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mercredi 22 mai 2013

:: La situation intérieure - Allocution de Nathalie Arthaud le dimanche 19 mai 2013 à la fête de Lutte Ouvrière


Travailleuses, travailleurs, camarades et amis, je vous souhaite la bienvenue à la fête de Lutte Ouvrière. La journée est pluvieuse mais j’espère que la fraternité et la bonne humeur la rendent plus chaleureuse.
Le gouvernement Hollande a un an et il a perdu tout crédit dans les classes populaires. Tous ceux qui croyaient qu’avec Hollande, cela ne pouvait pas être pire qu’avec Sarkozy, ne peuvent que se rendre à l’évidence : c’est pire. Ce n’est pas une question de caractère ou de personnalité, et ce n’est même pas une question de politique, car la politique de Hollande et celle de Sarkozy se ressemblent comme deux gouttes d’eau ; c’est que la crise économique s’aggrave, et les attaques du patronat aussi.
La politique menée par le grand patronat est celle que l’on connaît depuis que la crise a éclaté : l’aggravation de l’exploitation, le blocage des salaires, la multiplication des petits boulots, les suppressions d’emplois, les fins d’intérim, le renvoi des CDD. Pour sauver leurs profits, les grands groupes ferment des usines, se délestent de leurs filiales les moins rentables, stoppent leurs contrats avec les sous-traitants, dont on ne compte plus les liquidations judiciaires.
Depuis près de deux ans, il y a chaque jour 1 000 chômeurs supplémentaires qui vont pointer à Pôle emploi. Vous l’avez peut-être entendu, Hollande, pour faire du zèle vis-à-vis du patronat, a décidé d’enseigner l’esprit d’entreprise aux collégiens ; eh bien il ferait mieux de leur apprendre la condition de chômeurs, parce que c’est ça, l’avenir qu’il réserve à la jeunesse !
Bien sûr c’est le grand patronat qui licencie et qui sème la désolation dans le pays, mais le gouvernement en est le complice, le serviteur fidèle. Est-il intervenu auprès de la direction de PSA pour qu’elle révise sa position de fermer l’usine d’Aulnay ? Non ! Et Petroplus, Goodyear, Doux ou Virgin ?
Hollande ne s’était pas engagé à grand-chose vis-à-vis des travailleurs, mais même sur le peu qu’il avait promis, on l’a vu aller de reniement en capitulation.
Enterrée, la promesse faite devant les ouvriers d’Arcelor Mittal qu’il ferait tout pour trouver un repreneur pour les hauts-fourneaux de Florange ! Oubliés, ses grands mots contre la finance ! Trahie, la promesse qu’il n’augmenterait pas la TVA !
Quant à la réforme de Sarkozy sur les retraites qui était, disait-il, injuste, il va l’aggraver en essayant d’y associer les confédérations syndicales.
Oui, il y a de quoi être écoeuré par ce double langage et de quoi être en colère. On a dit pis que pendre de Cahuzac, et il le méritait ! Mais si le mensonge de Cahuzac a suscité l’indignation générale, qui s’indigne de ce que Hollande a menti pour se faire élire, qui s’indigne de ce que, une fois élu, il fait le contraire de ce qu’il avait promis ?
Ce sont là des mensonges plus lourds de conséquences pour nous tous, mais ils sont excusés. Au Parti socialiste, tout le monde les justifie, en expliquant que c’est la crise, que l’arriéré laissé par Sarkozy était pire que ce qu’ils croyaient…Mais Hollande n’a pas découvert à l’Elysée les projets de Mittal, il n’a pas découvert non plus l’état d’endettement du pays !
Il y a un an, au moment de la présidentielle, nous avons dénoncé la mascarade électorale en disant : « Si futur gouvernement socialiste il y a, il fera ce que la finance imposera. Si Hollande est élu, les coups au lieu de venir de la droite, viendront de la gauche (…). Il ne peut pas y avoir un « bon » gouvernement de gauche en cette période de crise ! La bourgeoisie ne laissera de place qu’à un gouvernement de combat contre la classe ouvrière. »
Après un an de gouvernement Hollande-Ayrault, la démonstration est faite.
Lorsque la bourgeoisie a de bonnes affaires en vue, elle peut consentir aux dirigeants politiques de gauche des concessions pour les travailleurs.
Par temps de crise, c’est l’inverse. Ce que le marché n’est plus capable de rapporter au grand patronat, il le prend sur les travailleurs, sur les salaires, sur les conditions de travail. Il ne peut pas y avoir de miracle, moins il y a de production, moins il y a de perspectives de profits, moins de miettes tomberont de la table capitaliste.
Hollande prêche le compromis, la négociation entre les travailleurs et le patronat. Comme s’il était possible de ménager la chèvre et le chou ! La classe capitaliste mène une guerre d’autant plus féroce contre les travailleurs qu’elle est affolée par la crise de sa propre économie.
La seule politique qu’elle accepte de la part de ceux qui gouvernent, c’est celle qui lui permet de préserver ses profits et sa fortune en écrasant les conditions d’existence des travailleurs. Et c’est cette politique-là que Hollande met en œuvre.
La bourgeoisie et le gouvernement Hollande, qui est son bras armé, ne nous laissent pas le choix ! C’est leurs profits ou nos salaires ! Leur compétitivité ou notre santé ! Nos retraites ou leurs fortunes ! C’est leurs sinécures ou notre peau ! C’est la guerre sociale.
Dans cette guerre sociale, les travailleurs ne disposent pas d’autres moyens que leur lutte collective, avec leurs armes : les grèves, les manifestations, pour défendre leurs intérêts de classe.
En France la guerre sociale n’a pas encore la brutalité de celle menée en Grèce, en Espagne, au Portugal ou en Italie. La France part de plus haut, c’est un pays économiquement plus puissant, qui a accumulé au fil du temps plus de richesses notamment en pillant et en colonisant une grande partie de l’Afrique.
La bourgeoisie a donc pu, dans le passé, concéder aux exploités toute une série de droits, mais ils sont en train d’être démolis. Regardons vingt ans en arrière : quand on était embauché, sauf accident ou choix personnel, c’était pour la vie. Aujourd’hui, quel jeune imagine décrocher un CDI ? Le CDI est devenu un privilège extraordinaire, la norme maintenant c’est le travail à la commande, le travail à la tâche comme au 19ème siècle !
Il reste encore des amortisseurs sociaux, comme ils disent, mais jusqu’à quand ? Les aides familiales, les allocations logement, les pensions d’invalidité, sont plus restrictives. Les services publics fonctionnent de moins en moins bien, ils sont de plus en plus payants, de moins en moins publics.
Alors que tout le monde, à droite comme à gauche, s’est toujours gargarisé du modèle français de protection sociale avec la sécurité sociale, voilà que de plus en plus de voix se font entendre pour la remettre complètement en cause.
Quant aux droits à la retraite, ils reculent depuis trente ans, et le vol de nos retraites va continuer avec Hollande. Avec la loi sur la flexibilité, le gouvernement Hollande en a déjà fait plus pour aggraver les conditions de travail qu’en dix ans de droite.
Du nord au sud de l’Europe, ce sont les mêmes reculs, les mêmes sacrifices contre les travailleurs, que le gouvernement soit de droite, de gauche, une coalition gauche-droite ou droite-extrême-droite. A chaque élection, les uns comme les autres cherchent à se différencier, à s’opposer mais quand ils gouvernent, ils mènent la même politique : celle que la bourgeoisie leur dicte.
