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mercredi 30 septembre 2015

:: 26 septembre 1939 : le PCF est dissous

Le 26 septembre 1939, le président du Conseil, le radical Daladier (on dirait aujourd'hui le Premier ministre), signait un décret-loi prononçant la dissolution du Parti Communiste. Depuis le 25 août, la presse de celui-ci était empêchée de paraître ; ses journaux l'Humanité et Ce Soir avaient été saisis, puis suspendus, et les militants qui collaient des affiches ou distribuaient des tracts étaient systématiquement pourchassés ou arrêtés.

Alors qu'il avait été en 1935 l'inventeur de la formule du « Front populaire » qui avait sauvé la mise d'un Parti Radical en plein recul électoral à la veille des élections de 1936, le Parti Communiste se retrouvait trois ans après isolé, attaqué par tous les partis - et ses anciens alliés socialistes n'étaient pas les derniers à s'en démarquer. La bourgeoisie, à qui le secrétaire général du Parti Communiste, Thorez, avait rendu de signalés services pendant la vague de grèves de 1936, en proclamant « il faut savoir terminer une grève », ne se montrait pas plus reconnaissante.

DU PACTE LAVAL-STALINE...

Après la prise du pouvoir par Hitler en 1933, Staline, conscient du danger que représentait pour l'URSS le choix que venait de faire la bourgeoisie allemande, avait cherché des soutiens auprès des « démocraties » occidentales. Cela aboutit au pacte franco soviétique Laval-Staline, avec pour conséquences le renoncement du PCF à toute agitation antimilitariste et le ralliement à la défense nationale. Jusqu'en 1938, le PC défendit une politique visant à intégrer l'URSS dans un « front international contre Hitler » et proclamait : « Il faut une collaboration honnête, loyale, loyale avec l'URSS, si l'on veut défendre la France. » Cela conduisit le PC à approuver les budgets militaires.

Avec la montée ouvrière qui avait suivi février 1934, le PC avait vu ses effectifs se gonfler. Il revendiquait 300 000 membres. Il avait, en 1938, 72 députés et deux sénateurs, était à la tête de plus de 3 000 municipalités ainsi que de nombreux syndicats et fédérations, au sein de la CGT, même si la majorité y appartenait encore au Parti Socialiste.

Mais les accords de Munich, en septembre 1938, montrèrent que la bourgeoisie française, malgré son alliance formelle avec l'URSS, entendait tout faire pour laisser les mains libres à l'est à l'Allemagne hitlérienne. Dès lors, le PCF, lié à l'URSS, lié aussi à la fraction la plus combative de la classe ouvrière, devenait un ennemi à éliminer.

Le 13 novembre 1938, une série de décrets détruisit ce qui restait des acquis des grèves de 1936. Au nom de la « défense nationale », la semaine de 40 heures était annulée par le rétablissement de la semaine de six jours et l'obligation d'effectuer des heures supplémentaires non majorées. La grève du 30 novembre, baroud d'honneur organisé par la CGT, se solda par une catastrophe pour la classe ouvrière : 800 000 travailleurs furent mis à pied, 10 000 licenciés et inscrits sur une « liste rouge » qui leur interdisait de retrouver un emploi. Bien évidemment, beaucoup de militants ouvriers du PC figuraient dans le lot, et la presse lança dès décembre une campagne pour demander l'interdiction du PC.

Devant le renforcement du danger de guerre, la bourgeoisie voulait mettre au pas la classe ouvrière, rendre toute résistance de celle-ci impossible.

Même si elle fut décrétée à la suite de la mise en oeuvre du pacte germano-soviétique, l'interdiction du Parti Communiste fut aussi le dernier acte de la contre-offensive que la bourgeoisie avait menée contre la classe ouvrière pour reprendre tout ce qu'elle avait dû céder sous la frayeur en Juin 36.

... AU PACTE GERMANO-SOVIETIQUE

C'est cependant la politique internationale défendue par le Parti Communiste, qui servit de prétexte à la bourgeoisie française pour l'interdire.

Après la signature, le 23 août 1939, du pacte de non-agression entre l'Allemagne et l'URSS, les dirigeants du PC continuèrent un certain temps à clamer leur adhésion à la « défense de la patrie ». Le jour même où l'Humanité cessait de paraître, Thorez envoyait un communiqué dans lequel il déclarait que, « si Hitler, malgré tout, déclenche la guerre, qu'il sache bien qu'il trouvera devant lui le peuple de France uni, les communistes au premier rang, pour défendre la sécurité du pays, la liberté et l'indépendance des peuples ».

Il fallut en effet du temps aux dirigeants français pour prendre le virage, eux qui, depuis des années, avait substitué « l'antifascisme » à la lutte pour la révolution sociale. Le PC connut même nombre de désertions dans ses rangs, y compris parmi ses dirigeants, il vit s'éloigner nombre d'intellectuels, « amis de l'URSS », qui jusque-là n'avaient jamais critiqué la politique menée par Staline. Tous les partis le rejetèrent pour se rallier à l'Union sacrée avec la droite, à commencer par ses anciens alliés de la SFIO, qui ne furent pas les derniers à demander sa dissolution. Il en alla de même avec les dirigeants socialistes de la CGT qui déclaraient qu'« il n'est plus possible de collaborer avec ceux qui n'ont pas voulu condamner le pacte germano-soviétique ».

Entre-temps, l'impérialisme français était entré en guerre, le 1er septembre. Mais malgré le déchaînement de tous les autres partis contre le Parti Communiste, ses députés applaudirent le lendemain le discours de Daladier et votèrent l'augmentation des crédits militaires qu'il demandait. Le 19 septembre, lorsqu'on sut que les troupes de l'URSS avaient envahi l'est de la Pologne, le PC se retrouva complètement isolé. Il fut interdit le 26 septembre par un décret du gouvernement Daladier, et ses militants obligés de passer dans la clandestinité pour continuer à survivre politiquement.

En janvier 1940, les députés communistes qui étaient restés fidèles à leur parti furent déchus de leur mandat. En mars, le gouvernement présentait son bilan : en six mois, « 3 400 militants furent arrêtés, 500 fonctionnaires municipaux révoqués, 3 500 affectés spéciaux renvoyés au front, 1 500 condamnations prononcées ». Plus de 300 municipalités contrôlées par le PC furent dissoutes, 2 500 conseillers municipaux et 87 conseillers généraux démis de leurs fonctions, des centaines de fonctionnaires révoqués, des députés arrêtés à leur domicile ou assignés à résidence en vertu d'un décret du18 novembre, dit « loi des suspects », dirigé contre « les individus dangereux pour la défense nationale », c'est-à-dire les communistes. Parmi les militants communistes arrêtés, certains ne quittèrent les prisons françaises que pour être enfermés dans les prisons ou les camps nazis.

Enfin, le 8 avril 1940, le « décret Sérol » du nom du ministre de la Justice socialiste du gouvernement Reynaud, prévoyait la peine de mort pour « tout Français qui aura participé sciemment à une entreprise de démoralisation de l'armée ou de la nation ayant pour objet de nuire à la défense nationale ». Il visait là aussi le Parti Communiste qui, ayant fini de s'aligner sur la politique extérieure de Moscou, se faisait alors le défenseur d'une caricature du défaitisme révolutionnaire.

La « croisade des démocraties » avait commencé par la mise en place d'un régime qui après avoir piétiné toutes les libertés démocratiques finirait par remettre le pouvoir à Pétain. Elle s'achèverait, quelques années plus tard, avec l'entrée au gouvernement d'un Parti Communiste redevenu aux yeux de la bourgeoisie et de son personnel politique un allié indispensable pour remettre en selle l'appareil d'État bourgeois, pour imposer à la classe ouvrière de renoncer à toute revendication et de remettre en route au profit du patronat la machine économique.

Marianne LAMIRAL (LO n°2147)

dimanche 27 septembre 2015

:: 5 septembre 1960 : le procès Jeanson et le manifeste des 121

Le 5 septembre 1960 débutait devant un tribunal militaire, à Paris, le procès de militants algériens du FLN et d'un réseau métropolitain de soutien à ce dernier, le " réseau Jeanson ", du nom de son initiateur. Francis Jeanson avait organisé des militants qui se donnaient comme objectif d'" organiser l'hébergement en France des responsables du Front et faciliter l'acheminement vers l'extérieur des sommes versées à cette organisation par les travailleurs algériens ". On les appelait " les porteurs de valises ".

Le jour même où le procès commençait, fut annoncée la " Déclaration sur le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie " dit " Manifeste des 121 ". 121 personnalités des arts, du spectacle, de la science ou de l'université, et des plus connus tels Sartre, André Breton, Théodore Monod, Pierre Boulez, Simone Signoret, y affirmaient courageusement non pas un soutien de pure forme avec les accusés, mais leur solidarité avec le combat du FLN. Ils justifiaient également le refus de combattre en Algérie et la désertion de soldats français.

