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lundi 19 décembre 2011

:: Il est vital pour l'avenir de l'humanité que le prolétariat propose une autre perspective à la société


Une mince couche de financiers jongle avec les milliards, encaisse des profits fabuleux sur des coups spéculatifs qui ruinent l'économie. Pendant ce temps, même dans les pays les plus riches, des dizaines de millions d'ouvriers sont transformés en chômeurs, puis en pauvres, puis réduits à la charité étati­que, municipale ou privée, quand ce n'est pas à rien du tout.
Et [...], même dans les grandes villes des pays les plus riches de la planète, à Paris, à New York ou à Marseille, on meurt encore de froid quand l'hiver s'installe, simplement parce que des centaines de milliers de femmes et d'hommes sont privés de ce droit élémentaire qu'est celui d'avoir un logement correct ! Et l'on voit réapparaître des maladies de la pauvreté comme la tuberculose que l'on croyait quasi définitivement dispa­rues des pays dits civilisés.
Le chômage - et l'incapacité totale de le surmonter - est une des expres­sions les plus visibles de la décadence du capitalisme. En France, pas une seule année depuis vingt ans sans que le chômage ne se soit aggravé.
Des femmes et des hommes, qui sont tout à fait capables de travailler pour la collectivité, sont rejetés de celle-ci parce que les entreprises capitalistes ne jugent pas utile ou rentable de leur donner du travail. Au nom de la sacro-sainte propriété privée, un Calvet par exemple, exécutant les basses œuvres de la famille Peugeot, peut décider un plan de licenciements qui ruine des milliers de familles ouvrières. N'importe quelle entreprise peut être fermée, même si sa production est utile à la société, même si sa fermeture aggrave encore la crise, du moment que son propriétaire juge rentable pour ses profits personnels de placer ses capitaux ailleurs.
Derrière les froids mécanismes économiques, combien de détresses, de dignités foulées aux pieds, combien d'existences humaines détruites ?
Et l'on ose nous dire que le marché capitaliste, sa loi de l'offre et de la demande, seraient la meilleure façon de réguler l'économie ?
Mais quand il s'agit de ses profits, le patronat ne s'en remet pas au marché et à ses lois ! Il exige de l'Etat d'être soutenu. Dans tous les pays, l'Etat consacre une part considérable de ses ressources à permettre aux grandes dynasties bourgeoises de dégager, même par ces temps de crise, des profits aussi élevés qu'auparavant.
Voilà pourquoi tous les Etats sont endettés jusqu'au cou ! Voilà pourquoi il ne reste pas à l'Etat de quoi embaucher des infirmières, des cheminots, des postiers, des instituteurs. Voilà pourquoi il n'y a pas assez d'argent pour les hôpitaux, les routes, les écoles, les transports publics. Voilà pourquoi les services publics se dégradent même dans les pays les plus riches. Voilà pour­quoi on fait des économies sur les dépenses de santé, sur les prestations sociales, c'est-à-dire, sur le dos des pauvres.
Et quant aux pays sous-développés, saignés aujourd'hui comme jamais par les intérêts qu'ils doivent payer aux usuriers de la finance internationale, la majorité d'entre eux, tous ceux du continent africain et tous ceux d'Améri­que latine, plongent dans la misère et la famine.
Le règne de la bourgeoisie conduit le monde vers la barbarie. Aujourd'hui des conflits ethniques ou nationalistes saignent à blanc l'Afrique et, en Eu­rope, la Yougoslavie, le Caucase. Des bandes armées faméliques se consti­tuent pour vivre sur le dos de populations encore plus faméliques. Mais la barbarie monte aussi dans le monde occidental. Matérielle, dans les grandes villes, avec la drogue et la criminalité. Politique et humaine avec la démago­gie raciste et le renouveau des idées réactionnaires.
Et le capitalisme peut faire pire. Car face aux mensonges de ceux qui assimilent capitalisme ou économie de marché avec liberté et démocratie, rappelons que le capitalisme a engendré, outre les deux guerres mondiales, rien qu'en notre siècle, le fascisme, le nazisme, les camps d'extermination et les innombrables dictatures qui, aujourd'hui même, oppriment la majorité des pays du monde, même représentés à l'ONU !
Alors, oui, il est nécessaire que le prolétariat soit, de nouveau, en position de disputer à l'échelle internationale le pouvoir à la bourgeoisie et cette fois, de le lui prendre ! Il est vital pour l'avenir de l'humanité qu'il propose une autre perspective à la société !

[extrait de : "L'avenir de l'humanité, c'est le communisme". Meeting d'Arlette Laguiller novembre-décembre 1993]


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mardi 23 août 2011

:: Congrès de Tours. Ou comment, à peine né, le Parti communiste allait devenir un parfait parti stalinien

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Lorsque le Congrès de la social-démocratie française se tint à Tours du 25 au 30 décembre 1920, c’était dans un climat d’enthousiasme pour la Révolution d’Octobre et pour les militants bolcheviks qui l’avaient dirigée. La majorité des fédérations ouvrières, en particulier celles du Nord, se prononçait résolument pour l’adhésion à la IIIe Internationale, l’Internationale Communiste, dont les bases venaient d’être jetés à Moscou, et, à la fin du Congrès, le Parti communiste avait gagné 89 fédérations sur les 96 que comptait le Parti Socialiste. 

L’aile droite, représentée par Renaudel et Blum, les centristes autour de Longuet et de Pressemane, consommèrent la scission en rejetant l’adhésion à l’IC. Les 21 conditions imposées pour cette adhésion en août 1920 les éliminaient d’ailleurs pratiquement. Cette rupture, voulue et expliquée par Lénine, devait permettre au jeune Parti de rendre son action plus efficace grâce à la netteté de son programme, « opération salutaire, disait à l’époque Souvarine, propre à rendre force et vie au corps gangrené du Parti ». 