Les chefs d’Etat ne sont que des pantins dans les mains de la bourgeoisie. Aujourd’hui Hollande est un pantin dans les mains de Mittal, de la famille Peugeot, Bettencourt. Mitterrand, Chirac, Sarkozy, l’ont été dans le passé. Mélenchon, s’il devenait président, le serait aussi, parce que le pouvoir qui s’impose à eux est le pouvoir des grands groupes capitalistes, dont la politique se résume à exploiter toujours plus les travailleurs et à mettre les caisses publiques en coupe réglée.
Par les temps qui courent, le gouvernement ne peut qu’être le bras armé de la bourgeoisie contre les exploités. Comprendre cette vérité-là est le début de la conscience de classe.
La défense des intérêts des travailleurs n’est pas une question de jeu politique, d’élections et de premier ministre, c’est une question de rapport de force entre la bourgeoisie - la grande bourgeoisie - et les travailleurs. Contrairement à la propagande qui consiste à faire croire que la lutte de classe fait partie du passé, elle est là, elle est féroce, et surtout elle est à sens unique. Dans cette lutte, il n’y a que la bourgeoisie qui donne des coups. C’est cela qu’il faut changer.
Pour inverser le rapport de force, les travailleurs ne pourront faire l’économie d’une lutte massive, explosive, qui fasse peur à la bourgeoisie comme elle a eu peur en juin 1936 avec les occupations d’usine, comme elle a eu peur en mai 1968.
Nous sommes des militants et nous savons qu’on ne peut pas déclencher les luttes en appuyant sur un bouton. Personne, aucun parti, aucune confédération syndicale, ne peut décréter la mobilisation générale des travailleurs.
Mais les luttes se préparent, dans les têtes et dans les consciences. Dévoiler la politique de la bourgeoisie, dénoncer le jeu de ses serviteurs politiques, dire la vérité aux travailleurs, les armer politiquement, moralement, c’est ce que les directions syndicales pourraient et devraient le faire.
Au lieu de cela, les dirigeants syndicaux passent leur temps en conciliabules avec le gouvernement et le patronat. Je ne parle pas des militants syndicalistes, qui se démènent comme ils peuvent sur le terrain. 
L’encre des accords sur la flexibilité n’est pas encore sèche que le gouvernement et le patronat ouvrent déjà un nouveau cycle de conférences sociales sur les retraites.
Alors que tout le monde a compris que le patronat n’est pas disposé à faire de cadeaux et qu’il ne veut négocier que des reculs pour les travailleurs, pourquoi cautionner ces négociations bidon ?
Ceux qui entrent dans le jeu du gouvernement et du patronat ne sont que des bureaucrates qui croient pouvoir monnayer leur signature contre quelques avantages mineurs pour les travailleurs ou pour leur boutique syndicale. Mais quand ils finissent par signer des reculs honteux pour les travailleurs en les faisant passer pour des avancées, comme cela a été le cas pour les accords compétitivité, c’est une trahison des intérêts matériels des travailleurs mais c’est aussi une trahison morale.
On ne peut reprocher à personne, et pas même aux directions syndicales, de ne pas réussir à stopper les attaques patronales. Mais appeler un recul une avancée, c’est désorienter les travailleurs, c’est les tromper et les désarmer pour l’avenir.
C’est en étant fermes et déterminées elles-mêmes sur les objectifs, en disant la vérité, que les directions syndicales pourraient redonner confiance aux travailleurs. En ne le faisant pas, elles montrent qu’elles ne sont pas dans leur camp.
Les directions syndicales ne veulent pas impulser les luttes ni les préparer par une politique volontariste. Elles peuvent y être entraînées par la pression des travailleurs eux-mêmes, pour ne pas perdre tout crédit aux yeux des ouvriers. Mais on ne peut pas compter sur les directions syndicales pour préparer les luttes indispensables à venir, pour inspirer confiance.
En tant que communistes révolutionnaires, nous avons la ferme conviction que les travailleurs, les exploités, sont capables de diriger, démocratiquement, la société ! Infiniment mieux en tout cas que le grand capital, la bourgeoisie et leurs serviteurs politiques. Eh bien nous pensons, à plus forte raison, que les travailleurs sont capables de diriger eux-mêmes, démocratiquement, leurs propres luttes !
Alors oui, ce sera aux travailleurs eux-mêmes d’impulser leurs luttes, de les organiser et de les diriger ! Ils en ont la capacité et, lorsqu’ils en ont la volonté, tout devient possible.
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Cela fait des années qu’il n’y a pas eu de grandes luttes collectives. Mais il y a toujours ici et là, des luttes, des grèves, des manifestations.
Ces luttes sont d’autant plus difficiles qu’elles sont isolées, menées entreprise par entreprise. Ce sont des luttes où les travailleurs se retrouvent à se battre dos au mur, mais ils se battent quand même ! Ils se battent parce qu’ils veulent dire non ! Parce que s’il y a une chose qu’ils peuvent préserver, c’est leur conscience et leur dignité !
J’en profite ici pour rendre hommage aux ouvriers de l’usine PSA d’Aulnay qui ont fait grève pendant quatre mois. Pendant leurs quatre mois de grève, ils ont eu, face à eux, la famille Peugeot, une des familles bourgeoises les plus riches et les plus rapaces du pays, et ils ont montré qu’ils pouvaient lui tenir tête.
Ils n’ont pas réussi à empêcher la fermeture d’Aulnay mais, déterminés et organisés comme ils l’étaient, ils ont arraché à la direction des garanties qu’ils n’auraient pas eues sans la grève. Et, au-delà de qu’ils ont obtenu, ils ont gagné le respect de bien des travailleurs, et ils ont montré le chemin à suivre.
Alors oui, ils peuvent être fiers car ils ont représenté la combativité de la classe ouvrière, la dignité des travailleurs et la conscience de classe, ce qu’il y a de plus précieux pour les travailleurs !
Le gouvernement agit toujours en tant que commanditaire des intérêts généraux de la bourgeoisie, mais les mesures qu’il prend sont des mesures politiques. Les travailleurs doivent donc s’ériger en force politique pour peser et sur la politique du gouvernement et sur celle du grand patronat.
Bien des travailleurs sont écœurés par les dirigeants politiques, et ils le montrent par l’abstention aux élections, et cela se comprend. Si la gauche et la droite n’ont pas tout à fait le même langage, une fois au gouvernement elles mènent la même politique favorable au grand patronat.
Aujourd’hui, la politique est faite par les bourgeois, pour les bourgeois. Même quand le gouvernement parle de combattre le chômage, ce n’est jamais pour être favorable aux chômeurs, c’est toujours pour aider le patronat ! On nous explique du matin au soir que la politique menée l’est dans l’intérêt de tous, mais ce sont les banquiers et la bourgeoisie petite et grande qui imposent leurs propres intérêts et qui en tirent les bénéfices. Sous couvert d’une politique favorable au peuple, ils font une politique de classe.
