Affichage des articles dont le libellé est mouvement ouvrier. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est mouvement ouvrier. Afficher tous les articles

mercredi 17 juin 2015

:: Argentine, 29 et 30 mai 1969 : le soulèvement de Cordoba [LO, juin 2009]

Les 29 et 30 mai 1969, dans la ville industrielle de Cordoba, la deuxième ville d'Argentine, les ouvriers et les étudiants affrontèrent la police et l'armée. Il y eut jusqu'à 50 000 manifestants dans une même journée et la répression fit plusieurs dizaines de morts.
 
De Peron à Ongania

En 1955, Peron avait été chassé du pouvoir par les militaires. Même si des civils avaient occupé ensuite le devant de la scène, l'armée continua de peser sur la vie politique, avant de reprendre directement en mains les rênes du pouvoir en 1966, avec comme première préoccupation de remettre au pas une classe ouvrière turbulente.

Après la chute de Peron, la CGT, épine dorsale du parti péroniste désormais interdit, resta intégrée à l'appareil d'État, même si ses locaux ne lui furent restitués qu'en 1961. Les moeurs de ses dirigeants n'avaient rien à envier au gangstérisme de ceux des syndicats nord-américains. Il leur arrivait de recourir au meurtre pour écarter des syndicalistes combatifs ou simplement des concurrents, comme le fit Vandor, principal dirigeant de la CGT.

Entre 1947 et 1965, la ville de Cordoba avait connu un important développement industriel. Peron et plus encore ses successeurs avaient essayé d'attirer des industriels étrangers. Ainsi s'implanta le constructeur automobile américain Kaiser. Il démonta une usine de Detroit pour la réinstaller à Cordoba et devint le principal sous-traitant automobile de divers constructeurs, dont Renault. S'installèrent également Fiat et Ford, General Motors, Chrysler, Mercedes, Citroën et Peugeot.

La population de la ville avait doublé pour atteindre plus de 700 000 habitants, des dizaines de milliers d'ouvriers étant venus de tout le pays pour travailler dans l'industrie automobile. Quelques syndicats avaient des moeurs plus démocratiques, comme le syndicat Lumière et force, syndicat de l'énergie dont le principal porte-parole, Augustin Tosco, fut aussi un des principaux dirigeants des journées de mai 1969. Ce syndicat, affilié à la CGT, se tenait à l'écart des courants officiels et tenait compte de l'avis de sa base.

Quand le général Ongania arriva à la tête de l'État en 1966, la bureaucratie syndicale, Vandor en tête, participa à la cérémonie au palais présidentiel. Cela n'empêcha pas le nouveau président de réprimer durement les grèves qui éclatèrent dans le secteur des entreprises nationales : cheminots, dockers, ouvriers des sucreries... tous menacés par des restructurations.

Cette situation divisa la CGT en trois fractions : celle qui cherchait à collaborer avec Ongania et à se dégager de la tutelle de Peron ; les partisans de Vandor, en quête d'un accommodement entre Ongania et Peron ; et enfin la « CGT des Argentins » (CGTA), dont la devise était « Mieux vaut l'honneur sans les syndicats qu'un syndicat sans honneur » et qui allait rompre avec la CGT en mars 1968. Aux élections professionnelles de juin 1968, elle obtint 650 000 voix, contre 785 000 pour les partisans de Vandor. Dans cette CGTA militaient des péronistes et des catholiques « de gauche », des membres du Parti Communiste et divers courants de l'extrême gauche. Si elle était forte dans plusieurs secteurs, la plupart de ses dirigeants restaient des bureaucrates péronistes, à l'exception de Tosco et de son syndicat de l'énergie. Peron soutint d'abord la CGTA, puis se réconcilia avec Vandor. Du coup, certains bureaucrates de la CGTA retournèrent à la CGT.

La riposte ouvrière

En mars 1967, le peso, la monnaie locale, fut dévalué de 40 % et les salaires gelés pendant vingt mois. L'âge de la retraite fut repoussé de 55 à 60 ans, les allocations de licenciement abaissées. Le chômage explosa. Cordoba comptait 10 % des 600 000 chômeurs recensés dans le pays. À partir de mai 1968 et jusqu'en 1969, les grèves se multiplièrent. La suppression par décret gouvernemental de la « semaine anglaise », 44 h de travail hebdomadaire payées 48, révolta d'autant plus les ouvriers qu'elle suivait une vague d'augmentations des prix de produits indispensables, de ceux du lait à ceux des transports.
Le 13 mai 1969, plusieurs sections syndicales de Cordoba se réunirent pour préparer une riposte. La police dispersa cette réunion, avant même qu'elle n'ait annoncé 48 heures de grève les 15 et 16 mai. Mais la police fut prise à revers par les ouvriers de Renault venus en nombre. L'agitation s'étendit aux autres usines de l'agglomération.

En même temps, les étudiants protestaient contre l'augmentation du prix de la cantine (+537 % !). Et le 18 mai, à Rosario (la troisième ville du pays, à mi-chemin entre Cordoba et Buenos Aires) il y eut une émeute après l'assassinat d'un étudiant par la police. Le 19 mai, l'université de Cordoba était fermée par les autorités. À Rosario, 40 000 personnes descendirent dans la rue et affrontèrent avec succès la police. Le 23, c'était le tour de 30 000 étudiants de Cordoba.

Le 21 mai, les syndicalistes de l'automobile votèrent une grève de 48 heures pour le 29 mai. Le 27 mai, le principal dirigeant de la CGTA, Ongaro, était arrêté à son arrivée à Cordoba où il venait organiser le mouvement. Le 28 mai, le gouvernement déclara grévistes et manifestants passibles du conseil de guerre. Tous les syndicats et les étudiants se rallièrent cependant à la grève, tandis que les assemblées générales se multipliaient dans les entreprises.

Et le 29 mai, à 11 heures du matin, plusieurs colonnes de manifestants ouvriers convergèrent vers le centre de la ville. Des ouvriers à moto assuraient la liaison entre les colonnes de manifestants. Les travailleurs des petites entreprises ou des artisans rejoignaient le cortège. Au centre-ville, les policiers établirent des barrages et arrosèrent les manifestants de gaz lacrymogènes. Bientôt les ouvriers dressaient des barricades et la manifestation tourna à l'émeute. Les travailleurs attaquèrent les commissariats et en expulsèrent les policiers ; la société américaine Xerox fut incendiée ; le cercle des sous-officiers de l'armée et le bureau des douanes occupés. Dans d'autres quartiers, ouvriers et étudiants affrontaient la police montée. En fin de journée, le centre-ville et les bâtiments officiels étaient occupés par les manifestants.

