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lundi 24 septembre 2012

:: Automne 1923 : Staline commence sa campagne contre le "fractionnisme trotskyste"


En 1923, dans le Parti Bolchevik et l’Internationale Communiste, s’engageait une discussion qui ne devait se terminer que quatre ans plus tard, par l’exclusion de tous les éléments révolutionnaires. Pour la première fois, en cet automne 1923, la bureaucratie soviétique manifestait ouvertement son existence politique. La campagne contre les révolutionnaires, contre le « fractionnisme trotskyste » commençait.
Mais ces événements s’inscrivaient dans un cadre beaucoup plus large. Plus que les petites combines des hommes de l’appareil, il y avait le reflux de la vague révolutionnaire qui avait suivi la première guerre mondiale, reflux qui allait emporter à son tour l’Internationale.
En fait, depuis l’échec de l’Armée Rouge en Pologne, la révolution reculait sur tous les fronts, « l’offensive révolutionnaire » de mars 1921 en Allemagne ne pouvait enrayer ce mouvement. En octobre 1922, Mussolini formait le premier ministère fasciste. En septembre 1923, c’était en Espagne le coup d’État de Primo de Rivera.
Ce recul ne devait pas épargner la Russie des soviets. Dès 1921 la N.E.P. représentait toute une série de concessions faites aux éléments de la ville et de la campagne. La fin de la guerre civile trouva le pays épuisé à un tel point, l’économie si délabrée, qu’il fallut bien en passer par là et renoncer au communisme de guerre.
Le Parti Bolchevik était parfaitement conscient qu’il s’agissait d’un recul, il n’essaya pas de le cacher. Et, pour éviter que la pression de la petite bourgeoisie qui allait immanquablement renaître de la NEP ne se manifeste trop facilement dans le seul parti dirigeant, le Xe congrès supprima le droit de fractions.
Mais cette mesure se révéla la parfaitement inefficace, elle se retourna même finalement contre les révolutionnaires, car ce ne fut pas à la périphérie du parti mais en son centre, dans son appareil, que se manifesta l’influence petite-bourgeoise.
La bureaucratisation de l’appareil d’État soviétique était un mal déjà ancien, mais qui ne pouvait aller qu’en s’accentuant avec la fatigue et l’apathie politique qui gagnaient les masses ouvrières. A partir de 1922, il s’avéra que le phénomène n’était pas limité aux fonctionnaires de l’État, mais gagnait également l’appareil du parti. Lénine, bien que malade, se préparait pour le XIIe congrès à livrer la lutte contre la bureaucratisation. Sa deuxième rechute l’empêcha d’y participer, mais il fit parvenir sa « Lettre au Congrès » dans laquelle il demandait que Staline soit écarté du secrétariat général. Cette emprise grandissante des bureaux sur la vie du parti ne s’était pas encore manifestée dans le domaine de la politique de l’Internationale. Elle était surtout caractérisée par des moers nouvelles. A la libre et franche discussion faisaient place peu à peu les pressions et le chantage de toutes sortes.
Mais déjà, aussi, des différends apparaissaient dans le domaine de la politique économique. Dès la fin de 1922 Trotsky demandait un rythme d’industrialisation plus rapide de manière à pouvoir offrir des produits manufacturés aux paysans, à établir un équilibre entre les prix des produits industriels et agricoles. Trotsky utilisait l’image des ciseaux dont une branche représentait les prix agricoles et l’autre les prix industriels, les deux branches s’écartant de plus en plus. Il s’agissait donc de refermer les ciseaux, et c’était une question de première importance, car si la cherté des produits industriels lésait la paysannerie dans son ensemble, elle favorisait