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mercredi 22 mai 2013

:: La situation intérieure - Allocution de Nathalie Arthaud le dimanche 19 mai 2013 à la fête de Lutte Ouvrière


Travailleuses, travailleurs, camarades et amis, je vous souhaite la bienvenue à la fête de Lutte Ouvrière. La journée est pluvieuse mais j’espère que la fraternité et la bonne humeur la rendent plus chaleureuse.
Le gouvernement Hollande a un an et il a perdu tout crédit dans les classes populaires. Tous ceux qui croyaient qu’avec Hollande, cela ne pouvait pas être pire qu’avec Sarkozy, ne peuvent que se rendre à l’évidence : c’est pire. Ce n’est pas une question de caractère ou de personnalité, et ce n’est même pas une question de politique, car la politique de Hollande et celle de Sarkozy se ressemblent comme deux gouttes d’eau ; c’est que la crise économique s’aggrave, et les attaques du patronat aussi.
La politique menée par le grand patronat est celle que l’on connaît depuis que la crise a éclaté : l’aggravation de l’exploitation, le blocage des salaires, la multiplication des petits boulots, les suppressions d’emplois, les fins d’intérim, le renvoi des CDD. Pour sauver leurs profits, les grands groupes ferment des usines, se délestent de leurs filiales les moins rentables, stoppent leurs contrats avec les sous-traitants, dont on ne compte plus les liquidations judiciaires.
Depuis près de deux ans, il y a chaque jour 1 000 chômeurs supplémentaires qui vont pointer à Pôle emploi. Vous l’avez peut-être entendu, Hollande, pour faire du zèle vis-à-vis du patronat, a décidé d’enseigner l’esprit d’entreprise aux collégiens ; eh bien il ferait mieux de leur apprendre la condition de chômeurs, parce que c’est ça, l’avenir qu’il réserve à la jeunesse !
Bien sûr c’est le grand patronat qui licencie et qui sème la désolation dans le pays, mais le gouvernement en est le complice, le serviteur fidèle. Est-il intervenu auprès de la direction de PSA pour qu’elle révise sa position de fermer l’usine d’Aulnay ? Non ! Et Petroplus, Goodyear, Doux ou Virgin ?
Hollande ne s’était pas engagé à grand-chose vis-à-vis des travailleurs, mais même sur le peu qu’il avait promis, on l’a vu aller de reniement en capitulation.
Enterrée, la promesse faite devant les ouvriers d’Arcelor Mittal qu’il ferait tout pour trouver un repreneur pour les hauts-fourneaux de Florange ! Oubliés, ses grands mots contre la finance ! Trahie, la promesse qu’il n’augmenterait pas la TVA !
Quant à la réforme de Sarkozy sur les retraites qui était, disait-il, injuste, il va l’aggraver en essayant d’y associer les confédérations syndicales.
Oui, il y a de quoi être écoeuré par ce double langage et de quoi être en colère. On a dit pis que pendre de Cahuzac, et il le méritait ! Mais si le mensonge de Cahuzac a suscité l’indignation générale, qui s’indigne de ce que Hollande a menti pour se faire élire, qui s’indigne de ce que, une fois élu, il fait le contraire de ce qu’il avait promis ?
Ce sont là des mensonges plus lourds de conséquences pour nous tous, mais ils sont excusés. Au Parti socialiste, tout le monde les justifie, en expliquant que c’est la crise, que l’arriéré laissé par Sarkozy était pire que ce qu’ils croyaient…Mais Hollande n’a pas découvert à l’Elysée les projets de Mittal, il n’a pas découvert non plus l’état d’endettement du pays !
Il y a un an, au moment de la présidentielle, nous avons dénoncé la mascarade électorale en disant : « Si futur gouvernement socialiste il y a, il fera ce que la finance imposera. Si Hollande est élu, les coups au lieu de venir de la droite, viendront de la gauche (…). Il ne peut pas y avoir un « bon » gouvernement de gauche en cette période de crise ! La bourgeoisie ne laissera de place qu’à un gouvernement de combat contre la classe ouvrière. »
Après un an de gouvernement Hollande-Ayrault, la démonstration est faite.
Lorsque la bourgeoisie a de bonnes affaires en vue, elle peut consentir aux dirigeants politiques de gauche des concessions pour les travailleurs.
Par temps de crise, c’est l’inverse. Ce que le marché n’est plus capable de rapporter au grand patronat, il le prend sur les travailleurs, sur les salaires, sur les conditions de travail. Il ne peut pas y avoir de miracle, moins il y a de production, moins il y a de perspectives de profits, moins de miettes tomberont de la table capitaliste.
Hollande prêche le compromis, la négociation entre les travailleurs et le patronat. Comme s’il était possible de ménager la chèvre et le chou ! La classe capitaliste mène une guerre d’autant plus féroce contre les travailleurs qu’elle est affolée par la crise de sa propre économie.
La seule politique qu’elle accepte de la part de ceux qui gouvernent, c’est celle qui lui permet de préserver ses profits et sa fortune en écrasant les conditions d’existence des travailleurs. Et c’est cette politique-là que Hollande met en œuvre.
La bourgeoisie et le gouvernement Hollande, qui est son bras armé, ne nous laissent pas le choix ! C’est leurs profits ou nos salaires ! Leur compétitivité ou notre santé ! Nos retraites ou leurs fortunes ! C’est leurs sinécures ou notre peau ! C’est la guerre sociale.
Dans cette guerre sociale, les travailleurs ne disposent pas d’autres moyens que leur lutte collective, avec leurs armes : les grèves, les manifestations, pour défendre leurs intérêts de classe.
En France la guerre sociale n’a pas encore la brutalité de celle menée en Grèce, en Espagne, au Portugal ou en Italie. La France part de plus haut, c’est un pays économiquement plus puissant, qui a accumulé au fil du temps plus de richesses notamment en pillant et en colonisant une grande partie de l’Afrique.
