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mercredi 30 septembre 2015

:: 26 septembre 1939 : le PCF est dissous

Le 26 septembre 1939, le président du Conseil, le radical Daladier (on dirait aujourd'hui le Premier ministre), signait un décret-loi prononçant la dissolution du Parti Communiste. Depuis le 25 août, la presse de celui-ci était empêchée de paraître ; ses journaux l'Humanité et Ce Soir avaient été saisis, puis suspendus, et les militants qui collaient des affiches ou distribuaient des tracts étaient systématiquement pourchassés ou arrêtés.

Alors qu'il avait été en 1935 l'inventeur de la formule du « Front populaire » qui avait sauvé la mise d'un Parti Radical en plein recul électoral à la veille des élections de 1936, le Parti Communiste se retrouvait trois ans après isolé, attaqué par tous les partis - et ses anciens alliés socialistes n'étaient pas les derniers à s'en démarquer. La bourgeoisie, à qui le secrétaire général du Parti Communiste, Thorez, avait rendu de signalés services pendant la vague de grèves de 1936, en proclamant « il faut savoir terminer une grève », ne se montrait pas plus reconnaissante.

DU PACTE LAVAL-STALINE...

Après la prise du pouvoir par Hitler en 1933, Staline, conscient du danger que représentait pour l'URSS le choix que venait de faire la bourgeoisie allemande, avait cherché des soutiens auprès des « démocraties » occidentales. Cela aboutit au pacte franco soviétique Laval-Staline, avec pour conséquences le renoncement du PCF à toute agitation antimilitariste et le ralliement à la défense nationale. Jusqu'en 1938, le PC défendit une politique visant à intégrer l'URSS dans un « front international contre Hitler » et proclamait : « Il faut une collaboration honnête, loyale, loyale avec l'URSS, si l'on veut défendre la France. » Cela conduisit le PC à approuver les budgets militaires.

Avec la montée ouvrière qui avait suivi février 1934, le PC avait vu ses effectifs se gonfler. Il revendiquait 300 000 membres. Il avait, en 1938, 72 députés et deux sénateurs, était à la tête de plus de 3 000 municipalités ainsi que de nombreux syndicats et fédérations, au sein de la CGT, même si la majorité y appartenait encore au Parti Socialiste.

Mais les accords de Munich, en septembre 1938, montrèrent que la bourgeoisie française, malgré son alliance formelle avec l'URSS, entendait tout faire pour laisser les mains libres à l'est à l'Allemagne hitlérienne. Dès lors, le PCF, lié à l'URSS, lié aussi à la fraction la plus combative de la classe ouvrière, devenait un ennemi à éliminer.

Le 13 novembre 1938, une série de décrets détruisit ce qui restait des acquis des grèves de 1936. Au nom de la « défense nationale », la semaine de 40 heures était annulée par le rétablissement de la semaine de six jours et l'obligation d'effectuer des heures supplémentaires non majorées. La grève du 30 novembre, baroud d'honneur organisé par la CGT, se solda par une catastrophe pour la classe ouvrière : 800 000 travailleurs furent mis à pied, 10 000 licenciés et inscrits sur une « liste rouge » qui leur interdisait de retrouver un emploi. Bien évidemment, beaucoup de militants ouvriers du PC figuraient dans le lot, et la presse lança dès décembre une campagne pour demander l'interdiction du PC.

Devant le renforcement du danger de guerre, la bourgeoisie voulait mettre au pas la classe ouvrière, rendre toute résistance de celle-ci impossible.

Même si elle fut décrétée à la suite de la mise en oeuvre du pacte germano-soviétique, l'interdiction du Parti Communiste fut aussi le dernier acte de la contre-offensive que la bourgeoisie avait menée contre la classe ouvrière pour reprendre tout ce qu'elle avait dû céder sous la frayeur en Juin 36.

... AU PACTE GERMANO-SOVIETIQUE

C'est cependant la politique internationale défendue par le Parti Communiste, qui servit de prétexte à la bourgeoisie française pour l'interdire.

