Paris, Meeting Elections européennes (16 mai 2014), intervention de Nathalie Arthaud et de Jean-Pierre Mercier
Travailleuses, travailleurs, camarades et amis,
Comme l’a dit Jean-Pierre, ces élections donnent aux travailleurs l’occasion de se faire entendre.
Mais pour faire entendre leurs intérêts, les travailleurs ne doivent
pas se laisser entraîner dans les faux débats qui agitent cette
campagne, que ce soit sur les frontières de l’Europe, sur le
protectionnisme ou sur l’euro.
Les principaux politiciens opposent l’euro au Franc pour ne pas avoir
à se positionner sur le niveau des salaires. Ils opposent la France à
l’Europe pour masquer la responsabilité patronale. Ils opposent le
protectionnisme à la mondialisation, pour ne pas parler du capitalisme.
Du front de gauche jusqu’au Front national en passant par le PS et la droite, tous jouent à ce jeu là. C’est une diversion.
En plus de détourner les travailleurs des combats qu’ils ont à mener,
ces idées distillent le poison de la division, du nationalisme, quand
ce n’est pas celui de la xénophobie.
Alors les travailleurs doivent rejeter ces idées nuisibles et
réaffirmer l’internationalisme porté depuis toujours par le mouvement
ouvrier en proclamant : prolétaires de tous les pays unissez-vous !
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Beaucoup, au premier rang desquels le Front National nous disent que
tout est de la faute de Bruxelles et qu’il faut considérer les
travailleurs des autres pays d’Europe comme des concurrents, des
adversaires, des ennemis.
Des adversaires, ceux qui aux quatre coins d’Europe subissent les
mêmes licenciements, les mêmes blocages des salaires, la même démolition
des services publics ? Des ennemis, ceux qui sont comme nous sous le
diktat des banques et des grands groupes capitalistes ? Des concurrents
ceux qui viennent travailler sur les chantiers de construction en
France ? Non ! Des travailleurs comme nous tous ici, des exploités bien
forcés d’aller où ils peuvent gagner leur croute !
La classe ouvrière est internationale par nature. Elle existe dans
tous les pays parce que, partout où le capitalisme s’est imposé, il a
généralisé la condition d’exploité à l’immense majorité de la
population.
Internationale, aussi parce que les travailleurs de tous les pays se
sont mélangés depuis toujours. Marx disait « Les travailleurs n’ont pas
de patrie ». Et ce n’était pas qu’une façon de prendre le contrepied du
nationalisme de bourgeoisie, c’était un constat. Le constat que dans
cette société capitaliste, les travailleurs sont forcés de se déplacer,
forcés d’aller vivre où ils trouvent du travail.
Aujourd’hui en France quand on est licencié d’une usine, il faut de
plus en plus changer de ville ou de région pour espérer retrouver du
travail. Mais combien d’ouvriers espagnols, portugais ont été forcés de
laisser leurs familles pour venir se faire embaucher sur les chantiers
en France, depuis que la crise les a privés de tout moyen de vivre dans
leur pays ?
Combien d’autres travailleurs sont forcés de faire des milliers de
kilomètres, de changer de continent, de langue, d’abandonner leurs
attaches dans l’espoir tout simple de trouver du travail et de pouvoir
vivre ?
Il est aujourd’hui beaucoup question des « travailleurs détachés »
roumains, bulgares ou polonais. Mais combien de paysans italiens,
algériens, marocains, ont été détachés de leurs champs tout au long du
20ème siècle pour venir travailler dans les mines, sur les ports, dans
les usines de montage ?
Au 19ème siècle déjà, Londres, Paris, les grands chantiers de
construction de chemin de fer ou les régions minières étaient des points
de rassemblement de travailleurs français, allemands, anglais,
irlandais, belges, polonais.
Comme aujourd’hui, la bourgeoisie a toujours cherché à profiter de la
misère ouvrière pour mettre en concurrence les travailleurs, casser les
salaires et aggraver l’exploitation. Mais les travailleurs n’en sont
pas restés à se regarder en chiens de faïence. Ils y ont répondu de la
seule manière possible : en s’organisant et en combattant ensemble.
Le mouvement ouvrier, à l’image de la classe ouvrière, a toujours été
international. Sur les barricades de 1848, les Gavroche ont côtoyé des
ouvriers italiens, allemands, suisses, belges. Le premier gouvernement
ouvrier, la commune de Paris de 1871 avait nommé à sa direction un
Hongrois, Leo Frankel, et un Polonais, Dombrowski, à son commandement
général.
La première grande organisation ouvrière fut l’Association
internationale des travailleurs créée à Londres, en 1864, à partir de
liens existants entre les ouvriers de toute l’Europe. Karl Marx résuma
son but en deux phrases « l’émancipation de la classe ouvrière doit être
l’œuvre des travailleurs eux-mêmes » et « Prolétaires de tous les pays,
unissez-vous » et c’est sur cette base que se développèrent les
premiers partis ouvriers nationaux dans les années suivantes.
Pour les dirigeants qu’étaient Marx, Engels, Lénine, Trotsky ou Rosa
Luxembourg et qui avaient l’internationalisme chevillé au corps, il
était évident que le combat des travailleurs était un combat
international, mais ça l’était aussi pour un grand nombre de militants.
Leur internationalisme allait de pair avec la lutte de classe et il
en va de même aujourd’hui. La conscience internationaliste est
indissociable du combat des travailleurs.
C’est la conscience qu’au-delà de leurs différences, au-delà des
nationalités et des frontières, les travailleurs ont les mêmes intérêts
et forment une seule et même classe sociale.
C’est la conscience que ce qui sépare les hommes, ce ne sont pas les
frontières géographiques, mais les frontières sociales, les frontières
de classe qui divisent la société en exploités d’un côté et en
exploiteurs de l’autre. C’est le rejet du nationalisme et du
chauvinisme.
C’est la conviction que les luttes des travailleurs dans quelque pays
que ce soit font avancer le sort de tous. C’est la conviction que le
combat des uns est le combat de tous.
Cette conscience n’a jamais été innée. Elle s’est construite et elle
s’est transmise au travers des organisations ouvrières, au travers de
journées de lutte internationale comme le premier mai, au travers aussi
du rejet des hymnes et des drapeaux nationaux remplacés par le drapeau
rouge et le chant de l’internationale.
C’est peu dire que les partis de gauche n’ont plus cette politique.
Cela fait bien longtemps que le Parti Communiste Français a fait sien le
drapeau bleu blanc rouge et la Marseillaise, bien longtemps que ses
représentants ne parlent plus au nom des travailleurs mais, au nom des
« français », comme tous les partis bourgeois.
Le PC comme le Parti gauche se placent comme les politiciens
bourgeois sur le terrain du nationalisme. « Qu’est-ce qui sera bon pour
la France ? Qu’est-ce qui sera bon pour l’économie du pays ? », se
demandent-ils. Mais autant se demander ce qui sera bon pour Bouygues,
pour Peugeot, pour Bettencourt, car les intérêts de la France sont
toujours les intérêts de la bourgeoisie française, jamais ceux des
travailleurs et des pauvres.
Eh bien les travailleurs conscients doivent opposer à tout ce monde
là leur point de vue de classe et leur internationalisme et se demander
non pas ce qui sera bon pour la France, mais qu’est-ce qui sera bon pour
les travailleurs et qu’est-ce qui sera bon pour tous les travailleurs,
quelles que soient leur nationalité et leur origine.
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L’internationalisme n’est pas qu’une question de solidarité entre
exploités et d’efficacité dans le combat, c’est la seule issue pour
l’humanité. C’est la conviction que les travailleurs ne pourront pas
s’émanciper dans un seul pays.
Il n’y a pas de société plus folle que cette société capitaliste.
Pourquoi sommes nous plongés dans une crise dont personne ne voit le
bout ? Non pas parce qu’il manque des bras pour produire, des millions
de travailleurs sont condamnés au chômage. Pas parce qu’il manque des
usines, des dizaines si ce n’est plus, sont fermées chaque jour en
Europe. Pas parce qu’il manque des capitaux, des milliards sont gâchés,
dilapidés dans des dépenses extravagantes ou pire, dans la spéculation.
Près d’un milliard de personnes sont condamnées à la
sous-alimentation alors que nous produisons de quoi nourrir deux fois la
population de la planète. Des centaines de millions d’êtres humains
sont privés de l’accès à un logement digne ce nom, à des soins
convenables, à la culture, voire simplement à de l’eau courante.
Tout cela pourquoi ? A cause des lois du capitalisme. Parce que les
capitalistes ne produisent que pour ceux qui sont solvables, parce
qu’ils n’investissent que dans ce qui est le plus rentable, parce qu’ils
préfèrent le gain rapide de la spéculation à celui moindre de la
production. Parce qu’au lieu d’organiser rationnellement la production
et de produire pour les besoins de tous, les capitalistes sont lancés
dans une accumulation individuelle délirante et une concurrence à mort.
La seule issue pour l’humanité est de renverser le capitalisme et de
fonder l’économie sur des bases collectives. Mais cette économie ne peut
pas fonctionner autrement que sur une base mondiale.
L’économie capitaliste étouffe de ses propres contradictions, elle
étouffe sous l’effet de la loi du profit et de la propriété privée, de
la concurrence. Mais à toutes ces contradictions internes, s’ajoute le
fait que l’économie et les entreprises sont internationalisées alors que
le monde et les continents sont morcelés en Etats nationaux.
C’est peu dire que le capitalisme est mondialisé depuis toujours, il
s’est développé à partir du commerce international. Le commerce avec
l’Afrique, avec l’Asie et le moyen Orient, le commerce triangulaire et
la traite esclavagiste aux 17 et 18e, ont été à la base de la révolution
industrielle.
C’est la bourgeoisie montante qui a réalisé la première
mondialisation et elle a ainsi étendu ses méfaits, l’exploitation, les
rapines, le pillage et les massacres à la planète entière.
Depuis lors, les échanges internationaux n’ont fait que
s’intensifier, les capitaux se sont mêlés, les travailleurs aussi. Le
marché est devenu mondial. Les agriculteurs se fournissent et vendent
sur le marché mondial. La moindre usine travaille pour, ou avec des
entreprises étrangères. Pour être fabriqué, le moindre produit nécessite
une chaîne d’échanges internationaux.
Bien malin celui qui voudrait consommer 100 % français ! Un
journaliste s’y est frotté en essayant de vivre un an « made in
France ». Il s’est débarrassé de 95 % de son mobilier et de ses
appareils électriques, a remplacé le café et le thé par la chicorée et
le jus de pomme. Grand déchirement paraît-il, il a du se passer de ses
jeans, de son réfrigérateur, de son coupe-ongles.
S’il avait cherché de quel acier était fait son opinel, il aurait du
aussi s’en séparer car son acier inoxydable est…suédois. Quand à sa
mobylette, elle ne roulait sûrement pas au vin rouge. Il n’a pas non
plus poussé son expérimentation jusqu’à rechercher une énergie 100 %
française, ce qui l’aurait forcé de s’éclairer à la bougie, à supposer
qu’il y ait même des bougies et des allumettes 100 % françaises…
Comme quoi, tous ces gens-là sont peut-être naïfs mais pas fous !
Disons, à la décharge de ce journaliste, qu’il a payé un peu de sa
personne, quand un Montebourg, chantre du « made in France », et bien
placé pour savoir que ses discours ne valent rien, s’est contenté de
porter une marinière trois minutes, le temps d’une photo.