Cet appel fit grand bruit. Depuis le début de la guerre en Algérie, en 1954, individuellement ou collectivement, des intellectuels s'étaient déjà élevés contre tel ou tel crime et méfait de la guerre, en particulier contre la pratique de la torture. Mais le Manifeste des 121 était le premier du genre à avoir une telle ampleur et surtout un tel contenu. Venant d'un milieu habituellement peu enclin, sauf exceptions individuelles, à contester la loi et l'Etat, cette incitation de fait à la désertion était un camouflet pour celui-ci, pour ses gradés, ses juges et le gouvernement de Gaulle. Leur réaction ne se fit pas attendre. Ainsi, certains signataires fonctionnaires furent révoqués, tel l'universitaire Pierre Vidal-Naquet, ou le mathématicien Laurent Schwartz, professeur à l'ƒcole polytechnique dont le fils fut même enlevé par l'extrême droite.

Bien sûr, l'initiative des 121 eut un impact limité, touchant surtout les enseignants et les étudiants dont bon nombre n'avaient pas la moindre envie de partir faire la guerre en Algérie. La guerre allait durer près de deux années encore.

De leur côté, les forces qui en France disposaient alors du crédit et des militants nécessaires pour tenter de mobiliser collectivement les masses contre la guerre, le PCF et la CGT, se gardaient bien de le faire ou ne le firent que de façon très limitée. Jamais elles n'en appelèrent à la force collective des travailleurs pour refuser à l'Etat et à l'armée les moyens de leur guerre contre le peuple algérien. Jamais elles ne tentèrent par exemple de convaincre les travailleurs de refuser les impôts, le transport des armes ou la fabrication du matériel de guerre. Le PCF et la CGT critiquèrent même l'incitation à l'insoumission du Manifeste des 121 sous prétexte que c'était un geste individuel. Or ces organisations, elles, auraient eu l'occasion de tenter d'organiser le refus collectif de la guerre en 1955 et 1956, lorsque les gouvernements de l'époque ordonnèrent le rappel des réservistes puis l'envoi du contingent en Algérie. En effet, des recrues, des " rappelés " principalement, tentèrent alors dans plusieurs endroits de bloquer les trains pour ne pas partir, avec souvent la participation de membres du PCF ou de la JC. Mais le PCF ne fit rien alors pour essayer d'en faire un mouvement général et politique contre la guerre coloniale. Pire, en mars 1956, il vota les pouvoirs spéciaux au socialiste Guy Mollet qui les utilisa pour étendre la guerre et envoyer justement en Algérie les appelés du contingent. La principale opposition à la guerre d'Algérie se manifesta donc dans les milieux intellectuels et étudiants. Le manifeste des 121, de 1960, puis un peu plus tard les manifestations de l'UNEF allaient contraindre PCF et CGT à manifester à leur tour. Mais c'était après six ans de guerre durant lesquels ils étaient restés passifs, quand ils n'avaient pas carrément apporté leur caution à des gouvernements qui accentuaient la guerre, comme celui de Guy Mollet.

Michel ROCCO

mercredi 26 août 2015

:: 23 août 1939 : signature du pacte germano-soviétique


Le 23 août 1939, à Moscou, Ribbentrop et Molotov, les ministres des Affaires étrangères respectifs de l'Allemagne nazie et de l'URSS, signèrent un pacte de non-agression. Staline espérait ainsi contenir les ambitions de conquête d'Hitler vers l'est. Illusion de courte durée, puisque deux ans plus tard l'Allemagne nazie envahissait la Russie soviétique.

Pour défendre l'URSS menacée par l'expansionnisme de l'Allemagne nazie, Staline ne comptait pas sur la politique révolutionnaire qui avait été celle du jeune État soviétique, en 1917. Depuis la fin des années vingt, il avait tourné le dos à toute idée de révolution prolétarienne. À partir de 1934, il privilégia l'alliance, bien illusoire d'ailleurs, avec les États capitalistes comme la France (pacte Laval-Staline). Ce fut la politique « d'alliance des démocraties » et des « Fronts populaires » contre « les agresseurs fascistes ». En France, les dirigeants du Parti Communiste abandonnèrent toute idée de révolution sociale. Le PC devint nationaliste et même chauvin. Il se transforma en champion de la défense nationale. Pour lui, le conflit qui s'annonçait n'avait plus le caractère d'une guerre inter-impérialiste, mais celui d'un affrontement des « démocraties » contre le « fascisme ».

Face aux revendications de l'Allemagne nazie sur les Sudètes, en Tchécoslovaquie, Chamberlain pour la Grande-Bretagne et Daladier pour la France signèrent les accords de Munich, en 1938, avec Hitler et Mussolini. Ce fut une capitulation sans condition où ils donnèrent la Tchécoslovaquie en pâture à Hitler, espérant ainsi retarder la guerre. Chamberlain comme Daladier, représentants respectifs de leur bourgeoisie, laissaient ainsi les mains libres à Hitler pour son expansion à l'est et espéraient bien que celui-ci finisse par régler son compte à Staline. Tenu volontairement à l'écart de cette paix impérialiste par ses anciens alliés d'hier, Staline fit volte-face et signa un pacte avec Hitler.

Ce pacte scandalisa l'opinion bourgeoise et social-démocrate. En fait, il était dans la continuité de la politique menée par Staline depuis 1935, qui recherchait à échapper à la guerre grâce à une alliance avec un des deux camps impérialistes. Mais il incluait en outre des clauses secrètes prévoyant le partage de la Pologne entre l'Allemagne et la Russie, dont la mise en oeuvre fin septembre désorienta encore plus les Partis Communistes et les dizaines de milliers de militants pour qui Hitler, fossoyeur de la classe ouvrière allemande, était l'ennemi mortel des travailleurs.

Un virage diplomatique à 180° de la bureaucratie stalinienne

Cettte politique démoralisa et désorienta les classes populaires, et les militants communistes de ces « prétendues démocraties », comme l'écrivait Trotsky. En France, l'annonce de ce pacte fit l'effet d'une bombe. Certains militants communistes refusèrent d'y croire. D'autres le justifièrent en parlant de manoeuvre de Staline pour gagner du temps. De nombreux militants, écoeurés, déchirèrent leur carte. Des députés donnèrent publiquement leur démission et prirent des distances avec leur ancien parti. Tout comme le firent à leur tour nombre d'intellectuels, compagnons de route du parti. Et comment pouvait-t-il en être autrement, après avoir expliqué depuis 1934, à des centaines de milliers de militants, que l'ennemi c'était le fascisme ? Staline vendait désormais du pétrole et du manganèse à Hitler, expliquant que le peuple allemand aimait son Führer et que l'Allemagne était victime du « bloc impérialiste » anglo-français !

En France, la répression s'abat sur le Parti Communiste

Le pacte isola la Russie sur le plan international. En France, le gouvernement accentua la répression contre le Parti Communiste, qui avait déjà commencé au lendemain des accords de Munich. Le 25 août 1939, les deux quotidiens du PC l'Humanité et Ce Soir furent interdits, tandis que les distributeurs de tracts et les colleurs d'affiches communistes étaient systématiquement arrêtés. Le 2 septembre, la France déclara la guerre à l'Allemagne, qui avait envahi la Pologne la veille. Daladier demanda des crédits militaires supplémentaires et les députés communistes les votèrent ! Mais le gouvernement se fichait comme d'une guigne des actes de loyalisme du PCF qu'il qualifiait de « parti de l'étranger ». Lorsque la Russie envahit à son tour la Pologne, le 17 septembre, la chasse aux communistes fut ouverte. Le 26 septembre, le Parti Communiste et toutes les organisations communistes, liées ou pas au PCF, furent dissoutes par décret-loi adopté en Conseil des ministres à l'unanimité. Le PCF n'avait plus d'existence légale et fut réduit à l'activité clandestine. Le 8 octobre, les premiers députés communistes furent arrêtés. Daladier autorisa l'internement administratif, le 18 novembre. Durant les neuf mois qui suivirent la signature du pacte, la police française opéra 15 000 perquisitions et arrêta plus de 5 500 militants communistes français et étrangers résidant en France. En avril 1940 le décret Sérol - du nom d'Albert Sérol, ministre de la Justice et député SFIO (socialiste) de la Loire, ancien ministre de Léon Blum - autorisait la peine de mort pour qui nuirait à la défense nationale. Ce décret visait essentiellement les militants communistes.

Cette répression brutale porta un coup d'arrêt à l'intégration du PCF au sein de la société bourgeoise, commencée quelques années plus tôt avec la politique du Front Populaire. Elle provoqua toutefois un réflexe de solidarité chez les militants communistes, y compris ceux écoeurés par le pacte germano-soviétique. Le Parti Communiste entra alors dans une période difficile où, pour survivre dans la clandestinité, il dut affronter non seulement la répression de la police de Vichy, mais aussi celle de l'occupation allemande. Il connut de nouveau un succès à partir de 1942-1943, alors que l'URSS attaquée par l'Allemagne était redevenue alliée des impérialismes anglais et américain, puis au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Mais sur la base d'une politique nationaliste « d'Union sacrée ».

Il n'était plus d'ailleurs la « section française » d'une Internationale Communiste que Staline avait dissoute en mai 1943 pour complaire à ses alliés anglo-américains, mais le Parti Communiste Français. Ce qu'il est resté.

René CYRILLE (LO n°2142)

mercredi 17 juin 2015

:: Juin 68 à Renault Flins et Peugeot Sochaux [LO, juin 2008]

Les CRS tentent d'imposer la reprise par la force... mais relancent la grève !

