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samedi 24 octobre 2015

:: Nuremberg, octobre 1946 : le vrai procès de la guerre mondiale n'a pas été fait


Le 1er octobre 1946, au terme de presque un an de débats, de centaines de milliers de témoignages et de déclarations, le tribunal international réuni à Nuremberg, en Allemagne, rendait son verdict. Sur 21 dirigeants de premier rang de l'Allemagne nazie, accusés de "complot, de crimes contre la paix, de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité", onze étaient condamnés à mort et exécutés (sauf Goering qui s'était entre-temps suicidé), sept à des peines de prison et trois étaient acquittés.

Ce verdict avait pour fonction de désigner aux peuples du monde les responsables de la Deuxième Guerre mondiale et de ses ravages, avec toute la solennité d'un tribunal représentant les quatre grandes puissances victorieuses.

Mais c'était surtout un cérémonial, destiné à occulter le fait que les responsables de cette boucherie impérialiste se trouvaient aussi bien du côté des juges que du côté des accusés.

Les populations sous le choc

En 1946, tout le monde était sous le choc des massacres, des destructions provoqués par la guerre : les villes et les gares détruites, les morts et les déportations qui avaient frappé chaque famille. Six millions de Juifs avaient été exterminés ; l'Allemagne avait eu 8 millions de morts, 7 millions de prisonniers, ses villes étaient en ruines. A Nuremberg, le procès s'était ouvert dans les rares bâtiments publics de la ville qui étaient encore debout. Cette même désolation, la plupart des autres pays, en Europe, en Orient, l'avaient subie.

Et les effets de la guerre n'étaient pas près de disparaître, même lorsque les derniers prisonniers libérés des camps furent rentrés chez eux et que les 10 millions de Russes, de Polonais et d'Allemands déplacés par les modifications de frontières eurent trouvé une terre d'accueil. Le travail intensif, dangereux, à peine payé, et le ravitaillement rationné furent le lot quotidien de la majorité de la population durant des années.

A tous ces désastres, il fallait trouver des responsables.

Les grands patrons pro-nazis épargnes

C'est à cela qu'allait servir le procès des dignitaires nazis jugés à Nuremberg. C'était bien évidemment des crapules, des organisateurs de la guerre et des massacres. Mais ce conflit mondial n'était pas né uniquement des décisions de cerveaux malades des dirigeants allemands. Il était le produit de l'affrontement des intérêts économiques entre impérialismes rivaux pour l'appropriation des colonies et des marchés. Il avait opposé, au départ, deux pays presque dépourvus de colonies, l'Allemagne et l'Italie, aux deux principales puissances coloniales, la Grande-Bretagne et la France.

Mais, pour faire oublier ces racines économiques de la guerre, le procès évitait soigneusement de s'en prendre aux patrons allemands, pourtant responsables d'avoir financé, armé, poussé au pouvoir les nazis. Il avait été envisagé d'accuser le patron sidérurgiste Gustav Krupp, qui était tout un symbole de cette attitude. Mais les alliés vainqueurs décidèrent de dissocier son cas, "pour raisons de santé".

Les responsabilités escamotées

Il ne s'agissait donc pas, comme on voulait le faire croire, d'oppositions entre démocraties et nazisme ou fascisme. D'ailleurs les dirigeants anglais et français avaient dès le début montré le plus grand respect pour les régimes de Mussolini et de Hitler, qui avaient si bien su mater leur classe ouvrière. "Plutôt Hitler que le Front Populaire", rabâchaient la droite et le patronat français. Mais bien sûr ces sympathies n'empêchaient pas que les affaires restent les affaires, et il n'était pas question de céder la Tunisie, le Maroc ou les colonies d'Afrique centrale.

Les Etats-Unis étaient, quant à eux, entrés dans la guerre fin 1941 pour donner un coup d'arrêt à la mainmise japonaise sur l'Asie du Sud-Est.

Les dirigeants staliniens, dans leur cécité politique et militaire, avaient signé un pacte avec Hitler, qui s'était traduit par l'écrasement et le partage de la Pologne, sans leur éviter l'invasion par l'armée hitlérienne. Il était parmi les pendus de Nuremberg, ce même Ribbentrop qui avait signé avec Molotov le 23 août 1939, sous l'oeil paternel de Staline, le pacte germano-soviétique.

S'agissant de crimes de guerre, les Alliés ne s'étaient pas privés d'en commettre : massacres de civils, bombardements terroristes, camps de concentration... La guerre avait même vu aux Etats-Unis une recrudescence de l'antisémitisme, entre autres formes de racisme. Leur guerre à eux aussi avait été une sale guerre, car c'était, elle aussi, une guerre contre les peuples.

Ces responsabilités et ces complicités avec les criminels nazis, c'est ce que le procès de Nuremberg tentait d'escamoter. Au même moment, un cérémonial identique se déroulait à Tokyo. Les Etats-Unis et la Chine de Tchang Kaï-chek organisaient le procès à grand spectacle de 28 dirigeants japonais, désignés comme les responsables de la guerre dans le Pacifique.

Dans tous les pays européens qui avaient été occupés par les troupes allemandes, des procès d'épuration se tenaient, qui prétendaient éliminer les mauvais dirigeants et visaient à exonérer tous les autres. Que ce soit en France, en Belgique, en Italie, en Autriche ou en Allemagne même, cette épuration aboutit, au prix de quelques condamnations médiatiques, à consolider l'essentiel de l'appareil d'Etat. Car par ailleurs, les nazis allemands ou autrichiens furent blanchis par milliers, et aussitôt recyclés dans le nouvel appareil d'Etat "démocratique". En France, Papon ne fut pas le seul à s'en tirer ; il fut même nommé "compagnon de la Libération" !

C'est que les Etats avaient besoin de personnel qualifié et efficace, de hauts fonctionnaires, mais aussi de policiers, de militaires, d'administrateurs pour mener leur politique. Les Etats-Unis et l'URSS de leur côté avaient fait une ample moisson de scientifiques et d'espions allemands. Et il y avait de l'ouvrage pour tous ces gens-là : en juillet 1946 eurent lieu les essais nucléaires américains à Bikini ; en septembre, la Grande-Bretagne déclenchait la guerre civile contre la Résistance grecque ; en novembre, la flotte française écrasait Haiphong sous les bombes.

Les puissances impérialistes, qui venaient de condamner les responsables allemands de la guerre mondiale, entendaient bien continuer à maintenir leur empire sur la planète entière.

Vincent GELAS (LO n°1733)

mercredi 30 septembre 2015

:: Septembre 1958 : assassinat du dirigeant nationaliste Ruben Um Nyobé et guerre coloniale au Cameroun

Le 13 septembre 1958, l'armée française assassinait Ruben Um Nyobé, principal dirigeant de l'UPC (Union des Populations Camerounaises), un parti qui exigeait " l'indépendance immédiate " du Cameroun. Cette revendication était alors soutenue par une large fraction de la population, à qui l'impérialisme français fit la guerre comme en Indochine et en Algérie. Avec une différence : cette guerre fut menée sans qu'on en sache grand-chose en métropole.