Montebourg ressemble à ces bonimenteurs de foire, vous savez, ceux
qui sont payés pour raconter et vendre n’importe quoi à des gogos. Parce
que son histoire de patriotisme économique c’est vraiment ça !
Regardez son cinéma autour d’Alstom. Il s’excite et fait mine
d’œuvrer pour l’intérêt supérieur en poussant l’offre de Siemens. Mais
il sait que la décision n’appartient pas au gouvernement. Il sait que
dans cette société le pouvoir est dans les mains de ceux qui détiennent
les capitaux.
Et ce n’est pas le décret qu’il vient de prendre qui changera cela.
Qu’en fera-t-il d’ailleurs ? Que le gouvernement n’imagine pas une
seconde nationaliser Alstom, montre qu’il veut pas s’immiscer dans les
affaires du groupe. Alors tout cela n’est que gesticulation.
Si les grands actionnaires d’Alstom, à commencer par Bouygues,
actionnaire pour 29%, trouvent plus d’intérêt à vendre à GE qu’à
Siemens, ils vendront à GE. N’en déplaise au gouvernement, à Montebourg
et ses sornettes patriotiques.
Sornettes patriotiques vraiment car ce que ne dit pas Montebourg
c’est que les turbines à gaz fabriquées par Alstom l’ont été pendant une
décennie sous licence GE, sous licence américaine. C’est cela que
Montebourg appelle l’indépendance énergétique de la France ?
Alstom compte 18 000 salariés en France mais 70 000 salariés dans le
monde. Avec son activité essentiellement tournée vers l’exportation,
Astom n’est pas plus « française » que GE qui emploie 11 000 salariés
dans le pays et fait travailler aussi des centaines de sous-traitants.
Quant à faire croire que l’emploi et les intérêts des travailleurs en
France seront mieux défendus si le pavillon français est hissé sur le
toit de l’usine, c’est se moquer du monde. Les ouvriers de Belfort en
savent quelque chose. Qu’ils travaillent chez Alstom ou chez General
Electric, ils ont été confrontés aux suppressions d’emplois, aux
restructurations, au chantage à la compétitivité.
Alors, laissons les bonimenteurs de foire discourir sur
l’indépendance de la France et pleurer sur la perte des « fleurons
français » qui ne sont ni des « fleurons » ni « français ». Ils ne sont
bons qu’à cela !
L’idée de produire et consommer 100% français est une idée
réactionnaire et stupide. On ne va pas installer des usines d’assemblage
d’avions de partout. On ne va pas cultiver des oranges ou des bananes
ou des cacaoyers en Bretagne ! Les groupes pétroliers parviendront
peut-être à leur fin en exploitant le gaz de schiste qu’ils ont trouvé
dans le sous-sol français, mais ils n’y trouveront pas de pétrole.
Ce sont les échanges de matière première, de technologies, de
produits, de capitaux, d’idées et d’hommes qui irriguent l’économie et
lui permette d’avancer. Bien sûr cette économie avance surtout au profit
d’une minorité et s’il y a quelque chose à changer c’est cela.
Car la mondialisation est un fait. Il n’y a pas plus de produits
français que de produits allemands ou chinois. Le moindre produit
nécessite l’intervention d’une myriade de métiers, de services, de pays,
de travailleurs. L’imbrication de l’économie à l’échelle de la planète
est telle qu’il est impossible de revenir en arrière sans imposer des
privations sans fin et une régression effroyable.
Ce que les travailleurs ont à combattre dans la mondialisation
capitaliste, ce sont les rapports de domination, le pillage, le
sous-développement, et les répercussions néfastes qui en découlent sur
l’environnement et la planète, ce que les travailleurs ont à combattre
dans la mondialisation capitaliste, ce ne sont pas les échanges, ce
n’est pas la mondialisation, c’est le capitalisme.
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L’accord de libre échange transatlantique que l’Europe est en train de
négocier avec les Américains est maintenant le symbole de la
mondialisation qu’il faudrait combattre. Biensûr il faut dénoncer ce que
les multinationales manigancent derrière notre dos. Mais gardons nous
de faire croire que les multinationales européennes ou françaises sont
meilleures que les américaines !
Le poulet au chlore que les adversaires de ce traité présentent comme
une spécialité américaine n’est certes pas très appétissant, mais
n’oublions pas que manger européen ne nous a protégé ni de la vache
folle ni des lasagnes à la viande de cheval.
Souvenons-nous du scandale du Mediator, vendu à des millions de
patients de par le monde comme un coupe-faim par Servier, grand patron
français s’il en était, décoré de la légion d’honneur par Sarkozy. Et
c’est sans oublier le scandale de l’amiante dont la nocivité fut établie
il y a un siècle, qui ne fut interdite qu’en 1997 en France, et qui tue
aujourd’hui encore.
Cet accord permettrait aux multinationales de prendre le pouvoir sur
les Etats nous-dit on. Comme si elles ne l’avaient pas depuis
longtemps !
Alors n’agitons pas des chiffons rouges et gardons-nous de faire
croire que le problème est le libre échange et la circulation des
marchandises !
Les liens économiques, sociaux et humains qui ont été tissés au
travers de cette mondialisation sont des liens précieux, c’est la base
sur laquelle un système plus productif que jamais s’est développé. Et
cela il ne faut pas le détruire, mais le maîtriser, il faut que les
travailleurs le reprennent à leur compte de sorte qu’il serve à
l’humanité toute entière.
Cela nécessite de se débarrasser de la dictature d’un nombre
restreint de groupes industriels et financiers, en concurrence les uns
avec les autres. De faire en sorte que ces immenses possibilités
scientifiques, technologiques et productives de la société, ne soient
plus subordonnées à la recherche du profit.
Les multinationales sous le contrôle des capitalises ont un grand
pouvoir de nuisance, mais ces mêmes multinationales mises au service de
la population pourraient être demain les outils fantastiques pour
maîtriser notre vie économique, pour l’organiser consciemment,
rationnellement de façon à économiser les ressources de façon à
combattre la pollution.
Aucun des grands problèmes qui se posent à l’humanité – qu’il
s’agisse de nourrir toute la planète, de guérir de maladies meurtrières,
de pourvoir le monde entier en énergie, en transports, en logements ne
peut être résolu avec le repli national. Toutes ces questions se posent
désormais à l’échelle de la planète. S’il revient aux travailleurs de
prendre le pouvoir et d’organiser la production, ils devront le faire à
l’échelle du monde.
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En 1914, alors qu’éclatait la première guerre mondiale, Trotsky
parlait ainsi des objectifs que le prolétariat devait se fixer : « Pour
le prolétariat européen, il ne s’agit pas de défendre la « Patrie »
nationaliste qui est le principal frein au progrès économique. Il s’agit
de créer une patrie bien plus grande : les Républiques des États-Unis
d’Europe, première étape sur la voie qui doit mener aux États-Unis du
monde.
A l’impérialisme sans issue du capitalisme le prolétariat ne peut
qu’opposer une organisation socialiste. Pour résoudre les problèmes
insolubles posés par le capitalisme, le prolétariat doit employer ses
méthodes : le grand changement social ».
Mais la révolution prolétarienne n’ayant pas vaincu, la construction européenne a été l’œuvre de la bourgeoisie.
Elle n’a pas été l’œuvre d’idéalistes, inspirés par le désir de
mettre fin aux guerres et de fonder les relations intereuropéennes sur
l’amitié entre les peuples. Elle a été l’œuvre de banquiers,
d’industriels, de marchands obsédés par la concurrence.
Pour les bourgeois d’Europe, la construction de l’Europe a été tout à la fois une nécessité et une impossibilité.
Une nécessité parce que l’’industrie française ou allemande, en
commençant par celle de l’acier et du charbon ne pouvaient pas se
développer dans les frontières étroites des marchés nationaux. Parce
qu’elles ne pouvaient pas espérer jouer dans la cour des Etats-unis ou
du Japon sans faire un grand marché européen.
Mais une impossibilité aussi parce chaque bourgeoisie voulait bien
accéder au marché du voisin tout en continuant à protéger son propre
marché. Parce que chaque gouvernement voulait bien des institutions
européennes tout en gardant leurs prérogatives.
Cette contradiction ne fait que s’exacerber aujourd’hui avec des
groupes capitalistes toujours plus internationalisés, œuvrant à
l’échelle de la planète mais toujours plus demandeurs de la protection
et des subventions de leur Etat.
Le résultat de ces compromis est l’Union Européenne que l’on
connaît : une espèce de mariage de raison où chacun fait chambre à part,
défend son pré carré et où ne met surtout son compte bancaire en
commun !
C’est une Europe rabougrie, qui au bout de 60 ans, ne compte que 28
pays sur les 45 qui existent en Europe, c’est une UE qui n’englobe
toujours pas toute la moitié orientale de l’Europe, la Russie,
l’Ukraine, la Biélorussie, sans parler de la Turquie. Et si des voix
s’élèvent aujourd’hui, ce n’est pas pour élargir l’Europe, mais pour la
rétrécir en officialisant une Europe à deux vitesses.
Que les défenseurs de l’Europe en soient à vanter le programme
Erasmus et l’obligation de la ceinture de sécurité à l’arrière comme les
grands acquis de l’Europe montre qu’ils n’ont pas grand-chose à se
mettre sous la dent pour nous faire aimer l’Union Européenne !
Leur ultime argument et le seul un peu conséquent, est que l’Union Européenne a garantit la paix.
Mais ces vingt dernières années, du Rwanda à la Yougoslavie en
passant par l’Irak, des millions de femmes et d’hommes ont péri sous les
bombes ou sous les coups de machettes, des pays entiers ont été
ravagés ! L’enfer de la guerre est aujourd’hui le quotidien en Syrie, en
Centrafrique, mais du moment que ces Messieurs dorment sur leurs deux
oreilles, ils appellent ça la paix !
Les dirigeants français, allemands et britanniques se vantent d’être
des forces de paix parce qu’ils ne font pas s’entretuer leur propre
peuple comme ils l’ont fait pendant les deux guerres mondiales. Mais ils
font s’entretuer d’autres peuples dans le tiers monde.
Ils envoient leurs avions de combats aux quatre coins du monde, ils
font sillonner les mers par leurs sous-marins nucléaires, les airs par
leurs drones de combat et quand leurs intérêts sont en jeu, ils mettent
des pays entiers à feu et à sang.
Les grandes puissances européennes à la tête de l’Europe n’ont rien
de vigies pacifiques. Comme les Etats-unis, ce sont des puissances
impérialistes, prêtes à tout pour sauvegarder leur influence et leurs
intérêts aux quatre coins du monde y compris la guerre.
Et se vanter d’avoir installé la paix en Europe au moment où
l’Ukraine s’enfonce dans la guerre civile, guerre dont l’Europe partage
la responsabilité avec les Etats-Unis et la Russie, est proprement
révoltant !
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Quant au fait qu’en 60 ans de construction, rien n’ait avancé sur le
terrain des droits démocratiques et sociaux, il ne faut pas en être
surpris. L’Union Européenne a été conçue et créée par et pour les
intérêts des groupes capitalistes.
Il n’a jamais été question de créer un espace où les salaires, les
droits sociaux, même les droits des femmes, soient alignés vers le haut.