Après la signature, le 23 août 1939, du pacte de non-agression entre l'Allemagne et l'URSS, les dirigeants du PC continuèrent un certain temps à clamer leur adhésion à la « défense de la patrie ». Le jour même où l'Humanité cessait de paraître, Thorez envoyait un communiqué dans lequel il déclarait que, « si Hitler, malgré tout, déclenche la guerre, qu'il sache bien qu'il trouvera devant lui le peuple de France uni, les communistes au premier rang, pour défendre la sécurité du pays, la liberté et l'indépendance des peuples ».

Il fallut en effet du temps aux dirigeants français pour prendre le virage, eux qui, depuis des années, avait substitué « l'antifascisme » à la lutte pour la révolution sociale. Le PC connut même nombre de désertions dans ses rangs, y compris parmi ses dirigeants, il vit s'éloigner nombre d'intellectuels, « amis de l'URSS », qui jusque-là n'avaient jamais critiqué la politique menée par Staline. Tous les partis le rejetèrent pour se rallier à l'Union sacrée avec la droite, à commencer par ses anciens alliés de la SFIO, qui ne furent pas les derniers à demander sa dissolution. Il en alla de même avec les dirigeants socialistes de la CGT qui déclaraient qu'« il n'est plus possible de collaborer avec ceux qui n'ont pas voulu condamner le pacte germano-soviétique ».

Entre-temps, l'impérialisme français était entré en guerre, le 1er septembre. Mais malgré le déchaînement de tous les autres partis contre le Parti Communiste, ses députés applaudirent le lendemain le discours de Daladier et votèrent l'augmentation des crédits militaires qu'il demandait. Le 19 septembre, lorsqu'on sut que les troupes de l'URSS avaient envahi l'est de la Pologne, le PC se retrouva complètement isolé. Il fut interdit le 26 septembre par un décret du gouvernement Daladier, et ses militants obligés de passer dans la clandestinité pour continuer à survivre politiquement.

En janvier 1940, les députés communistes qui étaient restés fidèles à leur parti furent déchus de leur mandat. En mars, le gouvernement présentait son bilan : en six mois, « 3 400 militants furent arrêtés, 500 fonctionnaires municipaux révoqués, 3 500 affectés spéciaux renvoyés au front, 1 500 condamnations prononcées ». Plus de 300 municipalités contrôlées par le PC furent dissoutes, 2 500 conseillers municipaux et 87 conseillers généraux démis de leurs fonctions, des centaines de fonctionnaires révoqués, des députés arrêtés à leur domicile ou assignés à résidence en vertu d'un décret du18 novembre, dit « loi des suspects », dirigé contre « les individus dangereux pour la défense nationale », c'est-à-dire les communistes. Parmi les militants communistes arrêtés, certains ne quittèrent les prisons françaises que pour être enfermés dans les prisons ou les camps nazis.

Enfin, le 8 avril 1940, le « décret Sérol » du nom du ministre de la Justice socialiste du gouvernement Reynaud, prévoyait la peine de mort pour « tout Français qui aura participé sciemment à une entreprise de démoralisation de l'armée ou de la nation ayant pour objet de nuire à la défense nationale ». Il visait là aussi le Parti Communiste qui, ayant fini de s'aligner sur la politique extérieure de Moscou, se faisait alors le défenseur d'une caricature du défaitisme révolutionnaire.

La « croisade des démocraties » avait commencé par la mise en place d'un régime qui après avoir piétiné toutes les libertés démocratiques finirait par remettre le pouvoir à Pétain. Elle s'achèverait, quelques années plus tard, avec l'entrée au gouvernement d'un Parti Communiste redevenu aux yeux de la bourgeoisie et de son personnel politique un allié indispensable pour remettre en selle l'appareil d'État bourgeois, pour imposer à la classe ouvrière de renoncer à toute revendication et de remettre en route au profit du patronat la machine économique.

Marianne LAMIRAL (LO n°2147)

lundi 31 août 2015

:: Été 1941 : l'attaque hitlérienne contre l'URSS

« Nous entrons dans l'année 1941 avec un sentiment de joie et de confiance complète dans l'avenir radieux de notre pays », écrivait la Pravda le 31 décembre 1940. « Le Parti et le gouvernement ont énormément travaillé à accroître la puissance militaire de l'URSS, la force défensive et la préparation militaire du peuple. »

Or six mois plus tard, lorsque les armées hitlériennes envahirent l'Union Soviétique le 22 juin 1941 au matin, ce fut un désastre pour la population russe, non préparée à cette éventualité.