L'armée prend la répression en mains

L'état de siège fut décrété. L'armée prit le relai de la police, débordée. Des colonnes de chars et des milliers de soldats convergèrent vers la ville. Les électriciens coupèrent alors l'éclairage de ville. Cela désorienta les militaires et permit aux manifestants d'échapper à leurs tirs. Les manifestants gardèrent le contrôle de la ville mais hésitaient sur la suite à donner.

L'armée n'hésita pas, arrêtant au petit matin du 30 mai ceux qu'elle considérait comme les leaders du mouvement, notamment Tosco. Les syndicalistes arrêtés furent condamnés séance tenante à des peines de quatre à huit ans d'emprisonnement.

Le 30 mai, la CGT et la CGTA appelaient à une grève générale qui fut totale dans tout le pays. Mais le 31 mai l'armée reprenait l'offensive, faisant entre 20 et 30 morts et des centaines de blessés et saccageant les locaux syndicaux ; des centaines de militants étaient arrêtés. Le 2 juin, le syndicat de l'automobile appelait à la grève pour exiger l'arrêt de la répression et la libération des emprisonnés. Ongaro fut relâché. La CGTA proposa à la CGT une grève générale pour les 16 et 17 juin. Le gouvernement décréta le 16 juin jour férié, mais cela n'empêcha pas les rassemblements ouvriers. Une nouvelle grève fut décidée pour le 1er juillet, mais cette fois sans la CGT. L'état de siège allait durer jusqu'en 1973, obligeant bien des militants ouvriers à entrer dans la clandestinité.

Ce soulèvement de Cordoba eut évidemment un grand retentissement. Il fut considéré comme le « mai 68 » argentin. Mais il avait aussi ses propres limites. Chez les ouvriers, la majorité ne mesura pas les limites du syndicalisme et l'impasse politique qu'était le péronisme. Chez les étudiants, les plus combatifs continuèrent de chercher dans la guérilla le débouché politique qui avait manqué au cours de ces journées, là où il aurait fallu bâtir un parti révolutionnaire enraciné dans la classe ouvrière.

La répression n'empêcha pas la combativité ouvrière de rester forte les années suivantes. Et c'est pourquoi, lors de leur nouveau coup d'État de 1976, l'un des objectifs des militaires fut non seulement d'arrêter et assassiner les militants politiques, péronistes ou d'extrême gauche, mais d'abord de supprimer les militants et les ouvriers combatifs, que les militaires vinrent cueillir, dès les premières heures du coup d'État, à l'entrée des usines au petit matin.

Jacques FONTENOY (LO, juin 2009)

vendredi 17 février 2012

:: Conséquences du stalinisme sur le mouvement ouvrier international

[extrait de la Lutte de Classe n°141, février 2012]
L’URSS de 1991 n’avait plus grand-chose à voir avec le pouvoir des soviets (conseils) de députés des ouvriers, des soldats et des paysans qui, en 1917, avaient renversé le tsarisme, puis la bourgeoisie. Et si, pratiquement à tous égards, l’URSS des Gorbatchev, Eltsine et autres lointains successeurs de Staline était aux antipodes de celle de Lénine et Trotsky, elle devait pourtant son existence même à cette lointaine origine révolutionnaire et socialiste.
Lorsque, en octobre 1917, Lénine, Trotsky et le parti bolchevik avaient conduit les masses exploitées de Russie à s’emparer du pouvoir et à commencer à s’en servir pour jeter les bases d’une société débarrassée de l’exploitation de l’homme par l’homme, une société ouvrant les voies d’un avenir socialiste, les bolcheviks ne concevaient en aucun cas que cet avenir puisse se construire dans un seul pays, fût-il aussi vaste que la Russie. Ils savaient au contraire que leur révolution serait condamnée à brève échéance si d’autres révolutions socialistes victorieuses, et d’abord dans les pays développés économiquement, ne venaient pas la rejoindre. C’est bien pour cette raison que, dès qu’ils le purent, la Seconde Internationale ayant sombré dans l’union sacrée avec la bourgeoisie durant la Première Guerre mondiale, ils fondèrent une Internationale communiste conçue pour être le parti mondial de la révolution.
Après quatre ans d’horreur quotidienne sur les champs de bataille, en maints endroits les peuples et le prolétariat d’Europe se retournèrent contre les possédants et leur système responsable de la première tuerie mondiale. En Finlande, en Hongrie et surtout à plusieurs reprises en Allemagne, le prolétariat tenta, sans y parvenir nulle part, de renverser le pouvoir de la classe capitaliste pour le remplacer par le sien. Partout, les partis sociaux-démocrates vinrent à la rescousse des classes possédantes. Et là où cela ne suffit pas à étouffer la révolution, voire à la noyer dans le sang des ouvriers, les possédants reçurent l’appui armé des grandes puissances.
En Russie, la guerre civile, déclenchée juste après octobre 1917 par les partisans de l’ordre ancien, soutenus militairement par l’impérialisme, ne réussit pas à venir à bout du jeune État ouvrier. Mais elle laissa exsangue ce pays qui était déjà un des plus arriérés d’Europe. Un grand nombre de militants et d’ouvriers révolutionnaires avaient péri au front, ou des suites des privations. Après des années de guerre mondiale et de guerre civile, survivre au jour le jour devint le problème majeur de travailleurs physiquement, moralement et politiquement épuisés. Au milieu des années vingt, la classe ouvrière n’exerçait plus qu’un pouvoir politique nominal. En fait, elle n’avait plus les moyens de contrôler son propre appareil d’État ni même l’envie, le pouvoir se trouvant désormais aux mains d’une nombreuse bureaucratie. Cet appareil d’État, dira Trotsky, s’était transformé en quelques années « d’instrument de la classe ouvrière en instrument de violence bureaucratique contre la classe ouvrière ».

Cette couche sociale usurpatrice du pouvoir n’avait d’autre ambition que de profiter de sa place, et des privilèges – misérables dans l’absolu, mais énormes dans un contexte de famine quasi générale – qui l’accompagnaient. Aspirant à tout ce qui pouvait conforter leur position de parasites vivant sur les acquis d’Octobre, les bureaucrates se reconnurent dans la formule réactionnaire du « socialisme dans un seul pays » lancée par Staline. Pour Staline et ses partisans, c’était une façon d’annoncer à la bourgeoisie mondiale qu’eux ne chercheraient pas à étendre le socialisme.