Que les salaires roumains ou bulgares soient 5 à 10 fois inférieurs
aux salaires allemands ou français, que Malte, Chypre, la Pologne ou
l’Irlande continuent d’interdire l’avortement, et le gouvernement
espagnol l’envisage sérieusement, les dirigeants européens s’en moquent
complètement. Parler « d’Europe sociale », c’est bon pour les campagnes
électorales, mais cela n’engage à rien.
Même un droit aussi élémentaire que la libre circulation des
personnes n’est pas complète aujourd’hui, par exemple pour les Roumains,
les Bulgares ou les Croates !
Et regardez comment les Roms sont traités. Pour les Roms, la
construction de l’Europe aurait pu avoir une signification concrète, et
que fait l’Union Européenne ? Elle ne leur laisse que l’étroite
possibilité d’errer et d’être chassé d’une ville à une autre, d’un pays à
un autre !
Ce que les dirigeants politiques ont appelé la construction
européenne n’est qu’une histoire de marchandages sordides où les
travailleurs et les plus pauvres n’entrent pas en ligne de compte. C’est
une machine de guerre commerciale, un instrument d’oppression de la
bourgeoisie, qui s’ajoute à l’instrument d’oppression que constituent
les Etats nationaux.
Car nous ne sommes pas de ceux qui rejettent l’Europe pour vanter le
repli national ! Combattre l’Europe pour s’en remettre aux institutions
et à la souveraineté nationale n’est qu’une autre façon de servir la
soupe à la bourgeoisie.
Il est stupide d’opposer la souveraineté nationale à l’Europe quand
la souveraineté est dans les mains des capitalistes et qu’elle s’imposer
à chacun des pays, comme à l’échelle du monde. Il est stupide d’opposer
les responsables de Bruxelles ou d’Europe à ceux de la France ! Ce sont
les mêmes politiquement, voire ce sont les mêmes tout court !
Bruxelles ne prend aucune décision importante qui ne soit voulue ou,
du moins, avalisée par les gouvernements nationaux, au premier rang
desquels il y a le gouvernement français. Quant à celui-ci, il ne prend
aucune décision économique de quelque importance que ce soit, sans que
celle-ci ne soit elle-même avalisée par le grand patronat.
Ceux qui prétendent que les coups contre les services publics, contre
les quelques articles de loi protégeant les travailleurs, viennent de
Bruxelles, des institutions européennes ou de Merkel, visent à dégager
la responsabilité de chacun des gouvernements et à dédouaner ceux qui
sont les laquais de la bourgeoisie.
Non Merkel ne mène pas Hollande par le bout du nez. Ce n’est pas
l’égoïsme allemand qui en fait baver à toute l’Europe. Les dirigeants
français et allemands sont d’accord pour faire ce que les financiers
demandent. Ils ont été d’accord pour étrangler les travailleurs grecs ou
espagnols. Ils ont été d’accord pour imposer à tous les Etats des
politiques d’austérité.
S’il faut faire porter la responsabilité des décisions prises par
l’Europe, c’est sur le couple franco allemand, les deux plus grandes
puissances qui dominent la zone euro. Car c’est une caractéristique de
l’Europe que d’avoir maintenu les rapports de domination entre les pays
les plus riches de l’Europe et ceux plus pauvres comme la Grèce.
Quant à l’Europe de l’est encore beaucoup plus pauvre, elle n’a été
que le champ clos des rivalités des multinationales françaises,
allemandes et britanniques.
Et les classes populaires de toute la partie orientale de l’Europe,
de la Pologne à la Bulgarie ont de quoi être déçues par cette
construction européenne dont ils n’ont vu que les banques et les
multinationales françaises ou allemandes se comporter en prédateurs. De
l’Europe ils n’ont vu que les huissiers leur demandant d’abandonner les
maigres protections dont ils disposaient, ils n’ont vu que la crise les
condamnant au chômage et c’est en partie ce qui explique la virulence
plus grande de l’extrême droite dans cette partie de l’Europe.
L’Union Européenne est à l’image du capitalisme, inégalitaire,
injuste, gangrénée par la spéculation et la crise. Mais encore une fois,
ce n’est pas l’Europe qui est en cause, mais le capitalisme. Et tous
les démagogues qui font croire l’inverse et brandissent le nationalisme
emmènent les peuples dans une impasse mortelle.
L’Europe, l’Allemagne, la France, la Grèce, sont des paravents
derrière lesquels se cachent la domination des industriels et des
financiers de toutes origines. Poser les problèmes en termes nationaux,
c’est faire oublier qu’il y a des exploités et des exploiteurs dans tous
les pays.
N’en déplaise à Jean-Luc Mélenchon, l’Allemagne n’est pas un pays de
nababs retraités qui vivent sur le dos des travailleurs français jeunes
et productifs comme il le laisse entendre ! L’Allemagne c’est aussi ces
millions de travailleurs allemands, turcs qui vivotent avec 700, 800 €
par mois tout en travaillant dur.
Et Jean-Pierre l’a rappelé, Regardez comment après avoir accusé les
Grecs d’avoir vécu au-dessus de leurs moyens, ils disent cela de nous
aujourd’hui !
Alors être sensible à ce genre d’arguments nationaliste, quand il
s’agit des Grecs ou des allemands, opposer les peuples les uns aux
autres, ne pas voir les responsabilités de nos propres gouvernements
c’est se condamner à subir.
Ce qui se passe en Ukraine doit être pour tous un avertissement.
Depuis la chute de Ianoukovitch, les évènements se sont précipités avec
l’agitation des bandes nationalistes. A l’agitation des bandes
nationalistes dans la partie occidentale de l’Ukraine dont certains ne
cachent pas leur inspiration nazie répond l’agitation de celles de la
partie orientale.
Chacun désigne l’autre camp comme l’adversaire, le responsable de
tous les maux alors que la réalité des pensions de misère, les
fermetures des mines, le chômage de masse est autant partagé d’un côté
que de l’autre ! et des deux côtés ce sont les mêmes bureaucrates qui
amassent des fortunes pendant que leur peuple sombre dans la misère. Le
nationalisme est devenu pour la population ukrainienne un piège mortel.
Alors quelle que soit sa forme, A bas le nationalisme !
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Faire croire que l’État-nation pourrait protéger les travailleurs est
une escroquerie. Croire que le repli sur les frontières nationales et le
protectionnisme pourraient être d’un quelconque secours pour les
travailleurs est un leurre.
Le protectionnisme, prétendument solidaire version Melenchon ou
gouvernemental version Montebourg, n’est pas meilleur que le
protectionnisme xénophobe de Le Pen. Il forme un seul et même piège. Le
protectionnisme c’est d’abord des taxes en plus pour les consommateurs.
Tout le monde se plaint des taxes et des augmentations d’impôt, mais
le protectionnisme c’est un impôt supplémentaire sur tout ce qui est
importé. Les produits bon marché, qui permettent justement aux plus
pauvres de joindre les deux bouts, seront renchéris. C’est sûr que cela
ne posera pas de problème aux riches mais aux familles populaires, si.
La baisse de l’euro, voire la sortie de l’euro aura les mêmes
conséquences. Car baisser la valeur de l’euro, c’est aussi augmenter le
prix de tout ce qui est importé et en particulier celui du pétrole. Pour
tous les travailleurs qui hésitent à faire le plein de carburant, ce
sera bien plus difficile encore.
L’objectif de toutes ces mesures protectionnistes est nous dit-on de
remplacer les produits d’importation par des produits « made in
France ». A condition que ces Messieurs les capitalistes veuillent bien
investir et trouvent un quelconque avantage à produire ces produits en
France.
Prenez le secteur du bâtiment. Il manque un million de logements à
des prix abordables pour un salaire de travailleur. C’est un secteur
protégé de la concurrence, du tout cuit pour les Bouygues, pour les
Vinci et autres marchands de béton. Mais ce n’est pas assez rentable à
leur goût et ils préfèrent se lancer dans des partenariats public-privé
juteux, voire dans la construction de tours de 800 mètres de haut à
Dubaï…
Faire croire que le protectionnisme, via des taxes ou la baisse de la
monnaie relancera automatiquement la production, l’industrie, la
croissance et les emplois est une fumisterie. Croire d’ailleurs que l’on
pourrait arrêter les importations tout en continuant de vendre nos
propres produits à l’étranger est une escroquerie.
Le protectionnisme, ce n’est pas la fin de la guerre commerciale,
c’est son aggravation. C’est une déclaration de guerre dans la guerre.
C’est plus de frontières séparant les peuples, plus d’insanités
patriotiques. Car le protectionnisme est l’expression économique du
nationalisme, ce sont les deux faces d’une même pièce. Et faut-il
rappeler que le protectionnisme des années 1930 a débouché sur seconde
guerre mondiale ?
Non le protectionnisme n’est pas la recette miracle pour que ce
système tourne rond pour les exploités. Il ne le peut pas ! Les
travailleurs n’ont pas à choisir entre être exploité à la sauce
libre-échange ou protectionnisme, ils ont à se battre contre
l’exploitation.
*******
Le Pen est sans doute celle qui crie le plus fort contre l’Europe. A
l’entendre, tout est de la faute à l’Europe, de la commission
européenne, de Bruxelles. Rien du patronat ! Rien de la rapacité
patronale. Le grand patronat, ses bénéfices, ses dividendes,
l’exploitation et les bas salaires qu’il impose, cela n’existe pas pour
elle, parce qu’elle est de leur monde.
Pour Le Pen, comme pour les autres, l’exploitation est dans l’ordre
des choses, elle est normale et les travailleurs sont voués à la subir.
Le Pen fait de la démagogie, elle plaint les travailleurs, elle verse
une larme sur les retraités modestes et sur les chômeurs mais elle se
prépare à servir le système qui les écrase comme Sarkozy et comme
Hollande avec des conséquences pires pour les travailleurs.
Toute la politique du patronat consiste à diviser les travailleurs, à
les monter les uns contre les autres. Le Pen fait la même chose. En
opposant les travailleurs qui ont la carte d’identité française à ceux
qui ne l’ont pas, en opposant les travailleurs musulmans aux autres,
quand ce n’est pas les chômeurs à ceux qui ont du travail, Le Pen sème
le poison de la division parmi les travailleurs.
Elle accuse les travailleurs détachés des pays de l’Est de faire une
concurrence déloyale aux Français. Mais en France, le plus grand
contingent de travailleurs détachés, ce sont les Français salariés au
Luxembourg !
C’est le propre du capitalisme que de mettre en concurrence les
travailleurs les uns avec les autres, de nous mettre tous en concurrence
les uns avec les autres, les jeunes et les anciens, les diplômés et les
non diplômés, ceux qui ont le permis et la voiture et ceux qui ne l’ont
pas. Le piège mortel serait de nous combattre !
Alors Oui Le Pen est l’ennemi mortel des travailleurs. C’est une
démagogue qui s’appuie sur la démoralisation et la résignation pour
distiller son poison. La seule force qui la fera reculer c’est celle des
travailleurs en lutte.
************
Beaucoup déplorent que face au Front national, il n’y ait pas d’unité
à « l’extrême gauche ». Mais la force de l’extrême-droite réside dans
l’absence de perspectives à l’opposé, c’est-à-dire dans l’absence d’un
courant politique qui milite sur le terrain de la lutte de classe, dans
l’absence d’un parti révolutionnaire, qui rejette non seulement les
politiciens qui se succèdent mais l’ordre capitaliste lui-même.