la différenciation sociale à la campagne, la naissance d’une classe de koulaks sur laquelle pouvait s’appuyer la bureaucratie. L’industrialisation au contraire, en abaissant les prix du matériel agricole, aurait égalisé les chances des différents paysans, elle aurait de plus permis de réformer et de renforcer la classe ouvrière russe, qui avait pratiquement disparu en 1921 (il n’y avait plus que des chômeurs et des fabricants de « perruque » destinée à être vendue au marché noir), et ne s’était que partiellement reformée durant les deux premières années de la NEP.
Ainsi, au début de l’automne 1923, deux revendications importantes apparaissaient dans le parti, sur deux plans différents, mais en fait étroitement liés : celle d’un retour à la démocratie ouvrière, celle de l’industrialisation.
Mais à cette époque des faits nouveaux captèrent l’attention de tous, faisant passer la discussion qui s’ébauchait au second plan. La crise allemande approchait de son dénouement. La victoire de la révolution en Allemagne aurait été la fin de l’isolement de l’URSS, le salut de la révolution soviétique, l’aube de la révolution mondiale. Et le parti communiste allemand se préparait à célébrer le 6e anniversaire de la Révolution russe de la plus digne manière qui soit, en prenant le pouvoir à son tour.
La situation était objectivement révolutionnaire. Cela est indiscutable. Mais entre la politique suivie par le K.P.D. et celle qu’avait menée le Parti bolchevik en 1917, il y avait un fossé énorme, et cette différence était bien significative des nouvelles moers qui régnaient dans l’IC En Russie, toute la politique des révolutionnaires consista à démontrer aux masses la nécessité de la prise du pouvoir, à leur faire apparaître l’insurrection comme leur insurrection. En Allemagne l’État-Major communiste dressa ses plans indépendamment du mouvement de masse. Si elle avait eu lieu, l’insurrection aurait coïncidé avec la montée révolutionnaire des masses ; elle n’en aurait pas été l’aboutissement.
Au dernier moment l’insurrection fut décommandée : on venait de se rendre compte que les plans étaient faux, que les stocks d’armes étaient insuffisants. Les bureaux s’étaient trompés !
Les masses n’avaient pas combattu, elles n’avaient pas été vaincues, nais le mouvement refluait. L’octobre allemand marqua un virage important, ce fut la dernière chance de la révolution russe, ce fut aussi le premier échec d’un mouvement révolutionnaire imputable à la bureaucratie.
Lorsque les nouvelles d’Allemagne arrivèrent en Russie, elles libérèrent tous les griefs accumulés contre la direction du parti et de l’IC, manifestement responsable. Staline n’avait-il pas écrit en août : « Selon moi, on doit retenir les Allemands et non pas les stimuler ».
Quarante six bolcheviks éminents, parmi lesquels Piatakov, Préobrajensky, Sérébriakov, V.M. Smirnov, publièrent une déclaration où ils disaient notamment : « La présente situation est due au fait que le régime d’une dictature fractionnelle qui se développa après le Xe congrès, a survécu à son utilité ».
Devant l’agitation croissante qui se développa, le triumvirat, Staline, Zinoviev, Kamenev - qui dirigeait en fait le parti depuis la maladie de Lénine - inquiet décida de lâcher du lest. Le 7 novembre, Zinoviev publia un article autorisant la discussion, et affirmant d’ailleurs que la démocratie ouvrière existait dans le parti. Le 5 décembre, le Comité Central adopta une résolution condamnant la bureaucratie, les privilèges spéciaux, permettant la restauration du droit de critique.