La bourgeoisie n’a que faire de l’abstention des classes populaires ; ce qui commencerait à lui poser problème, c’est que s’impose sur la scène politique une force qui incarne les intérêts des travailleurs, et exclusivement leurs intérêts.
Il faut un parti qui oppose à la politique de classe de la bourgeoisie la politique de classe des travailleurs. Ce parti est indispensable pour défendre au quotidien les intérêts des travailleurs. Il est indispensable pour donner à la classe ouvrière l’instrument pour accomplir sa tâche historique, celle de renverser la domination de la bourgeoisie et de la remplacer par un gouvernement des travailleurs pour les travailleurs.
Tant que l’on ne touche pas à la toute puissance économique des grands groupes capitalistes, au système basé sur le profit et exclusivement sur le profit, la société tournera de plus en plus mal.
Gouvernement et patronat nous disent qu’il faut être compétitif, flexible, mais tout cela pourquoi ? Ils restructurent, ils ponctionnent, ils nous demandent d’attendre, d’accepter le chômage mais pourquoi accepter tous ses sacrifices ? A quoi servent les milliards retirés des services publics ? Si encore cela améliorait la situation économique, mais c’est tout le contraire ! C’est toujours et encore la finance qui prospère, les paradis fiscaux et la spéculation.
Tout le monde sait que la finance tue la croissance, que le paiement de la dette tue toute perspective de relance économique. Mais le capitalisme est un tout, on ne peut pas le découper en tranches. Il n’y a pas d’un côté la bonne bourgeoisie industrielle, qui veut la relance de l’économie, et de l’autre la méchante bourgeoisie financière, qui ne s’intéresse qu’à la spéculation.
Ce sont les mêmes bourgeois qui sont tiraillés par ces deux objectifs contradictoires. Bouygues ou Peugeot n’ont rien contre la relance, ils sont pour ! Mais ils ont aussi des intérêts financiers et c’est d’ailleurs leur capital placé dans la finance qui leur rapporte le plus !
Alors oui, c’est contradictoire mais le capitalisme est un système perclus de contradictions. À commencer par celle qui pousse chaque capitaliste individuel à aggraver l’exploitation, à payer le moins possible de salaire, alors que c’est précisément cela qui limite, voire fait reculer la consommation des classes exploitées et donc le marché.
La crise elle-même a révélé toute la folie du capitalisme. Si nous sommes en crise aujourd’hui, c’est que le système est capable de trop produire, c’est parce qu’on est en surcapacité par rapport à la consommation solvable. C’est en quelque sorte l’abondance qui crée la misère : eh bien, il n’y a pas de système plus aberrant.
Il n’y aucune raison de se résigner à une économie aussi stupide et d’accepter la domination de la bourgeoisie qui en est à la tête. Il faut supprimer sa domination sur l’économie, c’est-à-dire la propriété privée des moyens de production.
Oui, nous sommes communistes, « communistes » dans le vrai sens du terme, avec cette conviction que l’on peut débarrasser la société de la dictature de l’argent et des crises. Oui, l’avenir de l’humanité, c’est une société sans le marché, sans la loi aveugle du profit, sans la concurrence et sans exploitation, et nous sommes convaincus que c’est la classe ouvrière qui en sera le moteur !
Même pour mener les combats quotidiens des travailleurs et surtout pour les mener à la victoire il faut avoir confiance dans la classe ouvrière. Pour ne pas faillir face aux chantages patronaux et s’arrêter en chemin, il faut être convaincu que les travailleurs peuvent se passer de la bourgeoisie. Il faut montrer que les patrons qui menacent de mettre la clé sous la porte ne nous font pas peur, parce qu’on se passera d’eux ! Etre convaincu que ce n’est pas la bourgeoisie qui est irremplaçable, mais les travailleurs, qui font tout tourner dans la société.
Ces perspectives peuvent paraître très éloignées de ce que les travailleurs sont capables de faire aujourd’hui, et pourtant il est d’une nécessité brûlante de les défendre dès maintenant auprès des nôtres. Parce que c’est maintenant que la crise fait ses ravages, que l’état d’esprit de millions de femmes et d’hommes change, et que les certitudes tombent.
Il suffit de regarder ce qui se passe en Italie, en Grèce ou en Espagne, pour voir comment le discrédit des partis au pouvoir modifie les rapports de force électoraux ou pousse à la mobilisation.
En France, l’alternance classique a fonctionné : le Parti socialiste a pris la place de l’UMP, mais qui aurait pronostiqué qu’après seulement huit mois de gouvernement socialiste il y aurait des manifestations de droite réunissant des dizaines de milliers de personnes remontées comme des pendules contre Hollande ?
Oui, ici aussi, la situation change. Et pour l’instant, elle change en faveur de la droite. Les manifestations contre le mariage homosexuel lui ont permis de se renforcer. Les manifestants se sont certes cantonnés à dénoncer le mariage homosexuel et la filiation au nom de leurs valeurs conservatrices, mais ils constituent un terrain de recrutement, un terrain d’entraînement pour des courants d’extrême droite profondément anti-ouvriers, anti-grèves, anti-syndicats. Ils sont politiquement et socialement des ennemis des travailleurs, et c’est ceux-là qui sont aujourd’hui renforcés par l’arrivée de la gauche au pouvoir.
Parmi eux, il y a le Front national, dont on voit que l’influence grandit, y compris dans l’électorat populaire.
Comme tout démagogue, le Pen sert aux uns et aux autres le discours qu’ils veulent entendre. Il y en a pour les catholiques, pour les racistes, et il y en a aussi de plus en plus pour les chômeurs, pour les ouvriers et pour les retraités.
Mais derrière ces œillades aux classes populaires, Le Pen prépare un régime autoritaire anti-ouvrier.
Dans bien des pays d’Europe, sans être au gouvernement ses amis d’extrême droite pèsent déjà sur la politique des gouvernements pour une politique plus autoritaire, toujours plus dure contre les chômeurs et les pauvres.
Un des principaux arguments du Front national est qu’il n’a jamais été au pouvoir, qu’il ne s’est jamais compromis, contrairement aux grands partis de la droite qui alternent au gouvernement.
Certes, Marine Le Pen n’a jamais été au pouvoir, son père non plus, mais des gens de leur acabit, l’Europe en a connus, du Portugal de Salazar à la Grèce des colonels, en passant par l’Espagne de Franco. Voilà les modèles pour l’extrême droite, voilà le régime qu’elle voudrait imposer.
Certaines des bandes d’extrême droite qui s’agitent dans l’ombre du Front national prennent même leurs références chez Mussolini et Hitler.
Les régimes fascistes de Mussolini ou de Hitler, avant d’être des dictatures brutales qui détruisaient les organisations ouvrières et assassinaient les militants ouvriers, se disaient « national socialistes », ils dénonçaient « le capitalisme financier », ils prétendaient combattre le chômage et donner un travail à tout le monde. Sauf que leur monde à eux excluait les juifs, les tsiganes, les homosexuels, les noirs, et bien entendu, les communistes !
Même s’il reste pour le moment sur le terrain électoral, la perspective politique du Front national est un régime de ce genre.