Pendant la Première Guerre mondiale, les troupes françaises et britanniques s'emparèrent du Cameroun, une colonie allemande. En 1919, le pays fut placé sous tutelle par la Société des Nations, ancêtre de l'ONU. Quatre cinquièmes du pays furent confiés à la France ; le reste aux Britanniques.
En 1944, un syndicaliste français, Donnat, créait l'Union des syndicats confédérés du Cameroun (USCC), une centrale syndicale liée à la CGT française et qui, dès sa naissance, fut l'objet d'une campagne hostile des milieux colonialistes, Église catholique en tête. Les 24 et 25 septembre 1945, l'USCC lançait sa première grève générale.

Chasse coloniale aux indépendantistes

En réaction, les colons et le patronat blanc lancèrent une chasse à l'homme contre les syndicalistes. Les colons furent cependant reçus à coup de fusil par un militant syndical blanc, Lalaurie, qu'ils avaient espéré pouvoir arrêter à son domicile. Celui-ci tua un des dirigeants de la Chambre de commerce. Lui et trois autres syndicalistes échappèrent de peu au lynchage, mais leur procès fut conclu par un non-lieu.
En revanche, on ne sut jamais le nombre d'Africains victimes de ces deux journées de furie colonialiste. Il y eut en tout cas au moins quatre-vingts morts. Les militants syndicaux blancs ayant été rapatriés vers la métropole, la direction de la centrale fut alors assurée par les militants noirs. Ruben Um Nyobé en devenait le secrétaire général adjoint en octobre 1945 et le secrétaire général en 1947. Le 10 avril 1948, il créa un parti indépendantiste, l'Union des Populations du Cameroun (UPC), qui adressa à l'ONU des pétitions réclamant l'indépendance. En 1951, l'UPC rompit avec le RDA (Rassemblement Démocratique Africain), dont elle était une des sections, lorsque ce mouvement, dirigé par l'Ivoirien Houphouët-Boigny, cédait aux instances du ministre de la France d'outre-mer d'alors, François Mitterrand, et s'engagea dans la collaboration ouverte avec l'administration coloniale.

En 1952, l'ONU invita Um Nyobé, qui revendiqua du haut de sa tribune l'indépendance du Cameroun. Il profitait ainsi du fait que les États-Unis plaidaient pour la fin des empires coloniaux dont ils attendaient qu'elle leur ouvre de nouveaux marchés dans le monde. Le dirigeant nationaliste demanda que l'ONU fixe un délai pour que le Cameroun devienne maître de son destin.

Une guerre coloniale de quinze années

En 1955. Le haut-commissaire français au Cameroun se livra à une série de provocations qui finirent par déclencher des émeutes à Douala, à Yaoundé et dans d'autres villes plus petites. " On vit la troupe massacrer les Africains avec une sorte d'enthousiasme sadique ", écrivait Mongo Beti dans son livre Main basse sur le Cameroun. Et, une fois de plus, le nombre des morts resta inconnu.

En juillet 1955, l'UPC fut interdite. Ses dirigeants s'exilèrent ou entrèrent dans la clandestinité. En juin 1956, Gaston Defferre, ministre de la France d'outre-mer dans le gouvernement de Front républicain du socialiste Guy Mollet, faisait voter par le Parlement français une loi-cadre instituant un " exécutif indigène ", présidé par le gouverneur français mais flanqué d'un vice-président africain. Cette équipe devait rendre des comptes à une assemblée locale, où les colons restaient surreprésentés. Censé apaiser la situation, ce dispositif exacerba le sentiment national des Camerounais.

En juillet 1956, Pierre Messmer, gaulliste et ancien légionnaire, devint à son tour haut-commissaire du Cameroun. Il était chargé de mettre en oeuvre cette loi dite d'autonomie que l'UPC dénonçait comme un " semblant d'émancipation ". L'État français empêcha la participation de celle-ci aux élections locales de décembre 1956 en faisant traîner le processus qui aurait dû la sortir de l'illégalité. Il ne resta plus à l'UPC qu'à appeler à l'abstention, ce qu'elle fit avec un certain succès.

L'assassinat de deux colons, attribué à tort ou à raison à des membres de l'UPC, servit alors de prétexte pour réprimer le parti indépendantiste. L'impérialisme français réagit au Cameroun comme il l'avait fait en Indochine et comme il continuait alors de le faire en Algérie.

Les villageois furent réunis dans des camps de regroupement, tandis que l'armée quadrillait le pays. Tout Africain découvert hors de ces camps était considéré comme un ennemi et risquait sa vie. Il y eut des massacres et des tueries notamment dans le sud du pays.

En réaction, on estime qu'un tiers de la population prit le chemin du maquis, notamment dans les zones forestières. Les indépendantistes s'armèrent comme ils pouvaient, de fusils de chasse, lances et arbalètes. Puisque le parti d'Um Nyobé préférait l'indépendance à la pseudo-autonomie imaginée par la puissance coloniale, il fut déclaré " hors-la-loi ". L'armée pénétra dans les forêts où était installée l'UPC. L'étau se resserra autour d'Um Nyobé, qui fut assassiné le 13 septembre 1958 d'une rafale de mitraillette. Sa dépouille fut exhibée dans son village pour montrer qu'il était bien mort, puis son cadavre fut escamoté dans un coulage de béton.

Un Cameroun toujours " dépendant "

Mais la mort du principal dirigeant de l'UPC n'arrêta pas la rébellion. L'ouest du pays s'embrasa, tandis que la France installait un dictateur à sa solde, Ahidjo. Le 1er janvier 1960, derrière le paravent des fêtes de la pseudo-indépendance offerte par de Gaulle, la répression se poursuivait contre les indépendantistes. Le Cameroun " indépendant " restait de fait dans le pré carré français. Par exemple, les matières premières du sous-sol étaient d'abord la propriété de la France. Les dirigeants camerounais ne pouvaient en disposer que si le gouvernement français n'était pas intéressé.

L'armée nationale du Cameroun déclaré " indépendant ", encadrée et mise sur pied par la France qui en avait formé les cadres et continuait de l'épauler, menait une guerre totale aux partisans de l'indépendance. Elle allait durer finalement quinze ans, de 1955 à 1970. D'autres dirigeants de l'UPC furent assassinés : Félix Moumié, empoisonné par un agent des services secrets français ; Osendé Afana mort au maquis en 1966 ; Ernest Ouandié, fusillé en 1970 après une parodie de procès.