La bourgeoisie a donc pu, dans le passé, concéder aux exploités toute une série de droits, mais ils sont en train d’être démolis. Regardons vingt ans en arrière : quand on était embauché, sauf accident ou choix personnel, c’était pour la vie. Aujourd’hui, quel jeune imagine décrocher un CDI ? Le CDI est devenu un privilège extraordinaire, la norme maintenant c’est le travail à la commande, le travail à la tâche comme au 19ème siècle !
Il reste encore des amortisseurs sociaux, comme ils disent, mais jusqu’à quand ? Les aides familiales, les allocations logement, les pensions d’invalidité, sont plus restrictives. Les services publics fonctionnent de moins en moins bien, ils sont de plus en plus payants, de moins en moins publics.
Alors que tout le monde, à droite comme à gauche, s’est toujours gargarisé du modèle français de protection sociale avec la sécurité sociale, voilà que de plus en plus de voix se font entendre pour la remettre complètement en cause.
Quant aux droits à la retraite, ils reculent depuis trente ans, et le vol de nos retraites va continuer avec Hollande. Avec la loi sur la flexibilité, le gouvernement Hollande en a déjà fait plus pour aggraver les conditions de travail qu’en dix ans de droite.
Du nord au sud de l’Europe, ce sont les mêmes reculs, les mêmes sacrifices contre les travailleurs, que le gouvernement soit de droite, de gauche, une coalition gauche-droite ou droite-extrême-droite. A chaque élection, les uns comme les autres cherchent à se différencier, à s’opposer mais quand ils gouvernent, ils mènent la même politique : celle que la bourgeoisie leur dicte.
Les chefs d’Etat ne sont que des pantins dans les mains de la bourgeoisie. Aujourd’hui Hollande est un pantin dans les mains de Mittal, de la famille Peugeot, Bettencourt. Mitterrand, Chirac, Sarkozy, l’ont été dans le passé. Mélenchon, s’il devenait président, le serait aussi, parce que le pouvoir qui s’impose à eux est le pouvoir des grands groupes capitalistes, dont la politique se résume à exploiter toujours plus les travailleurs et à mettre les caisses publiques en coupe réglée.
Par les temps qui courent, le gouvernement ne peut qu’être le bras armé de la bourgeoisie contre les exploités. Comprendre cette vérité-là est le début de la conscience de classe.
La défense des intérêts des travailleurs n’est pas une question de jeu politique, d’élections et de premier ministre, c’est une question de rapport de force entre la bourgeoisie - la grande bourgeoisie - et les travailleurs. Contrairement à la propagande qui consiste à faire croire que la lutte de classe fait partie du passé, elle est là, elle est féroce, et surtout elle est à sens unique. Dans cette lutte, il n’y a que la bourgeoisie qui donne des coups. C’est cela qu’il faut changer.
Pour inverser le rapport de force, les travailleurs ne pourront faire l’économie d’une lutte massive, explosive, qui fasse peur à la bourgeoisie comme elle a eu peur en juin 1936 avec les occupations d’usine, comme elle a eu peur en mai 1968.
Nous sommes des militants et nous savons qu’on ne peut pas déclencher les luttes en appuyant sur un bouton. Personne, aucun parti, aucune confédération syndicale, ne peut décréter la mobilisation générale des travailleurs.
Mais les luttes se préparent, dans les têtes et dans les consciences. Dévoiler la politique de la bourgeoisie, dénoncer le jeu de ses serviteurs politiques, dire la vérité aux travailleurs, les armer politiquement, moralement, c’est ce que les directions syndicales pourraient et devraient le faire.
Au lieu de cela, les dirigeants syndicaux passent leur temps en conciliabules avec le gouvernement et le patronat. Je ne parle pas des militants syndicalistes, qui se démènent comme ils peuvent sur le terrain. 
L’encre des accords sur la flexibilité n’est pas encore sèche que le gouvernement et le patronat ouvrent déjà un nouveau cycle de conférences sociales sur les retraites.
Alors que tout le monde a compris que le patronat n’est pas disposé à faire de cadeaux et qu’il ne veut négocier que des reculs pour les travailleurs, pourquoi cautionner ces négociations bidon ?
Ceux qui entrent dans le jeu du gouvernement et du patronat ne sont que des bureaucrates qui croient pouvoir monnayer leur signature contre quelques avantages mineurs pour les travailleurs ou pour leur boutique syndicale. Mais quand ils finissent par signer des reculs honteux pour les travailleurs en les faisant passer pour des avancées, comme cela a été le cas pour les accords compétitivité, c’est une trahison des intérêts matériels des travailleurs mais c’est aussi une trahison morale.
On ne peut reprocher à personne, et pas même aux directions syndicales, de ne pas réussir à stopper les attaques patronales. Mais appeler un recul une avancée, c’est désorienter les travailleurs, c’est les tromper et les désarmer pour l’avenir.
C’est en étant fermes et déterminées elles-mêmes sur les objectifs, en disant la vérité, que les directions syndicales pourraient redonner confiance aux travailleurs. En ne le faisant pas, elles montrent qu’elles ne sont pas dans leur camp.
Les directions syndicales ne veulent pas impulser les luttes ni les préparer par une politique volontariste. Elles peuvent y être entraînées par la pression des travailleurs eux-mêmes, pour ne pas perdre tout crédit aux yeux des ouvriers. Mais on ne peut pas compter sur les directions syndicales pour préparer les luttes indispensables à venir, pour inspirer confiance.
En tant que communistes révolutionnaires, nous avons la ferme conviction que les travailleurs, les exploités, sont capables de diriger, démocratiquement, la société ! Infiniment mieux en tout cas que le grand capital, la bourgeoisie et leurs serviteurs politiques. Eh bien nous pensons, à plus forte raison, que les travailleurs sont capables de diriger eux-mêmes, démocratiquement, leurs propres luttes !