En une demi-journée, 1 200 avions soviétiques furent détruits, dont 800 qui étaient restés cloués au sol, parmi les plus modernes de la flotte soviétique. En deux semaines, les troupes allemandes pénétrèrent sur cinq cents kilomètres à l'intérieur de l'URSS. À la fin de l'été elles atteignaient Leningrad, dont elles firent le siège durant tout l'hiver, s'approchaient de Moscou et occupaient la presque totalité de l'Ukraine.

Une politique d'alliances et de compromissions qui isola l'URSS face à l'Allemagne nazie

Si l'Armée rouge se révéla incapable de s'opposer à cette avance, ce fut avant tout pour des raisons politiques. L'offensive allemande marquait la rupture de l'alliance entre le gouvernement de Hitler et celui de Staline, conclue deux ans plus tôt, le 23 août 1939, lors de la signature du Pacte germano-soviétique, accueillie avec stupeur par de nombreux travailleurs et militants communistes.

Ce pacte était symptomatique de la politique de la bureaucratie russe, qui avait tourné le dos à toute politique révolutionnaire, privant ainsi l'URSS du soutien des classes ouvrières et de la crainte qu'une révolution prolétarienne éclate dans leur pays suscitait parmi les dirigeants impérialistes. Staline se tourna vers un jeu diplomatique hasardeux en direction des grandes puissances impérialistes, en essayant de jouer sur leurs rivalités.

Après l'arrivée au pouvoir des nazis en janvier 1933, Staline tenta un rapprochement avec l'Allemagne qui ne déboucha pas. La victoire de Hitler marquait le début du compte à rebours vers une nouvelle guerre mondiale où l'existence même de l'URSS pouvait être remise en cause. Staline opéra alors un tournant et se rapprocha de la France et de la Grande-Bretagne. Tel fut le sens des accords Laval-Staline de 1935, dont le but affirmé était de défendre la « démocratie » contre le fascisme. Cette alliance se traduisit en 1936 par le soutien aux gouvernements de Front populaire en France et en Espagne.

Mais on put vite mesurer le peu de fiabilité de ces alliés impérialistes de l'URSS. En septembre 1938, les dirigeants anglais et français signèrent avec Hitler les Accords de Munich, qui acceptaient l'annexion de la Tchécoslovaquie par l'Allemagne. Sentant que l'expansionnisme allemand s'orientait vers l'est, avec la complicité des Franco-Anglais, Staline fit une nouvelle volte-face et chercha en 1939 l'alliance de son adversaire d'hier, en signant le Pacte germano-soviétique.

Ce pacte permit à l'Allemagne et à l'URSS de se partager la Pologne. Mais les appétits de conquête vers l'est de Hitler n'étaient que provisoirement calmés. Car, loin de garantir sa sécurité à l'URSS, le dépeçage de la Pologne laissait à Hitler les mains libres pour entamer, dans un premier temps, l'offensive à l'ouest. Trotsky écrivait : « Ses victoires (de Hitler) à l'Ouest ne sont qu'une gigantesque préparation pour un gigantesque mouvement vers l'Est ».

Cette politique de compromission avec les États impérialistes, jusque dans leur pire incarnation avec le régime nazi, n'épargna à l'URSS ni la guerre, ni les ravages qu'elle produisit sur le territoire.

L'incurie de la bureaucratie stalinienne

Jusqu'à la veille de l'invasion de l'URSS par les troupes hitlériennes, Staline voulut faire croire à la solidité de son alliance avec Hitler. Une semaine avant l'offensive allemande l'agence soviétique Tass affirmait : « Les rumeurs n'ont cessé de se multiplier quant à une guerre prochaine entre l'Union soviétique et l'Allemagne... Il n'y a rien là qu'une vaste tentative des puissances hostiles à l'Allemagne, qui souhaitent une extension du conflit... Les milieux soviétiques considèrent comme dénuées de tout fondement les rumeurs selon lesquelles l'Allemagne aurait l'intention de rompre le pacte et d'attaquer l'URSS. Quant au transfert des troupes allemandes vers les zones septentrionales et orientales de l'Allemagne durant cette dernière semaine, on peut penser qu'il s'agit de mener à bien des tâches militaires dans les Balkans et que ces mouvements ont été dictés par des motifs qui sont étrangers aux relations germano-soviétiques ! »