Cette guerre coûta la vie à des dizaines de milliers de Camerounais, peut-être même des centaines de milliers. On utilisa les tanks, les bombardements aériens y compris au napalm pour reconquérir les zones où la population sympathisait avec l'UPC, et contre tous ceux qui aspiraient à une véritable indépendance, c'est-à-dire débarrassée de la tutelle coloniale ou néocoloniale afin que la population puisse enfin bénéficier des richesses du pays accaparées par les trusts français.


Jacques FONTENOY (LO n°2095)

:: "Mondialisation", "globalisation" de l’économie - des expressions qui déguisent, plus qu’elles n’éclairent, la réalité de l’impérialisme

Les mots « mondialisation » et « globalisation » sont sortis depuis quelques années des cénacles des économistes distingués et du domaine de leur jargon professionnel pour devenir à la mode dans les médias et dans le vocabulaire des hommes politiques.

L’avantage de ces mots est qu’en eux-mêmes ils ne signifient pas grand-chose et qu’en conséquence on peut leur faire dire n’importe quoi. Ils sont ainsi à même de compléter judicieusement les termes « monnaie unique », « critères de convergence » et, bien entendu, l’inévitable « Maastricht », pour évoquer, selon les uns, un avenir de progrès et de bonheur ou, selon les autres, une calamité.

Il y a trois ans, la presse et les commentateurs ont fait une large publicité à un rapport fait au nom du Sénat et signé par un sénateur nommé Arthuis le même qui est devenu ministre de l’Economie comme l’on sait, depuis. Ce rapport dépeignait en termes catastrophiques la mondialisation comme un mouvement irrésistible de délocalisation. Or, s’alarmait Arthuis, il y a un véritable échange inégal entre les pays « à bas salaires » et les pays qu’il appelle « à haute protection sociale », et cet échange inégal ne peut générer que destructions d’emplois, chômage et pauvreté dans les seconds.

Il y a quelques jours encore, c’est le président de l’Assemblée, Philippe Séguin, qui s’en est pris à la « mondialisation » et à la « déréglementation généralisée de la sphère financière », pour se poser en défenseur d’une « base livrée aux emplois précaires et dévalorisés ou au chômage ».

Arthuis comme Séguin est dans l’air du temps car rares sont les patrons ou plutôt leurs porte-parole, dans la presse ou ailleurs, qui n’ont pas complaisamment disserté sur ces pays, comme le Vietnam, la Chine et quelques autres, où les salaires représentent 1/30e de ceux qui sont payés ici. Dans les mêmes milieux, on se garde cependant de préciser que si les capitaux se délocalisent si tant est qu’ils se délocalisent dans les pays à très bas salaires ce n’est pas par une opération du saint esprit, mais parce que leurs possesseurs ont trouvé rentable d’investir là-bas. Mais de toute façon, ce genre de discours annonce rarement, de la part de ceux qui les tiennent, des investissements réels au Vietnam, à Madagascar ou à Haïti : évoquer les salaires lamentables de là-bas est surtout une façon de faire pression sur les salaires d’ici.

De façon plus générale, le battage sur le thème de la « mondialisation » a souvent pour raison d’être l’établissement de relations de cause à effet entre la croissance des échanges internationaux, les exportations de capitaux plus ou moins assimilées à des délocalisations, et le chômage. Oh, que le capitalisme serait joli, s’il restait national... Ce ne sont évidemment que des mots et, même quand ils sortaient de la bouche d’un alors encore futur ministre de l’Economie, ils n’empêchaient pas un seul capitaliste d’aller placer son argent ailleurs, s’il y trouvait intérêt. Mais cela véhicule des stupidités sur les causes du chômage.

Le Parti communiste n’est cependant pas loin de voir les choses de la même façon. Dans un article récent de L’Humanité, Wurtz dit avec solennité « non à une mondialisation capitaliste ». Et de suggérer qu’il y a des moyens de limiter la capacité de nuisance des « groupes mondialisés » et pour « maîtriser le marché ». Pour conclure dans une envolée lyrique : « La France, et d’abord ses forces progressistes, ont donc un rôle à jouer pour contribuer à fédérer les résistances et à ouvrir des perspectives communes de changement. On n’imagine pas les attentes d’actes forts de notre pays ». Le rédacteur de l’article ne dit pas si « la France » qu’il évoque et qu’il prend soin de distinguer de « ses forces progressistes » comprend, aussi, les firmes multinationales françaises, car il y en a quelques-unes.

Comme pour Maastricht, le Parti communiste se retrouve sur le même terrain que le Front national. L’organisation lepéniste vient, en effet, de choisir la petite ville de Mamers, dans la Sarthe, où Moulinex prévoit de supprimer une usine, pour lancer « une campagne nationale contre la mondialisation » et la délocalisation. Bruno Mégret, présent lors du lancement de la campagne, y a brandi la menace d’une action de ses militants « chaque fois qu’une entreprise française sera menacée par la mondialisation ». Voilà donc un nouveau volet de la démagogie lepéniste pour compléter celui contre les travailleurs immigrés.

Les ancêtres politiques de Le Pen parlaient de « capital apatride » ou « cosmopolite ». « mondialisation » est plus dans l’air du temps. Et voilà le Front national qui fustige les syndicats pour être « complices du patronat et du gouvernement » car ils ne mènent pas, ou pas suffisamment, la lutte contre la mondialisation.

Rien que ce voisinage avec le Front national devrait inspirer aux militants du Parti communiste de salutaires réflexions sur la question. Mais il est vrai que la direction de leur parti leur a depuis longtemps fait canaliser leur indignation politique sur d’autres terrains que sur le terrain de classe, pour éviter de s’en prendre au capitalisme en s’en prenant à tel ou tel de ses aspects.

Derriere les mots, quelle réalité ?

Le terme mondialisation est censé recouvrir un ensemble d’évolutions économiques qui pourraient être résumées par les points suivants :

- L’intégration plus poussée dans le marché mondial de l’ensemble de la planète, du fait de la liquidation progressive des chasses gardées des puissances impérialistes de seconde zone (ex-colonies françaises, britanniques, etc.) et de la fin de l’isolement relatif des pays de l’ex-bloc soviétique.

- L’intensification du commerce international, favorisée par des accords commerciaux internationaux comme ceux qui ont abouti à la création de l’Organisation mondiale du commerce, qui s’essaye à diminuer les barrières, douanières ou autres, susceptibles de constituer un obstacle au commerce international.

- La circulation sans entrave des capitaux, avec pour conséquence un accroissement de ce que le jargon économiste désigne par le terme d’« investissements directs » en essayant de les distinguer sans y parvenir vraiment des déplacements purement spéculatifs de capitaux. Rappelons cependant que les capitalistes appellent « investissements » aussi bien le rachat total ou partiel d’entreprises déjà existantes que la création d’entreprises nouvelles. L’intensification incontestable des exportations de capitaux durant les quinze dernières années est due pour l’essentiel au rachat d’actions ou de titres de propriété d’entreprises existantes.