Alors oui, ce sera aux travailleurs eux-mêmes d’impulser leurs luttes, de les organiser et de les diriger ! Ils en ont la capacité et, lorsqu’ils en ont la volonté, tout devient possible.
**********
Cela fait des années qu’il n’y a pas eu de grandes luttes collectives. Mais il y a toujours ici et là, des luttes, des grèves, des manifestations.
Ces luttes sont d’autant plus difficiles qu’elles sont isolées, menées entreprise par entreprise. Ce sont des luttes où les travailleurs se retrouvent à se battre dos au mur, mais ils se battent quand même ! Ils se battent parce qu’ils veulent dire non ! Parce que s’il y a une chose qu’ils peuvent préserver, c’est leur conscience et leur dignité !
J’en profite ici pour rendre hommage aux ouvriers de l’usine PSA d’Aulnay qui ont fait grève pendant quatre mois. Pendant leurs quatre mois de grève, ils ont eu, face à eux, la famille Peugeot, une des familles bourgeoises les plus riches et les plus rapaces du pays, et ils ont montré qu’ils pouvaient lui tenir tête.
Ils n’ont pas réussi à empêcher la fermeture d’Aulnay mais, déterminés et organisés comme ils l’étaient, ils ont arraché à la direction des garanties qu’ils n’auraient pas eues sans la grève. Et, au-delà de qu’ils ont obtenu, ils ont gagné le respect de bien des travailleurs, et ils ont montré le chemin à suivre.
Alors oui, ils peuvent être fiers car ils ont représenté la combativité de la classe ouvrière, la dignité des travailleurs et la conscience de classe, ce qu’il y a de plus précieux pour les travailleurs !
Le gouvernement agit toujours en tant que commanditaire des intérêts généraux de la bourgeoisie, mais les mesures qu’il prend sont des mesures politiques. Les travailleurs doivent donc s’ériger en force politique pour peser et sur la politique du gouvernement et sur celle du grand patronat.
Bien des travailleurs sont écœurés par les dirigeants politiques, et ils le montrent par l’abstention aux élections, et cela se comprend. Si la gauche et la droite n’ont pas tout à fait le même langage, une fois au gouvernement elles mènent la même politique favorable au grand patronat.
Aujourd’hui, la politique est faite par les bourgeois, pour les bourgeois. Même quand le gouvernement parle de combattre le chômage, ce n’est jamais pour être favorable aux chômeurs, c’est toujours pour aider le patronat ! On nous explique du matin au soir que la politique menée l’est dans l’intérêt de tous, mais ce sont les banquiers et la bourgeoisie petite et grande qui imposent leurs propres intérêts et qui en tirent les bénéfices. Sous couvert d’une politique favorable au peuple, ils font une politique de classe.
La bourgeoisie n’a que faire de l’abstention des classes populaires ; ce qui commencerait à lui poser problème, c’est que s’impose sur la scène politique une force qui incarne les intérêts des travailleurs, et exclusivement leurs intérêts.
Il faut un parti qui oppose à la politique de classe de la bourgeoisie la politique de classe des travailleurs. Ce parti est indispensable pour défendre au quotidien les intérêts des travailleurs. Il est indispensable pour donner à la classe ouvrière l’instrument pour accomplir sa tâche historique, celle de renverser la domination de la bourgeoisie et de la remplacer par un gouvernement des travailleurs pour les travailleurs.
Tant que l’on ne touche pas à la toute puissance économique des grands groupes capitalistes, au système basé sur le profit et exclusivement sur le profit, la société tournera de plus en plus mal.
Gouvernement et patronat nous disent qu’il faut être compétitif, flexible, mais tout cela pourquoi ? Ils restructurent, ils ponctionnent, ils nous demandent d’attendre, d’accepter le chômage mais pourquoi accepter tous ses sacrifices ? A quoi servent les milliards retirés des services publics ? Si encore cela améliorait la situation économique, mais c’est tout le contraire ! C’est toujours et encore la finance qui prospère, les paradis fiscaux et la spéculation.
Tout le monde sait que la finance tue la croissance, que le paiement de la dette tue toute perspective de relance économique. Mais le capitalisme est un tout, on ne peut pas le découper en tranches. Il n’y a pas d’un côté la bonne bourgeoisie industrielle, qui veut la relance de l’économie, et de l’autre la méchante bourgeoisie financière, qui ne s’intéresse qu’à la spéculation.
Ce sont les mêmes bourgeois qui sont tiraillés par ces deux objectifs contradictoires. Bouygues ou Peugeot n’ont rien contre la relance, ils sont pour ! Mais ils ont aussi des intérêts financiers et c’est d’ailleurs leur capital placé dans la finance qui leur rapporte le plus !
Alors oui, c’est contradictoire mais le capitalisme est un système perclus de contradictions. À commencer par celle qui pousse chaque capitaliste individuel à aggraver l’exploitation, à payer le moins possible de salaire, alors que c’est précisément cela qui limite, voire fait reculer la consommation des classes exploitées et donc le marché.
La crise elle-même a révélé toute la folie du capitalisme. Si nous sommes en crise aujourd’hui, c’est que le système est capable de trop produire, c’est parce qu’on est en surcapacité par rapport à la consommation solvable. C’est en quelque sorte l’abondance qui crée la misère : eh bien, il n’y a pas de système plus aberrant.
Il n’y aucune raison de se résigner à une économie aussi stupide et d’accepter la domination de la bourgeoisie qui en est à la tête. Il faut supprimer sa domination sur l’économie, c’est-à-dire la propriété privée des moyens de production.