Les compagnons de Lénine restés fidèles aux idéaux d’Octobre, et donc à l’internationalisme prolétarien, ne pouvaient que combattre cette négation du bolchevisme. Lénine étant mort en janvier 1924, il revint à Trotsky de diriger la lutte de l’Opposition de gauche contre le cours stalinien dans le Parti communiste, dans l’Internationale communiste et à la tête de l’État. Pendant plusieurs années, les communistes oppositionnels luttèrent pas à pas pour sauver l’État ouvrier de la dégénérescence bureaucratique. Mais dans un contexte de reflux du mouvement révolutionnaire, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, ils furent finalement vaincus. L’Opposition de gauche fut éliminée politiquement, avant de l’être physiquement dans les camps, les caves du Guépéou (la police politique) et durant les procès de Moscou de 1936 à 1938.
Pour conforter son régime, celui d’une bureaucratie qui allait désormais diriger l’URSS, Staline fit assassiner plusieurs générations de militants qui, au fil de trois révolutions russes et durant les premières années de l’Internationale communiste, avaient accumulé une expérience politique et organisationnelle sans pareille durant toute l’histoire du mouvement ouvrier.
Les conséquences de cet anéantissement furent terribles. En URSS, la classe ouvrière, quand elle reprit force et vigueur, et surtout un poids social grandissant avec l’industrialisation des années trente, se retrouva désarmée, sans plus de militants ni d’organisations pour lui transmettre son héritage politique, militant et organisationnel. Cette rupture du fil de la transmission entre générations des traditions et acquis conscients du mouvement ouvrier, rupture comme on n’en avait jamais connu jusqu’alors, a pesé sur la classe ouvrière jusqu’à la disparition de l’URSS. Et elle pèse toujours dans l’ex-URSS, surtout quand les travailleurs ont ou auraient eu l’occasion d’intervenir au cours d’événements politiques.
On le constata en 1962, sous Khrouchtchev, à Novotcherkassk où des émeutes ouvrières éclatèrent contre des augmentations de prix de 30 %. Cette révolte noyée dans le sang par le régime ne laissa apparemment pas de traces, bien qu’à la même époque des événements similaires aient eu lieu dans plusieurs autres villes industrielles.
Cela se vérifia encore, à une tout autre échelle et avec de tout autres conséquences, un quart de siècle plus tard : le prolétariat, classe pourtant la plus nombreuse et concentrée dans les centres urbains de l’URSS à l’époque de Gorbatchev, resta essentiellement spectateur de la tourmente politique d’alors. Et quand, en 1990-1991, de grandes grèves éclatèrent dans les bassins miniers de Russie et d’Ukraine, elles furent conçues et dirigées par la fraction dite démocrate de la bureaucratie comme un soutien à sa lutte contre le pouvoir central. Dans l’immédiat après-URSS, s’il y eut des luttes ouvrières, là encore, elles se déroulèrent de façon isolée, souvent le dos au mur, par exemple contre telle ou telle privatisation. Et surtout, toujours sans qu’il existe aucune organisation pour s’adresser aux travailleurs sur leur terrain de classe. Il aurait pourtant été décisif, et en tout cas indispensable, de défendre devant les travailleurs en lutte, et les autres, un programme politique de combat contre les tentatives de restauration capitaliste, contre l’accaparement de l’économie étatisée par les bureaucrates et les apprentis capitalistes. Ce programme révolutionnaire, communiste, aurait ouvert une autre perspective pour les travailleurs, et pour l’ensemble de la société. Il aurait cherché à indiquer à la classe ouvrière comment mettre à profit la haine d’une immense majorité de la population envers les pillards, amis du pouvoir d’Eltsine, qui, s’emparant des entreprises étatisées, étaient responsables de son appauvrissement brutal. Cela dans le but de disputer la direction de la société à cette engeance et de tenter de remettre sur pied une économie débarrassée, et des parasites de la bureaucratie, et des nouveaux propriétaires des usines, largement considérés comme illégitimes même bien au-delà des milieux ouvriers.
Et aujourd’hui, un tel programme serait encore d’actualité. Encore faudrait-il qu’il y ait des militants pour le défendre, quand au Kazakhstan des dizaines de milliers d’ouvriers du pétrole défient le pouvoir depuis des mois. Et bien sûr aussi en Russie, quand une fraction de la population exprime dans la rue son rejet du régime, même si, comme il y a vingt ans, ce sont d’abord les membres de la « classe moyenne » qui se mobilisent.
L’assassinat des révolutionnaires qui avaient rendu possible la victoire d’Octobre eut également des conséquences dramatiques sur le plan international. En effet, lors de la remontée des luttes ouvrières au milieu des années 1930, pour faire pièce aux directions traîtres du mouvement ouvrier, qu’elles soient social-démocrates ou staliniennes, il n’y eut plus de direction internationale du mouvement ouvrier digne de ce nom, en tout cas qui ait assez de poids, d’autorité et de relais dans tous les pays, comme celle qu’avaient représentée Lénine, Trotsky et leurs camarades des débuts de l’Internationale communiste.
On ne dira jamais assez quel service inestimable le stalinisme a rendu à la bourgeoisie mondiale en ayant anéanti le meilleur du mouvement révolutionnaire de son époque, une tragédie pour le mouvement ouvrier dont les effets continuent à peser sur ce dernier longtemps après que le stalinisme a disparu en tant que tel.
Cela dit, malgré tous les services rendus par le stalinisme à l’ordre bourgeois (de la trahison de la révolution chinoise de 1927 à la capitulation sans combat devant Hitler en 1933, à l’étouffement de la révolution espagnole de 1936, à la restauration de l’ordre impérialiste mondial après 1945, à l’écrasement du mouvement ouvrier en Europe de l’Est et notamment de la révolution hongroise de 1956, etc.), l’URSS restait un corps étranger au monde de la bourgeoisie. Même dans les années soixante-dix, quand, dirigée par l’équipe des vieillards à la Brejnev, l’URSS menait une politique en tous points réactionnaire, conservatrice, elle restait malgré elle, et surtout malgré ses dirigeants, une source d’inspiration, de soutien pour des mouvements d’émancipation ou d’opposition un peu partout dans le monde. Et surtout, son existence même, anomalie dans un monde dominé par l’impérialisme, constituait une preuve de taille qu’une autre organisation sociale et économique était possible. Car la propriété étatique des moyens de production, la planification de l’économie, le monopole du commerce extérieur avaient permis à l’URSS, malgré le stalinisme et bien qu’elle se trouvât coupée malgré elle de la division internationale du travail, d’afficher des rythmes de développement élevés. Le pays avait ainsi pu construire une industrie puissante même au plus fort de la crise de 1929 et dans les années qui suivirent, quand l’économie capitaliste s’effondrait. Même l’URSS des bureaucrates rappelait qu’une telle société avait pu se développer sur des bases autres que celles du capitalisme, grâce à l’impulsion d’une révolution qui avait renversé le pouvoir de la bourgeoisie et exproprié les capitalistes.