Le parti qui se fondait, Section Française de l’Internationale Communiste, rompait ainsi radicalement avec le courant réformiste et chauvin. Il adoptait le programme révolutionnaire du Komintern, et les principes bolcheviks en matière d’organisation. 

Le Congrès fut tumultueux et passionné, la majorité vibrante d’enthousiasme. On parlait des « russes » avec respect. Lorsque arrivèrent le télégramme de l’exécutif de l’Internationale, puis Clara Zetkin en personne, l’enthousiasme ne connut plus de bornes. L’aube de la révolution prolétarienne en France paraissait proche, et beaucoup en attendant voulaient aider les Russes dans leur lutte contre la coalition des impérialistes. Les orateurs de la majorité s’élevaient violemment contre la conception réformiste du passage « pacifique » au socialisme, soulignant l’aspect violent de la prise du pouvoir en Russie et, lorsque Blum utilisa les vieux arguments des opportunistes à propos de la défense nationale, on l’interrompit en criant « A bas la guerre » et en entonnant l’internationale. 

C’est le « Comité pour l’adhésion à la IIIe internationale », fondé en mai 1919 et son Bulletin communiste datant de mars 1920, qui fournit les meilleurs militants : des syndicalistes révolutionnaires comme Monatte et Rosmer, anciens zimmerwaldiens, des hommes comme Amédée Dunois, Souvarine, qui devint par la suite un des dirigeants du parti, pour être finalement exclu en 1924-25. 

Dans ces conditions la comparaison entre les Thorez, Duclos, Garaudy, et les Rosmer, les Souvarine de 1920 ne peut que laisser perplexe si l’on ne tient pas compte des caractéristiques spécifiques de la tradition sociale-démocrate en France et de la manière dont ils avaient imprégné tout le mouvement ouvrier jusque dans ses racines. Le parti français, composé pour sa plus grande partie de militants de cette social-démocratie, s’il avait verbalement rompu avec le réformisme et le chauvinisme, n’en resta pas moins profondément marqué par cette tradition qui constituait l’héritage d’idéologie démocratique et de moeurs parlementaires. Déjà Lénine avertissait les militants français : « la transformation d’un parti du type parlementaire, disait-il , réformiste dans ses actes, et légèrement coloré d’une teinte révolutionnaire, en parti réellement communiste, est une chose extrêmement difficile. L’exemple de la France montre cette difficulté de la façon, peut-être, la plus évidente » . 

L’histoire du Parti français dans les années qui ont suivi le Congrès de Tours est celle des rechutes et des flottement dans l’opportunisme et le pacifisme. 

Par une réaction, saine mais excessive, contre cet état de choses, les meilleurs éléments du parti, en particulier d’ailleurs les jeunesses, adoptaient souvent une attitude gauchiste qui s’est caractérisée essentiellement par un mépris pour les « dissidents » tel que la plupart étaient farouchement hostiles à l’idée du Front unique avec la social-démocratie et avec la CGT réformiste, Front unique préconisée par le Komintern. On craignait de revenir à la situation d’avant Tours et on méprisait la lutte pour les revendications immédiates. 

Dès le congrès de Marseille, en décembre 1921, la crise s’amorça au sein du parti. Dans un discours prononcé le 2 mars 1922, à la séance du Comité exécutif élargi de l’IC, Trotsky caractérisait ainsi la situation du parti français : « la scission de Tours fixa la ligne de partage fondamentale entre le réformisme et le communisme. Mais c’est un fait absolument indiscutable que le Parti communiste qui a surgi de cette scission a conservé, dans certaines de ses parties, la survivance du Parti réformiste et parlementaire, dont il peut se débarrasser et dont il se débarrassera par des efforts intérieurs en prenant part à la lutte de masse » . 

« Ces survivances du passé, dans certains groupes du parti, se manifestent : 
1 - Par une tendance à rétablir l’unité avec les réformistes. 
2 - Par la tendance à former un bloc avec l’aile radicale de la bourgeoisie. 
3 - Par la substitution du pacifisme humanitaire petits bourgeois à l’antimilitarisme révolutionnaire. 
4 - Par la fausse interprétation des rapports entre le parti et les syndicats. 
5 - Par la lutte contre une direction du parti est vraiment centralisée. 
6 - Par les efforts pour substituer une fédération platonique de partis nationaux à la discipline internationale d’action ». 

[...] de la Seine restait organisée sur une base fédérative et, pourtant, par la voix de Rappoport, le parti tendait à minimiser les divergences. Pendant ce temps une nouvelle tendance s’était fait jour, celle de l’opportunisme paysan représenté par Renaud Jean et Auclair dont les positions étaient proches de celle des socialistes révolutionnaires russes, tendance qui s’ajoutait à la tendance de droite d’Henri Fabre dont le Journal du Peuple était soutenu par Renoult et Frossard, les dirigeants du parti, et à celle d’extrême gauche de Victor Méric. 

Ainsi, dès son origine même, le PC s’est caractérisé par son manque d’homogénéité politique : droite réformiste et pacifiste, des tendances d’un gauchisme outrancier, un centre sans pensée politique nette, enfin une gauche révolutionnaire à peu près conséquente représentée par Souvarine, Rosmer, mais qui n’était qu’une minorité. 

À cette situation s’ajoutait une inculture marxiste généralisée, touchant même les cadres dirigeants. Cela en liaison étroite avec leur origine politique social-démocrate, en rien comparable à la formation sévère reçue par les bolcheviks. A la vérité, le parti manquait de cadres réellement éprouvés. Au début de 1921 Amédée Dunois demandait au Parti de lancer une campagne en vue d’un effort général pour la culture et le niveau intellectuel dans le parti. 

Il préconisait l’organisation de cercle d’études marxistes dans les sections. Il restait donc à faire un important travail d’éducation, de purification, de sélection : « pas d’opportunisme de droite, ni d’inopportunisme de gauche », selon le mot de Radek. 