Oui, nous sommes communistes, « communistes » dans le vrai sens du terme, avec cette conviction que l’on peut débarrasser la société de la dictature de l’argent et des crises. Oui, l’avenir de l’humanité, c’est une société sans le marché, sans la loi aveugle du profit, sans la concurrence et sans exploitation, et nous sommes convaincus que c’est la classe ouvrière qui en sera le moteur !
Même pour mener les combats quotidiens des travailleurs et surtout pour les mener à la victoire il faut avoir confiance dans la classe ouvrière. Pour ne pas faillir face aux chantages patronaux et s’arrêter en chemin, il faut être convaincu que les travailleurs peuvent se passer de la bourgeoisie. Il faut montrer que les patrons qui menacent de mettre la clé sous la porte ne nous font pas peur, parce qu’on se passera d’eux ! Etre convaincu que ce n’est pas la bourgeoisie qui est irremplaçable, mais les travailleurs, qui font tout tourner dans la société.
Ces perspectives peuvent paraître très éloignées de ce que les travailleurs sont capables de faire aujourd’hui, et pourtant il est d’une nécessité brûlante de les défendre dès maintenant auprès des nôtres. Parce que c’est maintenant que la crise fait ses ravages, que l’état d’esprit de millions de femmes et d’hommes change, et que les certitudes tombent.
Il suffit de regarder ce qui se passe en Italie, en Grèce ou en Espagne, pour voir comment le discrédit des partis au pouvoir modifie les rapports de force électoraux ou pousse à la mobilisation.
En France, l’alternance classique a fonctionné : le Parti socialiste a pris la place de l’UMP, mais qui aurait pronostiqué qu’après seulement huit mois de gouvernement socialiste il y aurait des manifestations de droite réunissant des dizaines de milliers de personnes remontées comme des pendules contre Hollande ?
Oui, ici aussi, la situation change. Et pour l’instant, elle change en faveur de la droite. Les manifestations contre le mariage homosexuel lui ont permis de se renforcer. Les manifestants se sont certes cantonnés à dénoncer le mariage homosexuel et la filiation au nom de leurs valeurs conservatrices, mais ils constituent un terrain de recrutement, un terrain d’entraînement pour des courants d’extrême droite profondément anti-ouvriers, anti-grèves, anti-syndicats. Ils sont politiquement et socialement des ennemis des travailleurs, et c’est ceux-là qui sont aujourd’hui renforcés par l’arrivée de la gauche au pouvoir.
Parmi eux, il y a le Front national, dont on voit que l’influence grandit, y compris dans l’électorat populaire.
Comme tout démagogue, le Pen sert aux uns et aux autres le discours qu’ils veulent entendre. Il y en a pour les catholiques, pour les racistes, et il y en a aussi de plus en plus pour les chômeurs, pour les ouvriers et pour les retraités.
Mais derrière ces œillades aux classes populaires, Le Pen prépare un régime autoritaire anti-ouvrier.
Dans bien des pays d’Europe, sans être au gouvernement ses amis d’extrême droite pèsent déjà sur la politique des gouvernements pour une politique plus autoritaire, toujours plus dure contre les chômeurs et les pauvres.
Un des principaux arguments du Front national est qu’il n’a jamais été au pouvoir, qu’il ne s’est jamais compromis, contrairement aux grands partis de la droite qui alternent au gouvernement.
Certes, Marine Le Pen n’a jamais été au pouvoir, son père non plus, mais des gens de leur acabit, l’Europe en a connus, du Portugal de Salazar à la Grèce des colonels, en passant par l’Espagne de Franco. Voilà les modèles pour l’extrême droite, voilà le régime qu’elle voudrait imposer.
Certaines des bandes d’extrême droite qui s’agitent dans l’ombre du Front national prennent même leurs références chez Mussolini et Hitler.
Les régimes fascistes de Mussolini ou de Hitler, avant d’être des dictatures brutales qui détruisaient les organisations ouvrières et assassinaient les militants ouvriers, se disaient « national socialistes », ils dénonçaient « le capitalisme financier », ils prétendaient combattre le chômage et donner un travail à tout le monde. Sauf que leur monde à eux excluait les juifs, les tsiganes, les homosexuels, les noirs, et bien entendu, les communistes !
Même s’il reste pour le moment sur le terrain électoral, la perspective politique du Front national est un régime de ce genre.
Il n’y a pas encore en France de milices armées qui font leur loi sur la population, mais il y en a en Hongrie et en Grèce. Même en France, on peut déjà voir agir le matériau humain qui pourra les constituer. On les a vus, en marge des manifestations contre le mariage pour tous, s’en prendre aux homosexuels. Demain, ils pourraient s’en prendre aux Roms et aux travailleurs immigrés, comme en Grèce.
Quand le Pen s’attaque verbalement aux travailleurs immigrés, ce ne sont pour l’instant que des mots, mais demain son parti, ou d’autres de la même espèce, passeront aux actes. Ils commenceront peut-être par s’en prendre aux travailleurs sans papiers, mais ceux avec papiers suivront, et ensuite ce sera le tour de ceux, français, qui auront le défaut d’être syndiqués ou de gauche.
La perspective politique de l’extrême droite est de s’attaquer au mouvement ouvrier, de limiter ou d’interdire les grèves, d’éliminer toute conscience de classe et, à plus forte raison, toutes les idées communistes. Le Pen fait des appels du pied à l’électorat populaire et même aux chômeurs, aux salariés, mais elle creuse la tombe des classes exploitées.
Oui, une course de vitesse est engagée de fait entre les travailleurs conscients et l’extrême droite anti-ouvrière. Et il se peut que les travailleurs soient amenés à se battre sur le terrain politique en même temps qu’ils se battent pour défendre leurs conditions d’existence, leur emploi, leur salaire.