La seule façon d’enrayer l’influence du FN dans la classe ouvrière
c’est que les travailleurs reprennent confiance dans leur force, dans
leur capacité de peser, qu’ils retrouvent leur combativité. Il ne faut
pas chercher une énième combinaison électorale, il faut lever le drapeau
des luttes.
Et c’est une évidence que ce n’est pas la politique de Melenchon.
Toute la politique de Mélenchon consiste à ressusciter la gauche. Et
avec qui ? Avec les 41 députés qui se sont abstenus lors du vote de
confiance pour s’écraser ensuite lamentablement ! Avec les Ecologistes
qui ont certes quitté le gouvernement mais qui ne sont pas dans
l’opposition !
Voilà le nouveau parti de gauche auquel rêve Mélenchon ! Une énième
combinaison gouvernementale qui pourrait le hisser au pouvoir en faisant
croire que cette fois elle ferait vraiment une politique de gauche !
Mais cela fait des décennies que les travailleurs sont baladés par de
faux espoirs.
Le NPA dit avoir proposé une alliance électorale tant à LO qu’au
Front de gauche et il regrette avoir obtenu une fin de non recevoir que
ce soit d’un côté comme de l’autre. Mais le simple fait d’être prêt à
s’unir aussi bien avec Melenchon et avec nous montre que nous ne
partageons pas la même démarche.
Encore une fois, ce n’est pas d’un parti de gauche supplémentaire
dont les travailleurs ont besoin. Mais d’un parti ouvrier qui parte du
point de vue et des intérêts des travailleurs.
Un parti qui ne dise pas aux travailleurs « votez et nous ferons le
reste ». Un parti qui milite pour redonner confiance aux travailleurs.
Qui affirme que les travailleurs ont une force considérable car ils font
marcher toute l’économie. Un parti ouvrier qui mette en avant les seuls
moyens que la classe ouvrière a de peser : les luttes et le rapport de
force.
Qui affirme que tant que l’on n’a pas la force de renverser ceux qui
nous oppriment on est bien obligé de subir mais que les travailleurs ne
doivent pas se taire !
********
Pour porter ces perspectives il faut faire renaître un parti ouvrier révolutionnaire.
Nos adversaires réformistes ont souvent caricaturé les communistes
révolutionnaires en les dépeignant comme les partisans du « grand
soir », l’air de dire qu’en dehors de préparer la mythique révolution,
ils ne servent à rien.
Mais c’est bien dans les combats quotidiens d’aujourd’hui, dans les
combats politiques comme dans les combats sociaux, qu’il manque un parti
qui agisse dans la perspective de l’émancipation des travailleurs par
le renversement de l’ordre capitaliste.
C’est précisément parce qu’il n’y a pas un tel parti révolutionnaire
que des partis de la bourgeoisie, étiquetés à gauche, ont pu pendant des
années prétendre représenter les intérêts des travailleurs.
C’est précisément à cause de cela que même un parti dont les
objectifs et les moyens sont aux antipodes des intérêts de la classe
ouvrière comme le Front national peut prétendre aujourd’hui qu’il
représente les travailleurs.
Toute la société est marquée par la montée des idées réactionnaires.
Mais la montée du racisme, de l’antisémitisme, de la misogynie, du
communautarisme, de la xénophobie, le poids des religions dans la vie
sociale ne sont pas suspendus en l’air. Ils résultent de rapports de
force au sein de la société, rapport de force entre des femmes et des
hommes, entre des courants conservateurs et progressistes.
Le rapport de force entre ceux qui tirent la société en arrière et
ceux qui représentent l’avenir a toujours été, à l’époque du capitalisme
triomphant, lié aux rapports de force dans la lutte des classes.
Des périodes de recul dans la vie sociale, le passé en a connu
quelques-unes. L’opposition la plus radicale aux forces réactionnaires
venait toujours du mouvement ouvrier, de sa fraction révolutionnaire.
Eh bien, voilà ce qu’il est indispensable de recréer.
Cela paraît ambitieux comme perspective quand on sait à quel point le
courant ouvrier communiste est minoritaire aujourd’hui et à quel point
le réformisme social-démocrate puis le stalinisme ont laissé un champ
de ruines dans les consciences.
Mais, en même temps, les idées que nous défendons, les idées de la
lutte de classe, sont du vécu pour des millions de travailleurs et elles
retrouveront le chemin de la classe ouvrière.
Un des obstacles que nous rencontrons, est que nous n’avons pas la
crédibilité d’un grand parti. Mais cette crédibilité ne surgira pas à
partir de rien. Elle se construit dans les luttes de la classe ouvrière,
dans les grèves, dans les affrontements inévitables avec l’Etat de la
bourgeoisie.
Mais elle se gagne aussi dans le travail politique sur le terrain, dans les luttes politiques entre autres électorales.
Oh ces européennes, comme les municipales du mois de mars seront vite
oubliées par l’écrasante majorité de la population ouvrière, comme par
tout le monde. Mais si ces deux campagnes ont pu rendre plus conscients
ne serait-ce que quelques centaines ou quelques milliers d’exploités, si
elles les ont engagé un tant soit peu dans le combat social, cela
servira pour l’avenir.
Car ce seront les événements eux-mêmes, l’arrogance des Gattaz, le
mépris de la bourgeoisie et de ses politiciens, la violence de la lutte
de classe, qui amèneront un nombre plus important de travailleurs à la
conscience que cela ne peut pas durer.
C’est vous dire qu’une fois les élections terminées, les efforts pour
que se reconstitue dans ce pays un courant qui se batte au nom de
l’émancipation des travailleurs doivent continuer.
Nous sommes une petite organisation, bien sûr. Mais nos camarades qui
défendent nos idées depuis des décennies, les camarades ouvriers qui
militent dans les entreprises et dans les quartiers populaires, ont pu
démontrer qu’ils ne sont pas des girouettes qui changent de politique en
fonction de l’air du temps ou d’alliances électorales fugaces.
Et ils seront encore là demain pour continuer de transmettre à
d’autres les idées et les pratiques dont ils sont porteurs, notamment à
ceux qui nous ont rejoints pendant cette campagne électorale. Il faut
que les liens tissés en cette occasion se prolongent.
Ce sera moins visible, et les médias ne s’y intéresseront plus, si
tant qu’ils s’y soient intéressés même durant la campagne électorale.
Pour ne citer que cet aspect anecdotique des choses, notre courant a
eu droit, dans le cadre des émissions officielles, à deux séquences de 1
minute 26 secondes ! Et il ne suffit même pas de comparer ce temps de
parole dérisoire à celui dont disposent les grands partis de la
bourgeoisie. C’est du matin au soir et dans toutes les informations que
télévision, radio, presse répètent et enfoncent dans les cranes le point
de vue de la bourgeoisie.
Il n’y a pas à s’en étonner. Ce n’est jamais grâce à la grande
presse, tenue en main par la bourgeoisie, que le mouvement ouvrier s’est
développé. Il s’est développé en se donnant les moyens de s’exprimer
indépendamment.
Le premier de ces moyens est tout simplement la parole de ceux qui se
retrouvent dans les idées du camp des travailleurs. Les traditions du
mouvement ouvrier se sont transmises de bouche à oreille, de travailleur
à travailleur, elles se transmises par des femmes et des hommes qui
avaient la volonté de prendre le contrepied des idées et des préjugés
favorables à la bourgeoisie.
Il faut que cela continue aujourd’hui. Il faut que dans les
entreprises où réside la force de frappe du monde ouvrier, comme dans
les quartiers populaires, on fasse entendre un autre son de cloche que
celui du conservatisme social et de la résignation.
Pour cela, il faut bien sûr des militants qui soient sûrs de leurs
idées et qui aient la volonté de combattre cet ordre social injuste et
dépassé. Mais il faut tout autant des relais, les plus nombreux
possibles dans les classes populaires, des femmes et des hommes qui font
leurs ces idées et qui ont à cœur de profiter de toutes les occasions,
les queues des supermarchés, les files d’attente de la sécu, les
discussions de cafés pour les diffuser.
Nous pouvons propager nos idées sans attendre que France 2 et Pujadas
nous y invite ! Et n’en doutons pas, quand les travailleurs
retrouveront confiance en eux, ces idées se répandront comme une trainée
de poudre et elles deviendront une force !
***********
Alors dans les huit jours qui nous restent pour cette campagne,
faisons le maximum pour convaincre le plus possible d’électeurs de faire
entendre le camp des travailleurs.
Le programme de lutte des travailleurs et ses perspectives
d’émancipation vont de pair avec l’internationalisme. Tout se tient,
c’est le même programme, c’est la même vision communiste. Dans le combat
contre la bourgeoisie, toute l’histoire du mouvement ouvrier montre que
les travailleurs seront opposés non pas à une bourgeoisie nationale,
mais à la bourgeoisie mondialisée depuis longtemps.
Car la bourgeoisie elle-même a été forcée par la logique propre de
son système à dépasser les frontières. Elle a étendu son système sur
toute la planète et a de fait rapproché les peuples et uni les exploités
dans un sort commun.
Il faut en faire une force. L’ouvrier français, roumain ou allemand
vivent la même exploitation, le même diktat patronal, la même galère de
logement, la même tutelle du banquier, ils peuvent même avoir le même
patron. Alors moins il y a de frontières, plus les occasions de tisser
des liens sont nombreuses, mieux c’est pour le prolétariat
La bourgeoisie mise sur la résignation, sur les préjugés
nationalistes, elle mise sur le fait que les travailleurs ne sauront pas
réagir s’ils sont mis en concurrence les uns avec les autres.
Ne tombons pas dans le piège. Ayons une politique vis-à-vis des travailleurs nouveaux venus, regroupons-nous.
Il ne suffit pas de dénoncer les insanités anti-immigrés du Front
national. Il faut en prendre le contrepied, non pas au nom de
repliements identitaires aussi réactionnaires, mais au nom des idées,
des valeurs du mouvement ouvrier.
Dans un passé, il est vrai bien lointain, l’honneur du mouvement
ouvrier dans les pays développés, où il était le plus puissant, n’était
pas seulement de prendre la défense des travailleurs immigrés et d’en
être solidaires, c’était de les intégrer dans le mouvement ouvrier, de
leur transmettre les idées révolutionnaires et d’en faire des compagnons
de combat.
Beaucoup de travailleurs des pays de l’est européen, d’Inde, de Chine
d’Indochine ou du Maghreb, transformés humainement et politiquement par
le mouvement ouvrier de France ou d’Allemagne ont contribué à répandre
ces idées dans leur pays d’origine.
C’est ainsi que les idées socialistes puis communistes se sont
développées dans les pays de la partie pauvre de l’Europe, qu’elles ont
traversé l’Atlantique et atteint l’Amérique et qu’elles sont allées
jusqu’en Asie.
Mais cela s’est fait parce qu’il y avait des organisations, des
syndicats, qui transmettaient les idées de lutte de classe, la dignité
d’appartenir à une classe sociale qui non seulement produisait tout dans
cette société mais qui était porteuse de la transformation sociale.
Aujourd’hui encore, les exploités peuvent tirer profits des
migrations et du mélange des travailleurs, ils peuvent retourner la
situation à leur avantage à condition d’avoir la volonté de s’unir
autour d’une politique qui représente leurs intérêts de classe. A
condition de transmettre les idées de lutte de classe, la fierté
d’appartenir à une classe sociale qui non seulement produit tout dans
cette société mais qui est porteuse de la transformation sociale.