Il n’y a pas encore en France de milices armées qui font leur loi sur la population, mais il y en a en Hongrie et en Grèce. Même en France, on peut déjà voir agir le matériau humain qui pourra les constituer. On les a vus, en marge des manifestations contre le mariage pour tous, s’en prendre aux homosexuels. Demain, ils pourraient s’en prendre aux Roms et aux travailleurs immigrés, comme en Grèce.
Quand le Pen s’attaque verbalement aux travailleurs immigrés, ce ne sont pour l’instant que des mots, mais demain son parti, ou d’autres de la même espèce, passeront aux actes. Ils commenceront peut-être par s’en prendre aux travailleurs sans papiers, mais ceux avec papiers suivront, et ensuite ce sera le tour de ceux, français, qui auront le défaut d’être syndiqués ou de gauche.
La perspective politique de l’extrême droite est de s’attaquer au mouvement ouvrier, de limiter ou d’interdire les grèves, d’éliminer toute conscience de classe et, à plus forte raison, toutes les idées communistes. Le Pen fait des appels du pied à l’électorat populaire et même aux chômeurs, aux salariés, mais elle creuse la tombe des classes exploitées.
Oui, une course de vitesse est engagée de fait entre les travailleurs conscients et l’extrême droite anti-ouvrière. Et il se peut que les travailleurs soient amenés à se battre sur le terrain politique en même temps qu’ils se battent pour défendre leurs conditions d’existence, leur emploi, leur salaire.
C’est en menant leurs luttes sur le terrain de classe que les travailleurs prendront conscience à quel point leurs intérêts matériels et leurs intérêts politiques sont intimement liés, et qu’ils apprendront à faire le tri entre leurs ennemis, leurs faux amis et leurs amis.
Les travailleurs deviendront une force politique capable de peser quand ils opposeront à « l’union nationale » et au poison de la « préférence nationale », la préférence de classe. Quand ils diront : les exploités d’abord ! Quand ils se battront pour les travailleurs d’abord ! Quand ils se battront pour leur emploi, pour leur salaire, et surtout pour le contrôle des exploités sur les entreprises, sur les banques, afin que les décisions économiques cessent d’être le monopole d’une minorité de riches parasites !
Le discrédit de Hollande renforce la droite et l’extrême droite, mais elle provoque aussi du mécontentement parmi les électeurs habituels du Parti socialiste. Ils ont tendance à se regrouper autour de Mélenchon et du Front de gauche.
Au Front de gauche, la direction du PC et Mélenchon n’ont pas la même stratégie électorale en particulier dans les municipales, mais ils ont fondamentalement la même politique et la même préoccupation d’attirer les « déçus du socialisme » et de représenter l’alternative à gauche.
Après avoir aidé dans le passé Mitterrand à se donner une image d’homme de gauche, la direction du PC amène la force militante et le crédit qui lui reste de son passé de parti ouvrier à Mélenchon. Il aide ainsi l’ancien sénateur et ministre socialiste à se donner une allure de révolutionnaire du verbe et d’ami des travailleurs.
La sauce de Mélenchon est un drôle de mélange qui concilie la prise de la Bastille avec une candidature au poste de Premier ministre.
Après Hollande, c’est lui qui nous explique maintenant qu’il est possible d’avoir un « bon » gouvernement de gauche, qu’il est possible d’en faire ravaler aux plus riches et de concilier les intérêts des travailleurs et de la bourgeoisie.
Le croire serait aller d’illusions en illusions ! Quand bien même Mélenchon serait Premier ministre, il serait non seulement sous l’autorité de Hollande, mais surtout à la tête d’un appareil d’Etat entièrement construit pour servir les intérêts de la bourgeoisie.
Un appareil d’Etat composé de centaines, de milliers de hauts fonctionnaires, des préfets aux directeurs de cabinet des ministères, qui incarnent la continuité de l’Etat pendant que les ministres passent. Un appareil d’Etat avec la hiérarchie militaire, la hiérarchie policière, dressées pour défendre l’ordre bourgeois sur l’économie.
Un gouvernement Mélenchon devra, comme n’importe quel autre gouvernement sous la domination sociale de la bourgeoisie, obéir à la classe riche. Dans cette période de crise, cela le mettra dans l’obligation de faire une politique anti-ouvrière.
Les mots d’ordre que Mélenchon met en avant sont toujours d’apparence radicale, mais ils sont politiquement creux et ils sont étrangers aux intérêts des travailleurs.
Mélenchon a compris que l’alternance ne faisait plus rêver personne, il propose donc de changer de Constitution. La solution miracle serait de bâtir une nouvelle République la 6e République, qui deviendrait démocratique et sociale par la grâce de nouveaux textes constitutionnels. Comme si l’exploitation était inscrite dans la Constitution !
Ce n’est pas une Constitution qui permet aux capitalistes de s’enrichir sur notre dos, c’est le droit de propriété capitaliste, c’est le monopole que la bourgeoisie a sur l’argent, sur les entreprises et sur toute l’économie. C’est ce monopole là qu’il faut supprimer, mais renverser la domination de la bourgeoisie, ce n’est pas le programme de Mélenchon.
À tous ceux qui sont convaincus par nos idées mais qui regrettent que nous ayons moins d’influence que Mélenchon, nous disons : « rejoignez-nous ! » Car s’il y a bien des choses que nous ne pouvons pas faire, il y en a toujours une que pouvons faire : dire ce que nous pensons, affirmer notre politique communiste révolutionnaire, faire vivre nos idées et préparer l’avenir .
Les révolutionnaires n’ont pas à se mettre à la remorque de politiques étrangères aux intérêts des travailleurs, il faut qu’ils s’attèlent à la tâche de construire un parti. Ils doivent être présents et se battre pour donner aux luttes politiques, qui ne manqueront pas dans les années à venir, la seule orientation positive, la lutte de classe.
L’existence d’un parti, riche des expériences de l’ensemble du mouvement ouvrier et présent à l’échelle du pays manque aujourd’hui cruellement. Il faut œuvrer pour qu’il renaisse au plus vite.
Nous ne partons pas de rien. Nous avons derrière nous toute l’histoire du mouvement ouvrier, ses trahisons, ses échecs mais aussi son expérience et ses victoires.
Le mouvement ouvrier d’hier comme celui d’aujourd’hui est porteur de valeurs morales aux antipodes des valeurs de la société bourgeoise. Contre l’individualisme et le chacun pour soi de la société capitaliste, il est porteur de la solidarité et de la fraternité ! Contre l’adoration de l’argent, il porte les intérêts collectifs ! Contre le nationalisme, l’internationalisme !
Nous ne doutons pas que demain ces valeurs attireront tous ceux révoltés par l’exploitation et son cortège d’injustices. Les idées communistes, la perspective de la révolution sociale, nos idées, attireront les plus révoltés, les plus combatifs, les plus dévoués à la cause ouvrière.
Il faut s’adresser à tous ceux-là et leur donner envie de se joindre à nous.
Alors, camarades, je vous souhaite une bonne fête et bon courage pour poursuivre le combat !