Trotsky, malade depuis le début novembre (c’est de son lit qu’il participa à toute la discussion), signa la résolution du C.C., mais compléta sa position en publiant quelques jours plus tard une lettre dans laquelle il pesait le problème dans tout son ensemble et expliquait ses craintes sur le danger d’une dégénérescence bureaucratique.
Les réactions de la majorité du c.c. furent significatives de sa mauvaise foi. alors qu’il ne semblait pas y avoir de désaccord entre la résolution du c.c. et la lettre de trotsky, la pravda se déchaîna contre ce dernier. de 1917 à 1923 les discussions s’étaient caractérisées par un certain côté conciliant en ce sens qu’il n’était pas dans les méthodes du parti d’envenimer la discussion par le rappel des divergences passées. là au contraire, la discussion ne porta pas tant sur les positions présentes de trotsky que sur le rappel de ses « fautes passées » de 1903 à 1923.
La lutte contre l’opposition qui se formait sur la base de la revendication de la démocratie ouvrière et de l’industrialisation se confondit avec la lutte que menaient nombre de cadres supérieurs du parti contre Trotsky. La position de ce dernier n’était pas facile : nouveau venu dans le Parti bolchevik à la veille de la Révolution, il avait rapidement surclassé et dominé nombre de « vieux » bolcheviks. Commissaire à la guerre, il avait souvent dû au cours de son activité piétiner bien des amours-propres. Pour beaucoup les ennemis de Trotsky étaient animés par des sentiments de rancune, et ils ne se rendaient pas toujours compte que la politique qu’ils menaient était la négation du bolchevisme.
La discussion fit rage dans le parti jusqu’à la fin décembre. Le Comité Central décréta alors que Trotsky malade avait besoin de se reposer, et il l’envoya en Crimée. C’est là que celui-ci apprit la mort de Lénine, qui pour un temps arrêta la discussion. Celle-ci reprit en fin 1924, d’autant plus acharnée qu’après la mort de Lésine, la bureaucratie, par la plume de Staline, osa enfin parler de « socialisme dans un seul pays ». L’opposition se renforça alors, au moins temporairement, de tous ceux qui ne pouvaient renier leur formation internationaliste, même s’ils avaient, tels Zinoviev et Kamenev, contribué à mener la bureaucratie au pouvoir. Mais le vieux Parti bolchevik qui avait fait la révolution n’existait plus. Les militants de 1917 étaient submergés par le flot des nouveaux venus, par ceux qui étaient venus au Parti pendant la guerre civile, la plupart dévoués et sincères mais dépourvus de culture politique, par ceux bien plus nombreux qui adhérèrent après 1921 avec parmi eux beaucoup d’arrivistes et de trafiquants en tous genres.
Il n’était pas au pouvoir de l’opposition d’arrêter le reflux de la révolution mondiale ; elle ne pouvait prendre le pouvoir en URSS, mais ce n’est pas non plus ce qu’elle voulait. Défendant avec intransigeance les principes de la démocratie ouvrière, de l’internationalisme prolétarien, l’opposition trotskiste maintenait haut le drapeau révolutionnaire. Analysant l’évolution du monde moderne, la dégénérescence de l’URSS, elle renouvelait et enrichissait le programme marxiste.
Malgré la répression bourgeoise, la calomnie et les méthodes de gangstérisme et d’assassinat du stalinisme, malgré l’extermination presque totale d’une génération de révolutionnaires, ce drapeau et ce programme sont restés vivants, et pour les militants qui s’attachent aujourd’hui à construire un parti ouvrier révolutionnaire, ils représentent un capital inappréciable.
L’opposition de 1923 se voulait » bolchevik-léniniste », elle se défendait bien d’être trotskiste, mais l’histoire, comme ses adversaires, lui a donné ce non, et avec le « trotskisme » qui naissait en 1923, c’est le bolchevisme lui-même qui continuait.