***********
Le vote Lutte ouvrière permettra aux travailleurs de rejeter non
seulement tous les politiciens au service de la bourgeoisie, à commencer
par le gouvernement Valls-Hollande, mais de rejeter aussi l’ordre
capitaliste lui-même.
Il représentera sans ambigüité les intérêts de classe des
travailleurs en affirmant que ce n’est ni l’unification européenne ni
l’euro que les travailleurs ont à combattre, mais la dictature des
financiers.
Il représentera le combat de tous les travailleurs, contre toutes les
oppressions, contre les restrictions à la liberté de circuler, contre
la chasse aux immigrés, contre les expulsions des sans-papiers.
Voter Lutte Ouvrière, qui se revendique du communisme, c’est prendre
la position la plus radicale contre les organisations d’extrême droite
qui constituent une menace pour la classe ouvrière.
Et je veux m’adresser aux jeunes qui sont nés et ont grandi en
communiquant et en échangeant avec les quatre coins du monde, à ces
jeunes qui ne pourraient pas envisager leur vie sans la liberté de
circuler à l’échelle de la planète,
Rejetez ces barbelés,
Rejetez ces frontières artificielles que l’extrême droite veut vous mettre dans la tête,
rejetez les idées nationalistes, le racisme, la xénophobie.
Voter Lutte Ouvrière, c’est opposer l’internationalisme à toutes les formes de démagogie nationaliste.
Voter Lutte ouvrière c’est affirmer que le carcan, ce n’est pas
l’Europe, c’est la loi du profit. Le verrou qu’il faut faire sauter,
c’est le pouvoir absolu de la bourgeoisie, des financiers, c’est cette
dictature qui pèse sur les travailleurs que ce soit à l’échelle
nationale européenne ou mondiale.
Qui fera éclater ce carcan ? Qui démarrera le combat ? Les mineurs de
Turquie ? Les ouvrières du Bangladesh ? Les ouvriers de Tunisie,
d’Espagne, de Grèce, de France ? L’avenir nous le dira.
Mais pour affirmer que le prolétariat d’Europe, avec ses composantes
originaires de tous les continents, constitue une seule et même classe
sociale,
Pour affirmer la nécessité d’une société débarrassée de l’exploitation, votez et faites voter Lutte Ouvrière.
——————————————————————————————
Camarades et amis,
Lutte Ouvrière se présente aux élections européennes dans toutes les
circonscriptions, parce que nous voulons donner la possibilité à tous
les travailleurs d’exprimer sans ambiguïté leur mécontentement et leur
écœurement.
Ce n’est pas cela qui suffira à faire changer la situation – pour
cela, il faudra que ce soit dans la rue et dans les entreprises que la
colère explose – mais puisqu’on nous donne l’occasion de nous exprimer,
eh bien nous n’avons aucune, mais alors aucune raison de nous taire et
nous devons faire en sorte que dans ces élections le camps des
travailleurs se fasse entendre !
Le personnel politique – qu’il soit français ou européen –tente
d’expliquer aux électeurs que ces élections pourraient changer quelque
chose à leur sort.
Sur un site du Parlement européen, il est ainsi expliqué que ces
élections « permettent de décider de la composition politique du
Parlement européen » – bon, admettons.
Mais ensuite, que voter « permet de peser directement sur les
décisions de l’Union européenne » ! Quelle blague ! Comme si le
Parlement européen était moins soumis que les Parlements nationaux aux
intérêts de la bourgeoisie, comme s’il était plus « démocratique », plus
soucieux de l’avis des électeurs.
Il faudrait demander leur avis à ce sujet aux travailleurs grecs, que
l’Europe a jetés dans la misère avec une violence inouïe, pour
satisfaire aux intérêts des banquiers français et allemands !
Eh bien, nous tenons à Lutte Ouvrière à nous présenter à ces
élections, ne serait-ce que pour permettre aux travailleurs qui le
souhaitent, justement, de ne pas donner leur voix aux grands partis qui
se succèdent, ici, au pouvoir, depuis des décennies les mêmes politiques
anti-ouvrières.
Mais au-delà, cette élection n’a aucune portée réelle. Elle est
encore moins démocratique, encore plus éloignée des réalités que la
plupart des élections nationales, avec ces grandes circonscriptions
ridicules issues d’on ne sait quel tripatouillage bien opaque – avec
cette circonscription du Nord qui inclut, allez savoir pourquoi, la
Normandie, ce grand Est qui inclut la Nièvre… et je ne parle pas de la
circonscription « coloniale », qui va des Antilles à Tahiti en passant
par Saint-Pierre et Miquelon et la Réunion.
Les élections municipales ont montré de façon éclatante à quel point
ceux qui nous gouvernent se moquent éperdument de l’avis de la
population – et même de l’avis de leur propre électorat.
Souvenez-vous, c’était il y a deux mois à peine, le résultat des
municipales a été sans appel : une raclée historique pour le Parti
socialiste, et une abstention record qui a permis à la droite de
s’emparer de dizaines de villes. Unanimes, les membres du gouvernement
se sont succédé dans les médias, pour délivrer le même message : « Nous
avons entendu, nous avons compris, les choses vont changer ».
Et en effet, les choses ont changé.
En guise de réponse au mécontentement, à la déception, à la
frustration de l’électorat populaire, Hollande a choisi d’accentuer sa
politique : faire payer les classes populaires pour servir encore plus
les riches et les actionnaires des grandes entreprises… Il a choisi de
cogner plus fort. Il a remplacé Ayrault, qui passait pour trop mou et
était définitivement discrédité, par l’homme le plus ouvertement
anti-ouvrier du Parti socialiste, Manuel Valls.
Manuel Valls, l’ancien candidat aux primaires socialistes qui voulait
supprimer les 35 heures ; l’ancien ministre de l’Intérieur qui se
vantait d’être sans pitié avec les sans-papiers, qui dénonçait à la
télévision la poussée des cambriolages due – je le cite – à l’afflux en
France de Géorgiens, de Bulgares et de Roumains.
Valls qui expliquait que les Roms ne peuvent pas s’intégrer dans ce
pays, qui estimait que le marché d’Évry manquait de « Blancs, de white,
de blancos » ;
Valls, l’homme politique socialiste le plus populaire parmi les policiers et les gendarmes,
Valls, dont le fond de la pensée politique consiste à croire que
serrer les mâchoires et mettre le menton en avant suffit pour avoir
l’air d’un vrai dur,
Valls, enfin, dont la ressemblance physique, politique, et morale
avec Sarkozy est telle que même les membres de l’UMP n’arrivent pas à
lui trouver des défauts.
Oui, la nomination de Valls à Matignon au lendemain des municipales a
été une provocation. Une façon de dire aux électeurs de gauche déçus et
dégoûtés : « Vous n’avez encore rien vu ».
Il y a quelques jours, Hollande, interrogé à la télévision, disait
qu’il n’avait, je cite, « rien à perdre ». Élu en 2012 en ayant
convaincu des millions de travailleurs dégoûtés de Sarkozy qu’il allait
apporter « le changement », il s’est montré pire que lui – plus dur
encore et plus brutal contre le monde du travail, les retraités, et les
pauvres en général.
En réalité, Hollande n’est pas différent de tous les autres hommes
politiques de la bourgeoisie : ils sont prêts à tout perdre tant est
absolu leur dévouement à la grande bourgeoisie, au grand patronat. Que
ce dévouement leur coûte leur popularité, et la plupart du temps la
certitude de ne pas être réélus la prochaine fois, ils le savent, c’est
la règle du jeu.
Ces hommes et ces femmes – en tout cas ceux qui sont sélectionnés
pour accéder aux plus hautes responsabilités de l’appareil d’État – sont
certes tous des carriéristes, mais fondamentalement, ils sont plus
dévoués aux intérêts de la bourgeoisie qu’à leur propre carrière.
Alors, au lendemain de son accession à Matignon, Hollande et Valls,
en guise de « réponse » à la déception de l’électorat populaire, ont
annoncé un plan de 50 milliards d’économies faites uniquement sur le dos
de la population, qui sonne lui aussi comme un véritable bras d’honneur
aux classes populaires.
D’un côté, la suppression totale des cotisations sociales pour les
patrons qui exploitent des travailleurs au smic ; de l’autre,
l’augmentation des taxes, impôts et charges qui accablent les
travailleurs.
D’un côté, des baisses d’impôts sur les entreprises et les bénéfices,
de l’autre, la destruction programmée des services publics, la
suppression de milliers de postes de fonctionnaires et le gel de leur
salaire – ce qui donne l’exemple aux patrons du privé de ce qu’ils
doivent faire, le gel, c’est-à-dire, compte tenu de l’inflation, la
baisse des pensions pourtant déjà misérables des retraités, des
chômeurs, des handicapés.
Jamais encore, depuis l’accession de Hollande au pouvoir, qui
pourtant en avait déjà fait beaucoup, n’avait été exprimée avec autant
de cynisme et d’arrogance la volonté du gouvernement de faire payer les
faibles pour enrichir, encore un peu plus, les riches.
Alors vraiment, après ces municipales et leurs conséquences, il faut
être ou bien un menteur patenté, ou bien sacrément naïf, pour faire
croire que les élections peuvent servir à changer quoi que ce soit !
Il y a 150 ans, Marx avait une formule toute simple pour définir les
élections dans la société capitaliste. Il disait que les élections ne
servent qu’à une chose : permettre aux travailleurs de « choisir quel
représentant des classes dirigeantes va fouler aux pieds leurs
intérêts » dans les Parlements.
Les choses n’ont pas évolué de nos jours, et elles n’évolueront
jamais tant que ce sera le grand patronat qui dirigera la société plutôt
que nous, les travailleurs : la seule chose qu’on nous laisse décider
dans les urnes, c’est qui, de la gauche ou de la droite, va aider nos
exploiteurs à nous dépouiller. Rien d’autre !
Et ce qui est vrai à l’échelle de la France l’est, peut-être plus encore, à l’échelle européenne.
Nous avons pu, lors des élections municipales, donner la possibilité
aux travailleurs d’exprimer leur écœurement de la politique
gouvernementale, mais dans un nombre limité de villes.
L’avantage de ce scrutin européen, c’est qu’il nous permet de nous
exprimer à l’échelle nationale, que sur tout le territoire, les
travailleurs qui le veulent pourront faire ce geste de dire leur
ras-le-bol, d’exprimer clairement leurs revendications et leurs
exigences, de dire qu’il n’est plus possible d’accepter que la société
ne soit dirigée qu’en fonction des intérêts des riches.
Oh, cela ne suffira pas à changer le rapport de forces, bien sûr.
Aujourd’hui, si un Valls peut fanfaronner et rouler des mécaniques,
si les représentants des patrons eux-mêmes, comme Gattaz, peuvent se
permettre de vouloir remettre en cause jusqu’à l’existence du smic,
c’est uniquement parce qu’ils ne rencontrent aucune opposition réelle.
Parce que, au-delà des péripéties électorales, qui n’ont au fond de
réelle importance que pour ceux dont la carrière en dépend, ils n’ont
pour l’instant pas à faire face à une réaction massive, collective,
explosive, du monde du travail. Tant qu’une telle réaction n’aura pas
lieu, le gouvernement, qu’il soit de gauche ou de droite, continuera de
porter ses coups.
Cette réaction, il ne faut pas compter sur les confédérations syndicales pour l’organiser.