- La concentration accrue de capitaux suite aux fusions de groupes financiers et à leurs acquisitions et prises de contrôle d’entreprises à l’échelle internationale. Quelques groupes multinationaux gigantesques organisent l’activité économique de centaines de milliers, voire de millions d’hommes dans un grand nombre de pays de la planète. Ces trusts raisonnent à l’échelle du globe et déplacent leur activité, réelle ou comptable, dans les pays qui permettent de rendre maxima leurs profits nationaux.

- La prépondérance de la finance sur l’industrie et de la circulation financière sur la circulation des marchandises.

- L’abandon progressif par les États, dans les pays développés comme dans les pays pauvres, de la gestion directe de secteurs plus ou moins importants de l’économie, voire même des services publics.

La prédominance du capital financier sur le capital industriel, les exportations de capitaux, la constitution de grands groupes financiers importants dans un grand nombre de pays suite à une concentration croissante de capitaux, constituent en effet des faits majeurs, marquant toute l’économie et, au-delà, toute la vie sociale et politique. Mais cette évolution remonte déjà à près d’un siècle !

En 1916 déjà, Lénine avait pu constater que « le vingtième siècle marque un tournant où l’ancien capitalisme fait place au nouveau, où la domination du capital financier se substitue à la domination du capital en général ».

Comme tous les marxistes de l’époque même si tous n’en tiraient pas les mêmes conclusions Lénine appelait impérialisme cette nouvelle phase du capitalisme. Il ne combattait pas ce stade nouveau du capitalisme au nom de l’ancien. Il ne combattait pas l’émergence des grands groupes financiers au nom du retour au capitalisme familial et de libre concurrence. Il ne combattait pas la concurrence internationale exacerbée, les exportations de capitaux, « les délocalisations » le terme est nouveau, mais pas la chose au nom de l’utopie de la concurrence contenue à l’intérieur d’un seul pays. Il n’opposait pas au libre-échange à l’échelle internationale le protectionnisme national. Car il savait que ce sont là des attitudes différentes que le grand capital adopte, dans des proportions différentes, en fonction du rapport des forces et des nécessités du moment. Et il ne proposait surtout pas au prolétariat de faire sienne l’une ou l’autre de ces politiques de la bourgeoisie.

Il ne réclamait pas, non plus, un État national plus fort, pour pouvoir « résister aux marchés financiers ». Il savait que les États impérialistes ne sont pas « impuissants » face aux trusts, aux groupes financiers, mais qu’ils en sont les instruments.

Et s’il avait tiré une conclusion de tout cela, c’est que le capitalisme au stade impérialiste, source de pourriture pour la société, avait en même temps accumulé tous les matériaux nécessaires à sa destruction et à la réorganisation rationnelle de l’économie sous la direction du prolétariat. Et le passage suivant de L’impérialisme, stade suprême du capitalisme sonne plus moderne, et surtout plus juste, que toute la littérature consacrée aujourd’hui à la mondialisation ou à la globalisation :

« Quand une grosse entreprise devient gigantesque et organise méthodiquement, en tenant un compte exact des données multiples, la fourniture des deux tiers ou des trois quarts de toutes les matières premières nécessaires à des dizaines de millions d’hommes ; quand s’organise avec système le transport de ces matières premières aux lieux de production les mieux appropriés, et que séparent parfois des centaines et des centaines de verstes ; quand un centre unique a la haute main sur tous les stades successifs du traitement des matières premières, jusqu’à et y compris la fabrication de toute une série de variétés de produits finis ; quand la répartition de ces produits se fait d’après un plan unique parmi des dizaines et des centaines de millions de consommateurs (vente du pétrole, et en Amérique, et en Allemagne par le »trust du pétrole« américain). Il est évident que nous sommes en présence d’une socialisation de la production, et non point d’un simple entrelacement, que les rapports de l’économie privée et de la propriété privée constituent une enveloppe qui ne correspond plus à son contenu, qui nécessairement doit pourrir si l’on en diffère artificiellement l’élimination, qui peut rester en état de putréfaction assez longtemps (si, au pis aller, la guérison de l’abcès opportuniste traîne en longueur), mais qui, néanmoins, sera nécessairement éliminé ».

Une simple question de vocabulaire ?

Le fait de présenter la « mondialisation » comme un phénomène nouveau n’est pas un simple changement de vocabulaire. Encore que le vocabulaire lui- même est nécessairement orienté. Derrière l’apparente neutralité des termes « mondialisation » ou « globalisation », il y a une orientation politique, il y a la volonté d’occulter les relations de domination entre un petit nombre de pays impérialistes et le reste du monde.

Le terme « mondialisation » permet ainsi de suggérer qu’un grand nombre de pays se sont engagés sur la voie du développement capitaliste, au même titre que ceux qui les ont précédés. Beaucoup ne se contentent d’ailleurs pas de le suggérer, mais l’affirment. Et d’évoquer les fulgurants succès économiques de ceux qu’on appelle les « dragons de l’Asie » : Corée du sud, Taïwan, Hong-Kong, Singapour. Il est même à la mode de discuter de la date à laquelle la Chine remplacera les États-Unis comme première puissance économique du globe.

Même chose pour le commerce international, pour lequel la mondialisation est présentée comme l’accession d’un nombre croissant de pays au rang de concurrents à part entière, susceptibles de tailler des croupières sinon globalement aux pays impérialistes et encore ! du moins à un grand nombre de leurs industries. Il en découle tout naturellement l’argument que le chômage vient de la concurrence des pays à bas salaires et qu’en conséquence, les travailleurs des pays impérialistes doivent se sentir en compétition avec ceux des pays pauvres. Le fait de poser les problèmes en termes de « pays » Corée du Sud, Indonésie, Malaisie permet par la même occasion d’occulter le fait que les entreprises industrielles de ces pays sont souvent contrôlées par des groupes financiers des vieilles puissances impérialistes.

Portée et limites du développement du commerce international

L’économie est internationale et étouffe depuis bien longtemps dans les cadres nationaux. Mais ces cadres nationaux persistent, et l’internationalisation de l’économie est la résultante d’un combat permanent où chaque capitaliste, chaque groupe capitaliste et leurs États cherchent à se protéger sur leur marché national tout en essayant, au moyen du marché international « libéré » des entraves, d’élargir leur accès.