Début juin 1968, pour accélérer la reprise du travail, le gouvernement choisit d'envoyer les CRS reprendre de force des usines occupées, notamment Renault Flins et Peugeot Sochaux. Ces deux tentatives échouèrent, car la combativité ouvrière restait forte malgré les manoeuvres du gouvernement, du patronat et des centrales syndicales pour en finir avec la plus grande grève ouvrière que le pays ait connue.

La fin de la grève et la reprise à Renault Flins

À Renault Flins, le 4 juin, les grévistes avaient brûlé les urnes pour empêcher un vote sur la reprise du travail. Mais le 6 juin, dans la nuit, les half-tracks des CRS défonçaient les grilles de l'usine. En réponse, le vendredi 7 juin, 5 000 ouvriers se rassemblaient devant l'usine, bien décidés à ne pas reprendre le travail.

Les dirigeants syndicaux avaient prévu un meeting aux Mureaux, à 4 km de l'usine, mais ils durent le tenir à 300 mètres du cordon de policiers gardant l'entreprise. Les ouvriers imposèrent aussi aux dirigeants syndicaux que les étudiants présents puissent exprimer leur soutien, ce que fit Alain Geismar.
À 10 h 30, la police chargeait les ouvriers de retour devant l'usine, à coups de matraques et de gaz lacrymogènes. Les travailleurs ripostèrent en lançant des cailloux. La police dégagea les abords de l'usine. Les représentants syndicaux, eux, disparurent, non sans avoir incité les travailleurs à ne pas se défendre et en répandant des calomnies contre les gauchistes, ce qui visait aussi bien les ouvriers combatifs que les étudiants présents. Les uns et les autres, repoussés par les policiers, se retrouvèrent dans les champs autour de l'usine. Tout l'après-midi, les policiers leur firent la chasse avec une brutalité qui indigna la population.

Samedi 8 au matin, il y eut un meeting aux Mureaux où parlèrent la CGT, la CFDT, le PCF et le maire, de la FGDS (Fédération de la gauche démocrate et socialiste, ancêtre du Parti Socialiste). Le représentant du PCF stigmatisa les " provocateurs venus de l'extérieur ", c'est-à-dire les étudiants solidaires et non pas les policiers ! Il était à l'unisson de l'Humanité qui dénonçait les " commandos Geismar " organisant " la provocation contre les grévistes de Renault ". Des huées saluèrent cette déclaration. À nouveau, les ouvriers exigèrent " la parole aux étudiants ". Après le meeting, des travailleurs demandaient des comptes aux militants du PCF sur la politique de leurs dirigeants. En deux jours, les ouvriers de Flins apprirent beaucoup, surtout sur leurs faux amis.

Les policiers, eux, continuèrent leur chasse à l'homme. Le lundi 10 juin dans l'après-midi, ce fut le drame : un lycéen maoïste, Gilles Tautin, 17 ans, poursuivi par des gendarmes, se jeta dans la Seine pour leur échapper et s'y noya. Devant l'émotion soulevée, la direction de Renault fit marche arrière. Les CRS abandonnèrent l'occupation. Les ouvriers de Flins la reprirent et celle-ci continua jusqu'au 17 juin. À cette date, la fin de la grève fut votée à une courte majorité. À la reprise du travail, les chefs comme les responsables syndicaux se firent discrets. Mais deux jours plus tard, la direction refusait de renouveler le contrat de deux ouvriers " meneurs " et prétendait rétablir les cadences d'avant la grève. La colère explosa à nouveau et la moitié des ouvriers débrayèrent sur-le-champ. La nuit, la CFDT et les ouvriers les plus combatifs parlaient de relancer la grève, mais la CFDT céda au refus de la CGT, et les travailleurs reprirent le travail.

À Peugeot Sochaux, les CRS tuent deux ouvriers

Chez Peugeot à Sochaux, le 8 juin, les dirigeants syndicaux étaient décidés à mettre un terme à une occupation qui durait depuis le 17 mai. Ils appelèrent les ouvriers à manifester en ville, pour pouvoir plus facilement disperser les piquets de grève restés à l'usine. Ceux-ci comprirent la manoeuvre. Des ouvriers prirent une voiture sono pour aller expliquer à ceux de la manifestation ce qui se tramait dans leur dos. Malgré cela, à minuit, l'usine était évacuée et le travail était censé reprendre le lundi 10 juin.

Mais ce jour-là, les ouvriers des ateliers de fabrication de carrosserie débrayèrent et firent le tour de l'usine pour mettre les autres secteurs en grève. À 13 heures, l'occupation était votée à nouveau. Les travailleurs exigaient l'élection d'un nouveau Comité central de grève (celui de la précédente occupation avait plutôt été une intersyndicale) " avec des délégués de chaque secteur choisis par les travailleurs eux-mêmes ".

Vu la situation dans le pays (reprises partout et attaque des CRS à Flins), l'assemblée générale de discussion des grévistes avait conscience que le gouvernement mais aussi les dirigeants syndicaux et les représentants des partis de gauche pesaient pour la reprise. Ils n'en furent pas moins surpris de voir débarquer à 3 heures du matin des centaines de CRS. Les ouvriers se défendirent au corps à corps contre des assaillants cherchant l'affrontement.

L'agressivité des CRS était manifeste et des travailleurs d'autres entreprises se joignirent à la lutte. Les CRS occupaient l'usine, mais ils étaient désormais assiégés par les ouvriers. Les policiers n'en sortaient que pour repousser la foule et recevaient alors cailloux et billes d'acier.

Les syndicats et les dirigeants de gauche organisèrent une manifestation de protestation contre les violences policières. Mais, arrivés devant l'usine, les manifestants la prirent d'assaut. Des ouvriers commencèrent à secouer un command-car de CRS. Paniqués, les CRS armés de mousquetons se dégagèrent en tirant, tuant un ouvrier. La colère monta d'un cran. Les ouvriers poursuivaient les CRS qui, en s'enfuyant, jetaient derrière eux des grenades offensives. Deux travailleurs perdirent un pied, un autre fut amputé d'un bras et il y eut de nombreux blessés. Un deuxième ouvrier fut tué, le souffle d'une grenade l'ayant fait tomber d'une palissade.

Le 11 juin, les CRS se retiraient. La grève se prolongea jusqu'au 19 juin, mais l'usine n'était plus occupée. En reprenant le travail, les ouvriers de Peugeot avaient tous en tête le souvenir de leurs camarades morts, Pierre Beylot et Henri Blanchet.

Une combativité ouvrière intacte

En envoyant ainsi les CRS contre les ouvriers de Flins et de Peugeot, le gouvernement entendait faire une démonstration de force, destinée à la fois aux travailleurs qui restaient en grève et à l'électorat réactionnaire.

Ayant choisi de ne gêner en rien la campagne électorale et de pousser partout à la reprise du travail, la CGT (et avec elle le PCF) comme les autres centrales syndicales avaient abandonné les grévistes de chaque entreprise à leurs seules forces. L'échec des CRS à mettre fin aux occupations d'usine à Renault Flins et à Peugeot Sochaux souligna donc qu'en Mai 68, ce n'était pas la combativité des travailleurs qui manquait à l'appel, mais une direction ouvrière indépendante décidée à aller jusqu'au bout des possibilités du mouvement.

En refusant de reprendre le travail sous la menace policière, les travailleurs de Renault Flins et de Peugeot Sochaux imposèrent au gouvernement de retirer ses CRS. Le prix à payer fut élevé puisqu'un lycéen trouva la mort à Flins et deux ouvriers à Sochaux mais, dans ces deux usines, la combativité ouvrière put s'exprimer, et elle resta élevée les années suivantes.

Cela montra aussi que la majorité des grévistes de Mai 68 attendaient plus que ce que les directions syndicales avaient accepté à Grenelle. D'ailleurs ceux qui prolongèrent leur lutte obtinrent souvent un peu plus. Mais, surtout, ils mirent en évidence une leçon qui est toujours valable. La grève est par excellence l'arme des travailleurs mais, s'ils ne veulent pas que leur action soit dévoyée comme elle l'a été en 1968 par des dirigeants qui ne voulaient surtout pas remettre en cause l'ordre bourgeois, les travailleurs doivent la contrôler de bout en bout. Car, comme le disait Karl Marx, " l'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux-mêmes " !

Jacques FONTENOY (LO, juin 2008)

mardi 16 juin 2015

:: La vague de grèves de juin 1936 : une « grandiose pression » des ouvriers sur les classes dirigeantes [LO, mai et juin 2006]


Du 8 au 12 juin 1936, la vague de grèves avec occupation qui avait commencé à se développer à partir de la mi-mai atteignait son maximum en France, et ce malgré la signature des accords Matignon, signés dans la nuit du 7 au 8 juin, sur lesquels le patronat comptait pour tout faire rentrer dans l'ordre.

L'extension des occupations d'usine, qui montrait la profondeur de la combativité ouvrière, avait fait craindre aux bourgeois de tout perdre: leurs usines, leurs propriétés, leurs capitaux et jusqu'au droit de continuer à prospérer par l'exploitation.

