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lundi 17 août 2015

:: 15 août 1971 : la fin du système de Bretton-Woods

Le 15 août 1971, le président américain Richard Nixon annonçait la fin de la convertibilité du dollar en or. Au-delà de ses aspects monétaires, cette mesure marquait la fin de l'ordre économique mondial imposé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par l'impérialisme américain victorieux. Surtout, elle marquait le retour du marché mondial à l'instabilité économique et monétaire qui l'avait dominé pendant l'entre-deux-guerres, instabilité qui ne s'était "résolue", si l'on peut dire, que par la catastrophe de la Seconde Guerre mondiale.

Cet ordre économique mondial de l'après-guerre remontait aux accords de Bretton-Woods, signés le 1er juillet 1944 dans la ville américaine du même nom, par les représentants de 44 pays sous l'égide des USA. Le système dit "de Bretton-Woods" qu'il mit en place consacra la domination mondiale de l'économie américaine. Il fit du dollar la clé de voûte d'un système monétaire dans lequel chaque monnaie se vit attribuer un taux de change fixe par rapport au dollar, tandis que le dollar lui-même devenait la seule monnaie convertible en or, c'est-à-dire dotée d'une valeur arbitraire fixe en or reconnue sur toutes les places financières. Pour consolider le tout, des institutions furent mises en place pour fournir aux pays en difficultés des prêts destinés à éviter tout ce qui pourrait menacer la stabilité de l'ensemble : c'est ainsi que virent le jour le Fonds Monétaire International et l'ancêtre de l'actuelle Banque Mondiale.

Ce cadre institutionnel facilita par la suite le redémarrage de la production et du commerce dans les pays dont l'économie avait été partiellement ou totalement détruite par la guerre. Les centaines de milliards de dollars du plan Marshall, à partir de 1947, y furent pour beaucoup, même si en même temps ils permirent aux grands trusts américains de bénéficier du pactole d'un marché qu'ils étaient seuls à pouvoir approvisionner. Mais rien de tout cela n'aurait été possible sans le rôle prédominant attribué au dollar par le système de Bretton-Woods.

Mais du même coup, la stabilité de ce système reposait entièrement sur celle de la monnaie qui en était le pivot. Or le dollar, bien que devenu monnaie universelle par la grâce de Bretton-Woods, n'en demeurait pas moins la monnaie d'un Etat. Et l'Etat américain ne se montra pas plus responsable que ses homologues européens dans sa politique monétaire. Tout comme la France et les autres, il fit marcher la planche à billets au profit de ses trusts, mais sur une tout autre échelle.

En particulier la polique de grande puissance de l'impérialisme américain, d'abord au travers de l'armement de Taïwan contre la Chine de Mao Tsé-toung puis dans la guerre de Corée et surtout celle du Vietnam, prit une telle ampleur que les dépenses militaires de Washington finirent par représenter la moitié de son budget.

La masse des dollars en circulation dans le monde augmenta dans des proportions fabuleuses, au point que dès le début des années 1960 la convertibilité du dollar en or au taux officiel commença à faire figure de fiction. Tandis que l'inflation augmentait aux USA, comme d'ailleurs pratiquement partout ailleurs, la spéculation monétaire revint au goût du jour, sous la forme d'une ruée sur l'or. Ce mouvement spéculatif menaça de vider les réserves des banques centrales, y compris aux USA. A la fin des années 1960, la situation avait déjà atteint un seuil critique. Diverses tentatives américaines visant à endiguer la spéculation par une mise en commun des réserves d'or des banques centrales tournèrent court. Et ce fut pour éviter la banqueroute du système de Bretton-Woods que Nixon dut mettre fin à ses jours "en douceur" par sa déclaration d'août 1971.

On connaît la suite. Privées de leur lien fictif avec l'or, les monnaies apparurent pour ce qu'elles sont réellement : des armes dans la guerre économique que se livrent les bourgeoisies rivales. Les trente années suivantes virent se succéder des fluctuations plus ou moins brutales entre monnaies flottant les unes par rapport aux autres, reflets de rapports de force économiques, et de dévaluations "compétitives" destinées à damer le pion aux impérialismes concurrents.