Le Congrès de tours, s’il fut une grande date dans l’histoire du mouvement ouvrier français, ne s’annonçait pas cependant comme l’aube sans nuage de journées radieuses, mais au contraire comme chargé de difficultés, trop lourd de son passé. la volonté de devenir des révolutionnaires ne manquait pas, l’enthousiasme non plus, mais l’expérience était nulle et les bases de départ on ne peut plus faible. aussi le parti communiste, étroitement lié à l’internationale, vit son destin dépendre essentiellement de celui de l’ic et, par conséquent, de la révolution en urss. dès sa fondation, en 1920-22, la question de son évolution ultérieure se jouait en urss. sa base française étant ce qu’elle était, il n’était même pas question qu’il résistât à la dégénérescence bureaucratique aussi longtemps que le parti russe, le parti bolchevique. 

En URSS en effet, les vieux bolcheviks dirigeants du parti, en opposition avec le cours droitier suivi par la fraction stalinienne, s’il furent calomniés et si leur voix fut étouffée, ne furent pas exclus avant 1927. Connus des masses pour leur rôle pendant la Révolution, il eut été difficile à Staline de les exclure sans un long travail de préparation des esprits. Mais en France la situation n’avait rien de comparable et les meilleurs militants, ceux qui, malgré leurs attitudes souvent gauchistes, étaient restés foncièrement attachés à la cause du prolétariat, étaient restés d’une loyauté et d’une honnêteté scrupuleuse dans leurs rapports avec le parti et avec les masses qu’il influençait, tout ceux-là - les Monatte, les Rosmer, les Dunois - furent éliminés, exclus ou contraints de démissionner dès 1924-1925. Les manoeuvres d’appareil prévalurent, en matière d’organisation, et ce furent les hommes de ces manoeuvres, habiles aux contorsions et souples aux redressements, qui prirent en main le Parti. Dès le Congrès de Paris, d’octobre 1922, les hommes d’appareil firent élire un nouveau comité directeur, remplacèrent à la direction du Bulletin communiste Souvarine par le journaliste radicalisant Paul-Louis et, usant de la méthode des calomnies et des insinuations personnelles, créèrent dans le parti une atmosphère empoisonnée qui n’allait pas tarder à le pourrir complètement. 

À peine né le Parti communiste allait devenir un parfait parti stalinien, et les révolutionnaires français durent encore une fois s’éparpiller en de petits groupes fermés, ou se résoudre à rejoindre les rangs de la social-démocratie en espérant y former une minorité révolutionnaire. Pratiquement en France, depuis Tours, un parti révolutionnaire reste à créer. Ce devait être l’oeuvre de la génération précédente, ce sera la nôtre. 

lundi 18 juillet 2011

:: Le fondement réel de l’histoire

« Qu'est-ce que la société, quelle que soit sa forme ? Le produit de l'action réciproque des hommes. Les hommes sont-ils libres de choisir telle ou telle forme sociale ? Pas du tout. Posez un certain état de développement des facultés productives des hommes et vous aurez une telle forme de commerce et de consommation. Posez de certains degrés de développement de la production, du commerce, de la consommation, et vous aurez telle forme de constitution sociale, telle organisation de famille, des ordres ou des classes, en un mot telle société civile. Posez telle société civile, et vous aurez tel État politique, qui n'est que l'expression officielle de la société civile. (...) : Il n'est pas nécessaire d'ajouter que les hommes ne sont pas libres arbitres de leurs forces productives - qui sont la base de toute leur histoire - car toute force productive est une force acquise, le produit d'une activité antérieure. Ainsi les forces productives sont le résultat de l'énergie pratique des hommes, mais cette énergie elle-même est circonscrite par les conditions dans lesquelles les hommes se trouvent placés, par les forces productives déjà acquises, par la forme sociale qui existe avant eux, qu'ils ne créent pas, qui est la production de la génération antérieure. (...) Les hommes ne renoncent jamais à ce qu'ils ont gagné, mais cela ne vient pas à dire qu'ils ne renoncent jamais à la forme sociale, dans laquelle ils ont acquis certaines forces productives. Tout au contraire. Pour ne pas être privé du résultat obtenu, pour ne pas perdre les fruits de la civilisation, les hommes sont forcés, du moment où le mode de leur commerce ne correspond plus aux forces productives acquises, de changer toutes leurs formes sociales traditionnelles. (...) Ainsi les formes économiques sous lesquelles les hommes produisent, consomment, échangent, sont transitoires et historiques. Avec de nouvelles facultés productives acquises, les hommes changent leur mode de production, et avec leur mode de production, ils changent tous les rapports économiques qui n'ont été que les relations nécessaires de ce mode de production déterminé

[Marx, K.,, Lettre à Paul Annenkov, 26 décembre 1846]

« Les hommes produisent donc leur histoire, mais ils ne la produisent pas n’importe comment, ils la produisent sur la base de leur production sociale, c'est-à-dire d’un acquis, d’une continuité contradictoire. L’humanité rencontre ainsi à chaque stade un résultat matériel, une somme de forces productives, un rapport historique des hommes avec la nature et entre eux, qui sont transmis à chaque génération par celle qui la précède, une masse de forces productives, de capitaux, de circonstances qui, d’une part est modifiée par la nouvelle génération, mais qui d’autre part lui assigne ses conditions propres d’existence et lui donne un développement déterminé, un caractère spécial. Tel est le fondement réel de l’histoire, ce qui lui donne une essence objectivement dialectique. C’est pourquoi, comme dit Marx, les hommes ne font pas leur histoire librement « dans des conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données, léguées par la tradition », dont l’essentiel est la puissance productive »
[Bröhm, J.-M., préface de Jakubowsky, F., Superstructures idéologique et conception matérialiste, 1971]

:: L' Histoire du mouvement ouvrier d'Edouard Dolléans (1877-1954) en ligne

L' Histoire du mouvement ouvrier d'Edouard Dolléans (1877-1954). En libre accès sur le site Les classiques des sciences sociales