Le gouvernement socialiste de Léon Blum, soutenu activement par le Parti Communiste et la CGT, était venu à leur secours. Représentants patronaux et syndicaux s'étaient réunis, sous la présidence de Léon Blum. Les accords Matignon apportaient aux travailleurs la reconnaissance du droit syndical, le principe des contrats collectifs, l'institution des délégués ouvriers élus, ainsi qu'un réajustement des salaires de 7 à 15%. Pour tous les participants à cette réunion, il s'agissait de tenter de mettre un terme au mouvement gréviste.

Mais la signature de ces accords n'arrêta pas les grèves. Bien au contraire. Les travailleurs enregistraient bien sûr le recul que représentaient les accords Matignon, mais ils ne le jugeaient pas suffisant. Jacques Danos et Marcel Gibelin racontent dans leur livre intitulé Juin 36 que le patron de l'usine Sauter et Harlé, voulant inciter dès le 9 juin les ouvriers à reprendre le travail, décida de s'adresser directement à eux sans passer par le comité de grève. Il fut aussitôt obligé de s'enfuir sous une haie de poings levés tandis que les métallos scandaient: «À la porte!» et chantaient l'Internationale.
En fait, du 8 au 12 juin, les grèves se développèrent de plus belle. Après les métallos, ce furent les travailleurs du bâtiment qui furent appelés à se mettre en grève dès le 8 juin. Ce même jour, la grève était quasiment totale dans les grands magasins. La grève éclatait également le 8 juin dans les assurances. Bien des travailleurs, employés des Galeries Lafayette, de la Samaritaine ou du Bon Marché, ou serveurs des cafés et des restaurants, se mettaient en grève pour la première fois. La grève s'étendit à tout le pays. Pour ne donner qu'un exemple, le journal conservateur le Temps indiquait le 9 juin que huit à neuf dixièmes des entreprises étaient en grève dans le Nord et le Pas-de-Calais.

C'est sous cette « grandiose pression » exercée par les travailleurs sur les classes dirigeantes, pour reprendre l'expression utilisée par Trotsky en juillet 1936, que le gouvernement fit voter de nouvelles lois sur les congés payés et les 40 heures.

Les dirigeants syndicaux et des partis de gauche allaient alors mettre tout leur poids dans la balance pour arrêter le mouvement. Les dirigeants de la CGT multiplièrent les réunions dans les usines pour tenter de faire reprendre le travail. Ainsi le représentant de la CGT Gauthier déclarait, le 9 juin, devant 700 délégués des usines de la métallurgie parisienne en grève: «Sans doute les accords CGT-CGPF (le Medef de l'époque) ne contiennent pas toutes les dispositions que désiraient les métallos. Mais il ne faut pas perdre de vue que nous vivons dans d'autres conditions qu'auparavant; ainsi pouvons-nous envisager la reprise du travail, en restant vigilants.»

De leur côté, les dirigeants du PCF réunissaient militants et sympathisants, dans les usines, dans les quartiers, pour expliquer que «tout n'est pas possible maintenant». Maurice Thorez, le dirigeant du Parti Communiste Français, martelait qu'il fallait «savoir terminer une grève dès que satisfaction a été obtenue. Il faut même savoir consentir au compromis si toutes les revendications n'ont pas été encore acceptées, mais que l'on a obtenu la victoire sur les plus essentielles des revendications.» «Il faut savoir terminer une grève» fut le leitmotiv de tous les discours des dirigeants communistes à partir du 12 juin. Ainsi, bien qu'avec beaucoup de difficultés, le PC et la CGT finirent par parvenir à faire reprendre le travail, ne permettant pas à la classe ouvrière d'aller jusqu'au bout des possibilités de sa lutte.

Aujourd'hui, la plupart de ceux qui évoquent Juin 36 ne parlent que des congés payés, et comme s'ils découlaient de la victoire électorale du Front Populaire. Avec bien souvent des arrière-pensées électoralistes pour 2007. Mais ce que montre l'exemple de Juin36, c'est que les travailleurs, comme toujours, n'ont obtenu quelques avancées que par la lutte. Et aussi qu'ils doivent se méfier comme de la peste de leurs faux amis que sont les dirigeants des partis «socialiste» et «communiste», plus soucieux de servir la bourgeoisie que de défendre les intérêts de la classe ouvrière.

Aline RETESSE (LO, juin 2006)

Une déclaration édifiante

Quelques années après la vague de grèves sans précédent de mai-juin 1936, Léon Blum, s'expliquant sur la période, rapportait: «Les représentants de la CGT ont dit aux représentants du grand patronat: Nous nous engageons à faire tout ce que nous pourrons, mais nous ne sommes pas sûrs d'aboutir. Quand on a une marée comme celle-là, il faut lui laisser le temps de s'étaler. Et puis c'est maintenant que vous allez peut-être regretter d'avoir systématiquement profité des années de déflation et de chômage pour exclure de vos usines tous les militants syndicalistes. Ils n'y sont plus pour exercer sur leurs camarades l'autorité qui serait nécessaire pour exécuter nos ordres.» Et il poursuivait: «Et je vois encore Monsieur Richemont (un membre de la délégation patronale, membre de l'Union des industries métallurgiques et mécaniques), qui était assis à ma gauche, baisser la tête en disant: "C'est vrai, nous avons eu tort."»

Blum fit cette déclaration devant la Cour de Riom, devant laquelle il avait été traduit par le régime de Vichy. Mais elle reflétait si bien sa pensée que le Parti Socialiste la publia au lendemain de la guerre.

dimanche 16 juin 2013

:: 1936, le sursaut du monde ouvrier

Sous la plume de beaucoup de commentateurs, l’année 1936 évoque des événements essentiellement français, et la conquête des premiers congés payés par la classe ouvrière. Ce n’est pourtant là qu’un aspect mineur d’une secousse sociale et politique qui concerna plusieurs pays, et dont l’issue n’a pas fini d’influencer l’histoire de l’humanité. La décennie s’était ouverte, avec quelques semaines d’avance, par le « jeudi noir » du 25 octobre 1929, qui avait vu l’écroulement de la Bourse de New York, premier signe de la grande crise économique qui devait mener à la Seconde Guerre mondiale. 

Partie des États-Unis, la crise frappa rapidement l’Europe, et en premier lieu l’économie allemande que les conséquences du traité de Versailles imposé par les vainqueurs de 1918 avaient fragilisée. Il s’en suivit la montée du nazisme, auquel la bourgeoisie allemande ouvrit les portes du pouvoir le 30 janvier 1933, pour briser la classe ouvrière et pour préparer une guerre destinée à remettre en cause le partage du monde, tel que les vainqueurs l’avaient remanié quinze ans plus tôt.

Un an plus tard, en février 1934, la classe ouvrière autrichienne fut brisée, ses organisations interdites, malgré une héroïque résistance armée des travailleurs. Cette arrivée des nazis au pouvoir en Allemagne, l’interdiction des deux plus grands partis ouvriers du monde capitaliste et de toutes les organisations syndicales, l’internement dans des camps de concentration...

La suite dans la brochure de Lutte Ouvrière ici.

Table des matières :
  • 1936, LE SURSAUT DU MONDE OUVRIER - p.3
  • AUTRICHE, FÉVRIER 1934 - p.9
  • EN URSS, LE PREMIER PROCÈS DE MOSCOU - p.12
  • EN FRANCE, LES GRÈVES DE MAI-JUIN - p.23
  • LES CONQUÊTES SOCIALES - p.51
  • LE FRONT POPULAIRE ET LES FEMMES - p.59
  • ESPAGNE, LA RÉVOLUTION ÉTOUFFÉE - p.65
  • DANS LES COLONIES - p.83
  • D’AUTRES LUTTES OUVRIÈRES EN EUROPE - p.103
  • LA LAME DE FOND DU MOUVEMENT OUVRIER AMÉRICAIN - p.113


vendredi 7 juin 2013

:: La nécessité d’un parti pour la classe ouvrière

Les menaces qui pèsent sur la classe ouvrière pendant la période à venir sont à la fois matérielles et politiques. Les deux sont étroitement liées.
Le nouveau gouvernement continue rigoureusement la même politique que les précédents. [...]
La situation matérielle de fractions croissantes de la classe ouvrière est déjà dramatique. Mais cela continuera à s’aggraver s’il n’y a pas, rapidement, des mesures radicales. L’influence de l’extrême droite sur une partie des classes populaires est une conséquence de la misère croissante. Mais cette influence, déjà néfaste, pourrait devenir un facteur rendant les luttes de la classe ouvrière bien plus difficiles, aggravant la misère.
Tout se tient. Ceux qui font la réclame pour toutes sortes de potions magiques contre Le Pen en "oubliant" d’où sort son influence mentent comme ils ont menti lorsque, au gouvernement ou le soutenant, ils ont appuyé des politiques appauvrissant la classe ouvrière. Ils portent une responsabilité écrasante dans le fait que la classe ouvrière, trompée, trahie, dépourvue de perspectives n’était pas en situation de faire face aux dangers qui menacent.
La classe ouvrière réagira, tôt ou tard. L’incroyable cynisme du patronat qui continue à licencier, à sortir des plans sociaux même en cette période où ses affaires vont bien ; le culot de Gandois - un patron social, disait-on pourtant ! - et de ses semblables à réclamer plus, toujours plus du gouvernement, tout cela finira par faire exploser la colère.
Cette explosion de la colère ouvrière est indispensable. Sans elle, sans que le patronat ait vraiment peur, rien ne changera. 