jeudi 26 janvier 2012

:: "La condition qui manque actuellement du point de vue historique"

S’il est invisible pour ceux qui sont aveuglés par leurs préjugés de classe, le prolétariat est donc bien une classe sociale toujours plus indispensable au fonctionnement de la société, toujours plus nombreuse, toujours plus implantée à l’échelle mondiale. Mais qui, depuis bien des années, manque cruellement de partis politiques capables de l’unifier, de lui redonner une conscience, de mener à nouveau le travail élémentaire qu’ont mené les militants du 19e siècle.
Depuis Marx, les révolutionnaires savent que trois conditions sont nécessaires pour qu’une révolution puisse accoucher d’une société nouvelle : le développement des forces productives ; le poids du prolétariat dans la société ; et ce que Marx appelait « les conditions subjectives », c’est-à-dire l’état de conscience du prolétariat. Juste avant la Seconde Guerre mondiale, Trotsky écrivait déjà : « (Le prolétariat) doit comprendre la position qu’il occupe dans la société et posséder ses propres organisations visant le renversement de l’ordre capitaliste. C’est la condition qui manque actuellement du point de vue historique. » Cette remarque, déjà profondément juste en 1938, l’est encore plus aujourd’hui. Car si les forces productives ont continué de se développer, même poussivement, car si le poids du prolétariat n’a cessé d’augmenter dans la société capitaliste – parallèlement la conscience du prolétariat n’a pas avancé mais profondément reculé, pour toutes les raisons que nous avons expliquées. Et conséquemment à ce recul, ce sont les idées les plus réactionnaires, les pires préjugés, qui ont progressé dans la classe ouvrière – corporatisme, chauvinisme, ici racisme, ailleurs ethnisme ou intégrisme religieux.
Mais l’histoire de la classe ouvrière, de ses défaites et de ses victoires, nous a appris que les choses peuvent changer très vite. Elle nous a montré quels trésors de dévouement, d’imagination, de combativité et de solidarité peuvent apparaître dans la classe ouvrière lorsqu’elle renaît à la conscience. Les prolétaires russes d’avant 1917 étaient patriotes, souvent illettrés, fréquemment antisémites. Et cela ne les a pas empêchés de se transformer en quelques mois en la classe ouvrière la plus révolutionnaire du monde.
On ne peut que constater le recul de la conscience ouvrière. Face à cette situation, la pire des choses à faire, serait d’abandonner nos idées sous prétexte que les travailleurs ne les reprennent pas. Il faut affirmer que s’ils ne les reprennent pas, la faute en incombe en premier lieu aux générations d’intellectuels qui ont dévoyé les idées communistes et ont ainsi désarmé le prolétariat. Et les trahisons de ces intellectuels, ce sont les travailleurs qui les payent, par la perpétuation d’un système qui les opprime et les écrase ! Alors, c’est tout de même la moindre des choses que le petit courant que nous représentons tente de garder vivantes ces idées et d’essayer de les transmettre, intactes, à ceux qui seront prêts demain à reprendre le combat.
Ce qui peut transformer des milliards d’individus isolés en une classe sociale agissante, c’est la conscience. Et la conscience, cela passe à travers des partis. Aujourd’hui comme hier, c’est l’existence de partis révolutionnaires communistes qui cimentera le prolétariat et en fera une véritable classe sociale, ayant une compréhension commune des événements, une politique commune, des actions communes. Qui lui feront reprendre conscience qu’elle ne devra pas seulement lutter, mais bien renverser l’ordre existant et se constituer en classe dirigeante. Nous sommes toujours partisans de la dictature du prolétariat, et fièrement, parce que la dictature de trois milliards d’individus sera infiniment plus démocratique que la dictature actuelle d’une infime poignée d’actionnaires.