Mais surtout, les soubresauts qui avaient mis à bas le système de Bretton-Woods n'étaient en fait que l'expression monétaire de la crise générale de l'économie capitaliste, brièvement suspendue pendant la période de reconstruction et de reprise de la consommation dans les pays riches qui avait marqué l'après-guerre. Le marché mondial se trouvait de nouveau engorgé par l'anarchie de la production capitaliste. En 1973, cette crise éclata sous la forme d'une récession générale et, trente ans après, ce sont toujours les hauts et les bas de la même crise que nous subissons.

Cette période de stabilité ne fut donc qu'un intermède circonstanciel rendu possible par les conditions créées par la Seconde Guerre mondiale. Mais, tout comme les bourgeoisies veulent imposer aujourd'hui aux classes laborieuses de payer les frais du maintien de leurs profits, elles firent payer alors aux mêmes classes laborieuses les frais de cette stabilité artificielle, par le biais, en particulier, des bas salaires et de l'inflation. Contrairement à ce que peuvent dire certains, y compris à gauche, les travailleurs n'ont donc pas lieu de regretter cette stabilité-là. Tout au plus le souvenir des 26 années de l'après-guerre est-il là pour rappeler que, même réglementé, le système capitaliste reste au service des exploiteurs et que c'est ce système qu'il faut abattre.

P. B.

mardi 29 novembre 2011

:: Le remplacement de l'économie capitaliste, une nécessité inscrite dans son propre développement