Mais cela ne suffit pas. 

Il faut que la classe ouvrière réagisse sur le plan politique. Il lui faut un parti politique. Pas un parti électoral, mais un parti qui soit présent dans les luttes, qui les impulse, qui sache et veuille les organiser, les unifier, les rendre victorieuses, en faisant des grèves, des manifestations des travailleurs, consciemment, une arme politique.
Ce parti n’existe pas. Le PCF n’est plus réformable depuis longtemps, même si nombre de ses militants ouvriers trouveront leur place dans le futur parti représentant réellement les intérêts politiques de la classe ouvrière. Le Parti socialiste, n’en parlons même pas.
Quant aux groupes d’extrême gauche, ils sont trop faibles en nombre, en présence dans les entreprises ou dans les différentes régions pour pouvoir prétendre être le parti, sans même parler du fait que certains d’entre eux, à force de suivisme envers les modes politiques dominantes dans la petite bourgeoisie, ont oublié ce qu’est le communisme révolutionnaire et ce qu’est un parti pour la classe ouvrière.
[...]
Un parti politique pour la classe ouvrière n’est pas seulement une nécessité historique - elle l’est depuis des décennies ! - mais une nécessité à court terme pour faire face aux menaces qui pèsent sur les travailleurs.

[LO, Lutte de Classe, Série actuelle (1993 - ) n°14 (Été 1995)]

vendredi 31 mai 2013

:: 27 mai 1943, création du Conseil national de la résistance : l'allégeance du PCF à De Gaulle et à l'ordre bourgeois


Le 27 mai 1943, dans un Paris occupé par l'armée allemande, les délégués de tous les mouvements de résistance, ceux des partis politiques opposés au régime de Vichy ainsi que ceux des syndicats, se réunissaient sur l'initiative de Jean Moulin. Il s'agissait, suivant le vœu de de Gaulle, dont Jean Moulin était le représentant en France occupée, de constituer un organisme officialisant le ralliement de l'ensemble des forces politiques au général réfugié à Londres. En particulier, cette réunion et la création du Conseil national de la résistance qui en découla, concrétisaient le ralliement du Parti communiste français à de Gaulle.

Le PCF, seul parti réellement présent dans la population et particulièrement dans la classe ouvrière, organisateur de différents mouvements de résistance et formé de militants nombreux et dévoués, donnait ainsi à de Gaulle le crédit nécessaire auprès des Alliés d'abord, de la population française ensuite, pour pouvoir prétendre incarner le nouveau pouvoir politique au moment de l'écroulement prévisible du régime de Vichy. Mais pour faire quoi ?

La peur de mouvements révolutionnaires

Au mois de mai 1943, la défaite de l'Allemagne se dessinait et, pour les états-majors et les hommes politiques bourgeois, il s'agissait de préparer la transition. Le souvenir de la fin de la Première Guerre mondiale était encore bien présent. En 1917, après trois années de guerre, les mutineries au front, les grèves à l'arrière, la colère et la haine des fauteurs et profiteurs de guerre, avaient conduit à la révolution en Russie, puis en Allemagne et en Hongrie, et dans nombre d'autres pays à de puissants mouvements contestant le pouvoir de la bourgeoisie. Ce souvenir venait d'ailleurs d'être ravivé, en mars 1943, par les grèves ouvrières d'Italie. Il fallait empêcher que la fin de la guerre entraîne de nouveau de tels mouvements révolutionnaires.
À la question générale du maintien de son ordre social, la bourgeoisie française ajoutait celle du maintien de son empire colonial, source d'une bonne partie de sa richesse. Passer du camp des vaincus, celui de l'Allemagne, au camp des vainqueurs, celui des États-Unis, et retrouver le statut de grande puissance pouvait s'avérer délicat.

Il allait falloir pour cela que l'État, son administration, son armée, soient capables d'assurer l'ordre après le retrait de l'armée allemande et la fin du régime de Vichy. Il allait aussi falloir continuer la guerre, faire repartir l'économie, intervenir immédiatement le cas échéant dans les colonies. Pour tout cela, de Gaulle avait besoin en particulier de l'allégeance du PCF et de son engagement à ne pas mener, à la fin de la guerre, une politique révolutionnaire. Staline, à la tête de l'URSS, avait assuré aux Alliés que les Partis communistes sous sa coupe collaboreraient au rétablissement de l'ordre bourgeois. Ceux-ci avaient d'ailleurs déjà largement montré, dans les années trente, leur rupture totale avec une politique révolutionnaire.

Le programme bourgeois du CNR...

Évidemment, rien ne pouvait se faire sous le simple mot d'ordre du retour à l'ordre ancien, ne serait-ce que parce que la guerre et son cortège d'horreurs étaient justement sortis de celui-ci. Il fallait, particulièrement pour le PCF, un programme, un discours permettant de prétendre que rien ne serait plus jamais comme avant. Le CNR allait donc établir un programme, adopté officiellement le 15 mars 1944, ne proposant rien moins que « l'éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l'économie ». Cela devait se faire par la nationalisation des transports, de l'énergie, d'une partie des finances ; l'existence d'une presse libérée des pressions financières ; la création d'un système de Sécurité sociale et de retraite ; une extension des droits politiques des peuples coloniaux.
Aux travailleurs qui avaient souffert du rationnement, on promettait une amélioration, non chiffrée et qui allait mettre des années à venir. Aux capitalistes, on annonçait « l'établissement d'un impôt progressif sur les bénéfices de guerre et plus généralement sur les gains réalisés au détriment du peuple et de la nation pendant la période d'occupation ».Pour une classe composée dans sa totalité et par nature de profiteurs de guerre ce n'était pas cher payé.

... et son application

Les nationalisations allaient être effectives après la fin de la guerre sous le gouvernement de de Gaulle auquel participèrent des ministres PCF. Mais, loin d'être une mesure « sociale », elles étaient une nécessité pour le redémarrage de l'économie capitaliste et eurent lieu dans tous les pays, en Europe comme au Japon. Les entreprises furent d'ailleurs payées rubis sur l'ongle à leurs propriétaires.

Pour tous droits politiques, les peuples coloniaux eurent dès le 8 mai 1945 les massacres de Sétif, en Algérie, puis encore près de vingt ans de guerres coloniales.

En France, les quelques mesures sociales, comme la mise en place de la Sécurité sociale, ne coûtèrent en fait pas grand-chose à la bourgeoisie et ne furent que le prix à payer pour donner l'illusion d'un progrès social et permettre au PCF de brandir cet alibi.

Dans ces conditions, l'union sacrée de tous les partis derrière de Gaulle pour éviter des troubles révolutionnaires, assurer la continuité de l'État et conserver l'empire, put fonctionner. Et, comme on peut le constater aujourd'hui aux coups qu'elles portent aux travailleurs, les « féodalités économiques et financières » dirigent toujours l'économie, et par là toute la société. Elles n'ont jamais été menacées, ni en 1945 ni après. Et elles doivent d'avoir coulé ces jours heureux, après avoir mis la planète à feu et à sang dans deux guerres mondiales, au fait que la classe ouvrière n'a pas contesté leur pouvoir politique. Par l'intermédiaire des Partis communistes et en particulier en France du PCF, le mouvement ouvrier a été domestiqué et mis au service de la bourgeoisie et de son État. Les prétendues « conquêtes de la Libération » ne furent que le maigre pourboire versé par la bourgeoisie aux appareils politiques et syndicaux encadrant les travailleurs, sous la forme de places dans ses institutions.

C'est ce reniement de toutes les traditions révolutionnaires, cet asservissement volontaire des partis et syndicats ouvriers, qui ont été présentés pendant soixante-dix ans comme un titre de gloire par les dirigeants du PCF et d'une partie de la gauche. Ceux-ci continuent de célébrer le Conseil national de la résistance et son programme comme l'exemple même d'une politique sociale. Mais, s'il démontre quelque chose, c'est surtout leur belle constance dans la tromperie à l'égard des travailleurs.