Et pourtant, dans la partie de Pologne occupée par l'Allemagne, les armées hitlériennes construisaient de vastes réseaux de communication en prévision d'une attaque de l'URSS dont Hitler n'avait jamais fait mystère. Il était clair qu'après avoir stabilisé ses conquêtes à l'ouest du continent européen, l'Allemagne nazie se retournerait vers l'est. Même la bureaucratie russe le pressentait, malgré son aveuglement. Sauf qu'elle ne la prévoyait pas si proche, malgré les rapports qui lui parvenaient, malgré les mouvements de la Wehrmacht dans les Balkans et en Roumanie, qui resserraient l'étau autour de l'URSS, malgré les 500 vols de reconnaissance effectués par l'aviation allemande pendant les six mois précédant l'invasion. Pire, selon les clauses définies par le Pacte germano-soviétique, l'URSS continua jusqu'au bout à fournir les matières premières dont l'Allemagne avait besoin pour son industrie de guerre, cuivre, chrome, manganèse, etc., dans un but « d'apaisement », dans le fol espoir que cette servilité devant l'État nazi écarterait le danger !

Après l'invasion de l'URSS en juin 1941, Staline et la clique au pouvoir rejetèrent toute la responsabilité de l'avancée fulgurante de l'armée nazie sur l'impréparation de l'Armée rouge et l'incompétence des officiers. C'était passer sous silence le fait que, pendant les purges de 1937-1938, Staline avait décapité l'Armée rouge, éliminant physiquement, selon les évaluations de Trotsky, quelque 30 000 officiers et sous-officiers.

Si finalement, après trois ans de guerre sur son territoire, l'URSS parvint à se libérer de l'occupation nazie, au prix de millions de morts, ce ne fut pas grâce à la politique de Staline et de sa coterie de bureaucrates au pouvoir, mais grâce aux sacrifices et à l'héroïsme de la population.

Marianne LAMIRAL

mercredi 26 août 2015

:: 23 août 1939 : signature du pacte germano-soviétique


Le 23 août 1939, à Moscou, Ribbentrop et Molotov, les ministres des Affaires étrangères respectifs de l'Allemagne nazie et de l'URSS, signèrent un pacte de non-agression. Staline espérait ainsi contenir les ambitions de conquête d'Hitler vers l'est. Illusion de courte durée, puisque deux ans plus tard l'Allemagne nazie envahissait la Russie soviétique.

Pour défendre l'URSS menacée par l'expansionnisme de l'Allemagne nazie, Staline ne comptait pas sur la politique révolutionnaire qui avait été celle du jeune État soviétique, en 1917. Depuis la fin des années vingt, il avait tourné le dos à toute idée de révolution prolétarienne. À partir de 1934, il privilégia l'alliance, bien illusoire d'ailleurs, avec les États capitalistes comme la France (pacte Laval-Staline). Ce fut la politique « d'alliance des démocraties » et des « Fronts populaires » contre « les agresseurs fascistes ». En France, les dirigeants du Parti Communiste abandonnèrent toute idée de révolution sociale. Le PC devint nationaliste et même chauvin. Il se transforma en champion de la défense nationale. Pour lui, le conflit qui s'annonçait n'avait plus le caractère d'une guerre inter-impérialiste, mais celui d'un affrontement des « démocraties » contre le « fascisme ».

Face aux revendications de l'Allemagne nazie sur les Sudètes, en Tchécoslovaquie, Chamberlain pour la Grande-Bretagne et Daladier pour la France signèrent les accords de Munich, en 1938, avec Hitler et Mussolini. Ce fut une capitulation sans condition où ils donnèrent la Tchécoslovaquie en pâture à Hitler, espérant ainsi retarder la guerre. Chamberlain comme Daladier, représentants respectifs de leur bourgeoisie, laissaient ainsi les mains libres à Hitler pour son expansion à l'est et espéraient bien que celui-ci finisse par régler son compte à Staline. Tenu volontairement à l'écart de cette paix impérialiste par ses anciens alliés d'hier, Staline fit volte-face et signa un pacte avec Hitler.