Décembre 1991, voulaient croire les partisans de l’ordre bourgeois, marquait la fin de ce qui était pour eux un cauchemar social de plus de soixante-dix ans, eux qui avaient rabâché pendant tout ce temps qu’un régime qui ne reconnaissait ni le marché ni la propriété privée ne pouvait durer. Alors quand l’URSS s’effondra, fût-ce sous les coups de ses propres dirigeants, les tenants du capitalisme ont fêté [1] la fin de ce « siècle soviétique », comme l’historien Moshe Lewin a appelé le siècle dernier, ce siècle où la Révolution d’Octobre et ses suites avaient, selon les mots du révolutionnaire John Reed, « ébranlé le monde », et cela de façon durable.
Journalistes, politiciens, universitaires, idéologues de la bourgeoisie exultaient de voir « emporter la plus grande utopie du vingtième siècle »  [2]. Ils affirmaient même pour certains [3] qu’on assistait à « la fin de l’histoire ». Rien moins que cela ! octobre 1917 ayant voulu ouvrir la voie à un avenir débarrassé du capitalisme, la disparition de l’URSS, selon eux, signifiait qu’il n’y avait d’autre avenir que le présent de la société bourgeoise. Un présent qui, n’en déplaise à tous ces gens, remet comme jamais à l’ordre du jour la lutte contre un système capitaliste qui mène l’humanité à sa perte.
À la fin des années vingt, la victoire du stalinisme sur l’Opposition trotskyste n’avait cependant pas suffi à assurer la stabilité du régime. Les parvenus au pouvoir avaient des raisons de craindre que, tôt ou tard, leur position dominante se trouve remise en question par la classe ouvrière. En effet, même privée de son parti, elle avait acquis une longue expérience de lutte que portaient humainement des centaines de milliers d’anciens participants à ses luttes révolutionnaires. Un autre danger menaçait le régime. Il venait des anciennes classes possédantes qui n’avaient pas renoncé à prendre leur revanche. Et elles reprenaient force et assurance à mesure que les staliniens éliminaient l’avant-garde révolutionnaire.
La politique empirique d’un régime ayant rompu avec le bolchevisme, et n’ayant d’autre objectif que de durer, contribuait à accroître de tels dangers. Et cela d’autant plus que, individuellement, les bureaucrates se souciaient comme d’une guigne de pareils risques, préoccupés uniquement qu’ils étaient de profiter sans entraves de leur position.
Les privilèges des bureaucrates ne reposaient pas, comme ceux des capitalistes, sur la propriété privée des moyens de production, justification dans la société bourgeoise de l’appropriation privée des fruits de l’exploitation des travailleurs. Ils provenaient du parasitisme qu’ils exerçaient sur une société telle que la révolution avait permis de la transformer, une fois expropriée la bourgeoisie. Leurs prélèvements sur l’économie et la façon ­antidémocratique qu’ils avaient de diriger la société tendaient à vider de leur sens et à compromettre les acquis de la révolution. Mais les bureaucrates ne cherchèrent pas à remettre en question la collectivisation des moyens de production ainsi que d’échange, ni la planification de l’économie, car c’était précisément de cette base que,en la parasitant, ils tiraient leurs privilèges.
Toutefois, les aléas des luttes de pouvoir au sein des cercles dirigeants, ainsi que le risque toujours présent que triomphe la contre-révolution – comme lorsque, au tournant des années trente, la politique stalinienne de collectivisation forcée des terres dressa contre elle, et contre l’État ouvrier que la paysannerie en rendait responsable, la grande majorité des campagnes dans ce pays encore essentiellement rural – amenèrent le régime à prendre des mesures radicales pour assurer sa propre pérennité.
Pour protéger la dictature sociale de sa caste, le régime imposa à toute la société une discipline de fer qui allait rapidement reposer sur la dictature d’un chef, érigé en arbitre suprême, Staline. La classe ouvrière, la paysannerie enrôlée dans les kolkhozes ou envoyée construire les nouveaux combinats industriels, furent soumis à un féroce régime de caserne. Un retard de plus de dix minutes au travail pouvait valoir l’envoi en camp. L’intelligentsia dut applaudir au culte de la personnalité de Staline, à ses lubies, aux conceptions réactionnaires qu’il imposait dans les domaines de l’art, de la culture et des sciences, au risque de finir derrière des barbelés.
La logique répressive de la dictature s’ajoutant au fait que le régime devait également se protéger de l’irresponsabilité de sa propre caste privilégiée, les bureaucrates eux-mêmes se trouvèrent rapidement sous la menace permanente d’une exécution sur ordre du tyran.
Les crises internes succédant aux tensions croissantes sur la scène internationale – montée du nazisme, révolution espagnole, course à la guerre, invasion hitlérienne, victoire sur le nazisme rendue possible grâce aux sacrifices et au courage de la population soviétique alors que la direction stalinienne avait désorganisé l’Armée rouge, reconstruction d’un pays dévasté sur fond de début de guerre froide… – Staline put imposer sa dictature personnelle sur la société pendant plus de deux décennies.
Mais en 1953, à la mort du tyran, les choses allaient changer radicalement. Non pour la classe ouvrière et pour le reste de la population, mais pour les bureaucrates : ils obtinrent des successeurs de Staline de ne plus avoir à craindre pour leur tête, ni même bientôt pour leur place.
Sous la tutelle de Brejnev, chef de la bureaucratie de 1964 (date de la chute de Khrouchtchev) à son décès en 1982, un consensus s’établit entre le Kremlin et l’ensemble de la couche privilégiée : chacun vaquait à ses affaires pourvu que cela ne compromette pas les positions établies des uns et des autres, et surtout la stabilité du système.