Tome 1 (pdf)
Tome 1Première partie : Éveil
Chapitre I: La misère et l’espérance
a) Une vision quotidienne de la misère
b) La condition ouvrière dans toute la France
Chapitre II : Une classe nouvelle
a) La réaction contre la révolution industrielle
b) La déception des trois glorieuses
Deuxième partie : L’Amitié qui doit nous unir
Chapitre I: Vivre libres en travaillant
Chapitre II : La Rue Transnonain
Troisième partie : L’Expérience chartiste (1836-1843)
Chapitre I: Autonomie du mouvement ouvrier
Chapitre II : Réformisme et lutte de classes
Quatrième partie : Le mouvement ouvrier en face des idéologies
Chapitre I: Des grèves corporatives à l’Union ouvrière
Chapitre II : Frédéric Engels et les Chartistes, précurseus du marxisme
Chapitre III : Proudhon, Karl Marx et le Manifeste Communiste
Cinquième partie : Le feu qui couve (1848-1862)
Chapitre I: 1848
Chapitre II : Le règne des affaires et ses ombres
Sixième partie : La Première Internationale (1862-1870)
Chapitre I: Capacité ouvrière
Chapitre II : L’élan rompu par la guerre
Épilogue : La Commune

Tome 2 (pdf)
Tome 2Première partie : Retours et anticipations (1871-1905)
Chapitre I: La renaissance du syndicalisme (1871-1902). Fernand Pelloutier
Chapitre II : Lénine, Trotsky et la Révolution de 1905
Deuxième partie : Les temps héroïques du syndicalisme
Chapitre I: Internationale politique ou internationale syndicale ?(1889-1900-1909)
Chapitre II : Victor Griffuelhes et la Charte d'Amiens (1902-1908)
Troisième partie : L'élan rompu par la guerre (1909-1916)
Chapitre I: La crise du syndicalisme français et l'approche de la guerre (1909-1914)
Chapitre II : L'Internationale ouvrière et la guerre (1914-1915-1916)
Quatrième partie : Guerre ou paix (1917-1918)
Chapitre I: Lénine et la Révolution d'octobre
Chapitre II : La paix américaine (1917-1918)
Cinquième partie : Démons de guerre et d'après-guerre (1919-1933)
Chapitre I: A la croisée des chemins les frères ennemis (1919)
Chapitre II : De la Troisième Internationale au fascisme (1920-1933)

Tome 3 (pdf)
Tome 3I – Le mouvement ouvrier
II – Révolutions réelles et révolutions fictives
Première partie : « Un monde détraqué, ballotté et plongeant »
Préambule
Chapitre I: Retours de la guerre
Chapitre II : La marche au fascisme
Chapitre III : La Charte du Travail et le corporatisme italien
Chapitre IV : Du spartakisme au national-socialisme
Chapitre V : La Suède, paradoxe historique. Contraste entre deux destins
Deuxième partie : Les libertés en péril
Chapitre I: Staline et la Russie
Chapitre II : Franklin Roosevelt et le peuple américain
Chapitre III : Mai 36
Chapitre IV : Le martyre de l’Espagne
Chapitre V : Les approches de l’épreuve
Chapitre VI : La France meurtrie et déchirée
Troisième partie : Les hésitations de l’histoire
Préambule
Chapitre premier : Les grèves de mars 1943 en Italie
Chapitre II : L’âme de la Résistance italienne et la guerre des Partisans
Chapitre III : Le syndicalisme allemand et la Résistance
Chapitre IV : La reconstruction et Hans Boeckler
Chapitre V : Les deux faces du problème social en Italie
Quatrième partie : Entre le cinéma et la solitude
Préambule
Chapitre I: L’éclatement des métiers et la conscience professionnelle
Chapitre II : Le chant du cygne d’une conception de la vie ouvrière
Chapitre III : La marche à l’inconscient
Cinquième partie : Choisir son Destin
Chapitre I: L’impératif catégorique
Chapitre II : Évolution du syndicalisme américain
Chapitre III : La rupture de l’Internationale