Ce pacte scandalisa l'opinion bourgeoise et social-démocrate. En fait, il était dans la continuité de la politique menée par Staline depuis 1935, qui recherchait à échapper à la guerre grâce à une alliance avec un des deux camps impérialistes. Mais il incluait en outre des clauses secrètes prévoyant le partage de la Pologne entre l'Allemagne et la Russie, dont la mise en oeuvre fin septembre désorienta encore plus les Partis Communistes et les dizaines de milliers de militants pour qui Hitler, fossoyeur de la classe ouvrière allemande, était l'ennemi mortel des travailleurs.

Un virage diplomatique à 180° de la bureaucratie stalinienne

Cettte politique démoralisa et désorienta les classes populaires, et les militants communistes de ces « prétendues démocraties », comme l'écrivait Trotsky. En France, l'annonce de ce pacte fit l'effet d'une bombe. Certains militants communistes refusèrent d'y croire. D'autres le justifièrent en parlant de manoeuvre de Staline pour gagner du temps. De nombreux militants, écoeurés, déchirèrent leur carte. Des députés donnèrent publiquement leur démission et prirent des distances avec leur ancien parti. Tout comme le firent à leur tour nombre d'intellectuels, compagnons de route du parti. Et comment pouvait-t-il en être autrement, après avoir expliqué depuis 1934, à des centaines de milliers de militants, que l'ennemi c'était le fascisme ? Staline vendait désormais du pétrole et du manganèse à Hitler, expliquant que le peuple allemand aimait son Führer et que l'Allemagne était victime du « bloc impérialiste » anglo-français !

En France, la répression s'abat sur le Parti Communiste

Le pacte isola la Russie sur le plan international. En France, le gouvernement accentua la répression contre le Parti Communiste, qui avait déjà commencé au lendemain des accords de Munich. Le 25 août 1939, les deux quotidiens du PC l'Humanité et Ce Soir furent interdits, tandis que les distributeurs de tracts et les colleurs d'affiches communistes étaient systématiquement arrêtés. Le 2 septembre, la France déclara la guerre à l'Allemagne, qui avait envahi la Pologne la veille. Daladier demanda des crédits militaires supplémentaires et les députés communistes les votèrent ! Mais le gouvernement se fichait comme d'une guigne des actes de loyalisme du PCF qu'il qualifiait de « parti de l'étranger ». Lorsque la Russie envahit à son tour la Pologne, le 17 septembre, la chasse aux communistes fut ouverte. Le 26 septembre, le Parti Communiste et toutes les organisations communistes, liées ou pas au PCF, furent dissoutes par décret-loi adopté en Conseil des ministres à l'unanimité. Le PCF n'avait plus d'existence légale et fut réduit à l'activité clandestine. Le 8 octobre, les premiers députés communistes furent arrêtés. Daladier autorisa l'internement administratif, le 18 novembre. Durant les neuf mois qui suivirent la signature du pacte, la police française opéra 15 000 perquisitions et arrêta plus de 5 500 militants communistes français et étrangers résidant en France. En avril 1940 le décret Sérol - du nom d'Albert Sérol, ministre de la Justice et député SFIO (socialiste) de la Loire, ancien ministre de Léon Blum - autorisait la peine de mort pour qui nuirait à la défense nationale. Ce décret visait essentiellement les militants communistes.

Cette répression brutale porta un coup d'arrêt à l'intégration du PCF au sein de la société bourgeoise, commencée quelques années plus tôt avec la politique du Front Populaire. Elle provoqua toutefois un réflexe de solidarité chez les militants communistes, y compris ceux écoeurés par le pacte germano-soviétique. Le Parti Communiste entra alors dans une période difficile où, pour survivre dans la clandestinité, il dut affronter non seulement la répression de la police de Vichy, mais aussi celle de l'occupation allemande. Il connut de nouveau un succès à partir de 1942-1943, alors que l'URSS attaquée par l'Allemagne était redevenue alliée des impérialismes anglais et américain, puis au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Mais sur la base d'une politique nationaliste « d'Union sacrée ».