vendredi 30 mars 2012

:: Le fantasme Mélenchon

Mélenchon fait monter les enchères face au PSMa TL sur Twitter est dominée par les tweets de militants, sympathisants ou électeurs du Front de gauche. Je ne m'en plains pas, loin de là, mais il ne se passe pas une journée sans que l'on m'interpelle sur le refus de LO de considérer avec espoir le futur score de Jean-Luc Mélenchon. Cela donne la plupart du temps des échanges cordiaux et souvent constructifs, mais il arrive aussi que pointe l'insulte, fuse la tarte à la crème du "sectarisme de LO" ou tombe l'accusation de "mauvaise foi", voire celle de "jalousie"...

Et ça m'énerve.

Quelques rappels. Jean-Luc Mélenchon est un tribun talentueux qui aspire à devenir l'"aiguillon du peuple" contre "l'oligarchie", très bien, mais cela ne saurait le définir complètement. Car, avant toute chose, Mélenchon n'a été, sa vie durant, qu'un homme d'appareil : un homme d'appareil avec tout ce que cela comporte de petites manipulations et de manoeuvres dans les arcanes du PS ; un politicien dévoué corps et âme à Mitterrand - cette crapule, rappelons-le, dont les travailleurs ont toutes les raisons de garder le souvenir amer ; un dirigeant réformiste responsable qui a toujours rêvé devenir premier secrétaire du PS, mais qui,  en 2000 - seul fait mémorable de cette tambouille -, ne sera qu'un petit ministre (zélé) de Lionel Jospin (rappels : signature à Barcelone des textes qui ouvraient le marché européen de l’énergie à la concurrence, privatisations à la pelle - en cinq ans que les gouvernements précédents de Balladur et Juppé réunis, etc.).

"Oui, mais Mélenchon est un homme du système qui a quitté le système, me répondra-t-on... Il a changé, tu sais ?" Regardons donc le programme. Ce n'est jamais très instructif - un programme de réformiste en 2012 n'a pas plus de valeur que les promesses de l'Union de la gauche en 1981 -, mais qui sait ? ses trente dernières années de réflexion au sein du PS ont peut-être porté leur fruit de manière remarquable...

En fait, non. 

Le programme du Front de gauche joue petit bras ; il n'arrive même pas à la cheville du programme commun, c'est dire. Du reste, Mélenchon le reconnait lui-même dans une interview donnée au très patronal Les EchosDeux exemples : une hausse du smic à 1700 €, mais... "en fin de législatures". Dans cinq ans donc. En fait, juste une promesse qui a aussi été le refrain de Mitterrand pendant vingt ans avant d’arriver au pouvoir en 1981, avec le soutien du Parti communiste. On sait ce qu’il est advenu de ces discours de campagne ; dans les entreprises, pas d'écart de salaire plus grand que de 1 à 20. Il explique : "Si je suis élu, on partagera la richesse" par "la force de la loi"... Le problème, c'est que loi ou pas loi, les patrons sont maîtres chez eux et font ce qu'ils veulent. Par quel miracle électoral Mélenchon passera-t-il outre ? Ne pas dire clairement que les travailleurs devront se mobiliser pour contraindre les patrons à augmenter les salaires, c'est oublier l'essentiel... et raconter des histoires. 

Un programme timoré, certes, mais, me dit-on, "Mélenchon veut donner le pouvoir au peuple". Oui, mais comment ? En favorisant le développement de SCOP ? Quoi qu'en dise le candidat du Front de Gauche, il ne peut pas y avoir de "prise du pouvoir" par les travailleurs tant que subsiste celui des grands groupes capitalistes et celui de l'État qui les protège. C'est la raison pour laquelle les travailleurs n'ont pas à revendiquer la gestion des entreprises en faillite, mais celle de toute la société, afin de mettre l'économie au service de la collectivité tout entière et non de quelques groupes financiers... En imposant une transparence du patrimoine des élus ? Oui, mais, précise Mélenchon, une transparence réservée à "une commission spécialisée astreinte à un devoir de réserve"... C'est mieux que rien ? Oui, mais ce n'est pas beaucoup plus, reconnaissons-le. Et je passe sur le contrôle de l'activité politique des parlementaires par... une commission composée de parlementaires. En érigeant une VIe République ? La belle affaire ! Les banques, le grand patronat, la classe capitaliste ne tirent pas leur pouvoir d'une Constitution, mais de l'exploitation, du monopole qu'ils ont sur le capital, sur les entreprises et sur toute l'économie. Il faudra donc bien autre chose qu’une nouvelle République pour changer la vie des gens, pour se défendre contre les saccages de la classe capitaliste, contre les licenciements, contre l'écrasement du pouvoir d'achat, contre l'anarchie de l'économie.

Il faudrait s'en prendre à ceux qui ont le pouvoir économique, mais cela n'est nullement l'intention du Front de gauche. Tout au plus ses économistes (issus du PS pour certains d'entre eux) reprennent-ils à leur compte le langage altermondialiste et dénoncent-ils le capitalisme "financier", la "mondialisation ultralibérale", la spéculation boursière... Vieille rengaine de ceux qui s'imaginent qu'il existerait un capitalisme juste, un alter-capitalisme bénéfique, un capitalisme à la fois décroissant et soumis à la loi de la reproduction du capital, un capitalisme moins sauvage, etc. 

Les grands industriels français peuvent donc être rassurés : ils seront épargnés. Voir défendus. C'est en effet le sens qu'il faut donner à la perspective nationaliste et protectionniste défendue par le Front de gauche (et par le PCF : mais ça, ce n'est pas nouveau) : dénonciation de l’Union européenne, rendue responsable de tous les maux des travailleurs, avec ses traités favorisant un "marché libre et non faussé", avec la Banque centrale européenne "indépendante" et "sans contrôle" qui défendrait un euro fort sous la pression de l’Allemagne... Dénonciation de l’Union européenne qui aurait accouché "d’un nouveau totalitarisme" avec à sa tête "la baronne Ashton et ses 5 000 bureaucrates du service européen des Affaires étrangères"... Dénonciation du traité de Lisbonne qui tout en précisant prudemment qu’il conviendrait d'en sortir "de façon responsable en respectant la parole de la France"... Dénonciation de l'Allemagne. Dans son livre programme Qu’ils s’en aillent tous !, Mélenchon entretient ainsi  ertains vieux préjugés : "Les relations des Allemands avec leurs voisins ne sont pas définitivement apaisées. […] Avoir consenti que les Allemands soient plus nombreux que les Français dans le Parlement européen est une faute. […] La relation entre Français et Allemands est toujours, pour finir, le point sensible où s’infectent toutes les fièvres"... Dénonciation de la suprématie du dollar qui "vit sur le dos de la planète" ou encore du "grand marché transatlantique que l’Union européenne fomente avec les USA"...

