujourd’hui dans tous les pays du monde. De plus, si en occident les ouvriers d’industrie à proprement parler ont vu leur nombre diminuer, les armées d’employés, de sans-grade de ce qu’on appelle le « tertiaire », n’ont cessé d’augmenter.
Alors ce prolétariat-là a-t-il la capacité et la volonté, dont il a témoigné à certaines périodes du passé, de s’attaquer à l’ordre social existant ? Telle est la question qu’on pourrait se poser en supputant les chances du communisme.
A première vue, le prolétariat ne montre pas de volonté d’intervention autonome depuis bien des années, ni à l’échelle internationale ni à l’échelle d’aucune nation. Il a montré pourtant, au milieu des années 50, en Allemagne de l’Est, en Hongrie et, plus récemment, en 1980 en Pologne, sa capacité à peser sur la société et sur l’Etat. Mais, en Hongrie, il a été militairement vaincu et en Pologne, il a été soumis à des forces politiques hostiles à ses intérêts. Et depuis la crise, il apparaît partout désorganisé, sous l’influence des courants politiques de la bourgeoisie et non comme une force politique autonome conséquente. A plus forte raison, il n’apparaît pas comme une force révolutionnaire, capable d’être porteuse de grandes transformations sociales.
Dans les pays impérialistes développés, la crainte du chômage pèse sur le moral et la combativité de la classe ouvrière. Devant les trahisons répétées des partis qui se réclament d’elle ou qui spéculent sur ses votes, la classe ouvrière apparaît poussée au désenchantement et à l’apolitisme plutôt qu’à la colère.
Dans les pays d’Europe centrale, la classe ouvrière semble assommée par les coups qui se succèdent rapidement, baisse brutale du niveau de vie, explosion du chômage, effondrement de la production sociale. Elle est profondément désorientée par des décennies de dictature prétendument communistes mais réellement anti-ouvrières.
Ailleurs, dans les pays pauvres, quand le prolétariat industriel intervient, il ne le fait que fondu dans la masse de la population urbaine, soit de façon explosive mais sans visée politique, soit sous la direction de forces anti-ouvrières, voire franchement réactionnaires et religieuses.
Mais, si l’on se reporte au passé, on voit bien que ce n’est pas en n’importe quelles circonstances que la classe ouvrière, comme toutes les classes exploitées de l’histoire, s’est montrée révolutionnaire et, en conséquence, porteuse de transformations sociales.
Les périodes proprement révolutionnaires, c'est-à-dire qui sont accoucheuses de grandes transformations de l’histoire, sont des périodes rares. Ce sont des périodes où les classes dirigeantes sont en faillite évidente, où elles ne croient plus à leur propre ordre social, où leur appareil étatique se fêle et où, de l’autre côté de la barricade, les grandes masses ne voient aucune autre issue, aucune place pour elles-mêmes dans le cadre de la société existante.
Au [XIXème siècle], l’humanité n’a connu que deux, peut-être trois, périodes de ce genre. Même chose au cours [du XXème siècle] : au lendemain de la Première guerre mondiale, puis dans les années 30 à la suite de la grande crise et, dans une certaine mesure, au décours et au lendemain de la Deuxième guerre mondiale, où une révolution prolétarienne dans les pays d’Europe aurait pu avoir la chance exceptionnelle de se faire des alliées des masses coloniales engagées dans une vague de révolutions pour leur émancipation nationale.
Dans les deux cas, la social-démocratie et le stalinisme portent la responsabilité partagée de l’impréparation, de la désorientation du prolétariat devant les possibilités qui s’ouvraient devant lui.
C’est à ces époques critiques que la classe ouvrière a eu la possibilité de faire basculer l’histoire, et c’est à ces périodes qu’elle a été susceptible d’en avoir collectivement la détermination.
Les grandes transformations sociales exigent une énergie considérable. Elles exigent, pour paraphraser Lénine, l’intelligence, les convictions, les passions, la volonté, non pas d’une équipe de révolutionnaires mais de millions d’ouvriers, de pauvres poussées par le plus âpre des luttes de classe…
Cela a été vrai, dans le passé, de toutes les transformations sociales. C’est un lieu commun de dire que la Révolution française, ce n’était pas des élections mais ce n’était pas seulement la prise de la Bastille. La révolution française, ce furent des mois, des années d’activité révolutionnaires de masses, d’activité de dizaines, de centaines de milliers de femmes et d’hommes ; d’une activité collective à laquelle aucun aspect de la vie sociale n’échappait, de la forme de la propriété jusqu’au système de mesures. Sans cette énergie déployée pendant des mois et des années par tous ces hommes et toutes ces femmes, la physionomie de la France moderne ne serait certainement pas la même. Et c’est la capacité comparable du prolétariat russe de libérer une énergie révolutionnaire fantastique qui a bouleversé la Russie ancienne.
L’intervention collective de la classe ouvrière est indispensable non seulement pour mettre l’appareil d’Etat de la bourgeoisie hors d’état de nuire et pour résister à toutes les forces sociales intéressées, à tort ou à raison, au maintien de l’ordre capitaliste. Mais elle est surtout indispensable pour mettre au service de la société les trésors d’imagination, d’initiatives, de dévouement, d’abnégation que recèlent en leur sein les classes exploitées et qui restent inemployés dans la société actuelle. Société où la bourgeoisie a fait de ses défauts vertu et où l’on veut nous faire croire qu’il faut, pour agir et entreprendre, uniquement l’appât d’un gain personnel.
Mais ce sont seulement ces périodes de crise exceptionnelle qui peuvent amener à la confiance dans leurs capacités collectives, à la puissance de leurs responsabilités sociales, à la conscience des possibilités de l’action politique, non par quelques milliers ou dizaines de milliers de travailleurs, mais des millions d’hommes et de femmes, poussées par la volonté de vivre vraiment.
Ce n’est que dans de telles périodes qu’on jugera si le prolétariat a conservé ou pas la capacité de transformer la société.
Et, de telles périodes, immanquablement, le capitalisme en produira et en reproduira, trois fois par siècle, ou quatre ou cinq ou plus, selon les circonstances. Jusqu’à ce qu’un jour, une telle crise emporte jusqu’à son souvenir car nous sommes ainsi faits que la mémoire, individuelle ou collective, ne conserve que les bons souvenirs.

Extrait de l'intervention d'Arlette Laguiller du vendredi 14 février 1992 à la Mutualité : "Le communisme est toujours l'avenir du monde !"


Lire les autres extraits :

:: Le communisme, seul avenir de la société #5

:: La bourgeoisie capitaliste, une classe parasitaire #2

:: Le remplacement de l'économie capitaliste, une nécessité inscrite dans son propre développement #1