Paul GALOIS (LO, mai 2013)

mercredi 22 mai 2013

:: La situation intérieure - Allocution de Nathalie Arthaud le dimanche 19 mai 2013 à la fête de Lutte Ouvrière


Travailleuses, travailleurs, camarades et amis, je vous souhaite la bienvenue à la fête de Lutte Ouvrière. La journée est pluvieuse mais j’espère que la fraternité et la bonne humeur la rendent plus chaleureuse.
Le gouvernement Hollande a un an et il a perdu tout crédit dans les classes populaires. Tous ceux qui croyaient qu’avec Hollande, cela ne pouvait pas être pire qu’avec Sarkozy, ne peuvent que se rendre à l’évidence : c’est pire. Ce n’est pas une question de caractère ou de personnalité, et ce n’est même pas une question de politique, car la politique de Hollande et celle de Sarkozy se ressemblent comme deux gouttes d’eau ; c’est que la crise économique s’aggrave, et les attaques du patronat aussi.
La politique menée par le grand patronat est celle que l’on connaît depuis que la crise a éclaté : l’aggravation de l’exploitation, le blocage des salaires, la multiplication des petits boulots, les suppressions d’emplois, les fins d’intérim, le renvoi des CDD. Pour sauver leurs profits, les grands groupes ferment des usines, se délestent de leurs filiales les moins rentables, stoppent leurs contrats avec les sous-traitants, dont on ne compte plus les liquidations judiciaires.
Depuis près de deux ans, il y a chaque jour 1 000 chômeurs supplémentaires qui vont pointer à Pôle emploi. Vous l’avez peut-être entendu, Hollande, pour faire du zèle vis-à-vis du patronat, a décidé d’enseigner l’esprit d’entreprise aux collégiens ; eh bien il ferait mieux de leur apprendre la condition de chômeurs, parce que c’est ça, l’avenir qu’il réserve à la jeunesse !
Bien sûr c’est le grand patronat qui licencie et qui sème la désolation dans le pays, mais le gouvernement en est le complice, le serviteur fidèle. Est-il intervenu auprès de la direction de PSA pour qu’elle révise sa position de fermer l’usine d’Aulnay ? Non ! Et Petroplus, Goodyear, Doux ou Virgin ?
Hollande ne s’était pas engagé à grand-chose vis-à-vis des travailleurs, mais même sur le peu qu’il avait promis, on l’a vu aller de reniement en capitulation.
Enterrée, la promesse faite devant les ouvriers d’Arcelor Mittal qu’il ferait tout pour trouver un repreneur pour les hauts-fourneaux de Florange ! Oubliés, ses grands mots contre la finance ! Trahie, la promesse qu’il n’augmenterait pas la TVA !
Quant à la réforme de Sarkozy sur les retraites qui était, disait-il, injuste, il va l’aggraver en essayant d’y associer les confédérations syndicales.
Oui, il y a de quoi être écoeuré par ce double langage et de quoi être en colère. On a dit pis que pendre de Cahuzac, et il le méritait ! Mais si le mensonge de Cahuzac a suscité l’indignation générale, qui s’indigne de ce que Hollande a menti pour se faire élire, qui s’indigne de ce que, une fois élu, il fait le contraire de ce qu’il avait promis ?
Ce sont là des mensonges plus lourds de conséquences pour nous tous, mais ils sont excusés. Au Parti socialiste, tout le monde les justifie, en expliquant que c’est la crise, que l’arriéré laissé par Sarkozy était pire que ce qu’ils croyaient…Mais Hollande n’a pas découvert à l’Elysée les projets de Mittal, il n’a pas découvert non plus l’état d’endettement du pays !
Il y a un an, au moment de la présidentielle, nous avons dénoncé la mascarade électorale en disant : « Si futur gouvernement socialiste il y a, il fera ce que la finance imposera. Si Hollande est élu, les coups au lieu de venir de la droite, viendront de la gauche (…). Il ne peut pas y avoir un « bon » gouvernement de gauche en cette période de crise ! La bourgeoisie ne laissera de place qu’à un gouvernement de combat contre la classe ouvrière. »
Après un an de gouvernement Hollande-Ayrault, la démonstration est faite.
Lorsque la bourgeoisie a de bonnes affaires en vue, elle peut consentir aux dirigeants politiques de gauche des concessions pour les travailleurs.
Par temps de crise, c’est l’inverse. Ce que le marché n’est plus capable de rapporter au grand patronat, il le prend sur les travailleurs, sur les salaires, sur les conditions de travail. Il ne peut pas y avoir de miracle, moins il y a de production, moins il y a de perspectives de profits, moins de miettes tomberont de la table capitaliste.
Hollande prêche le compromis, la négociation entre les travailleurs et le patronat. Comme s’il était possible de ménager la chèvre et le chou ! La classe capitaliste mène une guerre d’autant plus féroce contre les travailleurs qu’elle est affolée par la crise de sa propre économie.
La seule politique qu’elle accepte de la part de ceux qui gouvernent, c’est celle qui lui permet de préserver ses profits et sa fortune en écrasant les conditions d’existence des travailleurs. Et c’est cette politique-là que Hollande met en œuvre.
La bourgeoisie et le gouvernement Hollande, qui est son bras armé, ne nous laissent pas le choix ! C’est leurs profits ou nos salaires ! Leur compétitivité ou notre santé ! Nos retraites ou leurs fortunes ! C’est leurs sinécures ou notre peau ! C’est la guerre sociale.
Dans cette guerre sociale, les travailleurs ne disposent pas d’autres moyens que leur lutte collective, avec leurs armes : les grèves, les manifestations, pour défendre leurs intérêts de classe.
En France la guerre sociale n’a pas encore la brutalité de celle menée en Grèce, en Espagne, au Portugal ou en Italie. La France part de plus haut, c’est un pays économiquement plus puissant, qui a accumulé au fil du temps plus de richesses notamment en pillant et en colonisant une grande partie de l’Afrique.
La bourgeoisie a donc pu, dans le passé, concéder aux exploités toute une série de droits, mais ils sont en train d’être démolis. Regardons vingt ans en arrière : quand on était embauché, sauf accident ou choix personnel, c’était pour la vie. Aujourd’hui, quel jeune imagine décrocher un CDI ? Le CDI est devenu un privilège extraordinaire, la norme maintenant c’est le travail à la commande, le travail à la tâche comme au 19ème siècle !
Il reste encore des amortisseurs sociaux, comme ils disent, mais jusqu’à quand ? Les aides familiales, les allocations logement, les pensions d’invalidité, sont plus restrictives. Les services publics fonctionnent de moins en moins bien, ils sont de plus en plus payants, de moins en moins publics.
Alors que tout le monde, à droite comme à gauche, s’est toujours gargarisé du modèle français de protection sociale avec la sécurité sociale, voilà que de plus en plus de voix se font entendre pour la remettre complètement en cause.
Quant aux droits à la retraite, ils reculent depuis trente ans, et le vol de nos retraites va continuer avec Hollande. Avec la loi sur la flexibilité, le gouvernement Hollande en a déjà fait plus pour aggraver les conditions de travail qu’en dix ans de droite.
Du nord au sud de l’Europe, ce sont les mêmes reculs, les mêmes sacrifices contre les travailleurs, que le gouvernement soit de droite, de gauche, une coalition gauche-droite ou droite-extrême-droite. A chaque élection, les uns comme les autres cherchent à se différencier, à s’opposer mais quand ils gouvernent, ils mènent la même politique : celle que la bourgeoisie leur dicte.
Les chefs d’Etat ne sont que des pantins dans les mains de la bourgeoisie. Aujourd’hui Hollande est un pantin dans les mains de Mittal, de la famille Peugeot, Bettencourt. Mitterrand, Chirac, Sarkozy, l’ont été dans le passé. Mélenchon, s’il devenait président, le serait aussi, parce que le pouvoir qui s’impose à eux est le pouvoir des grands groupes capitalistes, dont la politique se résume à exploiter toujours plus les travailleurs et à mettre les caisses publiques en coupe réglée.
Par les temps qui courent, le gouvernement ne peut qu’être le bras armé de la bourgeoisie contre les exploités. Comprendre cette vérité-là est le début de la conscience de classe.
La défense des intérêts des travailleurs n’est pas une question de jeu politique, d’élections et de premier ministre, c’est une question de rapport de force entre la bourgeoisie - la grande bourgeoisie - et les travailleurs. Contrairement à la propagande qui consiste à faire croire que la lutte de classe fait partie du passé, elle est là, elle est féroce, et surtout elle est à sens unique. Dans cette lutte, il n’y a que la bourgeoisie qui donne des coups. C’est cela qu’il faut changer.
Pour inverser le rapport de force, les travailleurs ne pourront faire l’économie d’une lutte massive, explosive, qui fasse peur à la bourgeoisie comme elle a eu peur en juin 1936 avec les occupations d’usine, comme elle a eu peur en mai 1968.
Nous sommes des militants et nous savons qu’on ne peut pas déclencher les luttes en appuyant sur un bouton. Personne, aucun parti, aucune confédération syndicale, ne peut décréter la mobilisation générale des travailleurs.
Mais les luttes se préparent, dans les têtes et dans les consciences. Dévoiler la politique de la bourgeoisie, dénoncer le jeu de ses serviteurs politiques, dire la vérité aux travailleurs, les armer politiquement, moralement, c’est ce que les directions syndicales pourraient et devraient le faire.
Au lieu de cela, les dirigeants syndicaux passent leur temps en conciliabules avec le gouvernement et le patronat. Je ne parle pas des militants syndicalistes, qui se démènent comme ils peuvent sur le terrain. 
L’encre des accords sur la flexibilité n’est pas encore sèche que le gouvernement et le patronat ouvrent déjà un nouveau cycle de conférences sociales sur les retraites.