jeudi 10 février 2011

:: [pour info] Les fondements programmatiques de la politique de #LO

Extrait de la Lutte de classe n°77

En 1848, Marx et Engels écrivaient dans le Manifeste du parti communiste : « Le caractère distinctif de notre époque, de l’époque de la bourgeoisie, est d’avoir simplifié les antagonismes de classe. La société se divise de plus en plus en deux vastes camps ennemis, en deux grandes classes diamétralement opposées : la bourgeoisie et le prolétariat ».
C’est sur cette assertion capitale, vérifiée par plus d’un siècle et demi de développement historique, que se fondent le programme et la pratique des révolutionnaires prolétariens.
Dès l’aube du XVIe siècle, le développement de la bourgeoisie, de la production manufacturière, avec le commerce vers les Amériques, l’Afrique et les Indes, ont entraîné l’extension du commerce mondial, souvent sous la forme du pillage et, en retour, la création d’un marché intérieur et mondial.
L’industrialisation provoqua un exode des campagnes vers les villes, une urbanisation croissante et l’apparition du prolétariat industriel s’entassant près des lieux de production dans des taudis insalubres avec des conditions de travail abominables.
C’est avec la révolution industrielle au tout début du XIXe siècle que le marché mondial s’est développé considérablement et que l’industrialisation de l’Europe occidentale, puis de la côte est des États-Unis, a créé une véritable division internationale du travail et donné naissance au prolétariat moderne.
Le développement des capacités de production tant industrielle qu’agricole, lié au développement de la bourgeoisie, a créé les fondements économiques susceptibles de satisfaire tous les besoins tant physiques que matériels et intellectuels de toute la population mondiale.
Il est d’ores et déjà possible de construire un monde débarrassé de la faim, de la misère, de l’exploitation et de l’aliénation. Ce sera cette société communiste à laquelle nous voulons oeuvrer.
La surnatalité dans la plupart des pays sous-développés ne sera pas un problème, contrairement à ce que disent certains économistes qui la rendent responsable du sous-développement. Car on a pu juger que, dans les pays occidentaux, sous l’effet du niveau de vie et de la culture, la natalité se stabilise, voire diminue et que la population n’y augmente que grâce à l’apport de l’immigration en provenance des pays pauvres.
La lutte du prolétariat ne saurait donc se concevoir limitée au cadre de frontières nationales. C’est, au contraire, une lutte internationale, se donnant pour but la destruction de la puissance économique et politique de la bourgeoisie et l’organisation de la classe ouvrière en classe économiquement et politiquement dominante à l’échelle mondiale. L’internationalisme exprime cette communauté fondamentale des intérêts et des objectifs, et non pas une simple solidarité. Il implique sur le plan politique que, pour reprendre l’expression du Manifeste communiste, « dans les différentes luttes nationales des prolétaires, (les communistes) mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat ». C’est parce que la révolution russe est restée isolée qu’elle a connu l’épouvantable dégénérescence bureaucratique incarnée par Staline.
Gagner aux idées communistes révolutionnaires une fraction de la classe ouvrière et des autres classes prolétariennes directement ou indirectement exploitées pour construire un parti communiste révolutionnaire ici même, en France, ne peut se concevoir que dans le cadre de la construction ou, au moins, dans la perspective d’un parti mondial de la révolution socialiste.
C’est pourquoi, malgré l’absence d’une telle internationale, nous devons en permanence nous efforcer de poser les problèmes politiques du prolétariat et de la société française en fonction des intérêts politiques et sociaux du prolétariat mondial.
Notre programme se fonde sur les acquis politiques du mouvement communiste révolutionnaire et, en conséquence, sur les bases programmatiques exprimées par le Manifeste communiste, les quatre premiers congrès de l’Internationale communiste et le Programme de transition, programme de fondation de la Quatrième internationale.
Le Manifeste communiste de 1848, en affirmant que « le prolétariat se servira de sa suprématie politique pour arracher petit à petit tout le capital de la bourgeoisie, pour centraliser tous les instruments de production entre les mains de l’État, c’est-à-dire du prolétariat organisé en classe dominante... », exprime le rôle irremplaçable du prolétariat dans la transformation sociale.
Ce passage donne aussi la véritable signification de l’expression « dictature du prolétariat » exprimée en 1852 sous la plume de Marx comme le pouvoir démocratique du « prolétariat organisé en classe dominante » (ce qui n’a rien à voir avec la déformation de cette notion imposée par les staliniens pour justifier la dictature de la bureaucratie en URSS). Elle n’est une dictature que dans la mesure où sa fonction essentielle sera de procéder à la « violation despotique du droit de propriété et du régime bourgeois de production... comme moyen de bouleverser le mode de production tout entier ».
Le pouvoir ouvrier sera l’antithèse de l’État de la bourgeoisie qui, même sous l’apparence des régimes les plus formellement démocratiques, a un caractère dictatorial dans sa fonction fondamentale de défendre la propriété bourgeoise et le mode de production capitaliste.
La « dictature démocratique du prolétariat » devra être d’emblée plus démocratique que le plus démocratique des pouvoirs bourgeois où, derrière les institutions électives, le grand capital impose sa propre dictature. Un pouvoir politique destiné à s’éteindre pour laisser la place à « une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous ».
Cette conception marxiste de l’État, de son rôle et de sa nature, bourgeoise aujourd’hui, prolétarienne après la révolution, et sa disparition inéluctable, progressive, au fur et à mesure que la société se transforme, a été exposée et surtout défendue par Lénine, en août 1917, entre les deux révolutions, celle de février 1917 qui avait renversé le tsarisme et celle d’octobre-novembre de la même année qui renversa la bourgeoisie.