C’est en menant leurs luttes sur le terrain de classe que les travailleurs prendront conscience à quel point leurs intérêts matériels et leurs intérêts politiques sont intimement liés, et qu’ils apprendront à faire le tri entre leurs ennemis, leurs faux amis et leurs amis.
Les travailleurs deviendront une force politique capable de peser quand ils opposeront à « l’union nationale » et au poison de la « préférence nationale », la préférence de classe. Quand ils diront : les exploités d’abord ! Quand ils se battront pour les travailleurs d’abord ! Quand ils se battront pour leur emploi, pour leur salaire, et surtout pour le contrôle des exploités sur les entreprises, sur les banques, afin que les décisions économiques cessent d’être le monopole d’une minorité de riches parasites !
Le discrédit de Hollande renforce la droite et l’extrême droite, mais elle provoque aussi du mécontentement parmi les électeurs habituels du Parti socialiste. Ils ont tendance à se regrouper autour de Mélenchon et du Front de gauche.
Au Front de gauche, la direction du PC et Mélenchon n’ont pas la même stratégie électorale en particulier dans les municipales, mais ils ont fondamentalement la même politique et la même préoccupation d’attirer les « déçus du socialisme » et de représenter l’alternative à gauche.
Après avoir aidé dans le passé Mitterrand à se donner une image d’homme de gauche, la direction du PC amène la force militante et le crédit qui lui reste de son passé de parti ouvrier à Mélenchon. Il aide ainsi l’ancien sénateur et ministre socialiste à se donner une allure de révolutionnaire du verbe et d’ami des travailleurs.
La sauce de Mélenchon est un drôle de mélange qui concilie la prise de la Bastille avec une candidature au poste de Premier ministre.
Après Hollande, c’est lui qui nous explique maintenant qu’il est possible d’avoir un « bon » gouvernement de gauche, qu’il est possible d’en faire ravaler aux plus riches et de concilier les intérêts des travailleurs et de la bourgeoisie.
Le croire serait aller d’illusions en illusions ! Quand bien même Mélenchon serait Premier ministre, il serait non seulement sous l’autorité de Hollande, mais surtout à la tête d’un appareil d’Etat entièrement construit pour servir les intérêts de la bourgeoisie.
Un appareil d’Etat composé de centaines, de milliers de hauts fonctionnaires, des préfets aux directeurs de cabinet des ministères, qui incarnent la continuité de l’Etat pendant que les ministres passent. Un appareil d’Etat avec la hiérarchie militaire, la hiérarchie policière, dressées pour défendre l’ordre bourgeois sur l’économie.
Un gouvernement Mélenchon devra, comme n’importe quel autre gouvernement sous la domination sociale de la bourgeoisie, obéir à la classe riche. Dans cette période de crise, cela le mettra dans l’obligation de faire une politique anti-ouvrière.
Les mots d’ordre que Mélenchon met en avant sont toujours d’apparence radicale, mais ils sont politiquement creux et ils sont étrangers aux intérêts des travailleurs.
Mélenchon a compris que l’alternance ne faisait plus rêver personne, il propose donc de changer de Constitution. La solution miracle serait de bâtir une nouvelle République la 6e République, qui deviendrait démocratique et sociale par la grâce de nouveaux textes constitutionnels. Comme si l’exploitation était inscrite dans la Constitution !
Ce n’est pas une Constitution qui permet aux capitalistes de s’enrichir sur notre dos, c’est le droit de propriété capitaliste, c’est le monopole que la bourgeoisie a sur l’argent, sur les entreprises et sur toute l’économie. C’est ce monopole là qu’il faut supprimer, mais renverser la domination de la bourgeoisie, ce n’est pas le programme de Mélenchon.
À tous ceux qui sont convaincus par nos idées mais qui regrettent que nous ayons moins d’influence que Mélenchon, nous disons : « rejoignez-nous ! » Car s’il y a bien des choses que nous ne pouvons pas faire, il y en a toujours une que pouvons faire : dire ce que nous pensons, affirmer notre politique communiste révolutionnaire, faire vivre nos idées et préparer l’avenir .
Les révolutionnaires n’ont pas à se mettre à la remorque de politiques étrangères aux intérêts des travailleurs, il faut qu’ils s’attèlent à la tâche de construire un parti. Ils doivent être présents et se battre pour donner aux luttes politiques, qui ne manqueront pas dans les années à venir, la seule orientation positive, la lutte de classe.
L’existence d’un parti, riche des expériences de l’ensemble du mouvement ouvrier et présent à l’échelle du pays manque aujourd’hui cruellement. Il faut œuvrer pour qu’il renaisse au plus vite.
Nous ne partons pas de rien. Nous avons derrière nous toute l’histoire du mouvement ouvrier, ses trahisons, ses échecs mais aussi son expérience et ses victoires.
Le mouvement ouvrier d’hier comme celui d’aujourd’hui est porteur de valeurs morales aux antipodes des valeurs de la société bourgeoise. Contre l’individualisme et le chacun pour soi de la société capitaliste, il est porteur de la solidarité et de la fraternité ! Contre l’adoration de l’argent, il porte les intérêts collectifs ! Contre le nationalisme, l’internationalisme !
Nous ne doutons pas que demain ces valeurs attireront tous ceux révoltés par l’exploitation et son cortège d’injustices. Les idées communistes, la perspective de la révolution sociale, nos idées, attireront les plus révoltés, les plus combatifs, les plus dévoués à la cause ouvrière.
Il faut s’adresser à tous ceux-là et leur donner envie de se joindre à nous.
Alors, camarades, je vous souhaite une bonne fête et bon courage pour poursuivre le combat !