Malgré la multiplication des négociations commerciales, bipartites, régionales ou internationales, malgré l’Organisation mondiale du commerce, en fonction depuis le 1er janvier 1995 avec comme ambition affichée de faciliter le libre-échange à l’échelle internationale, le marché international n’est nullement « libre », au sens d’un accès égal pour tous. Il est un lieu de confrontation des rapports de forces. Les dirigeants de la plus puissante des nations impérialistes, les États-Unis, promoteurs principaux par ailleurs de l’Organisation mondiale du commerce, ne se gênent nullement pour déclarer qu’ils n’acceptent les règles de cette dernière que pour autant qu’elles ne soient pas préjudiciables à leurs intérêts économiques. Plus encore qu’au temps où l’existence du bloc soviétique imposait à la politique extérieure des États-Unis des préoccupations d’ordre militaro-politique, la diplomatie américaine est une auxiliaire des stratégies économiques des trusts. Parler de libre- échange dans la guerre économique que se mènent, par exemple, l’impérialisme américain et l’impérialisme japonais, c’est une plaisanterie.

Autant dire que seuls les plus forts accèdent véritablement au marché mondial. Quand cela arrive à un pays pauvre, c’est très souvent parce qu’un groupe industriel d’une puissance impérialiste juge plus facile de se dissimuler derrière un petit pays. Il est par exemple de notoriété publique que, devant les barrières mises à certaines époques devant leur commerce international par les États-Unis ou par les principaux pays européens taxes élevées et surtout quotas , les trusts japonais ont préféré contourner les obstacles en remplaçant les « made in Japan » par « made in Indonesia » ou « made in Malaysia ».

Le commerce international se développe depuis la guerre plus rapidement que la production. Il a joué un rôle certain dans le fait que la stagnation économique depuis vingt ans ne s’est pas transformée en un effondrement économique catastrophique. Néanmoins, il n’y a pas eu une accélération significative dans la croissance des échanges internationaux au cours des dix ou quinze dernières années. Ce serait même plutôt le contraire. D’après ce qu’en dit Elie Cohen, économiste au CNRS, dans un livre récent, « Le commerce international a crû de 6,6 % en moyenne annuelle de 1950 à 1980, soit 2,3 points de PIB de plus que la progression de la production. Dans les années 1980, l’écart n’a plus été que de 0,9 points PIB. La période 1991 -1993 qui se caractérise dans les pays européens par un ralentissement de la croissance du PIB, voit aussi le commerce extérieur se ralentir ». Et le même économiste affirme que sur le long terme, depuis le début du siècle, si « le monde a connu des périodes d’ouverture et de fermeture, il n’est au total pas plus ouvert qu’il ne l’a été à la veille de la Première Guerre mondiale ».

Après une longue période de recul du commerce mondial dans la période d’entre les deux guerres, conséquence de la chute de la production de la grande crise mais aussi des politiques protectionnistes des États, le commerce international s’est certes accru depuis la fin de la guerre en volume et en valeur, mais la part de la production des grandes puissances impérialistes qui va sur les marchés extérieurs, est globalement du même ordre qu’en 1913.

Les changements de frontières le cas échéant, les changements dans la nature des produits, rendent les comparaisons très approximatives. Néanmoins, pour les États-Unis, les exportations ne représentent toujours que 7,1 % de leur production, alors qu’elles étaient déjà à 6,1 % en 1913. La part des exportations s’est certes accrue de façon significative pour ces deux pays complémentaires que sont la France et l’Allemagne, en passant entre 1913 et 1992 respectivement de 13,9 à 17,5 % et de 17,5 à 24 % de la production nationale. Mais, en revanche, et contrairement à bien des idées reçues, la part de l’exportation par rapport à la production a reculé pour le Japon et pour le Royaume-Uni, tombant entre 1913 et 1992, respectivement de 12,3 à 9,2 % et de 20,9 à 18,2 %.

Il faut ajouter, en revanche, qu’une partie importante du commerce international d’aujourd’hui est constituée tout simplement d’échanges entre entreprises d’un même trust, voire entre départements ou ateliers d’une même entreprise. Les exportations internes à un même trust représentent par exemple aujourd’hui 33,5 % des exportations des États-Unis ! L’interpénétration accrue des économies se réalise essentiellement à l’intérieur des grands trusts multinationaux.

L’Europe dans la concurrence internationale

Le commerce international a une importance primordiale pour les puissances impérialistes d’Europe, littéralement étouffées dans leurs territoires exigus. Le commerce intra-européen est vital pour toutes.
Voilà pourquoi les pays les plus développés d’Europe sont engagés depuis plus de quarante ans dans ce qu’ils appellent la « construction européenne ». Il a fallu aux bourgeoisies allemande, française, britannique, italienne et avec un poids moindre, hollandaise et belge, aux intérêts concurrents en même temps que complémentaires, plus de quarante ans de marchandages, de petits progrès et de retours en arrière pour liquider plus ou moins complètement les barrières douanières, les obstacles tarifaires et pour essayer de mettre un peu d’ordre dans la jungle des initiatives que chaque État national peut prendre pour rendre plus difficile la pénétration des capitaux du concurrent chez lui et favoriser la pénétration des siens chez les autres. Et une fois que les principales puissances économiques du continent principalement l’Allemagne, la France et l’Angleterre et dans une certaine mesure l’Italie eurent réussi à créer un marché commun, sinon unique, les autres pays industriels du continent n’ont plus eu d’autre choix que de s’aligner. Ce qu’ils ont fait et continuent à faire, les uns après les autres.

La récente crise dite de la vache folle a, d’ailleurs, rappelé avec quelle rapidité les barrières peuvent se remettre en place. Leur « construction européenne » n’a nullement supprimé les États nationaux elle n’en a toujours pas l’ambition et chaque État peut en principe défaire ce qui s’est fait avec son accord.

Les débats sur « supranationalité » contre « souveraineté nationale » dans lesquels s’est engouffré le PC derrière une partie de la droite et le Front national sont au mieux oiseux, mais en réalité mensongers. Les discours sur les « autorités de Bruxelles qui imposent leurs directives aux États » sont mensongers. L’autorité de Bruxelles n’a pas remplacé l’autorité des États, qui continuent à représenter les intérêts de leurs bourgeoisies respectives. Elle n’en est que l’émanation. Bruxelles ne fait rien qui ne résulte des décisions des États, ou en tous cas, des compromis acceptés par eux, sur la base des rapports de forces entre les bourgeoisies concernées. Et les États les plus puissants de l’Union européenne, dont la France, ont tous les moyens de refuser les directives qu’ils ne veulent pas appliquer et ne se gênent pas pour le faire, comme vient de le monter Juppé tout récemment, en refusant d’appliquer une directive écologiste de Bruxelles (pourtant votée par le délégué français) car elle était préjudiciable à la majorité sur le plan électoral. Cela n’empêche pas les dirigeants politiques de se réfugier derrière les « décisions de Bruxelles » ou « les directives de la Commission européenne » lorsque cela les arrange, pour ne pas imposer des décisions impopulaires. Mais désigner Bruxelles comme responsable de la politique de sa propre bourgeoisie est encore une façon de tromper les travailleurs.