[lire la suite]

lundi 18 juillet 2011

:: L' Histoire du mouvement ouvrier d'Edouard Dolléans (1877-1954) en ligne

L' Histoire du mouvement ouvrier d'Edouard Dolléans (1877-1954). En libre accès sur le site Les classiques des sciences sociales

Tome 1 (pdf)
Tome 1Première partie : Éveil
Chapitre I: La misère et l’espérance
a) Une vision quotidienne de la misère
b) La condition ouvrière dans toute la France
Chapitre II : Une classe nouvelle
a) La réaction contre la révolution industrielle
b) La déception des trois glorieuses
Deuxième partie : L’Amitié qui doit nous unir
Chapitre I: Vivre libres en travaillant
Chapitre II : La Rue Transnonain
Troisième partie : L’Expérience chartiste (1836-1843)
Chapitre I: Autonomie du mouvement ouvrier
Chapitre II : Réformisme et lutte de classes
Quatrième partie : Le mouvement ouvrier en face des idéologies
Chapitre I: Des grèves corporatives à l’Union ouvrière
Chapitre II : Frédéric Engels et les Chartistes, précurseus du marxisme
Chapitre III : Proudhon, Karl Marx et le Manifeste Communiste
Cinquième partie : Le feu qui couve (1848-1862)
Chapitre I: 1848
Chapitre II : Le règne des affaires et ses ombres
Sixième partie : La Première Internationale (1862-1870)
Chapitre I: Capacité ouvrière
Chapitre II : L’élan rompu par la guerre
Épilogue : La Commune

Tome 2 (pdf)
Tome 2Première partie : Retours et anticipations (1871-1905)
Chapitre I: La renaissance du syndicalisme (1871-1902). Fernand Pelloutier
Chapitre II : Lénine, Trotsky et la Révolution de 1905
Deuxième partie : Les temps héroïques du syndicalisme
Chapitre I: Internationale politique ou internationale syndicale ?(1889-1900-1909)
Chapitre II : Victor Griffuelhes et la Charte d'Amiens (1902-1908)
Troisième partie : L'élan rompu par la guerre (1909-1916)
Chapitre I: La crise du syndicalisme français et l'approche de la guerre (1909-1914)
Chapitre II : L'Internationale ouvrière et la guerre (1914-1915-1916)
Quatrième partie : Guerre ou paix (1917-1918)
Chapitre I: Lénine et la Révolution d'octobre
Chapitre II : La paix américaine (1917-1918)
Cinquième partie : Démons de guerre et d'après-guerre (1919-1933)
Chapitre I: A la croisée des chemins les frères ennemis (1919)
Chapitre II : De la Troisième Internationale au fascisme (1920-1933)

Tome 3 (pdf)
Tome 3I – Le mouvement ouvrier
II – Révolutions réelles et révolutions fictives
Première partie : « Un monde détraqué, ballotté et plongeant »
Préambule
Chapitre I: Retours de la guerre
Chapitre II : La marche au fascisme
Chapitre III : La Charte du Travail et le corporatisme italien
Chapitre IV : Du spartakisme au national-socialisme
Chapitre V : La Suède, paradoxe historique. Contraste entre deux destins
Deuxième partie : Les libertés en péril
Chapitre I: Staline et la Russie
Chapitre II : Franklin Roosevelt et le peuple américain
Chapitre III : Mai 36
Chapitre IV : Le martyre de l’Espagne
Chapitre V : Les approches de l’épreuve
Chapitre VI : La France meurtrie et déchirée
Troisième partie : Les hésitations de l’histoire
Préambule
Chapitre premier : Les grèves de mars 1943 en Italie
Chapitre II : L’âme de la Résistance italienne et la guerre des Partisans
Chapitre III : Le syndicalisme allemand et la Résistance
Chapitre IV : La reconstruction et Hans Boeckler
Chapitre V : Les deux faces du problème social en Italie
Quatrième partie : Entre le cinéma et la solitude
Préambule
Chapitre I: L’éclatement des métiers et la conscience professionnelle
Chapitre II : Le chant du cygne d’une conception de la vie ouvrière
Chapitre III : La marche à l’inconscient
Cinquième partie : Choisir son Destin
Chapitre I: L’impératif catégorique
Chapitre II : Évolution du syndicalisme américain
Chapitre III : La rupture de l’Internationale