mardi 23 novembre 2010

:: La véritable alternative politique à Sarkozy n’est pas l’élection d’un président socialiste

Extrait du bilan du mouvement du 7 septembre (LDC n°131).

[...]

L’offensive contre la classe ouvrière ne s’arrêtera pas et ne pourra que s’accentuer. La crise est loin d’être terminée. Personne ne peut même affirmer que sa phase la plus dure est derrière nous. Le patronat continuera à profiter du chômage pour aggraver les conditions de travail, pour bloquer, voire réduire les salaires et, de façon générale, pour aggraver l’exploitation.
 
Quelle que soit la répartition de la plus-value extraite de la classe ouvrière, entre les activités productives et les activités financières, la plus-value partagée vient de toute façon de l’exploitation elle-même. Pour maintenir et à plus forte raison pour augmenter la plus-value globale, le capitalisme n’a rien inventé d’autre depuis ses origines que l’accroissement de l’exploitation. À cela s’ajoutera inévitablement dans la période à venir la pression croissante des gouvernements, c’est-à-dire des États eux-mêmes, quelle que soit l’étiquette de ceux qui gouvernent, pour rembourser au système financier les sommes faramineuses qu’ils ont empruntées pour le sauver.
 
"Il faut résorber la dette publique" est déjà et sera de plus en plus le cri de guerre des gouvernements pour justifier toutes les politiques d’austérité. Et, dans tous les pays, la dette publique est d’un montant tel que, même en cas d’amélioration de la situation économique, elle n’est pas près d’être résorbée.
 