Sans doute ce langage plaît-il à certaines fractions du PCF, nourries depuis longtemps au poison du nationalisme. Il n'en reste pas moins que, d'une manière ou d'une autre, laisser croire aux travailleurs qu’ils pourraient avoir des intérêts nationaux (ou européens) plutôt que des intérêts de classe est de nature à entretenir une démagogie qui est aussi utilisée par  l’extrême droite, ennemie mortelle de la classe ouvrière... L'extrême droite des Le Pen qui aussi, remarquons-le en passant, chantent La Marseillaise lors de leurs meetings et finissent leurs discours par un "Vive la France".

Alors, un gouvernement de gauche, vraiment à gauche, pour changer les choses ? Certainement pas Nous pensons que, dans la guerre sociale qui a lieu aujourd'hui, les travailleurs se berceraient d'illusions en croyant que la gauche au gouvernement - laquelle n'a jamais eu, dans son histoire, ni l'intention ni les moyens d'affronter le grand patronat - pourrait demain changer leur sort. 

Un gouvernement de gauche ou finalement se contenter de contraindre Hollande à reprendre certaines de ses propositions - à se "gauchire" ? ... Bullshit. C'est déjà ce qu'avait fait le candidat du PCF Georges Marchais face au candidat du PS Mitterrand en 1981, avec un vocabulaire plus radical que le Mélenchond'aujourd'hui. Le slogan de Marchais, qui affirmait vouloir "tout" prendre aux riches, était "Sans ministres communistes, pas de changement possible". Au final, Marchais avait eu un peu plus de 15 % des suffrages à l'élection présidentielle et avait appelé à voter Mitterrand au second tour. Ce dernier, une fois élu, avait pris dans son gouvernement quatre ministres issus du PCF... qui n'ont rien changé à  la politique de Mitterrand. Bien au contraire... 

Qu'on se le dise, sans illusion : quelques postes de ministres à des politiciens venus du PCF ou du Parti de gauche ne feront que ce que Hollande décidera… en fonction des besoins du patronat. 

Alors, certes, les réussites de Mélenchon sont impressionnantes : cet ancien de l'OCI (trotskiste), devenu un vrai social-démocrate, puis un dirigeant politique responsable, est devenu le candidat officiel du PCF ! Lequel PCF a non seulement abdiqué devant ce politicien ambitieux qui a toujours rêver devenir premier secrétaire du PS, mais a aussi cru pertinent de mettre à sa disposition le dévoue­ment de ses mili­tants ; ce même transfuge du PS, donc ancien dirigeant du PS, a réussi à réunir derrière lui, rangs serrés, tous les déçus du PS dans la perspective d'une nouvelle union... derrière le PS.

Mais ces "réussites", loin de nous rendre "jaloux", nous révoltent. Car là où l'on devrait tout faire pour aider les travailleurs à retrouver, contre toutes illusions électoralistes, le chemin de luttes massives et déterminantes, le Front de gauche ne leur propose que de changer de gouvernement... et d'y croire. Au risque, une nouvelle fois, en leur préparant de nouvelles désillusions, de plomber encore les classes populaires et de les désarmer encore un peu plus face aux prédateurs de la classe capitaliste.

Non, Mélenchon ne mérite pas la confiance des travailleurs ni celle des militants communistes. Je ne vais donc pas voter Mélenchon, mais Arthaud. Non pas en espérant ainsi changer les choses mais pour utiliser mon bulletin de la seule manière qui soit : pour répéter que, pour contester à la bourgeoisie sa dictature sur la société, les travailleurs ne pourront jamais compter sur des avocats dans des ministères, mais seulement sur leurs propres forces, sur leur poids social dans l’économie - Pour dire donc que la lutte n'est pas un appendice d’une victoire électorale, mais le seule moyen de conquête. Pour exprimer la conviction que seule la lutte collective des exploités possède la force et la possibilité de changer la vie - Pour dire aussi qu'un bon début serait de se mobiliser pour exiger l'interdiction des licenciements, l'échelle mobile des salaires, la répartition du travail entre tous (sans perte de salaire) et le contrôle ouvrier sur les comptes des entreprises - Pour dire que, malgré la démoralisation causée par les faux-amis de la classe ouvrière, il reste aujourd'hui des hommes et des femmes qui se décarcassent pour construire le parti ouvrier révolutionnaire dont nous avons tant besoin - Pour dire qu'il n'y a rien à attendre du capitalisme - quelle que soit sa forme. Pour dire que le communisme reste l'avenir de l'humanité - Parce que je suis communiste. 

vendredi 19 novembre 2010

Pour le Medef, l'élection présidentielle de 2012 ne sera jamais qu'une sorte de sans importance. Et la bourgeoisie peut dormir tranquille... 
La preuve en image :

 
 
 
 
 
 
 
[pour agrandir : c'est ici ; l'auteur du scan est dadavidov]

dimanche 7 novembre 2010

:: à propos de Mélenchon, de Buffet & de la "gauche anticapitaliste" : une lettre de Lutte Ouvrière à la LCR (le 28 juillet 2005)