La politique des grandes centrales syndicales à l’occasion de la
journée de grève des fonctionnaires, hier va à l’opposer de redonner
confiance à tous les militants et au-delà aux travailleurs.
Au lieu de tout faire pour unir les salariés du public et du privé,
au lieu de mettre tout leur poids et toute leur énergie à faire que le
fameux « tous ensemble » ne soit pas seulement une incantation mais
devienne une réalité, dans la rue, les grandes confédérations, CGT en
tête, ont laissé les fonctionnaires défiler seuls.
Alors que le minimum de la conscience exigerait de se saisir de
chaque opportunité, de chaque occasion, pour manifester tous ensemble et
combattre, de toutes ses forces, ces divisions absurdes et néfastes
entre public et privé face aux attaques du gouvernement, les
confédérations continuent de les entretenir.
Et ce contre l’avis d’un certain nombre de militants syndicaux, à la
base, qui eux ont appelé à manifester hier, parce qu’ils savent que la
situation exige l’union la plus large entre tous les travailleurs. Et
ils ont mille fois raison !
L’attitude des confédérations, une fois de plus, ne fait que rajouter à la démoralisation et au défaitisme du monde du travail.
Cette complicité des directions syndicales avec le gouvernement et sa
politique anti-ouvrière n’a rien de surprenant. Car les syndicats, ce
ne sont pas seulement leurs sommets, responsables devant la
bourgeoisie ; ce ne sont pas seulement leurs appareils, liés par mille
liens à l’appareil d’État. Ce sont aussi leurs bases, leurs militants,
qui reflètent à leur façon les aspirations, les préoccupations des
travailleurs.
Les dirigeants ont toutes les raisons de craindre que, s’ils tiennent
un langage combatif, s’ils prennent des initiatives dont les militants
pourraient s’emparer, les dirigeants confédéraux pourraient être pris au
sérieux bien au-delà de ce qu’ils souhaitent.
Ces dirigeants ont, en permanence, la peur de voir éclater un
mouvement qui risquerait de les déborder. C’est cela qui explique leur
prudence, leur manque total de combativité, le fait qu’ils soient encore
moins critiques à l’égard du gouvernement que les députés du PS qui,
dans les débats feutrés du Parlement, se sont permis de se démarquer de
Valls en s’abstenant.
Et s’il y a une chose dont nous sommes certains, c’est que malgré
cette attitude démobilisatrice, la colère du monde du travail finira
quand même par éclater, avec ou sans l’assentiment des confédérations
syndicales !
Et des raisons d’être en colère, nous en avons chaque jour en peu plus.
Semaine après semaine, mois après mois, le gouvernement continue son
baratin sur la courbe du chômage… et la courbe du chômage continue de
monter.
Chaque jour ou presque apporte ses annonces de suppressions d’emploi, sans compter celles qui ne font pas la une de l’actualité.
À chaque fois, c’est une démonstration plus révoltante non seulement
de l’incapacité de ce système de faire face à la crise autrement qu’en
jetant les travailleurs dans la déchéance, mais aussi du manque absolu
de volonté de la part du gouvernement de s’y opposer.
À chaque occasion, il se trouve un ministre – de préférence un
Montebourg, qui ne rate jamais une occasion de se ridiculiser sur ce
terrain – pour expliquer que ce gouvernement « fera tout » pour limiter
les conséquences en matière d’emploi. Souvenez-vous, lors du feuilleton
du rachat de SFR, le gouvernement avait expliqué qu’il veillerait à ce
que cela ne se traduise par aucune suppression de poste.
Et voilà que lundi dernier, on apprenait que Bouygues Télécom se
prépare à mettre à la porte un quart de ses salariés, soit 1500 à 2000
personnes, pour un groupe qui n’est vraiment pas au bord de la
faillite : Bouygues Télécom a annoncé pour 2013 un résultat brut
d’exploitation de 880 millions d’euros… et ce n’est que la branche
télécom du groupe : sa branche construction annonce qu’elle bénéficie
d’une réserve de trésorerie de 3 milliards d’euros.
Quant à Martin Bouygues, le propriétaire du groupe, il a vu sa fortune augmenter de 18% en 2013.
Les grands capitalistes et leurs serviteurs sont bien les seuls, dans
ce pays, à voir leurs revenus s’offrir de telles envolées. En même
temps que Valls annonçait le gel des pensions des retraités et le
salaire des focntionnaires – c’est-à-dire, vu le niveau de l’inflation,
leur diminution nette – la presse économique publiait les résultats des
grands groupes capitalistes.
On pouvait alors piocher dans les journaux des titres tels que
« rebond des profits en 2014 » : selon les prévisions des spécialistes,
lorsque les comptes de 2013 seront clos, deux entreprises seulement, sur
les 40 que compte le CAC40, annonceront des pertes.
Pour les autres, ce sera non seulement des profits, mais des profits
en hausse parfois considérable : le journal Les Échos annonce ainsi des
profits en augmentation de 219% pour Orange, de 208% pour la Société
générale, de 62% pour Airbus, et ainsi de suite.
Il n’y a pas que le chômage qui atteigne des records historiques dans
ce pays : les profits aussi. Selon les Échos toujours, cette année sera
la meilleure depuis le début de la crise, avec 87 milliards d’euros de
profits pour les entreprises du CAC 40, soit près de 15 milliards de
plus que l’année précédente.
Récemment aussi, la presse a publié le palmarès annuel des salaires des PDG des grandes entreprises.
4 millions d’euros de salaire pour le patron de L’Oréal, ou, mieux, Maurice Lévy, pour le patron de Publicis, avec 4,5 millions.
Et pourtant… la vie n’est pas si facile pour ces gens-là, et il ne
faut pas croire qu’ils ne sont pas capables de faire des gestes de
solidarité avec les pauvres.
Ainsi ce même Maurice Lévy, interrogé la semaine dernière à la radio,
répondait à la question de savoir pourquoi le siège de son groupe,
Publicis, restait en France, sa réponse, réellement émouvante, n’a pas
tardé : « J’ai décidé de rester en France pour souffrir avec les
Français ». Puis, réalisant tout de même l’énormité de ce qu’il venait
de dire, ce monsieur (qui gagne 12 300 euros par jour rien qu’en
salaire) a ajouté : « Enfin… souffrir de façon assez luxueuse, je
l’avoue ».
Il faut le rappeler, ces grands PDG ne sont que des salariés de haut
vol, des serviteurs, grassement payés des grands actionnaires.
Lorsque l’on voit le niveau de leurs rémunérations, cela donne une
petite idée de ce que gagnent les vrais patrons, les capitalistes, les
propriétaires des entreprises.
Ceux-là ne se préoccupent même pas, bien souvent, de faire semblant
d’être adeptes du « patriotisme économique », comme Lévy, et préfèrent
s’installer en Suisse ou en Belgique.
C’est le cas d’un des principaux actionnaires du groupe Auchan, Régis
Mulliez, récemment interviewé pour la radio dans sa propriété près de
Bruxelles, qui répond à la journaliste qui le questionne sur le montant
de sa fortune : « Oh, je ne suis pas comptable, moi… je ne sais pas… ça
change tout le temps… autour de 28 milliards. »
Vous avez bien entendu : 28 milliards. Expliquant avoir quitté la
France pour échapper « à la rage taxatoire », il poursuit avec un humour
aussi léger que de bon goût : « Comme disent nos camarades syndiqués,
je suis ici pour profiter des acquis. Les acquis de non-taxation des
plus-values. » Le tout, avant de se lancer dans une longue diatribe
contre « les assistés », « les gens qui ne sont pas capables de se
lever » (le matin), et d’ajouter visiblement très fier : « Nous, dans la
famille Mulliez, on ne travaille ni dans la drogue, ni dans les jeux,
ni dans la femme ». Il est vrai qu’il aurait pu ajouter : « On ne
travaille pas… du tout ! ».
Car ces gens-là se contentent d’accumuler des milliards en usant au
travail des milliers de caissières et de manutentionnaires – et je peux
témoigné pour avoir travaillé comme de milliers de jeunes travailleurs
pendant plusieurs années à Auchan ou dans la grande distribution, quand
on fait de la mise en rayon là-bas, on n’a pas besoin de comptable pour
savoir ce qui reste sur son compte à partir du 15 du mois tellement les
salaires sont faibles !
Et on peut en dire autant à PSA. Dans le groupe, tout les salariés
sont légitimement choqué de savoir que, dans une entreprise soi-disant
aux abois, le nouveau patron, Carlos Tavares, gagnera entre 1,3 et 3,3
millions d’euros par an selon les résultats – soit 3 500 à 9 000 € par
jour, samedi et dimanche compris.
Mais qu’est-ce que ce salaire, sinon une goutte d’eau, à côté des 100
millions d’euros de jackpot exceptionnels que viennent de s’accorder
les actionnaires de PSA ?
Voilà à quoi ressemble leur société !
Pour nous, les ouvriers, cela a été la fermeture de l’usine d’Aulnay –
avec, contrairement, à ce que prétend la direction, des centaines de
licenciements et de travailleurs qui pointent aujourd’hui à Pôle emploi,
sans aucune solution.
Cela a été 12 500 suppressions de poste à l’échelle du groupe. C’est
encore aujourd’hui des menaces qui planent sur plusieurs usines du
groupe, dont plus personne n’ose croire qu’elles seraient à l’abri d’une
nouvelle fermeture.
Tout cela, au nom d’une soi-disant baisse de l’activité. Mais à PSA
Poissy où je travaille maintenant comme plusieurs centaines de mes
camarades d’Aulnay, la baisse d’activité nous ne la voyons pas, c’est le
moins qu’on puisse dire.
Depuis des mois, alors que les cadences sont tellement dures que
personne ne peut plus les tenir sans se détruire la santé, la direction
impose la semaine de six jours pour l’équipe du matin, avec tous les
samedis travaillés.
Voilà d’où viennent les 100 millions que viennent de s’offrir les
actionnaires de PSA , famille Peugeot en tête : de la descente vers la
pauvreté de travailleurs licenciés et de la surexploitation quotidienne
de ceux qui restent.
Ce que je décris là n’est évidemment pas seulement le lot des
travailleurs de PSA. C’est celui des salariés de toutes les entreprises –
des usines aux bureaux, des hypermarchés aux centres d’appels
téléphoniques, des entrepôts de logistique aux chantiers… Et puisque
l’occasion nous est donnée d’en parler, il est évident que cette
situation, bien au-delà de la France, est celle des travailleurs de
l’Europe entière.
L’unification de l’Europe s’est faite au moins sur un point : d’un
bout à l’autre de l’Europe, le sort des exploités s’aggrave. D’un bout à
l’autre de l’Europe, les politiques d’austérité succèdent aux
politiques de rigueur, les budgets publics subissent des coupes
drastiques, les salaires baissent, les prix augmentent, l’exploitation
s’aggrave.
Bien sûr, on ne peut pas mettre sur le même plan les pays les plus
riches de l’Union, comme la France ou l’Allemagne, et les plus pauvres –
la Roumanie, ou la Bulgarie.
Sans compter ceux qui étaient moins pauvres mais que la crise et la
rapacité des grandes banques a rejeté des décennies en arrière, comme la
Grèce ou l’Espagne.