jeudi 7 avril 2011

Il nous incombe de continuer à garder levé le drapeau du communisme

[...]
Ce drapeau, le parti qui se dit encore communiste l'a abandonné depuis longtemps. Le fait de participer à un gouvernement de la bourgeoisie, comme l'a fait le Parti communiste de Robert Hue, et avant lui celui de Marchais, et avant encore celui de Thorez, est déjà en lui-même une indication que ce parti n'est pas communiste, parce qu'on ne peut pas se poser en combattant de la société future et en même temps se ranger parmi les défenseurs gouvernementaux de la société actuelle.
Et même si, aujourd'hui, la direction du Parti communiste remet le mot en service, quelle confiance peut-on faire à un parti qui ne radicalise son langage que lorsque la bourgeoisie le rejette après usage ?
Nombreux sont, je l'espère, à la base du PCF, les militants qui n'ont pas perdu leur conviction qu'une société égalitaire est possible. Ceux-là, je les considère comme des frères d'armes. Mais comment imaginer que la direction de ce parti puisse de nouveau incarner les idéaux communistes ?
Une partie de l'extrême gauche elle-même est aujourd'hui honteuse de sa filiation communiste. La perspective dans laquelle elle milite est celle d'une gauche plus combative, d'une gauche plus radicale, d'une gauche vraiment à gauche ou, comme elle dit pour ratisser le plus large, 100 % à gauche. Bien malin celui qui saura distinguer ce langage-là du langage nouveau que veut se donner la gauche du PS. Ce dernier ne cache d'ailleurs pas son ambition d'une OPA sur sa gauche. Et ce ne sont sûrement pas les thèmes de l'anti-mondialisme, du féminisme ou de l'écologisme qui le gêneront. Ce sont des mots utilisés justement pour servir de pont entre les différentes nuances de l'éventail qui se réclame de la gauche, mais dont le noyau sera de toute façon la gauche qui se dit à vocation gouvernementale, c'est-à-dire, pour parler clair, la gauche bourgeoise.
L'émergence d'une gauche tenant un langage plus radical n'est après tout pas impossible, si la droite est solidement installée au pouvoir et pour longtemps. Mais cela ne ferait que recréer, au mieux, une version moderne de l'ancien PSU.
Eh bien, ce n'est certainement pas dans cette perspective que nous militons. Il nous reste à incarner fièrement une autre perspective, celle d'un parti représentant réellement les intérêts politiques de la classe ouvrière. Il nous reste à oeuvrer pour que se construise un parti qui ne vise pas à s'intégrer dans l'ordre social actuel, fût-ce avec la prétention stupide de pouvoir le faire évoluer dans le bon sens, mais qui, au contraire, combat pour la transformation radicale de la société.
Un parti qui reste systématiquement dans le camp des exploités, des opprimés, sans abandonner ce camp pour quelque poste ministériel que ce soit.
Un parti qui n'abandonne pas ses convictions pour s'adapter à la politique des dirigeants réformistes même lorsque ceux-ci sont dans l'opposition.
Un parti qui ne veut pas dissimuler la réalité de la lutte de classe car cela ne sert que les intérêts de la classe exploiteuse qui, pour mener sa lutte de classe, n'a pas besoin de la nommer.
Mais un parti qui, au contraire, cherche à mettre le doigt sur le caractère de classe de la politique menée pour que les travailleurs opposent à la lutte de classe de la bourgeoisie leur propre lutte.
Un parti qui ne se contente pas de dénoncer les abus du règne du fric ou de la domination des trusts sur une économie mondialisée mais qui se donne pour objectif d'organiser la seule classe sociale capable de mettre fin au capitalisme et à son sous-produit l'impérialisme mondial, c'est-à-dire le prolétariat mondial. Un parti qui ne se contente pas de participer de temps à autre à une manifestation internationale, mais qui milite jour après jour dans les entreprises, dans les quartiers populaires, pour organiser les travailleurs dans le but de transformer la société.
Oui, l'aspect fondamental de notre activité continuera à être la défense du programme d'émancipation de la classe travailleuse, le programme communiste. Défendre ce programme avant tout dans la classe ouvrière car c'est d'elle, et d'elle seule, que dépend sa réalisation future. Le défendre en particulier auprès des travailleurs qui se sont retrouvés pendant longtemps dans ou autour du Parti communiste et qui sont découragés, désorientés et à qui il faut redonner confiance et montrer que le courant communiste n'a pas disparu et que l'avenir lui appartient. Bien sûr, nous sommes calomniés, mais c'est parce que nous sommes réellement communistes. Nous le sommes comme l'était, dans un passé déjà lointain, le Parti communiste lorsqu'il méritait réellement ce nom.
Mais il faut aussi gagner à ces idées une génération de jeunes, de jeunes travailleurs aussi bien que des étudiants. Il faut non seulement leur montrer que le monde qui est le nôtre est invivable, que les concentrations de richesses entre quelques mains pendant que la pauvreté se généralise sont insupportables. Comme est insupportable l'idée que la recherche du profit de quelques-uns conduit la terre vers une catastrophe écologique.
Il faut aussi leur montrer qu'il est possible de transformer la société et que chacun, travailleur ou étudiant, peut y jouer son rôle.
Il faut les éclairer pour qu'ils ne soient pas abusés par ceux qui présentent de vieilles idées réformistes sous des couleurs modernes pour pouvoir mieux les tromper. Qui cherchent à les tromper en présentant quelques réformettes, une taxe par ci, un allégement de dette par là, comme des idées de l'avenir, alors que tout cela est non seulement inefficace mais cautionne encore et toujours l'idée que le capitalisme est réformable.
Eh bien, non, le capitalisme n'est pas réformable.
Voyez les milliards qui partent en fumée dans la crise boursière actuelle. Oh, bien sûr, ce sont pour une large part des capitaux fictifs. Mais l'exploitation qui les a engendrés n'est pas fictive. Combien de souffrances, combien de vies d'exploitation pour que s'accumulent ces milliards qui, aujourd'hui, partent en fumée ?
Alors, nous ne savons pas si le fait que le gouvernement soit de droite amènera plus facilement les travailleurs à la conviction qu'ils ne peuvent rien en attendre. Nous ne savons pas si, après avoir subi les coups de la gauche puis ceux de la droite, ils ne se contenteront pas d'écouter, à nouveau, les bateleurs de foire de la gauche bourgeoise ou si, dégoûtés de tout, ils se réfugieront dans l'apolitisme.
Mais nous savons que la combativité peut revenir très vite. Et c'est peut-être justement le fait que le patronat et le gouvernement se croient tout permis qui déclenchera la colère ouvrière.
Nous ne savons pas non plus par quelle voie, à travers quelle expérience politique collective, ce regain de combativité ouvrière conduira une partie du monde du travail vers les idéaux et vers le programme communistes.
Ce que nous savons, c'est que les idées que nous défendons, il n'y a que nous pour les défendre. Alors, quel que soit le vent, nous continuerons à les défendre.
____________________________

Extrait de : 
Pour une réponse collective du monde du travail - Discours d'Arlette LAGUILLER au meeting du 4/10/2002

mercredi 2 mars 2011

:: Renouer le lien entre les idées révolutionnaires et la classe ouvrière [UCI, 1987]