Chers camarades,
Nous avons bien reçu votre invitation à débattre à votre université d’été avec, en plus de vous-mêmes, Jean-Luc Mélenchon, Marie-George Buffet et Francine Bavay, « sur les perspectives de la gauche anticapitaliste en France après la victoire du Non ».
Tout d’abord, mais ce ne sera pas la principale raison de notre refus, nous ne voulons pas imiter ceux des grands partis qui, sous prétexte de telles universités estivales totalement creuses, organisent des festivals politico-médiatiques simplement pour faire parler d’eux, ce qui est autant coûteux en énergie qu’en investissement financier et est, par rapport à l’intérêt politique, totalement inutile.
Mais, la raison principale de notre refus, en particulier, d’un tel débat, c’est que nous ne voyons pas ce que nous pourrions discuter sur ce sujet avec les invités que vous citez. Ils ne sont anticapitalistes que dans vos propres écrits. Ils sont anti-libéraux, disent-ils ! Mais Chirac lui-même a pu se dire opposé à l’« ultra-libéralisme » tellement il sait que cela ne l’engage à rien.
Vous considérerez peut-être notre attitude comme du sectarisme, mais pour nous, c’est de l’hygiène politique car nous refusons de cautionner, tant soit peu, auprès de ceux qui nous font confiance, des partis qui ont, pendant des années depuis 1981, géré au mieux les affaires de la bourgeoisie française, démoralisé les classes populaires et mené une politique anti-ouvrière, plus hypocrite que celle de la droite mais qui n’eut rien à lui envier, et qui les a menés à leur échec de 2002 pour, finalement, en venir à proposer à leurs électeurs de plébisciter un homme de droite tel que Chirac comme rempart possible contre Le Pen. Ce qui d’ailleurs était rien moins que prouvé car, tout comme la gauche a capitulé devant Chirac, ce dernier peut faire le lit de Le Pen ou de l’un de ses semblables. Mais cela a permis à la gauche plurielle, en jouant sur la crainte de Le Pen, d’éviter d’avoir à discuter des raisons de son échec, donc de faire quoi que ce soit qui pourrait ressembler à une autocritique. Et aujourd’hui, les masses populaires payent lourdement le prix d’avoir offert à Chirac le bénéfice d’avoir été élu par 82% des voix, dont celles de l’électorat de gauche.
Ce que nous reprochons aujourd’hui au Parti communiste, trop français, comme à ceux qui, paraît-il, représenteraient l’aile gauche du Parti socialiste, c’est de n’avoir fait, depuis 2002, aucune critique de la politique des gouvernements de la « gauche plurielle ». Il y a bien quelques allusions au fait de ne pas renouveler celle-ci mais aucune analyse de la politique du gouvernement Jospin ni des raisons de la défaite de ce dernier, donc de la leur car ils ont tout cautionné par leur participation à ce gouvernement.
Aussi bien Marie-George Buffet que Mélenchon pour la « gauche » du PS, sont quasi muets sur ce sujet.
Ce qui se dit au sein du PCF comme du PS, c’est que l’échec de Jospin est dû à l’extrême gauche, c’est-à-dire à vous et à nous, mais pas du tout à la politique menée durant cinq ans par son gouvernement, pas même au fait que PCF et Verts ont présenté des candidats contre Jospin au 1er tour, pour des raisons bassement politiciennes, alors qu’ils étaient associés à son gouvernement. En présentant Robert Hue et Noël Mamère, qui ont obtenu au total plus de 2 400000 suffrages, ce sont eux, et pas nous, qui ont fait perdre Jospin. S’ils s’étaient ralliés à Jospin comme candidat commun, puisqu’ils l’avaient déjà choisi comme chef de gouvernement, Jospin aurait obtenu, malgré notre présence, plus de 6 millions de voix au premier tour, c’est-à-dire bien plus que les 4 800000 de Le Pen.
Discuter avec ces gens-là contribue à faire croire qu’ils sont porteurs d’un quelconque « anticapitalisme », ce qui revient à tromper l’électorat de gauche et, en particulier, les travailleurs et les salariés que cela peut détourner des luttes.
Notre refus de discuter avec ceux qui ont amené à la situation actuelle où la droite a aujourd’hui les mains libres, c’est bien parce que c’est la gauche plurielle qui a fait plébisciter Chirac après avoir lié les mains des travailleurs et qui a été à l’origine de presque toutes les mesures dont la droite ne fait que renforcer aujourd’hui le caractère réactionnaire. Le « contrat nouvelle embauche » n’a rien à envier aux « contrats jeunes » sauf que ces derniers prévoyaient l’insécurité au terme de cinq ans au lieu de deux.
Le blocage des salaires, c’est la gauche, le budget de l’État au service des entreprises sous prétexte de créer des emplois, la gauche en a eu largement sa part en affirmant que l’emploi passe par la santé des entreprises. Les privatisations, la gauche en avait fait plus que tous les gouvernements de droite précédents. Reconnaissons qu’il y a eu quelques gestes positifs : abolition de la peine de mort, la CMU, mais prise en grande partie sur le budget de la Sécurité sociale et pas sur celui de l’État. Il faut remarquer que tout cela ne coûtait rien au patronat et ne renforçait pas du tout la situation sociale et politique du monde du travail. Évidemment, il y a eu le grand oeuvre du gouvernement Jospin, c’est-à-dire les 35 heures, mais qui ont été assorties de tellement d’avantages favorables au patronat, avec les Smic à taux différents -cinq-, la flexibilité des horaires, la comptabilité des heures supplémentaires sur l’année, qu’au total leur bilan n’a pas du tout été favorable à un très grand nombre de salariés du bas de l’échelle et que nous en subissons encore les effets nocifs.
Tout cela a entraîné une démoralisation des travailleurs, floués par la gauche, ce qui leur a ôté tout espoir de pouvoir réagir contre les attaques patronales.
Cependant, puisque vous nous invitez à discuter de perspectives, nous souhaitons vous donner notre avis sur la question que vous posez et les réponses que vous souhaitez lui donner. Prenez cela comme une contribution, et non comme une simple critique, qui serait hostile de surcroît.
En fait, nous ne comprenons pas où votre démarche actuelle peut vous conduire.
Il nous semble évident que la gauche, que vous appelez abusivement « anticapitaliste » pour justifier vos rapports avec elle -car ni le PCF, ni a fortiori le PS qu’il soit du « oui » ou du « non », ne se disent tels-, n’aspire qu’à revenir au pouvoir, si possible en 2007. Cela pour gérer de nouveau, loyalement, les affaires de la bourgeoisie car aucun gouvernement ne peut être autre chose, à l’exception d’un gouvernement issu d’une révolution, ce qui ni le PS ni le PCF, ni les « nouvelles forces » comme Attac n’envisagent autrement qu’avec crainte. Il est en effet incontestable qu’aucun gouvernement quel qu’il soit ne peut gouverner contre la grande bourgeoisie, la classe économiquement dominante et qui peut du jour au lendemain au minimum faire tomber n’importe quel ministère et, au pire, ruiner l’économie de tout un pays, si un tel gouvernement n’est pas appuyé, ou poussé, par une lutte exceptionnelle et historique de la classe ouvrière.
En dehors d’une telle mobilisation, des révolutionnaires au gouvernement, et a fortiori des réformistes, ne peuvent que trahir.
Pour revenir, électoralement, au pouvoir, la « gauche » réformiste, d’ailleurs si peu, ne peut l’espérer qu’en étant unifiée, quel que soit le nom que cette coalition se donne, autour d’un même candidat à la présidentielle et unie dans toutes les circonscriptions électorales des législatives.