Alors que tout le monde a compris que le patronat n’est pas disposé à faire de cadeaux et qu’il ne veut négocier que des reculs pour les travailleurs, pourquoi cautionner ces négociations bidon ?
Ceux qui entrent dans le jeu du gouvernement et du patronat ne sont que des bureaucrates qui croient pouvoir monnayer leur signature contre quelques avantages mineurs pour les travailleurs ou pour leur boutique syndicale. Mais quand ils finissent par signer des reculs honteux pour les travailleurs en les faisant passer pour des avancées, comme cela a été le cas pour les accords compétitivité, c’est une trahison des intérêts matériels des travailleurs mais c’est aussi une trahison morale.
On ne peut reprocher à personne, et pas même aux directions syndicales, de ne pas réussir à stopper les attaques patronales. Mais appeler un recul une avancée, c’est désorienter les travailleurs, c’est les tromper et les désarmer pour l’avenir.
C’est en étant fermes et déterminées elles-mêmes sur les objectifs, en disant la vérité, que les directions syndicales pourraient redonner confiance aux travailleurs. En ne le faisant pas, elles montrent qu’elles ne sont pas dans leur camp.
Les directions syndicales ne veulent pas impulser les luttes ni les préparer par une politique volontariste. Elles peuvent y être entraînées par la pression des travailleurs eux-mêmes, pour ne pas perdre tout crédit aux yeux des ouvriers. Mais on ne peut pas compter sur les directions syndicales pour préparer les luttes indispensables à venir, pour inspirer confiance.
En tant que communistes révolutionnaires, nous avons la ferme conviction que les travailleurs, les exploités, sont capables de diriger, démocratiquement, la société ! Infiniment mieux en tout cas que le grand capital, la bourgeoisie et leurs serviteurs politiques. Eh bien nous pensons, à plus forte raison, que les travailleurs sont capables de diriger eux-mêmes, démocratiquement, leurs propres luttes !
Alors oui, ce sera aux travailleurs eux-mêmes d’impulser leurs luttes, de les organiser et de les diriger ! Ils en ont la capacité et, lorsqu’ils en ont la volonté, tout devient possible.
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Cela fait des années qu’il n’y a pas eu de grandes luttes collectives. Mais il y a toujours ici et là, des luttes, des grèves, des manifestations.
Ces luttes sont d’autant plus difficiles qu’elles sont isolées, menées entreprise par entreprise. Ce sont des luttes où les travailleurs se retrouvent à se battre dos au mur, mais ils se battent quand même ! Ils se battent parce qu’ils veulent dire non ! Parce que s’il y a une chose qu’ils peuvent préserver, c’est leur conscience et leur dignité !
J’en profite ici pour rendre hommage aux ouvriers de l’usine PSA d’Aulnay qui ont fait grève pendant quatre mois. Pendant leurs quatre mois de grève, ils ont eu, face à eux, la famille Peugeot, une des familles bourgeoises les plus riches et les plus rapaces du pays, et ils ont montré qu’ils pouvaient lui tenir tête.
Ils n’ont pas réussi à empêcher la fermeture d’Aulnay mais, déterminés et organisés comme ils l’étaient, ils ont arraché à la direction des garanties qu’ils n’auraient pas eues sans la grève. Et, au-delà de qu’ils ont obtenu, ils ont gagné le respect de bien des travailleurs, et ils ont montré le chemin à suivre.
Alors oui, ils peuvent être fiers car ils ont représenté la combativité de la classe ouvrière, la dignité des travailleurs et la conscience de classe, ce qu’il y a de plus précieux pour les travailleurs !
Le gouvernement agit toujours en tant que commanditaire des intérêts généraux de la bourgeoisie, mais les mesures qu’il prend sont des mesures politiques. Les travailleurs doivent donc s’ériger en force politique pour peser et sur la politique du gouvernement et sur celle du grand patronat.
Bien des travailleurs sont écœurés par les dirigeants politiques, et ils le montrent par l’abstention aux élections, et cela se comprend. Si la gauche et la droite n’ont pas tout à fait le même langage, une fois au gouvernement elles mènent la même politique favorable au grand patronat.
Aujourd’hui, la politique est faite par les bourgeois, pour les bourgeois. Même quand le gouvernement parle de combattre le chômage, ce n’est jamais pour être favorable aux chômeurs, c’est toujours pour aider le patronat ! On nous explique du matin au soir que la politique menée l’est dans l’intérêt de tous, mais ce sont les banquiers et la bourgeoisie petite et grande qui imposent leurs propres intérêts et qui en tirent les bénéfices. Sous couvert d’une politique favorable au peuple, ils font une politique de classe.
La bourgeoisie n’a que faire de l’abstention des classes populaires ; ce qui commencerait à lui poser problème, c’est que s’impose sur la scène politique une force qui incarne les intérêts des travailleurs, et exclusivement leurs intérêts.
Il faut un parti qui oppose à la politique de classe de la bourgeoisie la politique de classe des travailleurs. Ce parti est indispensable pour défendre au quotidien les intérêts des travailleurs. Il est indispensable pour donner à la classe ouvrière l’instrument pour accomplir sa tâche historique, celle de renverser la domination de la bourgeoisie et de la remplacer par un gouvernement des travailleurs pour les travailleurs.
Tant que l’on ne touche pas à la toute puissance économique des grands groupes capitalistes, au système basé sur le profit et exclusivement sur le profit, la société tournera de plus en plus mal.
Gouvernement et patronat nous disent qu’il faut être compétitif, flexible, mais tout cela pourquoi ? Ils restructurent, ils ponctionnent, ils nous demandent d’attendre, d’accepter le chômage mais pourquoi accepter tous ses sacrifices ? A quoi servent les milliards retirés des services publics ? Si encore cela améliorait la situation économique, mais c’est tout le contraire ! C’est toujours et encore la finance qui prospère, les paradis fiscaux et la spéculation.
Tout le monde sait que la finance tue la croissance, que le paiement de la dette tue toute perspective de relance économique. Mais le capitalisme est un tout, on ne peut pas le découper en tranches. Il n’y a pas d’un côté la bonne bourgeoisie industrielle, qui veut la relance de l’économie, et de l’autre la méchante bourgeoisie financière, qui ne s’intéresse qu’à la spéculation.
Ce sont les mêmes bourgeois qui sont tiraillés par ces deux objectifs contradictoires. Bouygues ou Peugeot n’ont rien contre la relance, ils sont pour ! Mais ils ont aussi des intérêts financiers et c’est d’ailleurs leur capital placé dans la finance qui leur rapporte le plus !
Alors oui, c’est contradictoire mais le capitalisme est un système perclus de contradictions. À commencer par celle qui pousse chaque capitaliste individuel à aggraver l’exploitation, à payer le moins possible de salaire, alors que c’est précisément cela qui limite, voire fait reculer la consommation des classes exploitées et donc le marché.
La crise elle-même a révélé toute la folie du capitalisme. Si nous sommes en crise aujourd’hui, c’est que le système est capable de trop produire, c’est parce qu’on est en surcapacité par rapport à la consommation solvable. C’est en quelque sorte l’abondance qui crée la misère : eh bien, il n’y a pas de système plus aberrant.
Il n’y aucune raison de se résigner à une économie aussi stupide et d’accepter la domination de la bourgeoisie qui en est à la tête. Il faut supprimer sa domination sur l’économie, c’est-à-dire la propriété privée des moyens de production.
Oui, nous sommes communistes, « communistes » dans le vrai sens du terme, avec cette conviction que l’on peut débarrasser la société de la dictature de l’argent et des crises. Oui, l’avenir de l’humanité, c’est une société sans le marché, sans la loi aveugle du profit, sans la concurrence et sans exploitation, et nous sommes convaincus que c’est la classe ouvrière qui en sera le moteur !
Même pour mener les combats quotidiens des travailleurs et surtout pour les mener à la victoire il faut avoir confiance dans la classe ouvrière. Pour ne pas faillir face aux chantages patronaux et s’arrêter en chemin, il faut être convaincu que les travailleurs peuvent se passer de la bourgeoisie. Il faut montrer que les patrons qui menacent de mettre la clé sous la porte ne nous font pas peur, parce qu’on se passera d’eux ! Etre convaincu que ce n’est pas la bourgeoisie qui est irremplaçable, mais les travailleurs, qui font tout tourner dans la société.
Ces perspectives peuvent paraître très éloignées de ce que les travailleurs sont capables de faire aujourd’hui, et pourtant il est d’une nécessité brûlante de les défendre dès maintenant auprès des nôtres. Parce que c’est maintenant que la crise fait ses ravages, que l’état d’esprit de millions de femmes et d’hommes change, et que les certitudes tombent.
Il suffit de regarder ce qui se passe en Italie, en Grèce ou en Espagne, pour voir comment le discrédit des partis au pouvoir modifie les rapports de force électoraux ou pousse à la mobilisation.
En France, l’alternance classique a fonctionné : le Parti socialiste a pris la place de l’UMP, mais qui aurait pronostiqué qu’après seulement huit mois de gouvernement socialiste il y aurait des manifestations de droite réunissant des dizaines de milliers de personnes remontées comme des pendules contre Hollande ?