Il est évident que le changement éventuel de président de la République ou de majorité gouvernementale ne changerait rien au problème. Les gouvernements socialistes des autres pays d’Europe ne se comportent pas différemment des autres. La raison en est simple. La crise exacerbe la violence de la bourgeoisie contre la classe ouvrière. Pour protéger un tant soit peu les tra­vailleurs contre cette offensive, il faudrait prendre des mesures radicales contre le grand patronat, ce que les gouvernements socialistes ne feront pas.
La simple possibilité d’un retour au pouvoir rend le Parti socialiste extrêmement prudent. Il prend soin de ne pas faire de promesses qui, si elles étaient prises au mot par les travailleurs, pourraient gêner le patronat. Sur la question des retraites, il est significatif que le Parti socialiste n’en fait qu’une : celle de ramener à 60 ans l’âge légal pour pouvoir partir en retraite. Même cette promesse, l’avenir nous dira s’il la tiendra ou pas. Mais il se garde bien de promettre le droit de partir à la retraite à 60 ans avec une pension complète.
 
Significatif est également le débat qui se déroule en ce moment dans le Parti socialiste. Les propositions de Benoît Hamon, porte-parole de ce parti et chef de file de son aile gauche, ont déclenché, paraît-il, des tirs de barrage de la part de Hollande, Sapin et quelques autres sur le "coût des mesures proposées". Pourtant ce que le rapport de Hamon a de plus radical se limite à son intitulé : "Sur l’égalité réelle des chances" ! Et Hollande d’insister : "Avant d’établir ce rapport, il aurait fallu évaluer les marges de manœuvre dont on peut disposer." Il n’est pas difficile de deviner que lesdites marges de manœuvre, en particulier dans le domaine social, c’est le grand patronat qui les définit.
 
Le souvenir que le gouvernement Jospin a laissé est encore assez présent dans une partie importante de la classe ouvrière pour que les travailleurs ne s’attendent pas à être protégés par un gouvernement socialiste. Les votes en faveur du Parti socialiste seront surtout des votes contre Sarkozy. Cela fait longtemps d’ailleurs que toute la stratégie électorale du Parti socialiste se limite à l’argument, formulé ou subliminal, que "notre candidat quel qu’il soit est le seul à être en situation de battre Sarkozy". Avec, on le voit dans les sondages, une prime sur ce terrain à Strauss-Kahn qui a le plus de chances de l’emporter mais dont bien malin est celui qui pourrait dire en quoi consiste son côté "homme de gauche".
 
Mais non seulement le Parti socialiste au gouvernement ne sera pas meilleur que la droite, mais il ne se gênera pas pour utiliser, en plus du crédit dont il peut disposer en propre auprès des travailleurs, le crédit des directions syndicales pour faire accepter aux travailleurs des mesures d’austérité supplémentaires. Aussi, si les directions syndicales ont quelques raisons d’espérer trouver, avec un gouvernement de gauche, une meilleure place pour elles-mêmes, l’entente entre elles et le gouvernement de gauche ne se fera pas à l’avantage de la classe ouvrière, mais à son détriment.
 
[...]
 
La classe ouvrière ne peut défendre ses intérêts qu’en intervenant elle-même dans la politique, directement, de tout son poids, dans l’économie, par ses propres armes, par les grèves, par les occupations d’usines, par les manifestations.
 
La véritable alternative politique à Sarkozy n’est pas l’élection d’un président socialiste. Il mènera sensiblement la même politique que Sarkozy, même si les mots pour la justifier sont différents. La bourgeoisie qui détient tous les leviers de l’économie ne lui laisserait pas d’autre choix dans le cadre du sage jeu des institutions. La véritable alternative, c’est l’intervention collective et par en bas de la classe ouvrière elle-même pour faire retirer toute mesure défavorable à ses intérêts, quelle que soit l’étiquette du gouvernement qui la propose. La composition du gouvernement peut changer, comme peut changer son étiquette politique, sans qu’il cesse d’être "le conseil exécutif de la bourgeoisie".
 
C’est en apprenant à manier ses armes de classe, en apprenant à s’en servir sur le terrain politique, que la classe ouvrière pourra faire plus que se défendre : imposer une autre politique de classe, la sienne, au lieu des variantes à peine différentes de la politique de la bourgeoisie. Une politique qui, en cessant de respecter la propriété privée des moyens de production, les lois du marché et la dictature du profit individuel, ouvrira une autre perspective devant la société que le marasme dans lequel la maintient la bourgeoisie.

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lundi 22 novembre 2010

:: LE VRAI VISAGE DU "COMITE FRANCAIS DE LIBERATION NATIONALE"

Après de longs et pénibles marchandages, qui ont duré plus de six mois, les émigrés gaullistes à Londres et les généraux de la défaite et du système vichyssois en Afrique du Nord sont arrivés à un compromis.