Le PCF annonce déjà cette couleur par la voix de Marie-George Buffet. À tel point qu’il semblerait même aventureux pour le PCF, les Verts ou des dissidents socialistes de présenter un candidat même au premier tour car vu l’expérience de 2002, le spectre de Le Pen, s’il est présent, va peser dès le premier tour et que la gauche hésitera à prendre le risque de se voir dépasser électoralement et écartée du deuxième tour par l’extrême droite.
Ces « alliés », PCF et « gauche de la gauche », vous abandonneront dès que la direction du Parti socialiste posera ses conditions à une éventuelle alliance, c’est-à-dire en offrant quelques circonscriptions aux uns et aux autres, voire quelques promesses de fauteuils de ministres assortis de quelques strapontins à répartir entre « gauche du non », PCF ou Verts. Il est peu vraisemblable que dans ce panier de crabes il y ait la moindre place pour vous, ce que d’ailleurs, pensons-nous, vous ne souhaitez heureusement pas vraiment. Mais peut-être voyez-vous plus loin avec des candidatures uniques dans quelques circonscriptions ou des listes communes aux municipales ? Mais cet objectif vous poserait quand même le problème de soutenir un candidat commun de la gauche au premier tour de la présidentielle. Problème qui se posera aussi au PCF.
Vous dites que vous seriez prêts à participer à un gouvernement qui prendrait certaines mesures sociales limitées mais positives, telles que l’augmentation des salaires, l’interdiction des licenciements, une véritable répartition égalitaire des richesses ainsi qu’un contrôle des salariés sur ces richesses. Nous supposons qu’il s’agit évidemment, du moins nous le croyons, d’une attitude pédagogique, ou propagandiste, pour mettre vos partenaires au pied du mur devant leurs militants, leurs sympathisants et leurs électeurs.
Peut-être aussi pour vous donner un moyen de vous dégager lorsque vos partenaires d’aujourd’hui ne voudraient pas reprendre ce programme ou encore pour sauver la face s’ils vous abandonnent purement et simplement. Ils l’ont bien fait dans le passé après la campagne de « forums » initiée en 1995 par le PCF pour « entendre les voix du peuple », auxquels étaient invités le Parti socialiste, le Mouvement des citoyens de Chevènement, les Radicaux de Jean-Michel Baylet, les écologistes de Dominique Voynet et vous-mêmes. Campagne qui s’est terminée en apothéose par un « forum géant », début avril 1996, au Palais Omnisports de Bercy, devant 9 à 10000 personnes. Les six leaders étaient réunis à la tribune, dont Alain Krivine pour la LCR, et se sont, pour le final, tenus par le bras ou par la main, et se sont même, pour certains, fait la bise devant les photographes. Cinq compères ont fait, par la suite, cause commune mais Alain Krivine et la LCR sont restés au bord de la route... Et même dans la boue de la fête de l’Huma, si notre mémoire ne flanche pas, lors d’un rendez-vous ignoré par les dirigeants du PCF.
C’est pour tout cela que nous ne comprenons pas où votre démarche actuelle peut vous mener.
Dès qu’un accord électoral pointera le bout de l’oreille entre le PS du « oui » et du « non », PCF, Verts et autres, il nous paraît plus qu’évident que vos alliés d’aujourd’hui se précipiteront à la mangeoire pour tenter de renouer avec le pouvoir, lequel ne leur servira qu’à mener à nouveau la politique de l’ex-gouvernement Jospin. Cela consistera à ne pas supprimer les mesures prises actuellement par la droite et à continuer à aggraver la situation des classes laborieuses, cela si par extraordinaire ils revenaient au pouvoir. Dans ce cas, nous n’imaginons pas d’une part qu’ils vous offriraient la moindre chance de participer et n’imaginons pas non plus que vous pourriez accepter, malgré votre voeu de paraître unitaires aux yeux de ceux qui approuvent votre démarche unitaire actuelle avec Buffet, Mélenchon et consorts. « Tous unis », c’est bien entendu le voeu de tous ceux qui veulent que la gauche revienne aux affaires et qui ont des illusions sur ce qu’elle est vraiment.
Mais pourrez-vous être, jusqu’au bout, aussi unitaires que vous l’êtes actuellement pour vous placer dans ce courant et dans les illusions qu’il véhicule ?
À un moment ou à un autre, s’ils ne se débarrassent pas de vous, vous devrez bien prendre vous-mêmes l’initiative de la rupture. Évidemment, vous n’aurez pas à chercher beaucoup de raisons. Mais ce qui risque quand même de vous faire apparaître comme ceux qui ont brisé l’unité.
En attendant, vous y gagnez, pensez-vous peut-être, d’être considérés par des militants et sympathisants du PCF et, peut-être aussi, par une partie de ceux du PS, comme unitaires, comme partisans de la gauche, et que cela vous vaut un certain coefficient de sympathie. Mais si vous vous contentez de cela, si cela est votre seul but, il y a un moment où vous ne serez guère plus avancés.
D’autant que le PCF, par la voix de Marie-George Buffet, a déjà affirmé ce risque lors de la rencontre « au sommet » que vous avez eue avec ses dirigeants. Marie-George Buffet n’a pas caché que le PCF souhaitait élaborer un programme politique avec toutes les forces politiques et sociales intéressées, c’est-à-dire, en clair, aussi bien avec les socialistes du « non » qu’avec ceux du « oui ».
Peut-être ferez-vous l’impasse sur cette volonté du PCF et considérerez-vous que Paris ou l’Assemblée nationale valent bien de s’allier aux partisans du « oui », mais que ferez-vous alors des conditions que vous proposez au contenu du programme de gouvernement telles que celles que nous citions au début sur l’interdiction des licenciements, l’augmentation générale des salaires, une répartition égalitaire des richesses et un contrôle des salariés sur ces richesses ?
Nous ne voyons ni Jospin, ni Fabius, ni Hollande, ni quelqu’autre leader présidentiable du PS, reprendre même l’une quelconque de ces revendications. Vous serez donc amenés là encore à rompre avec la politique que vous menez maintenant. Et nous nous demandons à quoi elle aura servi. Sauf, malheureusement peut-être, à faire croire que les gens avec lesquels vous discutez, de Buffet à Mélenchon, en passant par quelques autres, seraient capables de mener une telle politique, d’imposer une telle politique à des alliés socialistes ou à faire croire que les dirigeants du PS accepteraient de venir au pouvoir sur la base d’un tel programme. Toute l’histoire montre pourtant qu’ils préféreraient rester dans l’opposition plutôt que de l’accepter...
C’est pourquoi, pour notre part, nous ne voyons pas l’intérêt, pour ceux qui pourraient nous faire confiance, de nous montrer sur les mêmes tribunes que ces gens-là ou d’engager une discussion qui ne mènerait à rien car nous sommes vraiment sur des planètes différentes.
Bien sûr, ils sont, étant dans l’opposition, tout à fait capables de s’associer à certaines luttes et, sur ce terrain-là, nous ne récuserons pas leur présence. Mais préparer un programme commun, ensemble, qu’il soit baptisé « anti-libéral » ou pas, nous pensons que c’est une erreur.
Cela dit, chers camarades, même si nous ne nous retrouvons pas à votre université d’été, nous aurons d’autres occasions de nous retrouver, ne serait-ce que dans les luttes qui, nous l’espérons, vont marquer l’année qui vient !
Fraternellement,
Pour Lutte Ouvrière, Georges KALDY