Un des principaux moyens de favoriser leur propre bourgeoisie qu’ont conservés les États nationaux jusqu’à nos jours réside dans l’utilisation de leur monnaie nationale comme arme de guerre contre les autres. Les fameuses « dévaluations compétitives », exécutées dans la période récente par l’Espagne, le Portugal ou l’Italie et la Grande- Bretagne, fournissent une illustration de l’utilisation de ce moyen.

Voilà pourquoi l’Allemagne et la France, les deux piliers de la construction européenne car ce sont elles qui y ont finalement le plus intérêt tiennent depuis plusieurs années à faire déposer par tous cette arme-là en créant une monnaie européenne unique. Cela demande une certaine homogénéisation des politiques budgétaires, un certain nivellement des taux d’intérêt et une inflation à peu près similaire. Voilà le fondement de ces « critères de convergence » établis à Maastricht qui ne sont que l’expression de l’accord entre bourgeoisies européennes pour imposer quelques règles et pour s’interdire quelques coups bas.

La monnaie européenne n’est pas encore faite et certaines des puissances majeures du continent, la Grande-Bretagne en particulier, n’ont pour le moment pas l’intention de s’y associer. Il est cependant vraisemblable aujourd’hui qu’elle se fasse au moins entre l’Allemagne et la France et dans les pays de leurs sphères d’influence, car elle correspond aux intérêts de la grande bourgeoisie. Ce sera un facteur d’unification purement consensuel et peut-être temporaire, mais facteur d’unification quand même entre pays d’Europe. Ce sera en même temps un instrument de guerre économique contre l’extérieur. La monnaie européenne n’existe même pas encore que déjà quatre grands patrons, deux français et deux allemands, exigent dans une tribune libre récemment parue dans Le Monde, que sa parité soit telle par rapport au dollar et au yen qu’elle avantage les exportations. Les entreprises allemandes et les entreprises françaises ne pourront faire la course en tête avec un tel boulet au pied, insistent-ils, le boulet étant un « euro » trop fort par rapport aux devises américaine et japonaise.

« L’Europe unie » n’est que l’organisation conflictuelle de la sphère d’influence des principales puissances européennes, tout à la fois rivales entre elles et obligées de s’entendre face à plus puissantes qu’elles (les États-Unis et le Japon). L’exigence d’une monnaie unique elle-même ne fait que refléter une situation où même la plus puissante des économies, celle de l’Allemagne, n’est pas en position d’imposer sa monnaie, le deutschemark, comme monnaie acceptée par tous. Les États-Unis n’ont pas ce type de problème à l’intérieur de leur propre sphère d’influence régionale organisée, l’ALENA, dont font partie également le Canada et le Mexique, tant le dollar fait office de monnaie commune indiscutée.

Délocalisations et concurrence asiatique

Quand Arthuis et bien d’autres évoquent le danger représenté par les pays à bas salaires pour l’industrie et partant, pour l’emploi en France, ils entendent parler d’un certain nombre de pays d’Asie. Ils seraient plus difficilement crédibles en brandissant la menace du Mali, du Sénégal, et plus généralement, de cette Afrique qui, loin de s’industrialiser, a plutôt tendance à se désindustrialiser.
Il y a de toute façon une mauvaise foi certaine à évoquer la pénétration des voitures ou des ordinateurs sud-coréens sur le marché français sans ajouter que si la bourgeoisie française accepte d’entrouvrir ses frontières devant des importations de ce type, c’est parce qu’elle espère en contrepartie revendre à la Corée des TGV ou des avions. Là encore, dans la concurrence, ce ne sont nullement des forces économiques immatérielles qui agissent, mais des intérêts. Et l’État ne subit pas des forces contre lesquelles il serait impuissant : il marchande pour le compte de ses capitalistes.

Qu’en est-il de ces fameuses « délocalisations » vers les pays à bas salaires ?

A quelques rares secteurs près, elles sont négligeables. Laisser entendre que l’ouverture des frontières à la concurrence asiatique serait responsable, au moins partiellement, des cinq millions de chômeurs ou semi-chômeurs de ce pays, c’est un mensonge éhonté.

Les investissements de capitaux français à l’extérieur rachats d’entreprises principalement se sont certes considérablement accrus (ils ont été multipliés par 4 entre 1986 et 1992). Mais dans leur quasi totalité, ils ont pour but d’accéder à de grands marchés et sont allés vers des pays déjà industrialisés. Seuls 6 % de ces investissements sont allés vers des pays sous-développés, et 2 % seulement vers l’Asie orientale. Et encore, près de la moitié des investissements des pays impérialistes dans les pays sous-développés concerne le secteur minier, ou encore le tourisme, c’est-à-dire des secteurs où il ne s’agit pas de déménager une entreprise de France vers un pays à bas salaires.

Pour bas que soient les salaires dans les pays d’Afrique ou d’Asie de l’Est, ils sont loin d’exercer cette attraction fatale sur le grand capital français dans laquelle Arthuis voit la principale menace pour l’industrie de France. Car les bas salaires ne compensent pas facilement l’insuffisance ou la mauvaise qualité des infrastructures, la productivité plus basse du travail, l’insécurité et l’éventuelle instabilité politique, sans parler du coût du transport. Dans les quelques pays semi-développés qui ne posent pas, ou plus, ces problèmes, la Corée du Sud ou Taïwan notamment, les luttes ouvrières aidant, les salaires finissent par augmenter. Un ouvrier travaillant dans une grande entreprise de Séoul n’est pas loin de toucher, à qualification égale, un salaire équivalent à celui d’un travailleur de la région parisienne.

Pour certains produits concernant essentiellement deux secteurs (le textile et les composants électroniques), l’attraction des bas salaires joue. Les parcs industriels, spécialement aménagés en Indonésie ou à Singapour, où la main-d’oeuvre bon marché est livrée en même temps que les aménagements, attirent un certain nombre de trusts de l’électronique ou de l’audiovisuel (Thomson, Schneider notamment, aux côtés de Philips, ATT ou Sanyo). Et il en est d’autres du textile, pour profiter de la main-d’oeuvre encore plus mal payée des « zones spéciales » en Chine. Mais il ne faut pas oublier que pour les principaux secteurs où est concerné le grand capital, la part du capital variable est de plus en plus faible par rapport à celle du capital constant. La part des salaires serait de moins de 10 % par rapport au capital investi dans l’industrie automobile, 5 % dans les entreprises fabriquant des télévisions de dernière génération, 3 % dans la filière des semi- conducteurs. Lorsque Citroën investit en Chine, il profite bien sûr de la main-d’oeuvre bon marché, non pour faire envahir la France par des voitures « made in China », mais pour en vendre à la couche de privilégiés chinois.

Et la délocalisation vers d’autres pays industrialisés ?