Giraud et son équipe parmi laquelle on comptait jusqu'hier encore en service actif les Peyrouton, les Noguès, les Boisson, les Pucheu, etc... représentent sur le terrain politique la tendance la plus réactionnaire de la bourgeoisie française de la Métropole et des colonies. La fraction Giraudiste par son passé et sa mentalité est entièrement dans la ligne de la politique de la "révolution nationale" vichyssoise, avec laquelle par ailleurs elle n'a rompu qu'au moment où l'évolution de la guerre mettait toutes les chances du côté de l'impérialisme anglo-saxon.

La fraction gaulliste représente l'autre côté de la médaille, la tendance "démocratique" de la bourgeoisie française, qui tente de gagner la guerre et la paix capitalistes en faisant "miroiter" aux masses laborieuses de France la résurrection de feu la IIIème République sur une base constitutionnelle et parlementaire. Elle est la fraction politique du capitalisme français la plus habile, la plus démagogique et par conséquent la plus dangereuse. Ayant exploité à fond les sentiments d'indignation, de colère et le désir ardent de liberté suscités par l'occupation brutale du pays qui souffre et qui saigne sous la botte de l'impérialisme allemand, le "Gaullisme" veut regrouper les classes laborieuses françaises, en déguisant sa physionomie capitaliste sous le masque trompeur du "libérateur national". Il est devenu ainsi, grâce surtout à la complicité criminelle des dirigeants staliniens, le principal courant politique en France qui cherche à substituer à la lutte de classes l'"union sacrée" contre l'ennemi extérieur : les "Boches".

De Gaulle, dans ses pourparlers avec Giraud, se montra plusieurs fois intransigeant, sachant bien les sentiments qui animent les classes laborieuses de France envers les généraux et les politiciens qui jusqu'à hier défendaient en Afrique du Nord la politique réactionnaire de Vichy.

La composition définitive du "Comité français de libération nationale" et les remplacements qui ont précédé et suivi sa constitution (renvoi de Peyrouton, Noguès, etc...) marquent dans les cadres du compromis une première victoire gaulliste. Pour qu'elle soit cependant complète, elle doit être couronnée par la main-mise gaulliste sur l'armée en Afrique du Nord qui constitue pour le moment la force essentielle de la fraction Giraudiste, et qui tranchera aussi en définitif la question de l'influence politique prépondérante. En tout cas, les nécessités imposées par la guerre, empêcheront très probablement une aggravation de la crise et maintiendront l'équilibre établi sur la base du compromis entre les deux généraux. Par ailleurs, la pression de l'impérialisme anglo-saxon s'exerce dans la même direction actuellement.

Les patriotes généraux et politiciens de Londres et de l'Afrique du Nord multiplient leurs appels, leurs promesses et leurs encouragements.

Patientons, "ils" viendront bientôt. Mais c'est la partie du capitalisme français liée économiquement avec l'impérialisme anglo-saxon qui se prépare à venir, et c'est pour restaurer l'ordre bourgeois d'avant-guerre sur une base matérielle et politique infiniment plus restreinte pour les prolétaires de France. Derrière le drapeau national du "Comité" français , derrière son armée et les armées "alliées" de l'impérialisme anglo-saxon, viendra la capitalisme et seulement le capitalisme, frère siamois du régime social de Vichy. Les prolétaires de France, comme par ailleurs les prolétaires de tout le continent, ne changeront que de maîtres par l'arrivée des "alliés".

Les prolétaires et les couches pauvres de paysans et de petits-bourgeois des villes aspirent à un changement radical de la situation, qui devient de plus en plus intenable sous le régime capitaliste. Mais rêver le retour de la "belle vie" de jadis avec les Daladier, les Blum, les Herriot, et les autres marionnettes "démocratiques" du capitalisme français  qui se sont vantés à Riom d'avoir brisé le mouvement prolétarien de 34 à 1939 et qui ont préparé la guerre, c'est oublier que la situation d'aujourd'hui est le résultat de toute la politique du capitalisme français sous la IIIème République. Le retour aux même conditions, que nous promet maintenant le "Comité français de libération nationale", signifiera le retour aux mêmes causes organiques qui, à travers une attaque frontale du capitalisme contre les positions économiques et politiques du prolétariat français ont provoqué la présente guerre.

La volonté des masses est autre, DOIT être autre : faire la Révolution socialiste, qui est la seule solution radicale, la seule issue, la seule chance de salut pour le prolétariat et les autres couches exploitées du pays. Face aux préparatifs fébriles des généraux et politiciens au service de l'impérialisme, qui oppriment l'Afrique du Nord et s'en font un tremplin pour rétablir la position privilégiée du capitalisme français face au drapeau tricolore des exploiteurs, le prolétariat activera sa lutte de classe et S'APPRETERA A HISSER SON DRAPEAU ROUGE DE LA REVOLUTION SOCIALISTE. En tendant la main aux ouvriers d'Allemagne, d'Italie et des Balkans, les ouvriers français libéreront d'un seul coup le pays de ses ennemis capitalistes intérieurs et extérieurs, en édifiant en commun l'ordre socialiste basé sur l'union fraternelle des peuples du continent, LES ETATS-UNIS SOCIALISTES D'EUROPE.

Barta, 13 juin 1943