Lénine, dans sa brochure L’État et la Révolution, écrite en août 1917, rétablit la pensée de Marx sur cette question, déformée par tous les opportunistes qui l’avaient soi-disant représentée, en éclairant les idées de Marx et Engels par l’expérience des révolutions russes de 1905 et de février 1917 et de la situation de crise révolutionnaire de la période où la brochure a été écrite.
Des quatre premiers congrès de l’Internationale communiste, nous tirons la conviction qu’un Parti est indispensable pour que le prolétariat puisse accomplir la révolution socialiste.
« Ce n’est que dans le cas où le prolétariat est guidé par un parti organisé et éprouvé, poursuivant des buts clairement définis et possédant un programme d’actions susceptible d’être appliqué, tant dans la politique intérieure que dans la politique extérieure, ce n’est que dans ce cas que la conquête du pouvoir politique peut être considérée non comme un épisode, mais comme le point de départ d’un travail durable d’édification communiste de la société par le prolétariat ». (Texte adopté en juillet 1920 par le 2e congrès de l’Internationale communiste).
Cela nous distingue non seulement des anarchistes, mais aussi d’une multitude de courants d’aujourd’hui qui répudient toute idée d’organisation politique des classes exploitées et opprimées pour ne parler que de « mouvements sociaux » et qui cachent toujours des objectifs politiques réformistes voire réactionnaires, derrière l’apolitisme.
Mais cela nous distingue, aussi, des partisans d’un « parti ouvrier de masse ». Un parti oeuvrant pour la transformation révolutionnaire de la société ne pourrait être un parti de masse que dans un contexte de montée révolutionnaire lorsque la grande majorité de la classe ouvrière elle-même est convaincue de la nécessité de s’emparer du pouvoir politique. La notion de « parti ouvrier de masse » sert en général de refuge à ceux qui défendent une politique réformiste. L’ensemble des travailleurs n’est pas révolutionnaire en temps normal. Les masses sont au contraire réformistes et ce n’est que dans des périodes critiques que la nécessité d’un changement radical de politique s’empare des masses. En dehors de ces périodes, on ne peut gagner aux idées révolutionnaires qu’une minorité du monde du travail.
Le Programme de transition (septembre 1938) prolongeant les textes programmatiques précédents, outre son analyse de la dégénérescence bureaucratique du premier État ouvrier et sa défense du programme communiste contre les déformations staliniennes, définit ce que sont les « revendications transitoires » qu’il met en avant : « partant des conditions actuelles et de la conscience actuelle de larges couches de la classe ouvrière et conduisant invariablement à une seule et même conclusion : la conquête du pouvoir par le prolétariat », par opposition à la séparation entre le programme minimum qui se limitait à des réformes dans le cadre de la société bourgeoise et le programme maximum qui promettait pour un avenir indéterminé le remplacement du capitalisme par le socialisme".
C’est guidés par ce programme qu’en fonction de la situation économique, sociale et politique actuelle, nous mettons en avant la revendication de l’interdiction des licenciements collectifs sous peine de réquisition surtout dans les entreprises qui affichent cyniquement des profits. C’est une revendication transitoire car sa mise en oeuvre nécessite un niveau de luttes sociales en mesure de mettre en cause la propriété privée capitaliste.
Comme est une revendication transitoire la revendication de l’abolition du secret commercial et bancaire dans la mesure où ce ne peut être que le prolétariat qui se charge de son application. Bien entendu, si la publicité des comptabilités, la transparence des affaires restaient des articles de loi ou si seuls des organismes de collaboration de classe, genre comités d’entreprise, avaient le droit de vérifier les comptes des entreprises, de révolutionnaires ces objectifs deviendraient platement réformistes. Si, cependant, le prolétariat mobilisé les prend en charge, cela l’amène à contrôler les comptes des entreprises et des banques, à intervenir dans leur gestion et, en fin de compte, à remette en cause la disposition totale du capital industriel, commercial et bancaire par la grande bourgeoisie.
Le Programme de transition est également la clé de la compréhension de la dégénérescence bureaucratique du premier État ouvrier et de toutes les déformations introduites par le stalinisme dans le programme et dans les valeurs fondamentales du mouvement ouvrier. Nous avons toujours défendu l’analyse trotskyste contre des courants, et ils ont été nombreux, qui, avant même la mort de Trotsky et plus encore après, en abandonnant pour l’URSS la notion d’État ouvrier dégénéré ont en fait abandonné la notion d’État ouvrier tout court.
En ne remettant pas fondamentalement en cause, même aujourd’hui, cette appréciation alors que l’Union soviétique est morcelée et que la quasi-totalité de ses dirigeants oeuvrent au retour du capitalisme, nous nous plaçons dans la continuité de ce combat politique car, même aujourd’hui, certains traits de la société ex-soviétique ne s’expliquent pas sans un raisonnement basé sur les analyses trotskystes et, surtout, parce que l’évolution vers la domination sociale et économique totale de la bourgeoisie est loin d’être encore accomplie.
La Quatrième internationale, fondée par Léon Trotsky en 1938, a en effet été, jusqu’à la mort de ce dernier en 1940, la seule continuatrice politique du mouvement successivement incarné par l’Association internationale des travailleurs de Marx et Engels, par la Deuxième internationale jusqu’à la Première Guerre mondiale et par l’Internationale communiste des années 1919-1923. Si, en tant que direction internationale, la Quatrième internationale n’a pas résisté à la Seconde Guerre mondiale, le Programme de transition, son programme constitutif, malgré la marque des circonstances où il fut écrit, est encore le meilleur guide existant pour les révolutionnaires prolétariens. C’est en quoi la tâche fondamentale de ceux-ci est la reconstruction d’une Internationale communiste révolutionnaire.