La « mondialisation » et le « dumping social » ont encore été invoqués lorsque, en 1993, l’entreprise Hoover décida de délocaliser son usine de Dijon pour l’installer en Ecosse. Ils sont invoqués avec le déménagement actuel de l’usine JVC de la Lorraine, toujours vers l’Ecosse.

Il y a de quoi être choqué par le « droit » d’un patron de fermer son usine comme il l’entend, pour la déménager là où il veut, en fonction de ses seuls intérêts. Il y a de quoi être choqué, dans le cas de JVC, par le fait que l’entreprise avait touché des primes importantes pour s’installer en Lorraine et qu’elle se prépare maintenant à en toucher d’autres comble des combles, de la part de Bruxelles là où elle va s’installer.

Mais ce genre de déménagement, et pour les mêmes raisons, n’est pas meilleur lorsque l’endroit quitté et l’endroit de destination sont tous les deux en France. Le détournement de l’affaire vers le protectionnisme national est d’autant plus ridicule que ni Hoover ni JVC ne sont des entreprises « françaises ».

De façon plus générale, si la France est une des principales puissances exportatrices de capitaux dans le monde, elle est aussi une des premières importatrices. Insister seulement sur les 2,2 millions de travailleurs d’autres pays qui ont trouvé du travail dans des entreprises sous contrôle de capitaux français exportés, pourrait être seulement ridicule, car les firmes à capitaux étrangers emploient près d’un quart des salariés en France.

La mondialisation permet-elle aux pays pauvres de rattraper les pays riches ?

C’est une stupidité intéressée largement répandue. Elle est appuyée d’abord sur l’escroquerie qui consiste à extrapoler à partir d’une vingtaine de pays semi- développés d’Asie et d’Amérique latine des généralisations sur l’ensemble des pays pauvres.

L’administrateur du PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement) qui, à en juger par ses fonctions, n’est certainement pas un révolutionnaire, vient de déclarer dans une interview récente donnée au journal Le Monde :

« Il y a un premier mythe à combattre. C’est celui d’un monde en développement qui, grâce à la globalisation de l’économie mondiale, irait de mieux en mieux sous la conduite d’une quinzaine de dragons ». En réalité, « dans plus d’une centaine de pays, le revenu par habitant est aujourd’hui plus bas qu’il n’était il y a quinze ans. En clair, près de 1,6 milliard d’individus vivent plus mal qu’au début des années quatre-vingt ».

"En l’espace d’une génération et demie, l’écart entre pays riches et pauvres s’est accru. Au début des années soixante, il était de 1 à 30 entre les 20 % les plus riches de la planète et les 20 % les plus pauvres. Aujourd’hui, il est de 1 à 60, alors même que la richesse globale a considérablement augmenté (...).

Les trois quarts du flux d’investissements étrangers directs destinés aux pays pauvres se concentrent en fait sur moins d’une douzaine de pays, la plupart situés en Asie. L’Afrique, elle, n’a droit qu’à des miettes (6 %), et les pays les moins avancés, dont le continent noir fournit le gros du contingent, à un maigre 2 %".

Mais même le prétendu développement de cette douzaine de pays qui bénéficient de la quasi totalité des flux d’investissements occidentaux n’est qu’une extrapolation, orientée, à partir de l’industrialisation et de l’augmentation rapide de la production de certaines zones franches en fonction des besoins des commanditaires impérialistes.

En voie de développement, la Chine ? En voie de développement même le Mexique ? « Le privilège » de bénéficier des investissements occidentaux signifie surtout une exploitation et un pillage plus grands, l’émergence ou le renforcement d’une couche privilégiée locale plus ou moins compradore avec, et c’est le seul aspect positif pour l’avenir, la transformation d’une fraction toute petite des classes pauvres de ces pays en prolétariat. Et puis, est- ce que les entreprises étrangères en Chine sont plus importantes relativement qu’elles ne l’étaient en 1927 ?

Il est possible de citer quelques grandes sociétés multinationales coréennes ou brésiliennes. Encore faudrait-il voir, pour chacune, quelle est la part de capitaux américains ou japonais. Mais de toute façon, parmi les cent plus importants trusts qui dominent l’économie mondiale, il n’y en a pas un seul issu des pays du Tiers monde. Les trois quarts (75 sur les 100) se répartissent entre cinq pays impérialistes : les États-Unis, bien sûr, le Japon, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Les rapports de forces entre puissances impérialistes ont changé depuis l’époque où Lénine a écrit L’impérialisme, stade suprême du capitalisme, mais pas l’identité des principaux brigands qui pillent la planète.

Mondialisation et étatisme

La « mondialisation » n’a pas réduit le rôle des États. Au contraire. Et pas seulement dans le domaine de la diplomatie économique. Dans tous les pays impérialistes, même ceux dont les dirigeants font le plus profession de foi de libéralisme, le budget de l’État, les caisses publiques sont transformés en réservoirs destinés à financer le parasitisme des grands groupes financiers. D’où l’abandon croissant des services publics, même dans les pays les plus riches. D’où aussi l’endettement considérable et sans cesse croissant des États.

C’est un éclairage particulièrement orienté que de présenter les États impérialistes comme les victimes impuissantes des marchés financiers. Les États ne sont pas les victimes passives de l’évolution économique, mais des acteurs conscients. Ce sont eux, leurs déficits, leurs émissions d’emprunts pour les combler, leurs besoins de financement pour aider leur grande bourgeoisie, leurs politiques de privatisation même, qui alimentent les capitaux spéculatifs.

C’est pourquoi, revendiquer un rôle accru pour les États nationaux comme antidote à la mondialisation, synonyme de capitalisme débridé, présenter cela comme une idée progressiste, comme le fait le PC, est une stupidité. Et une stupidité réactionnaire.

Il n’y a pas de retour en arrière par rapport à l’impérialisme. Et si l’impérialisme se sentait contraint par une crise, par un effondrement économique, de se réfugier derrière des politiques protectionnistes, cela se ferait au prix d’un abaissement encore plus catastrophique du niveau de vie de la classe ouvrière, au prix aussi de régimes autoritaires ou fascistes pour l’imposer. L’intérêt du prolétariat, ce n’est pas de combattre l’internationalisation de la production, l’interpénétration des économies, mais de combattre pour le renversement de l’ordre capitaliste à l’échelle du monde. La réorganisation de l’économie sur une base supérieure, rationnelle le communisme n’est possible que sur la base d’une économie qui, quoi qu’en disent les réactionnaires de tous bords, est internationalisée depuis longtemps. Et si, en sous- produits modestes des exportations de capitaux impérialistes, des entreprises industrielles naissent là où il n’y en avait pas auparavant, si cela fait surgir un prolétariat industriel là où jusqu’à maintenant il n’y avait que des masses pauvres sous-prolétarisées, eh bien, tant mieux. Les travailleurs de Corée du Sud, d’Indonésie ou de Chine ne sont pas des adversaires, ni même des concurrents, mais les contingents nouveaux de ce prolétariat mondial qui, seul, peut arracher le pouvoir à la bourgeoisie et mettre fin au capitalisme et à son avatar ultime, l’impérialisme. 