Notre tendance se distingue des autres, y compris des autres tendances trotskystes, par l’analyse que nous faisons des causes de la situation actuelle du mouvement révolutionnaire, et des moyens d’y remédier.
Pour nous, la tâche principale aujourd’hui, pour les militants révolutionnaires, est de rétablir la liaison avec le prolétariat, de réimplanter les idées communistes révolutionnaires au sein de la classe sociale qui devrait être leur milieu naturel : la classe ouvrière. Car elles en sont tenues éloignées, malheureusement, depuis maintenant des décennies.
Ce n’est pas le moindre résultat qu’ait entraîné la dégénérescence stalinienne de l’URSS et des partis communistes, que d’avoir créé une coupure profonde, physique, entre les révolutionnaires et la classe ouvrière. Autant le mouvement communiste de la Troisième Internationale avait pu naître et se développer au sein même du mouvement ouvrier de son époque et en particulier au sein des partis ouvriers sociaux-démocrates de la Seconde Internationale, autant l’Internationale Communiste devenue stalinienne réussit à mettre les révolutionnaires à l’index du mouvement ouvrier, les chassant des partis communistes et des syndicats par la menace, la calomnie, l’injure et l’assassinat.
En URSS même, une génération de révolutionnaires trotskystes, celle qui était la plus riche de traditions et d’expérience, a été anéantie par la répression stalinienne. Hors d’URSS, si la répression stalinienne fut moins meurtrière, elle réussit tout de même à créer un fossé de haine et de peur entre les révolutionnaires et le mouvement ouvrier réel. Le mouvement trotskyste à ses débuts se trouva composé ainsi essentiellement d’intellectuels, souvent de valeur sans doute, mais coupés de la classe ouvrière.
C’était pour la Quatrième Internationale naissante, un handicap grave, mais pas insurmontable. Mais, privée de leader véritable dès 1940 par l’assassinat de Trotsky, elle n’a pas su jusqu’à présent le surmonter. Se limitant à défendre formellement le programme trotskyste dans le milieu qui était le sien, celui de l’intelligentsia petite-bourgeoise de gauche, elle n’a non seulement pas su reprendre pied dans la classe ouvrière, elle a aussi bien souvent cédé aux tendances politiques qui agitaient ce milieu ou celui de la social-démocratie, théorisant bien souvent sa coupure d’avec les masses prolétariennes plutôt que de se donner les moyens de la surmonter.
Nous sommes une tendance trotskyste qui s’est créée en réaction contre la pratique de la plupart des organisations de la Quatrième Internationale et leur incapacité générale à nouer des liens réels avec la classe ouvrière. Nous pensons que la coupure historique créée par le stalinisme reste le handicap principal que connaissent les révolutionnaires de notre époque. L’ignorer ne sert à rien. Au contraire, ils doivent en tirer toutes les conclusions et donner toute la priorité à cet objectif : l’implantation dans la classe ouvrière.
Il faut pour cela non seulement en avoir la préoccupation politique, mais aussi se donner tous les moyens organisationnels pour répondre à cette tâche. Cela nécessite, en particulier, de militer pour créer des organisations réellement bolchéviques, formées de militants ayant réellement lié leur sort à celui de la classe ouvrière, ayant le souci quotidien de l’intervention politique au sein de celle-ci, et en particulier de tendre tous leurs efforts pour gagner sa confiance, et se porter à la tête de ses luttes.
Nous n’avons pas la prétention d’avoir réglé ce problème ni même celle de pouvoir le régler par nos seules forces. Nous pensons seulement apporter notre contribution à l’implantation des idées révolutionnaires dans la classe ouvrière.
En ce qui nous concerne, le bilan que nous avons dans ce domaine constitue pour le mouvement trotskyste un certain capital politique et organisationnel qui est, toute modestie gardée, l’un des meilleurs de l’ensemble du mouvement trotskyste. Mais ce capital, s’il n’est pas négligeable à l’échelle du mouvement trotskyste, reste bien insuffisant, nous en sommes conscients, si on le mesure à sa véritable échelle, qui est celle des tâches politiques et organisationnelles que la période actuelle implique.
C’est pourquoi nous n’entendons donner de leçons à personne. Nous entendons seulement mener la discussion indispensable au sein du mouvement trotskyste et communiste révolutionnaire en général, dans lequel cela devrait être une attitude naturelle que d’accepter l’échange, le débat, de confronter le bilan de chacun. Pour notre part, c’est bien évidemment à partir du nôtre, de nos expériences, de notre intervention, que nous souhaitons l’engager, avec tous ceux qui se situent sur le terrain de l’internationalisme révolutionnaire prolétarien.

jeudi 5 mars 2009

:: travailleurs de guadeloupe et de martinique en grève générale [ana/twitter #9]

[les derniers tweets en ordre décroissant]