Notre programme politique

La reconstruction d’une Internationale implique la construction, dans tous les pays du monde, de partis prolétariens, défendant le rôle historique du prolétariat, ce qui n’empêche pas, au contraire, de défendre ses intérêts immédiats, mais sans perdre de vue et en restant dans le cadre de la défense de ses intérêts généraux, c’est-à-dire de ceux de toute la société.
Il en résulte, à notre échelle, que nos camarades d’entreprise participent aux luttes petites et grandes que les travailleurs et les exploités en général mènent pour défendre leurs conditions d’existence. Comme il en résulte qu’ils doivent se donner une activité syndicale. Mais, dans les luttes petites et grandes contre la bourgeoisie et son État, comme dans l’activité syndicale, les révolutionnaires communistes, pour reprendre l’expression du Manifeste communiste, « représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité ».
La construction de partis authentiquement prolétariens et la lutte pour la révolution socialiste nécessitent une délimitation rigoureuse, tant politique qu’organisationnelle, du terrain de classe sur lequel les révolutionnaires doivent se placer. Face aux « fronts » de toutes sortes visant à mettre la classe ouvrière à la remorque d’organisations et d’intérêts bourgeois, les révolutionnaires doivent en particulier défendre la nécessité d’une organisation et d’une politique prolétariennes indépendantes, se donnant pour but l’instauration du pouvoir démocratique du prolétariat représenté par un pluralisme des partis révolutionnaires.
La société bourgeoise entretient et reproduit bien des formes d’oppression ou d’exclusion contre les femmes, des minorités nationales, voire ethniques et bien d’autres, car elle en suscite sans cesse de nouvelles - les sans-papiers, les sans-logis - provoquant des réactions de protestation, momentanées ou permanentes. Comme en provoquent fréquemment les multiples conséquences du fonctionnement de l’économie capitaliste.
Les révolutionnaires communistes soutiennent la contestation, même limitée et partielle, de l’organisation capitaliste de la société, sans pour autant attribuer automatiquement à ces mouvements un caractère révolutionnaire que, le plus souvent, ils n’ont pas.
Le stalinisme a déformé ou vidé de sens la plupart des objectifs du mouvement ouvrier. Il en est ainsi des notions d’« anti-impérialisme », d’« anti-capitalisme », voire d’« internationalisme ». Cela fait qu’aujourd’hui bien des courants politiques n’ayant aucun lien, ni passé, ni présent, avec le mouvement ouvrier peuvent s’emparer de ces mots et faire d’autant plus de bruit avec qu’ils les ont vidés de sens.
Le courant altermondialiste n’est que le dernier avatar de ce type de courants qui utilisent certaines notions héritées du mouvement ouvrier, mais vidées de contenu, en canalisant l’indignation voire la révolte que soulève telle ou telle injustice criante ou telle ou telle conséquence catastrophique de l’économie capitaliste.
Nous devons nous démarquer clairement et fermement de ces courants, lever les ambiguïtés de leur langage et dénoncer leur politique qui, derrière des aspects contestataires, est fort respectueuse de l’ordre social.
De façon analogue, le stalinisme a déformé la tradition bolchévique du parti communiste révolutionnaire, reprise par la Troisième internationale. À la notion de parti, à la fois discipliné et démocratique et, surtout, entièrement dévoué aux intérêts politiques du prolétariat, il a substitué celle de parti stalinien où la discipline est remplacée par un autoritarisme destiné à interdire toute critique susceptible de dévoiler que le parti a abandonné les intérêts du prolétariat pour se mettre d’abord au service de la bureaucratie ex-soviétique puis, par son intermédiaire, de la bourgeoisie de chaque pays.
L’évolution des partis staliniens, leur social-démocratisation sur le plan politique et organisationnel, ont parachevé une évolution. Sous prétexte de remise en cause de leur passé stalinien, les PC - et le PCF en particulier - ont surtout abandonné leurs références aux traditions communistes. Cette évolution a contribué au rejet de l’idée même que le prolétariat a besoin d’un parti politique démocratique, mais centralisé et discipliné, pour parvenir à son émancipation. Entraînant derrière eux bien des organisations pseudo-révolutionnaires qui affirment aujourd’hui que le parti n’est plus le principal dans la révolution sociale.
La nécessité d’un parti communiste révolutionnaire refusant de se fondre dans des fronts plus larges n’est pas seulement vraie pour les pays capitalistes avancés, où les tâches de la révolution démocratique bourgeoise ont été accomplies et où le prolétariat constitue une classe très nombreuse.
Cela est également vrai pour les pays « sous-développés » où les tâches de la révolution démocratique bourgeoise n’ont pas été accomplies et qui sont soumis au pillage impérialiste et dont le prolétariat, souvent numériquement faible, est soumis à une exploitation forcenée. Bien que la quasi-totalité des pays pauvres de la planète ne soit plus soumise à l’oppression coloniale directe, ils subissent toujours, et de façon aggravée, la domination économique et politique de l’impérialisme. Le principal changement apporté par la décolonisation réside dans le fait qu’une couche dirigeante autochtone a pris en charge les tâches d’oppression de l’ancienne métropole coloniale. Les États des pays pauvres sont le plus souvent des dictatures corrompues qui, après les prélèvements de l’impérialisme, pressurent encore leur population pour en extraire ce qui pourrait rester à en soutirer. La misère des masses pauvres n’y a pas de limite.
Les contradictions de classe restent, en conséquence, explosives dans les pays pauvres. Les aspirations de larges masses à des droits démocratiques et surtout à une vie meilleure ont été canalisées pendant toute une période historique, pendant et après le mouvement de décolonisation, par l’influence d’organisations petites-bourgeoises nationalistes plus ou moins progressistes, se prétendant même, parfois, marxistes-léninistes.
Le pillage impérialiste ne fait cependant pas que saigner ces pays. Il les a aussi fait régresser sur le plan de la conscience politique. L’ère du nationalisme « progressiste », du panafricanisme, du tiers-mondisme de différentes variétés, cède la place à l’ère de la montée des forces réactionnaires, de l’intégrisme dans certains pays, de l’ethnisme dans d’autres. La domination impérialiste repousse nombre de pays pauvres vers une barbarie moyenâgeuse, vers les guerres permanentes et le règne des seigneurs de guerre.
Dans tous les pays pauvres, les révolutionnaires prolétariens devraient prendre en charge les aspirations anti-impérialistes des masses, ainsi que leurs aspirations aux droits et libertés démocratiques. Un parti prolétarien chercherait à se mettre à la pointe de cette lutte en démontrant par sa politique qu’il est le seul à pouvoir aller jusqu’au bout de ce combat.
Mais il doit le faire sur un terrain de classe, ce qui exige sa rigoureuse indépendance de classe. Il doit le faire en éclairant sans cesse les travailleurs urbains et ruraux sur leurs intérêts de classe et sur ce qui les sépare ou les oppose aux catégories sociales dont les représentants sont susceptibles d’utiliser un langage « anti-impérialiste ». Cela l’opposera de façon radicale aux courants intégristes, ethnistes, etc., mais cela l’opposera également aux organisations nationalistes petites-bourgeoises même à prétention progressiste.
Nous n’avons jamais prétendu être une Internationale, même au sens qu’avait la IVe internationale au moment de sa fondation. Même en étant organisationnellement extrêmement faible, la IVe internationale de l’époque était dirigée par Trotsky qui représentait à lui seul le capital politique issu de l’expérience de la révolution russe et celui de la IIIe internationale, capital qui a disparu presque totalement avec lui. Les différents courants trotskystes qui ont joué à l’Internationale, outre le caractère dérisoire de ces jeux, masquaient en même temps l’abandon des efforts d’implantation dans la classe ouvrière de leurs pays, c’est-à-dire l’abandon en fait de la construction des partis communistes révolutionnaires.
Nous avons cependant toujours essayé de raisonner en fonction des intérêts du prolétariat international. C’est de ce point de vue-là que nous avons analysé les phénomènes politiques nouveaux depuis la mort de Trotsky, comme les Démocraties populaires ou la révolution chinoise. Cela nous a amenés souvent à nous différencier, voire à nous opposer aux différents courants trotskystes existants. Avec la disparition des Démocraties populaires, l’objet de nos divergences a disparu, mais pas leur histoire et pas la différence dans les méthodes d’analyse sociale. Ces différences, on les retrouve dans nos jugements respectifs des courants nationalistes plus ou moins radicaux qui existent dans les pays pauvres. Comme elles se retrouvent dans nos attitudes respectives vis-à-vis de la social-démocratie et ses avatars divers.
Nous avons également considéré de notre devoir, quand l’opportunité s’en présentait, d’aider des militants d’autres pays à militer sur la base des idées communistes révolutionnaires.
Malgré un certain nombre de succès électoraux relatifs - relatifs à notre implantation dans la classe ouvrière -, notre tâche fondamentale reste la même qu’il y a vingt ou trente ans.
Outre qu’elle est modeste, l’influence électorale ne fait pas le parti. Aussi, si nous sommes amenés à participer à bien des manifestations de solidarité envers tel ou tel peuple ou fraction de la population particulièrement opprimée, et si nous continuons, comme il est du devoir des communistes révolutionnaires, à nous présenter aux élections, toutes ces activités doivent se placer dans la perspective de la construction d’un parti communiste révolutionnaire prolétarien et lui être subordonnées.
L’émergence d’un tel parti ne dépend évidemment pas que de nous, mais aussi des circonstances, de la reprise de confiance du prolétariat en lui-même, ici, en France, comme ailleurs. Ce qui dépend de nous, c’est de ne pas abandonner les idées, le programme hérités de plus d’un siècle et demi d’histoire du mouvement ouvrier révolutionnaire, de ne pas les dissoudre dans des alliances ou fronts en vue de succès éphémères, de chercher à organiser des travailleurs autour de ces idées.
Quant aux circonstances favorables qui permettront à ce qui est semé aujourd’hui de pousser demain, nous en puisons l’espoir dans le fait que l’évolution historique donnera raison aux objectifs de transformation sociale du mouvement ouvrier révolutionnaire car notre conviction est que le capitalisme, l’exploitation, l’oppression, les guerres ne peuvent pas représenter le seul avenir de l’humanité.
20 octobre 2003