Il n'était plus d'ailleurs la « section française » d'une Internationale Communiste que Staline avait dissoute en mai 1943 pour complaire à ses alliés anglo-américains, mais le Parti Communiste Français. Ce qu'il est resté.

René CYRILLE (LO n°2142)

vendredi 15 juin 2012

:: D’où vient le Parti Communiste Français ? #3 (1939-1953)













Le Pacte germano-soviétique fut un rude coup pour le Parti Communiste Français. L’opposition totale et manifeste entre la politique de la bureaucratie soviétique et celle de la bourgeoisie française ne laissait pas de place aux louvoiements, aux tergiversations. Il fallait choisir. Après de violents déchirements, le Parti a choisi de défendre la politique de la bureaucratie. Mais il a payé cher ce choix. Son assise sociale, acquise sur la base de cinq années de politique nationaliste, réformiste, s’effondrait. Interdit, pourchassé, il perdit ses municipalités, ses députés et ses élus de toutes sortes, le contrôle d’une grande partie des syndicats, enfin tout ce qui lui donnait une fonction, un rôle social au sein de la société capitaliste. Habitué, cinq années durant, à naviguer le vent en poupe, soutenu par une opinion publique favorable à son « défensisme », à sa sagesse de parti national de fraîche date, il se brisait après 1939 contre cette même vague chauvine qui l’avait porté auparavant.
Tout comme au début des années 30, le PC est à nouveau réduit à quelque chose près, à l’appareil. Cependant, la férocité même de la répression gouvernementale va contrebalancer dans une certaine mesure, tout au moins au niveau de l’appareil, les conséquences disloquantes du tournant de 1939. Restructurer, consolider l’appareil, l’adapter aux conditions de clandestinité est une question de vie ou de mort. La répression ne laisse pas au Parti le temps de cuver sa crise, ni aux militants la possibilité de peser leur choix. Et c’est finalement sous Daladier et bien avant l’invasion allemande que le PC se rode à la lutte clandestine et refait l’expérience des prisons et des camps.
En considérant superficiellement les choses, et surtout après cinq ans de politique platement chauvine, cette période de deux ans qui va jusqu’à l’invasion de l’URSS par Hitler, pourrait apparaître comme un retour à l’internationalisme prolétarien de la part du Parti. En fait, ces cinq ans ne sont pas passés sans traces, et le PC était déjà organiquement incapable de mener une politique prolétarienne dans quelque domaine que ce soit. S’il renvoyait dos à dos les deux camps impérialistes, c’était au nom de l’intérêt national bien compris. Comme le proclamait l’Humanité clandestine : « Ni soldats de l’Angleterre avec de Gaulle ! Ni soldats de l’Allemagne avec Pétain ! Vive l’Union de la nation française. » Le combat pour « l’indépendance de la France » reste le leitmotiv de la propagande stalinienne, seulement le nom de Churchill s’ajoute et parfois supplante celui de Hitler comme ennemi principal de cette indépendance.
Cependant, le nationalisme n’est pas quelque chose d’abstrait. Il doit se concrétiser par la soumission à la politique de la bourgeoisie nationale. La bourgeoisie française et son « opinion publique » n’avaient que faire du nationalisme abstrait du PC qui, malgré ce nationalisme, restait en porte-à-faux jusqu’au 22 juin 1941.
L’invasion de l’URSS par l’armée allemande sera considérée par le Parti comme une véritable délivrance. Après deux ans d’interruption, la fidélité à la bureaucratie soviétique et la conformité aux intérêts nationaux : (c’est-à-dire ceux de la bourgeoisie nationale) agissent à nouveau dans le même sens.
Le Parti suivra avec d’autant plus d’enthousiasme l’ordre du Kremlin de se jeter avec toutes ses forces dans le combat contre l’Allemagne, que ce combat lui permettra de retrouver sa place dans « l’unité nationale », tout au moins dans celle qui s’est formée autour de de Gaulle. Le PC redevient ce qu’il s’est fait une vocation d’être : le parti des patriotes.