Voilà pourquoi il faut continuer de militer pour ces idées, continuer de tenter de les développer malgré les vents contraires et malgré le fait que les délais soient bien plus longs que ce que les fondateurs du communisme espéraient. Il faut continuer de gagner des travailleurs à la révolution, à la conscience communiste. Les travailleurs vivent aujourd’hui non seulement dans la crainte du chômage et de la pauvreté, mais doivent en plus subir la propagande à sens unique des porte-parole de la bourgeoisie, qui tentent chaque jour de les convaincre qu’ils ne sont rien, qu’ils ne servent à rien, qu’ils coûtent trop cher, qu’ils sont des poids morts ! Eh bien notre combat, c’est aussi de restaurer la fierté d’appartenir à la classe ouvrière : car oui, nous avons toutes les raisons d’être fiers d’appartenir – par origine sociale ou par adoption – à une classe qui n’exploite personne, qui fait tourner toute la société par son travail, qui a toujours lutté contre l’exploitation – qui est, en un mot, le moteur et l’avenir de l’humanité !
Alors oui, le monde a changé depuis Marx – et la classe ouvrière a changé. En mieux, par certains aspects : la classe ouvrière des pays riches est aujourd’hui bien plus cultivée, c’est-à-dire bien plus apte à acquérir des idées qu’elle l’était au 19e siècle. Et celle des pays pauvres, est plus nombreuse, plus concentrée, plus en contact avec le progrès technique, qu’elle l’a jamais été. Et ce qui n’a certainement pas changé, c’est que le prolétariat est plus que jamais au cœur de la production et de l’exploitation, et par là-même il reste la seule classe capable de changer le monde – et ça, tant que le capitalisme existera, cela ne disparaîtra jamais !
Oui, le monde bouge, des usines ferment ici et s’ouvrent ailleurs, certaines productions apparaissent et d’autres disparaissent, les centres de gravité de la production se déplacent. Et alors ? Lorsque la production des calèches a presque disparu pour faire place à celle des automobiles, les militants révolutionnaires n’ont pas pleurniché, mais sont allés s’implanter dans les usines d’automobiles !
Oui, enfin, la période que nous vivons, dans laquelle nous militons, est dure parce qu’elle est marquée par la démoralisation. Mais nous vivons dans un monde capitaliste, dominé économiquement, politiquement et intellectuellement par la bourgeoisie, alors il n’y a rien d’étonnant à ce que le chemin soit semé d’embûches. Jusqu’à la révolution, il en sera ainsi, et, comme le disait Engels, l’histoire du prolétariat se résumera à « une longue série de défaites, interrompue par quelques victoires isolées. » Cela ne change rien à la profonde validité de nos idées, et aux tâches qui sont celles des révolutionnaires.
Les sociologues et les journalistes peuvent bien enterrer le prolétariat tous les matins si ça les amuse – ou plutôt si ça les rassure, parce que c’est bien de cela qu’il s’agit. Nous, nous savons que c’est bien le prolétariat qui enterrera ce vieux monde. Nous faisons donc nôtre plus que jamais les dernières lignes du Manifeste communiste, sans en changer un mot : « Les communistes ne s’abaissent pas à dissimuler leurs opinions et leurs projets. Ils proclament ouvertement que leurs buts ne peuvent être atteints que par le renversement violent de tout l’ordre social passé. Que les classes dirigeantes tremblent à l’idée d’une révolution communiste ! Les prolétaires n’ont rien à y perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à y gagner. Prolétaires de tous les pays , unissez-vous ! »