Mais partout, des grandes puissances impérialistes comme l’Allemagne
et la France jusqu’à la Roumanie où le salaire minimum est de 180 euros
par mois, ou à la Lettonie où il atteint tout juste 280 euros mensuels,
partout la tendance est la même : faire payer la crise aux
travailleurs, avec partout les mêmes attaques, les mêmes méthodes
infectes – et partout dans le même but : permettre aux capitalistes de
l’industrie et de la banque, les responsables de la crise, de s’en
sortir au mieux.
L’une des différences majeures étant, quand même, que dans cette
Europe soi-disant unie, il subsiste toujours un fossé considérable entre
les quelques puissances impérialistes et les autres, ceux que les
capitalistes considèrent comme leur arrière-cour ou leur atelier de
production.
Ce sont les trusts français et allemands – à commencer par PSA et
Renault – qui surexploitent les ouvriers d’Europe de l’est. Et pire
encore, ce sont les grandes banques d’Europe de l’ouest, en particulier
les banques françaises, qui sont responsables de la descente aux enfers
de pays comme la Grèce. Ne serait-ce que pour cela, l’unification
européenne actuelle est une chimère !
Et il faut toute la stupidité et la crasse réactionnaire des
nationalistes du Front national pour s’en prendre aux pays de l’Est
comme fauteurs de chômage.
Car tout de même, à ce que l’on sache, ce ne sont pas les banques
lituaniennes qui ruinent l’économie française, pas les industriels
roumains qui licencient ici à tour de bras, pas les ministres de
l’économie grecs qui imposent des coupes drastiques dans le budget de la
Fonction publique française ! Mais ce sont bien, en revanche, les
grands bourgeois et les dirigeants politiques français qui font tout
cela dans la partie la plus pauvre de l’Europe ! Ce sont eux qui
étranglent les peuples d’Europe !
Évidemment, nous ne parlons pas dans ces élections du fonctionnement
de la Commission européenne, de la répartition des tâches entre la
commission, le conseil, le Parlement et les mille et une autres
composantes de la bureaucratie européenne. La façon dont la bourgeoisie
s’organise pour nous exploiter et nous spolier à l’échelle de la France
ou de l’Europe n’est pas notre préoccupation …
Mais en revanche, les problèmes que nous évoquons sont
fondamentalement ceux de tous les travailleurs européens – et les
revendications, les exigences que nous exprimons pourraient, et
devraient se traduire dans toutes les langues d’Europe.
Car quel pays d’Europe échappe aujourd’hui au cancer du chômage, de l’explosion de la précarité et de la montée de la misère ?
La Grèce devient, de plus en plus, un pays du Tiers monde – un pays
où des organisations comme Médecins sans frontière sont obligées de
distribuer tant bien que mal des médicaments aux plus pauvres. 60% des
jeunes y sont chômeurs ! Et ce n’est pas fini. Les milliers de
licenciements annoncés chez les fonctionnaires grecs vont se rajouter à
la disparition de 200 000 emplois dans la fonction publique depuis 2010.
Dans un petit pays de 11 millions d’habitants, c’est énorme, et c’est
un tsunami social.
La population est plongée dans l’abîme, avec un recul sans précédent
du niveau de vie. Mais ce qui retient l’attention des dirigeants de
l’Union européenne, c’est d’avoir évité que le pays se déclare en
cessation de paiement vis-à-vis des banques, ce qui aurait pu entraîner
la faillite de grandes banques françaises.
Voilà ce que c’est que leur Europe.
En Espagne, depuis cinq ans, les travailleurs subissent de plein fouet les conséquences de la crise.
Quatre millions d’emplois ont été supprimés. Les statistiques
officielles annoncent plus de 6,2 millions chômeurs, soit plus de 27 %
de la population active. 2 millions d’entre eux sont au chômage depuis
plus de deux ans et donc sans allocation.
Le chômage des jeunes atteint près de 60%. Près de 2 millions de
ménages ne disposent pas de revenus liés à un emploi, parce que tous les
membres de la famille sont sans emploi. La situation est tellement
catastrophique que près de 300 000 jeunes Espagnols n’ont pas trouvé
d’autre solution que de quitter leur pays pour trouver un emploi, comme
cela se faisait au milieu du XXe siècle.
Et pourquoi un tel naufrage social ?
Là encore des centaines de milliards d’euros ont été dépensés par
tous les gouvernements, de droite et de gauche, pour renflouer les
banques en vidant les caisses publiques et en aggravant la dette.
Cela n’a pas remis l’économie en marche et cela n’a aucunement
protégé en quoi que ce soit les pauvres. Mais cela a permis à la
bourgeoisie espagnole comme à ses comparses d’Europe de se refaire une
santé.
Voilà, encore, ce que c’est que leur Europe !
Dans les pays de l’Est, les plus pauvres, comme la Roumanie,
l’adhésion à l’Union n’a nullement empêché la pauvreté de se développer,
à tel point que des milliers de travailleurs de ces pays cherchent à
tout prix à venir s’installer ici, parce que vivre dans un bidonville
insalubre en France est encore moins pire que de vivre la misère en
Roumanie.
L’Europe se gargarise d’apporter la prospérité à ses membres, mais il
faut vraiment tout le cynisme de hauts fonctionnaires grassement payés
pour estimer que c’est un progrès suffisant de voir le smic letton
passer de 280 à 320 euros en juillet prochain – alors que le minimum de
l’unification européenne, si ce mot avait un sens, serait d’imposer que
les 28 membres de l’Union adoptent un salaire minimum calé sur le plus
élevé des pays membres !
Mais même dans les pays les plus riches de l’Europe, la situation se
dégrade rapidement. Je ne reviendrai pas sur ce que nous vivons ici, en
France – nous le savons tous.
Je voudrais simplement faire remarquer que lorsque Valls a le culot
de dire que « la France vit au dessus de ses moyens », il utilise
exactement les mêmes termes que ceux qui, depuis des années, sont
utilisés pour qualifier la Grèce. Au même diagnostic – aussi mensonger
que cynique – correspondront à coup sûr les mêmes recettes, les mêmes
attaques si les travailleurs ne ripostent pas.
Mais regardez l’Allemagne, ce pays qui, selon les convictions des uns
et des autres, est érigé en modèle ou fait figure d’épouvantail :
modèle de libéralisme débridé, pour la droite et le PS ; épouvantail
pour les démagogues nationalistes qui expliquent qu’il faut
« dégermaniser l’Europe ».
Mais l’Allemagne, c’est pour nous avant tout un pays où les attaques pleuvent sur nos frères, les travailleurs d’Allemangne.
Déremboursement des médicaments, abaissement du taux de remplacement
des retraités à 50 %, généralisation du travail précaire et des emplois
sous-payés (les « mini-jobs ») pratiquement exonérés de charges
sociales, licenciements facilités, réduction des indemnités chômage, les
lois Hartz ont fait reculer la condition ouvrière en Allemagne de
plusieurs années.
Au bout d’un an de chômage, les travailleurs ne reçoivent plus que,
en tout et pour tout : 382 euros d’aide sociale pour une personne
seule, même après toute une vie passée sur les chantiers ou à l’usine.
Le but de toutes ces mesures est de contraindre les chômeurs à
accepter des emplois payés à 4 ou 6 euros de l’heure, des emplois qu’on
compte aujourd’hui par millions dans le privé. Dans le public, les
maisons de retraite et autres associations, il y a même des jobs à 1
euro de l’heure.
Au total, en Allemagne, un quart des travailleurs touche moins de 9
euros de l’heure. Cela fait de l’Allemagne l’un des pays de l’Europe
avec la plus forte proportion de travailleurs pauvres, plus qu’en
Hongrie, en Espagne ou au Portugal. Tout cela pourquoi ? Pour que les
millionnaires et les milliardaires se comptent toujours plus nombreux,
et pour que les profits des entreprises soient toujours plus
impressionnants.
Alors, camarade, nous le redisons : il n’y a pas plus de « modèle
allemand » qu’il n’y a de « modèle social » français ! Il y a une Europe
capitaliste, dont tous les États fonctionnent sur le même modèle, la
seule différence étant que certains, les plus pauvres, sont exploités
par des entreprises étrangères et d’autres, les plus riches, par des
capitalistes « bien de chez eux », ce qui ravit les nationalistes mais
ne rapporte pas un centime de plus aux exploités !
La vérité, c’est que les travailleurs d’Europe sont tous engagés sur
la même pente, la pente qui va vers la dégradation des conditions de vie
et de travail, la pente qui mène vers la pauvreté, tout cela au nom de
la prospérité des capitalistes… il faudra bien, un jour, que les
opprimés de l’Europe entière se lèvent ensemble, pour combattre
ensemble, contre leurs oppresseurs communs !
Les objectifs de lutte que nous défendons dans ces élections – ceux
que nous défendons depuis que la crise démolit la société tout entière –
sont valables dans toute l’Europe, sans avoir besoin de quelque
« adaptation » que ce soit ou, pour parler dans le jargon de la
commission européenne, de « transposition ». Hormis la barrière de la
langue, il n’y a pas un seul pays en Europe où ces objectifs ne puissent
être directement compris des travailleurs, et où ils ne seraient pas
indispensables.
Contre le chômage, il faut interdire les licenciements !
Dans l’Espagne et ses 27 % de chômeurs, dans la Grèce où les petits
boulots de type vendeur de cigarettes à l’unité se développent ; dans
l’Allemagne dont le fameux groupe Siemens vient d’annoncer 10 000
licenciements ; dans la Grande-Bretagne dont des secteurs entiers de
l’industrie ont été littéralement pulvérisés – oui, dans tous ces pays
comme en France, il faut stopper l’hémorragie du chômage en imposant
l’interdiction des licenciements, en imposant l’idée que dans une
situation sociale aussi dramatique, chaque licenciement supplémentaire
est insupportable et criminel.
Et il ne faudra pas seulement interdire les licenciements, mais
imposer que le travail soit réparti entre tous les bras et tous les
cerveaux, sans baisse de salaire.
Et que cela se fasse aux frais des grands capitalistes qui existent
dans tous les pays – car y compris les pays pauvres d’Europe ont leurs
milliardaires.
En face des ouvriers sous-payés de Pologne, il y a un Jan Kulcyk,
propriétaire d’une société d’import export de gaz et de pétrole, dont la
fortune est supérieure à celle de la famille Peugeot. En république
Tchèque, où le smic est de 327 euros par mois, Pietr Kellner, patron
d’un groupe bancaire, possède une fortune de 10 milliards de dollars. Et
je ne parle pas des armateurs grecs, dont la crise n’a pas émoussé la
fortune, du patron espagnol de Zara et de ses 57 milliards d’euros de
fortune personnelle… Et même si la fortune des capitalistes locaux n’y
suffisait pas, il ne serait que justice que les milliards de profits que
les trusts comme PSA, Renault, la Société générale ou Siemens génèrent
dans les pays pauvres d’Europe reviennent enfin à ceux qui les
produisent !
Il faut augmenter les salaires, les allocations, les pensions et les indexer sur les prix !
Là aussi, la réalité est la même dans toute l’Europe. Partout les
salaires sont bloqués ou, même quand ils augmentent, le font moins vite
que les prix de la vie courante et que les impôts.
Une telle revendication ne serait-elle pas comprise jusqu’en
Lituanie, où le gouvernement a imposé une baisse de 20 % des salaires
des fonctionnaires ? En Grande-Bretagne, où, dans certaines villes, le
prix de l’immobilier a augmenté cette année de 18 %, alors que les
salaires stagnent ou baissent ?