Le changement de l'organisation sociale n'est pas seulement souhaitable du point de vue de la justice, du point de vue de l'humanité, du point de vue de l'égalité entre les hommes. Il est aussi nécessaire. Et cette nécessité est inscrite dans le développement de l’économie capitaliste elle-même.
Il y a plus d’un siècle, l’un des apports de Marx aux idées socialistes, a été précisément de montrer tout ce qui, au sein même de la société capitaliste, annonçait l’avenir communiste.
Car ce ne sont pas les communistes qui ont fait que la production moderne nécessité la coopération de milliers, de dizaines, de centaines de milliers de personnes, de sorte que la production elle-même est socialisée, collective, depuis longtemps. Ce son la propriété et le droit d’en disposer qui restent individuels. Et c’est précisément la soumission du travail de plus en plus collectif aux intérêts privés qui est une des sources principales des désordres économiques de la société actuelle.
Mais la socialisation de la production par le capitalisme lui-même rend en même temps possible et avantageuse l’organisation, la planification de la production.
Ce ne sont pas les communistes, mais le capitalisme qui a fait surgir des multinationales gigantesques dont les activités se déploient dans des dizaines de pays, internationalisant ainsi la vie économique à un degré jamais connu auparavant.
Ce ne sont pas les communistes, mais l’économie capitaliste elle-même, qui a tissé des liens économiques entre les différents pays d’Europe au point que l’économie étouffe dans des frontières nationales surannées et que la nécessité de détruire ces frontières est ressentie par la bourgeoisie elle-même, sans pour autant qu’elle ose supprimer les Etats nationaux à son service qui lui servent de béquilles indispensables.
Ce ne sont pas les communistes qui ont détruit les productions et les cultures locales et qui ont uniformisé à l’échelle du monde les gouts alimentaires ou intellectuels. C’est l’univers entier qui s’est gavé de Mac Donald et de Mac Gyver, aussi bien – ou aussi mal – que de Dallas ou de Coca-cola, pendant que les transistors ont imposé les mêmes tubes de Harlem à Tokyo en passant par Paris ou Abidjan.
En même temps qu’elle développe et élargit ses contradictions à l’échelle de la planète, l’économie capitaliste accumule les moyens qui rendent de plus en plus accessible la mise en place d’une économie plus rationnelle à l’échelle du globe.
Même si l’économie capitaliste tient à l’écart du progrès technique la plus grosse partie de la planète et l’écrasante majorité de sa population, et malgré les limitations imposées par l’économie de profit, les sciences et les techniques ont continué à progresser, en grande partie d’ailleurs, dans cette société démente, grâce à la recherche pour la guerre et donc grâce aux Etats plus qu’à l’initiative privée.
Au cours des trois quarts de siècle qui viennent de s’écouler, l’homme a appris à domestiquer l’énergie nucléaire, a entrepris de conquérir l’espace, et d’immenses champs nouveaux se sont ouverts dans le domaine de la biologie.
Les transports ont été révolutionnés par le développement de l’aviation, et les communications par ce lui de la radio d’abord, puis par la télévision, et enfin par l’informatique et les satellites.
Cela ne rend que plus criante la contradiction entre la capacité croissante de l’homme à dominer les forces matérielles et son incapacité totale à maitriser sa vie sociale.
Les trusts multinationaux, en développant la production et le commerce internationaux suivant la logique du profit, les ont souvent développés en dépit du bons ensemble. Il est par exemple aussi révoltant sur le plan humain que stupide sur le plan économique de créer des plantations capitalistes au Sénégal ou au Burkina, produisant des fraises ou des asperges à contre-saison pour les marchés européens, au détriment de la production vivrière locale. Le luxe artificiel de petits paradis solvables produit dans un océan de misère et de famine : la décadence romaine ne faisait pas pire !
Pour parasiter l’économie, les trusts internationaux ont mis en place des formidables organisations, mobilisant des méthodes technique de pointe qui rendraient l’utilisation des ressources de la planète infiniment facile.
Les satellites utilisés aujourd’hui à surveillés la croissance du blé à l’échelle du monde pour permettre au trusts des industries agroalimentaires de mieux spéculer sur les récoltes de demain, c'est-à-dire de mieux affamer les populations pauvres, pourraient tout aussi bien servir à prévoir et à répartir la récolte mondiale entre les hommes, tous les hommes.
A condition qu’ils soient arrachés aux intérêts privés et qu’ils ne fonctionnement plus suivant la logique du profit et de la concurrence, les systèmes informatiques qui relient instantanément les grandes Bourses du monde les unes aux autres, les grandes banques de tous les pays les unes aux autres, sont un exemple de formidables instruments dont on dispose pour coordonner, pour planifier tout ce qui a besoin d’être coordonné ou planifié à l’échelle du monde.
Le rôle partout croissant de l’Etat, y compris dans les citadelles du capitalisme libéral, est une autre manière, pour l’économie capitaliste, d’exprimer ses profondes insuffisances marquées par la nécessité de la socialisation.
Cela fait longtemps en réalité que la bourgeoisie est incapable de gérer les forces productives modernes qui la dépassent.
Cette économie capitaliste, qui se veut porteuse de l’idée du chacun pour soi, ne pourrait pas fonctionner une minute sans une intervention importante du collectivisme, de ce collectivisme qui est principalement incarné par l’Etat et par tous ces organismes paraétatiques qui, même  simplement pour mieux servir les intérêts généraux de la bourgeoisie, sont obligés d’échappe, dans une certaine mesure, à la logique du produit individuel et à ses impératifs.
Sans l’Etat, il n’y aurait pas, en France, d’éducation, de routes, de système de santé, pas plus que d’aménagement du territoire ou d’urbanisme. Il n’y aurait même pas  de production de charbon, de gaz et d’électricité, de transports publics. Même les Etats-Unis ne font pas confiance aux seules lois du marché pour la conquête de l’espace ou pour les recherches fondamentales.
Oui, la tendance à la collectivisation prend une source dans le développement de l’économie capitaliste elle-même. Mais elle se manifeste de façon contradictoire, insatisfaisante, conflictuelle car, en fin de compte même l’Etat, même les organismes ou les institutions qui sont censés représenter ce qui est, en quelque sorte, collectif dans les intérêts de la bourgeoisie, finissent toujours par se soumettre aux intérêts particuliers.
D’où l’abandon progressif et brutal en cas de difficultés économiques de ce qui n’est pas prioritaire du point de vue des intérêts capitalistes privées : les services publics, les protections sociales en premier lieu.


Extrait de l'intervention d'Arlette Laguiller du vendredi 14 février 1992 à la Mutualité : "Le communisme est toujours l'avenir du monde !"


Lire les autres extraits :

:: Le communisme, seul avenir de la société #5

:: La capacité du prolétariat à prendre la direction de la société #4

:: L'avenir communiste #3

:: La bourgeoisie capitaliste, une classe parasitaire #2