Dès lors, il n’est plus question de renvoyer dos à dos les impérialismes anglo-saxon et allemand. L’adhésion sans réserve de l’URSS au bloc des pays « démocratiques » en opposition au bloc fasciste, impose au Parti une politique unitaire vis-à-vis de tout ce qui n’est pas pro-allemand. Le PC se distingue dorénavant des autres organisations anti-allemandes que par une combativité plus grande et par un chauvinisme plus répugnant.
Quoique toujours en clandestinité et en butte à une répression encore plus grande, le Parti retrouve une audience : à la base d’abord, non seulement il apparaît à nouveau comme un parti national, mais comme le parti national le plus, sinon le seul, organisé, entrainé, rodé au combat. Il va contrôler la quasi-totalité des organisations de résistance intérieure ; il attire et organise tous ceux qui désirent combattre l’occupation. Au sommet ensuite, le Parti fait le voe d’allégeance aux représentants de l’impérialisme français auprès des alliées, à de Gaulle en particulier.
Le 4 avril 1944, pour la première fois dans son histoire, deux représentants du PC, Grenier et Billoux, entrent dans un gouvernement bourgeois, ou ce qui en tient lieu : le Comité français de Libération Nationale de de Gaulle. C’est la reconnaissance et la consécration de son rôle par les représentants politiques pro-alliés de la bourgeoisie française.
Mêlant la faucille et le marteau à la croix lorraine, le Parti s’efforce de s’identifier avec la Résistance et y parvient, sous la houlette de de Gaulle il est vrai. Il va sacrifier des milliers de militants à l’autel de l’entente avec la bourgeoisie. Mais il aura acquis d’apparaître dans la France libérée main dans la main avec les autres formations, et même en parti au pouvoir.
Il est impossible de comprendre l’évolution actuelle du Parti Communiste Français sans pénétrer la signification et les conséquences de sa politique pendant cette période qu’il a acquis l’implantation qui est aujourd’hui encore, la sienne, et qui, en dernier ressort, détermine sa nature.
De l’entrée en guerre de l’URSS jusqu’au début de la guerre froide, pendant près de six ans, les intérêts de la bureaucratie soviétique coïncident avec ceux des impérialistes alliées en général et de la bourgeoisie française en particulier : vaincre l’Allemagne d’abord, puis assurer que la transition de la guerre à la paix se fasse sans heur et sans mal, autrement dit sans menace de révolution prolétarienne.
La politique d’union sacrée sans pudeur, plus totale et plus ouverte que celle jamais réalisée par un parti social-démocrate en 1914 poursuivie par le PCF comme par les autres partis staliniens n’était somme toute, que le pendant local de la Sainte-Alliance entre la bureaucratie et l’impérialisme symbolisée par Yalta. En ce sens, le chauvinisme puis la politique franchement contre-révolutionnaire du Parti n’était que le reflet des intérêts de la bureaucratie russe. Il n’en reste pas moins qu’en « faisant retrousser les manches », en aidant le redémarrage de la production capitaliste, en aidant la reconstitution de l’appareil d’État, on contrôlant et brisant toute initiative ouvrière, le PCF remplissait une fonction sociale propre (nationale) : la même que celle qui fut dévolue au lendemain de la première guerre à l’appareil social-démocrate. L’assise sociale qu’il a acquise ce faisant était de la même nature que celle de la social-démocratie. Le PCF l’a acquise d’ailleurs, sinon au détriment des socialistes - puisque ceux-ci connurent aussi un relatif développement - du moins en concurrence avec eux.
Le développement du parti, l’accroissement de son implantation furent vertigineux. Ses effectifs passèrent de 333 000 en 1937 à 545 000 fin 1945 et à 804 000 en 1946. Son électorat, de l’ordre de 1 500 000 électeurs (15 % des suffrages) en 1937 passe à 5 400 000 (28 % des suffrages) en 1946. Cette influence accrue se concrétisait par 158 sièges de député (sur 544), par la conquête de milliers de municipalités, des places de conseillers généraux. Enfin le Parti détenait des places dans le gouvernement, dans l’appareil étatique.