Dans tous les pays européens, la baisse des salaires par le biais de
la hausse des prix est une vieille habitude des patrons ; il faudra que
tôt ou tard, les travailleurs remettent les pendules à l’heure en
imposant l’échelle mobile des salaires, seul moyen de ne pas voir son
niveau de vie dégringoler !
Et surtout, pour que toutes ces mesures vitales deviennent possibles,
il faudra partout imposer le contrôle de la population sur les comptes
des capitalistes et des États. Imposer la suppression du secret
commercial, bancaire, industriel, la mise en place d’une véritable
transparence – pas la transparence bidon que le gouvernement a fait
semblant de mettre en place après l’affaire Cahuzac, et que personne
n’est en mesure de contrôler, mais une transparence réelle, totale, sans
limite, parce que exercée par les travailleurs eux-mêmes.
Cela est vrai dans chaque pays pris individuellement, d’abord.
Parce qu’en Grèce, ce serait une mesure de salut public que les
travailleurs et la population sachent réellement ce qui s’est tramé dans
les bureaux bien fermés de la Commission européenne, et qui a abouti à
la mise sous tutelle d’une population entière.
Parce que dans tous les pays, les capitalistes agissent en secret,
préparent leurs plans et leurs sales coups dans la plus totale opacité –
c’est inscrit dans l’ADN du capitalisme. Parce que partout, ils
justifient les licenciements et les baisses de salaire par des
difficultés économiques et financières que personne ne peut vérifier et
contrôler.
Mais à l’échelle de l’Europe, de l’Europe prise comme un tout, c’est presque encore plus vrai.
Parce que les politiciens comme les capitalistes d’Europe mettent en
permanence les travailleurs de chaque pays en concurrence les uns contre
les autres. Mais si partout, les travailleurs imposaient la
transparence, s’ils mettaient fin au secret industriel et bancaire, cela
permettrait à chacun, au-delà même des frontières, de savoir ce qu’il
en est vraiment.
Lors de la révolution russe, en 1917, le premier acte de Trotsky,
commissaire du peuple aux Affaires étrangères, a été de publier tous les
traités secrets passés entre la Russie et les autres pays – ce qui a
donné des armes politiques utiles aux révolutionnaires de tous les
autres pays.
Imaginez déjà qu’à l’échelle d’un pays comme la France, les
travailleurs se donnent les moyens de se communiquer, d’un secteur à
l’autre, toutes les informations auxquelles ils ont accès, à quel point
cela serait utile pour les luttes de tous les autres. Les travailleurs
des banques – qui savent tout sur les industries car ce sont elles qui
les contrôlent – pourraient donner aux ouvriers des informations
essentielles sur la politique de leur patrons, sur l’état précis de leur
fortune.
Les travailleurs d’une entreprise pourraient communiquer des informations aux sous-traitants, et ainsi de suite…
Eh bien, il est facile d’imaginer comment la transparence ou
l’ouverture des comptes pourrait aussi donner à l’internationalisme du
mouvement ouvrier un contenu très concret ! En particulier, dans un pays
comme la France qui est un pays impérialiste, qui nuit à des dizaines
de pays plus pauvres.
D’imaginer ce que les travailleurs de la Société générale auraient à
raconter aux travailleurs grecs, s’ils avaient accès à toutes les
décisions infâmes que cette banque a prises pour les appauvrir. Ce que
les travailleurs de Renault pourraient faire savoir à leurs frêres de
Dacia, en Roumanie, ceux de PSA à ceux de Trnava en Slovaquie…
L’ouverture des comptes, la publicité de tous les sales petits
secrets des capitalistes, serait un formidable ferment de solidarité et
surtout d’aide à la lutte des travailleurs des autres pays.
Les capitalistes, ont le dit souvent, savent tout sur leurs ouvriers.
Mais au-delà, ils savent tout aussi des entreprises concurrentes. Avant
de commencer à négocier sur le rachat d’Alstom, comment imaginer que
Siemens n’a pas déjà accès à toutes les informations stratégiques les
plus sensibles ?
Comme le disait Trotsky, encore, « Le « secret » commercial est
toujours justifié par les exigences de la « concurrence ». Mais en fait,
les trusts n’ont pas de secrets l’un pour l’autre. Le secret
commercial, à l’époque actuelle, est un complot constant du capital
contre la société. Les projets de limitation de l’absolutisme de
« patrons de droit divin » restent de lamentables farces tant que les
propriétaires privés de moyens sociaux de production peuvent cacher aux
producteurs et aux consommateurs les machinations de l’exploitation, du
pillage, de la tromperie. »
Eh bien, ce qui était vrai en 1938 l’est encore plus aujourd’hui, à
l’époque de l’Union européenne à 28. Les liens unissant les entreprises
d’un pays à l’autre, que ce soit des liens de coopération ou des liens
de soumission, dans le cadre des rapports entre les pays impérialistes
et les pays pauvres d’Europe, sont plus étroits que jamais. Et de ce
point de vue, les travailleurs ont plus de moyens que jamais de se
donner les uns aux autres les informations qu’ils trouveraient, s’ils se
mêlaient eux-mêmes, directement, de contrôler les comptes des
entreprises.
Cela couperait l’herbe sous le pied des tentatives patronales de
diviser les travailleurs d’Europe, car tous verraient alors qui les
trompe et comment. Ce serait déjà le début de la remise en question de
la dictature des capitalistes sur la population.
L’unification européenne, depuis sa mise en place dans les années
1950, est uniquement une unification capitaliste – qui met en avant la
libre circulation des capitaux et des marchandises, et permet aux plus
gros trusts impérialistes d’intervenir plus facilement dans davantage de
pays.
Une véritable unification européenne, sans parler des États-Unis
d’Europe que le courant communiste révolutionnaire a toujours appelé de
ses vœux, n’existeront que lorsque les travailleurs d’Europe prendront
directement leur sort en main. L’ouverture des comptes, la publicité des
secrets de la grande bourgeoisie à l’échelle européenne, serait un
premier pas vers une véritable Union européenne, non pas l’Europe des
bourgeois, mais l’Europe des travailleurs.
C’est pour toutes ces raisons que Lutte Ouvrière se présente à ces
élections européennes, pour mettre en avant des revendications, des
objectifs de lutte, dont nous pensons qu’ils devraient être celles de
tous les travailleurs d’Europe ; et pour permettre à tous les
travailleurs qui le souhaitent, ici, dans tout le pays, d’exprimer à la
fois leur colère mais aussi leur conviction que le monde du travail ne
doit pas baisser les bras.
Sur tout le territoire, les travailleurs sont appelés à s’exprimer ?
Il faut qu’ils se saisissent de cette occasion pour le faire, surtout ne
pas se taire et laisser la parole à leurs adversaires, au camp d’en
face.
Il est probable que, comme lors des municipales, beaucoup d’électeurs
des classes populaires exprimeront leur dégoût avec leurs pieds,
c’est-à-dire en s’abstenant.
Mais s’abstenir, c’est se taire, s’abstenir, c’est tout simplement ne rien dire.
Et quel travailleur, quel chômeur, quel ouvrier ou employé retraité pourrait n’avoir rien à dire ?
L’abstention est une fausse solution qui peut, elle aussi, se
retourner contre ceux qui l’utilisent. Car lorsqu’on ne dit rien,
lorsque l’on se tait, on n’est pas maîtres de la façon dont ce sera
interprété.
Par contre, personne, dans les grands partis bourgeois, personne ni à
gauche, ni à droite, ni au FN, ne pourra s’approprier le vote pour
Lutte Ouvrière !
Ce vote, ce sera le nôtre – ce sera celui des nôtres, le vote de la
classe ouvrière, le vote des ouvriers et des employés aussi exploités
dans les usines que dans les bureaux, le vote des chômeurs qui ne
supportent plus d’être laissés au bord du chemin, le vote des retraités
qui n’acceptent pas de survivre avec une pension de misère après des
années de travail, le vote des mères de famille qui n’en peuvent plus de
devoir restreindre chaque mois un plus les achats essentiels !
Et plus encore, ce ne sera pas seulement le vote des travailleurs,
mais ce sera le vote des travailleurs conscients, ceux qui ne se font
pas avoir, ceux qui ne pensent pas que la crise est la faute à l’Europe
ou la faute aux immigrés ou aux Roms, ou la faute aux fonctionnaires, ou
la faute aux plus pauvres qu’eux, mais que la situation que nous
vivons, en France comme en Europe, est due au système capitaliste et à
son caractère délirant, que les responsables de tous nos maux, ce sont
les banquiers, les industriels, et les politiciens à leur service !
Les listes que nous présentons, dans les sept circonscriptions de
métropole et, avec nos camarades de Combat ouvrier, dans la 8e
circonscription d’Outre-mer, représentent le monde du travail. Nos
candidats sont ouvriers, employés, enseignants, infirmières, cheminots,
retraités ou sans emploi. Et nous, à Lutte Ouvrière, nous ne sommes pas
comme bien des partis qui appliquent la parité parce que c’est
obligatoire mais qui relèguent les femmes en fin de liste ! Sur nos huit
listes, sept sont conduites par des femmes, et nous en sommes fiers !
Alors, camarades, dimanche 25 mai, il faut faire voter pour les
listes Lutte Ouvrière. Pour montrer qu’il existe un courant ouvrier qui
ne se résigne pas à accepter la crise comme une fatalité, qui estime que
c’est à la bourgeoisie de payer la crise dont elle est responsable.
Pour mettre en avant l’idée qu’il existe un courant, même minoritaire,
qui pense que seules les luttes pourront renverser le cours des choses –
et qui a une confiance inébranlable dans la capacité de la classe
ouvrière à relever la tête et prendre son avenir en main !
Votez et faites voter Lutte ouvrière, pour dire que vous partagez
l’idée que le monde du travail a mille fois le droit moral de protéger
ses conditions de vie et de travail, de refuser de se laisser dépouiller
pour enrichir les parasites capitalistes. Parasites, et je pèse mes
mots ! Si vous regardez les listes que nous présentons dans ces
élections, vous y verrez des gens qui sont tous, à un degré ou un autre,
utiles dans la société – qu’ils soient instituteurs ou techniciens,
dessinateurs ou employé d’hypermarché, laborantine, cuisinier ou
enseignante, cheminot ou secrétaire. C’est en cela que nos listes sont
représentatives du monde du travail, de ce nous continuons d’appeler le
prolétariat, c’est-à-dire, comme disait Marx, ceux qui n’ont rien
d’autre à perdre que leurs chaînes, parce qu’ils ne possèdent rien. Ce
prolétariat, c’est cette classe sociale qui fait tout fonctionner, sans
laquelle la société s’effondrerait. Imaginez que demain, en Europe, tous
les capitalistes disparaissaient. La société ne s’en porterait que
mieux ! Mais s’il n’y avait plus personne pour produire, pour conduire
les trains, pour entretenir les avions, pour soigner les gens, pour
travailler la terre, c’est le monde entier qui s’effondrerait, qui
s’arrêterait, au sens propre, de fonctionner.
Alors, soyons fiers de porter dans ces élections les couleurs de la
classe ouvrière, la seule classe utile et productive de cette société
et, même si je serai malheureusement bien incapable de le dire dans
toutes les langues d’Europe, je le dis haut et fort :
Vive la classe d’ouvrière de toute l’Europe !
Vive le communisme !