[lire le texte intégrale]

jeudi 17 novembre 2011

:: La classe ouvrière n’est pas prête, et c’est là le principal problème

La classe ouvrière n’est pas préparée pour le moment à l’intensification de la guerre que mènera la bourgeoisie. Les partis qui prétendent représenter ses intérêts - ils le prétendent d’ailleurs de moins en moins - l’ont trahie depuis longtemps. Ce n’est pas mieux pour les centrales syndicales. Et l’aggravation de la crise elle-même, la montée brutale du chômage à laquelle il faut s’attendre, ne poussent pas, dans un premier temps, à la combativité. Mais les coups reçus font aussi mûrir la combativité et la conscience. L’une comme l’autre peuvent changer brutalement. Que l’on se souvienne que, si la dépression des années trente a dans un premier temps surpris et désorienté les classes laborieuses, elle a par la suite conduit à des luttes de grande envergure.
La réaction de la classe ouvrière ne vint pas immédiatement. Les licenciements, l’accroissement brutal du chômage, les fermetures d’usines, les attaques de toutes sortes, dans un premier temps, surprirent et découragèrent les travailleurs.



Il fallut plusieurs années pour que la contre-offensive des travailleurs vienne. Mais elle vint, elle fut massive. Au milieu des années trente, elle ébranla des pays aussi divers que les États-Unis, l’Espagne ou la France. Des vagues de grèves eurent lieu également dans d’autres pays.

Pour l’Allemagne, la réaction vint trop tard. Par l’intermédiaire du régime hitlérien, la bourgeoisie parvint à briser la classe ouvrière de ce pays. Mais l’arrivée au pouvoir du nazisme, en faisant toucher du doigt la menace fasciste, contribua de manière décisive à la montée ouvrière en France ou en Espagne.

C’est en s’appuyant sur l’expérience de ces années de luttes ouvrières massives que Trotsky rédigea le Programme de transition destiné aux organisations de la Quatrième Internationale, en train de se constituer.

Au moment où le programme était publié, en 1938, la vague ouvrière était déjà en reflux, vaincue, détournée sur de fausses voies ou trahie. Alors que la Deuxième Guerre mondiale était déjà en marche, Trotsky le rédigea cependant, dans l’espoir que la guerre allait conduire, comme la guerre précédente, à des révoltes ouvrières.
Le programme était un outil pour une organisation révolutionnaire décidée à s’adresser à une classe ouvrière qui était déjà en lutte en lui proposant une série d’objectifs susceptibles de l’amener à contester concrètement la mainmise de la bourgeoisie sur les entreprises et sur les banques. Un programme visant à transformer des situations pré-révolutionnaires en situations révolutionnaires.

L’histoire de la crise actuelle n’est pas encore écrite et personne ne peut prédire comment, où et quand se produiront les explosions ouvrières face à l’offensive inéluctablement aggravée de la bourgeoisie. Personne ne peut même avoir la certitude qu’il se produira des luttes suffisamment amples, profondes et durables pour ébranler les bourgeoisies et leurs États.
Mais la raison d’être d’une organisation révolutionnaire est de se préparer à ces périodes-là, les seules où la lutte de classe peut bouleverser l’histoire. C’est pour une telle période que le Programme de transition a été écrit. C’est dans une telle situation, si elle se produit, qu’il gagnera sa signification.

L’évolution de la crise ramène au centre de l’actualité les objectifs partiels du Programme de transition : l’échelle mobile des salaires pour préserver le pouvoir d’achat, et la répartition du travail entre tous sans diminution des salaires pour se protéger contre le chômage qui monte.
Mais le passé a montré comment la bourgeoisie ou ses serviteurs politiques de gauche savent détourner ces deux revendications en les transformant, d’objectifs révolutionnaires d’un prolétariat agissant, en recettes de cuisine, pour le démobiliser. L’Italie a connu pendant longtemps un système d’indexation des salaires sur les prix. D’une certaine manière, la France aussi avec le smic. Quant à la répartition du travail entre tous, l’idée en a été pervertie pour devenir un argument pour le Parti Socialiste au moment des lois Aubry où la baisse de l’horaire de travail était censée créer de nouveaux emplois.

Aussi, ces revendications essentielles du Programme de transition ne gardent leur signification révolutionnaire que si elles sont liées à l’objectif du contrôle des travailleurs et de la population sur les banques et sur les entreprises. Le secret bancaire comme, plus généralement, le secret des affaires sont absolument indispensables aux capitalistes pour perpétrer leur pillage des biens de la société. La levée de ces secrets fait partie des objectifs prioritaires car elle constitue le premier pas vers le contrôle ouvrier de l’industrie.
Les objectifs sont aussi liés aux moyens, à la démocratie ouvrière dans les luttes, à la création de comités de grève ou de comités d’usine susceptibles de devenir des états-majors reconnus par tous les travailleurs, y compris les plus exploités qui se tiennent en temps normal à l’écart des syndicats comme de la politique.