Oui, ici aussi, la situation change. Et pour l’instant, elle change en faveur de la droite. Les manifestations contre le mariage homosexuel lui ont permis de se renforcer. Les manifestants se sont certes cantonnés à dénoncer le mariage homosexuel et la filiation au nom de leurs valeurs conservatrices, mais ils constituent un terrain de recrutement, un terrain d’entraînement pour des courants d’extrême droite profondément anti-ouvriers, anti-grèves, anti-syndicats. Ils sont politiquement et socialement des ennemis des travailleurs, et c’est ceux-là qui sont aujourd’hui renforcés par l’arrivée de la gauche au pouvoir.
Parmi eux, il y a le Front national, dont on voit que l’influence grandit, y compris dans l’électorat populaire.
Comme tout démagogue, le Pen sert aux uns et aux autres le discours qu’ils veulent entendre. Il y en a pour les catholiques, pour les racistes, et il y en a aussi de plus en plus pour les chômeurs, pour les ouvriers et pour les retraités.
Mais derrière ces œillades aux classes populaires, Le Pen prépare un régime autoritaire anti-ouvrier.
Dans bien des pays d’Europe, sans être au gouvernement ses amis d’extrême droite pèsent déjà sur la politique des gouvernements pour une politique plus autoritaire, toujours plus dure contre les chômeurs et les pauvres.
Un des principaux arguments du Front national est qu’il n’a jamais été au pouvoir, qu’il ne s’est jamais compromis, contrairement aux grands partis de la droite qui alternent au gouvernement.
Certes, Marine Le Pen n’a jamais été au pouvoir, son père non plus, mais des gens de leur acabit, l’Europe en a connus, du Portugal de Salazar à la Grèce des colonels, en passant par l’Espagne de Franco. Voilà les modèles pour l’extrême droite, voilà le régime qu’elle voudrait imposer.
Certaines des bandes d’extrême droite qui s’agitent dans l’ombre du Front national prennent même leurs références chez Mussolini et Hitler.
Les régimes fascistes de Mussolini ou de Hitler, avant d’être des dictatures brutales qui détruisaient les organisations ouvrières et assassinaient les militants ouvriers, se disaient « national socialistes », ils dénonçaient « le capitalisme financier », ils prétendaient combattre le chômage et donner un travail à tout le monde. Sauf que leur monde à eux excluait les juifs, les tsiganes, les homosexuels, les noirs, et bien entendu, les communistes !
Même s’il reste pour le moment sur le terrain électoral, la perspective politique du Front national est un régime de ce genre.
Il n’y a pas encore en France de milices armées qui font leur loi sur la population, mais il y en a en Hongrie et en Grèce. Même en France, on peut déjà voir agir le matériau humain qui pourra les constituer. On les a vus, en marge des manifestations contre le mariage pour tous, s’en prendre aux homosexuels. Demain, ils pourraient s’en prendre aux Roms et aux travailleurs immigrés, comme en Grèce.
Quand le Pen s’attaque verbalement aux travailleurs immigrés, ce ne sont pour l’instant que des mots, mais demain son parti, ou d’autres de la même espèce, passeront aux actes. Ils commenceront peut-être par s’en prendre aux travailleurs sans papiers, mais ceux avec papiers suivront, et ensuite ce sera le tour de ceux, français, qui auront le défaut d’être syndiqués ou de gauche.
La perspective politique de l’extrême droite est de s’attaquer au mouvement ouvrier, de limiter ou d’interdire les grèves, d’éliminer toute conscience de classe et, à plus forte raison, toutes les idées communistes. Le Pen fait des appels du pied à l’électorat populaire et même aux chômeurs, aux salariés, mais elle creuse la tombe des classes exploitées.
Oui, une course de vitesse est engagée de fait entre les travailleurs conscients et l’extrême droite anti-ouvrière. Et il se peut que les travailleurs soient amenés à se battre sur le terrain politique en même temps qu’ils se battent pour défendre leurs conditions d’existence, leur emploi, leur salaire.
C’est en menant leurs luttes sur le terrain de classe que les travailleurs prendront conscience à quel point leurs intérêts matériels et leurs intérêts politiques sont intimement liés, et qu’ils apprendront à faire le tri entre leurs ennemis, leurs faux amis et leurs amis.
Les travailleurs deviendront une force politique capable de peser quand ils opposeront à « l’union nationale » et au poison de la « préférence nationale », la préférence de classe. Quand ils diront : les exploités d’abord ! Quand ils se battront pour les travailleurs d’abord ! Quand ils se battront pour leur emploi, pour leur salaire, et surtout pour le contrôle des exploités sur les entreprises, sur les banques, afin que les décisions économiques cessent d’être le monopole d’une minorité de riches parasites !
Le discrédit de Hollande renforce la droite et l’extrême droite, mais elle provoque aussi du mécontentement parmi les électeurs habituels du Parti socialiste. Ils ont tendance à se regrouper autour de Mélenchon et du Front de gauche.
Au Front de gauche, la direction du PC et Mélenchon n’ont pas la même stratégie électorale en particulier dans les municipales, mais ils ont fondamentalement la même politique et la même préoccupation d’attirer les « déçus du socialisme » et de représenter l’alternative à gauche.
Après avoir aidé dans le passé Mitterrand à se donner une image d’homme de gauche, la direction du PC amène la force militante et le crédit qui lui reste de son passé de parti ouvrier à Mélenchon. Il aide ainsi l’ancien sénateur et ministre socialiste à se donner une allure de révolutionnaire du verbe et d’ami des travailleurs.
La sauce de Mélenchon est un drôle de mélange qui concilie la prise de la Bastille avec une candidature au poste de Premier ministre.
Après Hollande, c’est lui qui nous explique maintenant qu’il est possible d’avoir un « bon » gouvernement de gauche, qu’il est possible d’en faire ravaler aux plus riches et de concilier les intérêts des travailleurs et de la bourgeoisie.
Le croire serait aller d’illusions en illusions ! Quand bien même Mélenchon serait Premier ministre, il serait non seulement sous l’autorité de Hollande, mais surtout à la tête d’un appareil d’Etat entièrement construit pour servir les intérêts de la bourgeoisie.
Un appareil d’Etat composé de centaines, de milliers de hauts fonctionnaires, des préfets aux directeurs de cabinet des ministères, qui incarnent la continuité de l’Etat pendant que les ministres passent. Un appareil d’Etat avec la hiérarchie militaire, la hiérarchie policière, dressées pour défendre l’ordre bourgeois sur l’économie.
Un gouvernement Mélenchon devra, comme n’importe quel autre gouvernement sous la domination sociale de la bourgeoisie, obéir à la classe riche. Dans cette période de crise, cela le mettra dans l’obligation de faire une politique anti-ouvrière.
Les mots d’ordre que Mélenchon met en avant sont toujours d’apparence radicale, mais ils sont politiquement creux et ils sont étrangers aux intérêts des travailleurs.
Mélenchon a compris que l’alternance ne faisait plus rêver personne, il propose donc de changer de Constitution. La solution miracle serait de bâtir une nouvelle République la 6e République, qui deviendrait démocratique et sociale par la grâce de nouveaux textes constitutionnels. Comme si l’exploitation était inscrite dans la Constitution !
Ce n’est pas une Constitution qui permet aux capitalistes de s’enrichir sur notre dos, c’est le droit de propriété capitaliste, c’est le monopole que la bourgeoisie a sur l’argent, sur les entreprises et sur toute l’économie. C’est ce monopole là qu’il faut supprimer, mais renverser la domination de la bourgeoisie, ce n’est pas le programme de Mélenchon.
À tous ceux qui sont convaincus par nos idées mais qui regrettent que nous ayons moins d’influence que Mélenchon, nous disons : « rejoignez-nous ! » Car s’il y a bien des choses que nous ne pouvons pas faire, il y en a toujours une que pouvons faire : dire ce que nous pensons, affirmer notre politique communiste révolutionnaire, faire vivre nos idées et préparer l’avenir .
Les révolutionnaires n’ont pas à se mettre à la remorque de politiques étrangères aux intérêts des travailleurs, il faut qu’ils s’attèlent à la tâche de construire un parti. Ils doivent être présents et se battre pour donner aux luttes politiques, qui ne manqueront pas dans les années à venir, la seule orientation positive, la lutte de classe.
L’existence d’un parti, riche des expériences de l’ensemble du mouvement ouvrier et présent à l’échelle du pays manque aujourd’hui cruellement. Il faut œuvrer pour qu’il renaisse au plus vite.
Nous ne partons pas de rien. Nous avons derrière nous toute l’histoire du mouvement ouvrier, ses trahisons, ses échecs mais aussi son expérience et ses victoires.
Le mouvement ouvrier d’hier comme celui d’aujourd’hui est porteur de valeurs morales aux antipodes des valeurs de la société bourgeoise. Contre l’individualisme et le chacun pour soi de la société capitaliste, il est porteur de la solidarité et de la fraternité ! Contre l’adoration de l’argent, il porte les intérêts collectifs ! Contre le nationalisme, l’internationalisme !
Nous ne doutons pas que demain ces valeurs attireront tous ceux révoltés par l’exploitation et son cortège d’injustices. Les idées communistes, la perspective de la révolution sociale, nos idées, attireront les plus révoltés, les plus combatifs, les plus dévoués à la cause ouvrière.
Il faut s’adresser à tous ceux-là et leur donner envie de se joindre à nous.
Alors, camarades, je vous souhaite une bonne fête et bon courage pour poursuivre le combat !