Parmi ces centaines de milliers de nouveaux venus qui gonflèrent les effectifs du PC et ces millions qui votèrent pour lui, bien peu le faisaient parce qu’ils le considéraient comme un parti révolutionnaire. Il était à leurs yeux un parti de gauche, certes, mais surtout le parti de la Résistance et encore davantage un parti au pouvoir. Il est même à constater qu’alors que le Parti connaît un énorme afflux de petits bourgeois patriotards ou tout simplement affairistes vers ses rangs, il ne progressera que peu, ou reculera même dans les régions industrielles du Nord, de la Région Parisienne et du Sud-Est (d’après Fauvet, Histoire du PCF).
Solidement implanté dans la petite bourgeoisie, dans l’aristocratie ouvrière par l’intermédiaire de la conquête de l’appareil CGT, dans les administrations locales, le Parti Communiste le restera jusqu’aujourd’hui. L’assise sociale actuelle du Parti date des années 1945-1946. Elle fut acquise grâce à une politique commandée par les impératifs de la défense de la bureaucratie. Mais elle sera et est encore une serre chaude pour tout un ensemble d’influences nationales foncièrement étrangères à celles de Moscou.
Cette coïncidence des intérêts des deux pôles d’où partent les lignes de force qui déterminent la politique du Parti n’a certes pas duré. Le début de la guerre froide, en mettant fin à la Sainte-Alliance internationale, a mis fin aussi à l’Union Sacrée si bénéfique au PC Pendant six ans, le Parti sera à nouveau rejeté par toutes les formations mêmes oppositionnelles et contraint, en même temps, à une politique plus dure.
Pour les mêmes raisons qu’en 1939, le Parti Communiste connaîtra des flottements en 1947, quand, à nouveau, les intérêts de la bureaucratie et ceux de la bourgeoisie divergent. Cette divergence d’intérêts lui coûtera sa place au gouvernement, sa position de parti au pouvoir. Moscou aura bien du mal à resserrer les liens et à rappeler le PCF à l’ordre. A la réunion du Cominform qui se tiendra quelques mois après la fin de la participation gouvernementale, le Parti Communiste Français sera particulièrement sur la sellette. Il sera accusé de « s’être laissé manoeuvrer par Ramadier et Blum », on lui reprochera de continuer à se présenter comme parti gouvernemental, etc... Il est vrai que de telles attitudes furent deux ans auparavant, non seulement pardonnées, mais recommandées par Moscou. Seulement, le PCF s’est si bien trouvé dans la paix du parti gouvernemental qu’il était prêt à continuer de l’être pour son propre compte, même contre le désir du Kremlin.
Si malgré tout, les tensions entre le PCF et la bureaucratie n’ont pas entraîné de rupture, si malgré ses hésitations le PCF a, encore une fois, pris le virage, c’est que d’une part, il ne perdit pas tout et d’autre part, ce qu’il perdit, il ne pouvait pas ne pas le perdre.
La bourgeoisie française ne tenait plus à la participation gouvernementale du PC ; donc en cette matière, le Parti n’avait pas le choix. D’un autre côté, s’il fut repoussé dans l’opposition et même dans l’isolement au sein de l’opposition, il ne perdra ni ses municipalités, ni ses parlementaires, ni sa mainmise sur la CGT, en un mot, il gardera tout ce qui fait sa force, il gardera son assise. Rien de comparable donc à la débâcle de 1939.
Si dans les années 1951-1952, l’anti-américanisme virulent, les actions aventuristes du type de la manifestation contre Ridgway, imposés au Parti, entraînèrent un certain fléchissement de son influence, la perte du tiers de ses effectifs et d’une partie de son électorat, il n’a jamais été vraiment à contre-courant. Au fond, la petite bourgeoisie s’accommodait fort bien de ce nationalisme anti-américain. L’isolement du Parti était politique, mais n’impliquait pas de rupture avec les couches qui lui ont permis de se développer.
Depuis 1953, après le vote pour Mendès, et surtout depuis 1956, après le vote des pouvoirs spéciaux pour Guy Mollet, le Parti a rompu cet isolement politique vis-à-vis des autres formations. Il a déjà réintégré l’opposition officielle. 


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