RT @Petits_Reflets “Chapeau camarades ! Vs avez donné la preuve que l’histoire du mouvement ouvrier est bien loin d’être finie” #Guadeloupe
“La signature suspend la grève générale. Mais la lutte continue ! Car cette première victoire n’est qu’un début” (UGTG) #Guadeloupe
Domota (LKP) “Il faut continuer à rester mobilisés et à se battre […] pour l’extension de l’accord dans ttes les entreprises” #Guadeloupe
“Le LKP signe la fin de la grève en #Guadeloupe” [Le Monde]. Domota (LKP) : “Aujourd’hui, c’est la lutte qui paye”
#Guadeloupe 9h, Richard Plats, MEDEF (journaliste à France Inter) :.. puis : “une situation que personne ne conteste”. Remarquable.
#Guadeloupe 9h, Richard Plats, MEDEF (journaliste à France Inter) reprend argumentaire MEDEF sur risques licenciements “à cause de la grève”
#Guadeloupe : Max Evariste (FO) : “avec une grève d’une journée le #19mars en métropole, ils n’arriverons à rien”.
#Guadeloupe : suspension de la grève générale… cris de victoire des grévistes à la radio… J’en ai les larmes aux yeux …:-) 
@archieleach_75: Moins que tu ne le crois. J’ai eu parfois l’impression (réjouissante) que ces grèves faisaient quand même carrément envie !
C’était hier : au 43eme jour de la grève générale en #Guadeloupe, Rosan Mounien fait le point http://hellotxt.com/l/Cng8
Les grévistes de #Guadeloupe passent le relais aux travailleurs de #LaReunion (où le Collectif COSPAR lance la grève générale demain matin)
Les travailleurs de #Guadeloupe passe le relais aux travailleurs de #LaReunion (où le Collectif COSPAR lance la grève générale demainmatin). 
RT @RSS_LO #Martinique - “Un accord cadre sur les salaires, non signé par FO et la CGTM” http://tinyurl.com/ahxc9z
RT @RSS_LO #Martinique - “Après un mois de grève, la poursuite des négociations.. sous le contrôle des grévistes!” http://tinyurl.com/c4rjjh
RT @RSS_LO #Guadeloupe - “Les premiers succès de la grève” http://tinyurl.com/c2dbm6
RT @RSS_LO #Guadeloupe - “Après plus de six semaines de grève générale” http://tinyurl.com/b6gjht
#Guadeloupe (Le LKP d’accord pour suspendre la grève) Ce soir les travailleurs guadeloupéens peuvent être fiers de leur mouvement
M. Evariste, LKP “On a invité les camarades devant le port-autonome [avant d’aller] signer l’accord conditionnant la suspension de la grève” 
“Le LKP en modèle” : si ça vous chante de venir “coloniser” les syndicats “métros”, vous êtes les bienvenus #Guadeloupe http://bit.ly/bePdN
“Le LKP en modèle” : si ça vous chante de venir “coloniser” les syndicats “métros”, vous êtes les bienvenus #Guadeloupe http://hellotxt.com/l/Zq24ÈLE
En France, les syndicats (sauf SUD) sont déterminés à limiter la mobilisation à 1 seule journée le #19mars. Car pr décourager, y a pas mieux
En #Guadeloupe, ils ont le LKP ; nous, la FSU “désolée de n’avoir “pas d’autre choix que de maintenir l’appel à la mobilisation du #19mars” 
@alaingabriel … en attendant que la vague en provenance de #Guadeloupe n’entraîne un océan de “pertes” pour les Medef du monde entier ;-)
#Guadeloupe : mais pour les autres produits, la baisse sera pratiquée sans être étendue à toute la famille. A suivre.
#Guadeloupe: un compromis en cours : élargissement de la baisse du prix à toute la famille pour 56 produits (huile, sel, beurre, lait, etc.)
#Guadeloupe : comme en #Martinique, les négociations sur les prix ont achoppé sur la question des “familles” de produits
#Guadeloupe Une grève disciplinée et pacifique exemplaire, mais pour Reuters: “un conflit émaillé de violences, qui a fait un mort”.
Domota (LKP): ça “fait 40 ans que le taux de chômage est de 40%, c bien la 1ère fois que le Medef s’inquiète de la situation en Guadeloupe”
RT @7h10 #Martinique : le Medef rejette les 10000 licenciements qu’il prévoie pour 2009 sur le compte de la grève http://tinyurl.com/cxd9q6
Pourquoi la grève continue t-elle en #Martinique ? http://hellotxt.com/l/1P2A
“LKP : La grève continue dans les établissements scolaires” http://bit.ly/1AGQd #Guadeloupe | Via HelloTxt
“LKP : La grève continue dans les établissements scolaires” http://bit.ly/1AGQd #Guadeloupe | Via HelloTxt
“LKP : Intenses luttes de classe en #Guadeloupe” http://hellotxt.com/l/Ffzv
Beauchamps, enseignant, LKP: “tant que l’accord n’est pas signé, la grève générale se poursuit! Ns ne reprenons pas le travail!” #Guadeloupe
est impatient de connaître la réaction des grévistes de #Guadeloupe (“La Guadeloupe aux travailleurs, pas au Medef !”)
Nouvelle filouterie du Medef. On songe alors à une solution d’avenir pour les travailleurs de #Guadeloupe : la grève générale illimitée !
#Guadeloupe Entourloupette du Medef. L’idée : limiter à 36 mois l’augmentation des salaires, exonérer le patronat de ses charges ! #mépris
#Guadeloupe Entourloupette du Medef qui dégaine son contre-“accord Jacques Bino”. http://hellotxt.com/l/Prz6
“Aux Antilles, marché déréglementé, chômage assuré” #Guadeloupe #Martinique http://hellotxt.com/l/wy2V
“La puissance coloniale imposait jadis, par la contrainte, la paix sociale”. Aujourd’hui, la #Guadeloupe le prouve: vive la guerre sociale!
En 2003, Les Echos parlait d’ “une classe politique plus portée sur le clientélisme que sur l’intérêt général” #Guadeloupe #scoop ;-) 
Le lycée de Baimbridge à Pointe-à-Pitre a rouvert. Mais l’établissement a été un des seuls de l’île à accueillir des élèves. #Guadeloupe 
La bonne blague de Fillon et Parisot : “Il ne faut pas que ça dure longtemps parce que l’économie de la #Guadeloupe est au bord du gouffre”
Dans le Monde Diplomatique du mois de mars : “Lame de fond à la #Guadeloupe” par Fabrice Doriac. Un long papier assez complet. A lire. 
se demande si les syndicats, en France, sont VRAIMENT en train de mobiliser les travailleurs pour la grève du #19mars. J’ai un doute
Faudrait en France 1 grève générale massive et illimitée. Ne serait-ce que pr faire peur à Aubry qui dit craindre la propagation #19mars ;-) 
#LaReunion : début du mouvement de grève général demain. Revendications : contre la précarité, bas salaires et prix exorbitants des denrées. 
Dommage : de Martinique même, il n’y a que les pro-patronaux qui s’expriment sur Twitter.
La négociation sur la baisse des prix des produits de première nécessité n’est pas terminée #Guadeloupe
Les forces de l’ordre quadrillent les axes d’accès à la zone industrielle de Jarry, poumon économique de la # Guadeloupe
@bruno_walther #Guadeloupe [Le Monde] “Pour Elie Domota, le LKP a vocation à durer”. La propriété, ce sera pour la prochaine fois ;-)
Je ne connaissais pas Yves Théard du Figaro, grand cuistre injustement oublié #Guadeloupe ;-) http://hellotxt.com/l/5ARk
“La Gwadloup sé tan nou” : explication de texte #Guadeloupe http://hellotxt.com/l/cznM
Décès du père de Jean Marie NOMERTIN (CGTG, Combat ouvrier-LO, porte-parole du LKP) #Guadeloupe (veillée mardi à Capesterre Belle Eau)
#Martinique : compte-rendu de Louis Maugée (CGTM, non signataire) sur les négociations au 02.03.2009 http://hellotxt.com/l/ozcD
RT @ NicolasPolice: EXCLUSIF L’AFP fait enfin son travail ! Le LKP “terrorise” la #Guadeloupe ! http://tinyurl.com/czlq4h
Accord Bino: d’où “nécessité de faire tomber tous ces obstacles en instaurant un ordre économique nouveau…” #Guadeloupe
Accord Bino: “ce sont autant d’obstacles au développement économique endogène et à l’épanouissement social” #Guadeloupe
Accord Bino: “ces injustices touchent aussi bien les travailleurs, que les acteurs économiques endogènes” #Guadeloupe
Accord Bino: “cette économie s’appuie sur des rentes de situation de monopole, des abus de positions dominantes qui génèrent des injustices”
Accord Bino: “la situation économique et sociale actuelle en #Guadeloupe résulte de la pérennisation du modèle de l’économie de plantation”                  
L’UMP s’exprime sur le site du Monde : “cette grève ne sera terminée que quand on aura enfermé M. Domota et tous ses petits sbires” #Guadeloupe
Le LKP est accuse d’avoir bcp modifie l’accord, et pour cause : la prefecture avait fait un carnage ! #Guadeloupe