La crise bancaire attire l’attention de l’opinion publique ouvrière non seulement sur la nécessité du contrôle mais aussi sur la question de qui contrôle. Le constat est évident que le contrôle des banques entre elles comme le contrôle par l’État ne sont des contrôles que du point de vue de la classe possédante et conduisent à la catastrophe. Il faut arracher le contrôle des banques aux grands financiers. Il faut non seulement nationaliser toutes les banques, et les nationaliser sans rachat, mais aussi les unifier et soumettre la banque d’État unique au contrôle des travailleurs et de la population afin qu’elle fonctionne dans l’intérêt de la société.

Ces objectifs non seulement n’ont rien de recettes magiques, mais ils ne trouveront véritablement leur signification que lorsque les masses exploitées s’en empareront. Il n’est, bien sûr, pas au pouvoir d’une petite organisation de susciter la réaction des masses ouvrières. Mais c’est dans les périodes où la classe ouvrière agit, et agit vraiment, que les petits groupes révolutionnaires peuvent grandir et, s’ils sont à la hauteur, jouer un rôle dans les événements.

Ce qui s’est passé dans les années trente montre que ce n’est pas la classe ouvrière qui a été défaillante face aux nécessités de l’époque. Si les révoltes ouvrières, des États-Unis à l’Espagne, en passant par la France, n’ont pas réussi à empêcher la bourgeoisie de faire prévaloir ses solutions contre la crise - le New Deal aux États-Unis, le fascisme en Allemagne et l’étatisme en France et finalement, la guerre mondiale -, c’est en raison de la politique menée par les organisations auxquelles la classe ouvrière faisait alors confiance.

Malgré son coût pour la société, l’organisation économique capitaliste ne disparaîtra pas toute seule. Elle ne disparaîtra que si une force sociale est capable de la faire disparaître.

Nous gardons la conviction que le prolétariat demeure la seule classe qui est porteuse de cette transformation sociale. L’actualité de la crise et le formidable gâchis de travail humain qu’elle révèle, en soulignent la nécessité. Nous ne savons pas plus aujourd’hui qu’il y a vingt ou cinquante ans par quelle voie, par quel cheminement, à travers quelles expériences collectives, le prolétariat accèdera à la conscience de son rôle historique en se donnant pour objectif le renversement révolutionnaire du règne de la bourgeoisie, la suppression de la propriété privée des moyens de production et la réorganisation de la production en fonction des besoins sous le contrôle démocratique de la collectivité.

Ce que nous savons, c’est que cette prise de conscience nécessite un parti ouvrier révolutionnaire. « La signification du programme, c’est le sens du Parti », disait Trotsky. Le parti ouvrier révolutionnaire a pour tâche de défendre et de propager ces objectifs révolutionnaires en toutes circonstances. Il doit surtout être capable par sa cohésion, par sa compréhension commune des événements, lorsque le prolétariat se mobilise de le conduire à leur réalisation.

Contribuer à cela dans la mesure de nos forces est notre raison d’être fondamentale.

vendredi 13 novembre 2009

mardi 10 février 2009

:: La pensée marxiste en ligne [quelques références de base]

La pensée de Marx et d'Engels susciterait de nouveau l'intérêt de ceux et celles qui s'interrogent sur le fonctionnement de notre société. Voici donc toutes les principales ressources en ligne. Que tous les curieux s'y abreuvent sans modération.

:: K. Marx, F. Engels,
L'idéologie allemande (1845) [en ligne]

:: Lénine, L'Etat et la révolution [en ligne], 1917
:: Lénine, Que faire ? [en ligne], 1902

:: L. Trotsky, Leur morale et la nôtre [en ligne]

:: G. Plekhanov, La conception matérialiste de l'histoire [en ligne] 
:: N. I. Boukharine, 
La théorie du matérialisme historique [en ligne]