mercredi 27 octobre 2010

:: Conseil National de la Résistance (CNR), petit rappel critique

En France, à la sortie de la guerre, le Parti communiste revendiquait un million de militants. Il avait une influence considérable dans la classe ouvrière. Il contrôlait des centaines de municipalités avec une présence militante dans toutes les cités ouvrières. Directement ou par l’intermédiaire d’associations culturelles, sportives ou caritatives, le PC influençait de larges pans du monde du travail.

Entre 1944 et 1947, le PCF mit tout ce crédit au service de la bourgeoisie en participant pour la première fois au gouvernement sous la tutelle de De Gaulle. Dans cette période où des millions de travailleurs attendaient que leur sort change après les années de privations, il leur fit accepter le maintien des tickets de rationnement, les salaires de misère et les conditions de travail exécrables.
Le principal instrument du PC pour encadrer la classe ouvrière était la CGT. Au congrès d’avril 1946, renforcés par un afflux massif vers les syndicats, les communistes étaient devenus majoritaires. Les militants se transformèrent en véritables contremaîtres dans les principales usines du pays. Benoît Frachon, co-secrétaire général de la CGT, déclarait par exemple en 1944 : « gagner la bataille de la production est aussi important que d’avoir gagné la bataille de la Libération ».

La participation du PCF au gouvernement ne dura que le temps de remettre en selle tout l’appareil d’État. Mais l’intégration des syndicats, y compris de la CGT à majorité communiste, fut bien plus durable.

La bourgeoisie ne voulait pas seulement restaurer son appareil d’État. Elle voulait aussi reconstruire son appareil de production, détruit par la guerre, non renouvelé depuis des lustres, sans financer elle-même les investissements nécessaires. C’est pour ces raisons que les gouvernements nationalisèrent des pans entiers de l’économie, des banques aux charbonnages en passant par le gaz et l’électricité.

Le rôle des syndicats fut d’aider au redémarrage de la production. C’est pour faciliter ce rôle d’encadrement des travailleurs par les syndicalistes que furent créés les Comités d’entreprises qui n’eurent jamais de réel droit de regard ni sur les comptes ni sur la marche des usines.

C’est pour fournir au patronat une main-d’œuvre en bonne santé, tout en mutualisant les coûts et en maintenant des salaires faibles, que fut créée la Sécurité sociale.

Toutes ces dispositions furent prises avant même la fin de la guerre, au sein du Conseil National de la Résistance, le CNR, auquel la CGT participait. Ces structures de collaboration, organismes de Sécurité sociale, Conseil Economique et Social, Comités d’entreprises, etc., absorbèrent des milliers de militants. Roger Linet, responsable de la CGT-métallurgie, confiait dans ses mémoires que la CGT eut du mal à trouver assez de militants expérimentés pour occuper tous les postes à pourvoir.

Les structures paritaires ou les comités d’entreprises rapportaient également des ressources financières aux syndicats et réduisaient le poids des syndiqués sur la vie de ceux-ci. Elles transformaient des militants en petits chefs du personnel gérant cantines et autres œuvres sociales. En outre ces militants échappaient au travail dans l’atelier ou le bureau, se coupaient des préoccupations et du contrôle des travailleurs.

Pour augmenter encore le poids des bureaucraties syndicales, le CNR garantissait le monopole de la représentation des travailleurs à une liste fermée de syndicats : seules la CGT, la CFTC et la CGC pouvaient présenter au premier tour des candidats pour les délégués du personnel. FO et la CFDT furent ajoutées par la suite.

Toutes ces dispositions, prises dans le cadre du CNR, allaient dans le même sens : augmenter l’autonomie des appareils syndicaux vis-à-vis des travailleurs, limiter le contrôle des syndiqués sur leurs propres syndicats et accroître la dépendance des organisations syndicales vis-à-vis de l’appareil d’État.