(LO, 26 octobre 1996)

samedi 5 septembre 2015

:: Du 5 au 8 septembre 1915, la conférence de Zimmerwald. L'internationalisme socialiste contre la boucherie impérialiste


Les nécessités politiques de la construction européenne ont quelque peu transformé les programmes d'histoire enseignés dans les écoles et le discours officiel sur ce que fut réellement la grande boucherie de 1914-1918. Les films et les livres sur les fraternisations, les mutineries, l'absurdité et la sauvagerie de cette guerre ne sont plus interdits.

La République française parle même de réhabiliter les mutins qu'elle avait fusillés à l'époque et, tous les 11 novembre, ses représentants actuels déplorent le massacre perpétré pourtant avec l'assentiment de leurs prédécesseurs. Mais on est loin du compte, tant en ce qui concerne l'horreur de cette guerre que la responsabilité des classes dirigeantes dans son déclenchement.

Car cette guerre de partage du monde entre puissances impérialistes ne fut possible que parce que les États, France, Allemagne, Grande-Bretagne, Russie, l'avaient préparée, voulue, organisée. Parce qu'ils avaient déchaîné la propagande nationaliste afin d'enchaîner les peuples de chaque pays derrière leurs gouvernements et leurs états-majors respectifs.

Leur tâche fut grandement facilitée par la trahison des directions de presque tous les partis et syndicats ouvriers européens. Les dirigeants socialistes, qui avaient pourtant voté des résolutions pour s'opposer à la guerre, qui avaient analysé le fonctionnement de l'économie capitaliste et la course à la guerre qui en découlait, cédèrent à toutes les pressions nationalistes. En France, en Allemagne, en Grande-Bretagne, ils trahirent leur internationalisme et se rangèrent en bons petits soldats derrière les généraux et les marchands de canons. Au passage, la guerre et leur servilité permirent à quelques-uns d'entre eux d'accéder aux postes gouvernementaux pour la première fois. Pour les chefs, les salons des ministères ; pour la piétaille des militants trahis par leur direction, le sort commun, la tranchée.

Mais tous ne cédèrent pas. En Allemagne, des socialistes comme Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, en France les syndicalistes révolutionnaires Pierre Monatte et Alfred Rosmer, en Russie les dirigeants révolutionnaires Lénine et Trotsky et une majorité du mouvement ouvrier restèrent fidèles à l'idéal socialiste. Ce fut au prix de l'isolement, de la prison parfois, de l'exil.

Tous ces militants affirmèrent dès le début de la guerre que la cause unique en était le système capitaliste et qu'il n'en sortirait que misère, désolation et, aussi, révolutions. Ils n'eurent de cesse de renouer les liens entre les militants des pays belligérants, dans le but de proclamer ensemble que leur foi dans l'internationalisme restait intacte et que eux, au moins, n'avaient trahi ni leur programme ni leur classe sociale. C'est ainsi que du 5 au 8 septembre 1915, dans le village suisse (pays neutre) de Zimmerwald, près de Berne, une poignée de militants européens réunirent la première conférence socialiste internationale depuis le début des hostilités. Selon les souvenirs de Trotsky, toute la conférence tenait dans quatre voitures ! Mais le simple fait que cette conférence ait pu se tenir renforça les militants isolés ou emprisonnés et leur redonna une perspective. Au milieu des ruines et des massacres, le drapeau rouge était relevé.

Ainsi le Manifeste de Zimmerwald, signé par des militants venus de onze pays d'Europe, dont la France, l'Allemagne et la Russie, commença-t-il à circuler et à traverser les frontières. Il rappelait aux travailleurs que le programme de l'Internationale Socialiste, que le socialisme étaient toujours à l'ordre du jour, que cette perspective était même la seule pour sortir de la barbarie guerrière. Le Manifeste se concluait par ces mots : « Ouvriers et ouvrières, mères et pères, veuves et orphelins, blessés et mutilés, à vous tous qui souffrez de la guerre et par la guerre, nous vous crions : par-dessus les frontières, par-dessus les champs de bataille, par-dessus les campagnes et les villes dévastées, prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

Aussi peu nombreux qu'aient été les internationalistes révolutionnaires en 1915 et aussi pourchassés fussent-ils, c'est à eux que l'histoire a donné raison. En 1917, la guerre mondiale accoucha en effet de la plus grande crise révolutionnaire qu'ait connue le monde à ce jour, au cours de laquelle le prolétariat mondial contesta, au nom du socialisme, le pouvoir à la bourgeoise.

Paul GALOIS (LO n°2197)

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Du 5 au 8 septembre 1915, pour la première fois depuis le début du premier conflit mondial qui ensanglantait l'Europe, des militants ouvriers venus de différents pays se retrouvaient pour proclamer leur hostilité à la guerre. C'était dans le petit village suisse de Zimmerwald.

L'Union sacrée

Lors de la déclaration de guerre en août 1914, les partis socialistes des différents pays s'étaient lamentablement rangés derrière leur propre bourgeoisie, sauf en Russie, et la majorité des députés socialistes avaient voté les crédits de guerre. En France, des dirigeants comme Jules Guesde étaient devenus ministres, tout comme en Belgique où le président de l'Internationale Socialiste, Émile Vandervelde, entra lui aussi au gouvernement.

En quelques jours, toutes les résolutions des derniers congrès socialistes avaient été reniées. Oubliées les dénonciations de cette guerre menée «pour les profits des capitalistes et l'orgueil des dynasties», oubliée aussi cette volonté un temps exprimée d'«exploiter la crise économique et politique pour précipiter la chute de la domination capitaliste». Les dirigeants socialistes, emportés par la vague chauvine, étaient entrés dans une union sacrée avec leur bourgeoisie, appelant de fait les ouvriers des différents pays à s'entretuer. Seul le Parti Bolchevik de Russie continuait à s'opposer à la guerre, proclamant: «Il faut tourner nos armes, non contre nos frères, les esclaves salariés des autres pays, mais contre les gouvernements et les partis réactionnaires et bourgeois de tous les pays.» Ailleurs, seules de petites minorités étaient restées fidèles à l'idéal internationaliste. En Allemagne, il s'agissait de militants regroupés autour de Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg, en France du petit noyau de syndicalistes et de socialistes constitué par Monatte, Rosmer, Merrheim, qui se réunissaient avec les émigrés russes du journal Nache Slovo animé par Trotsky, ailleurs de petits groupes sans grande influence dans les premières années de la guerre, mais qui existaient dans pratiquement tous les pays. Ces internationalistes n'étaient que de «faibles lueurs dans la nuit», comme l'écrivit l'un d'eux, Alfred Rosmer, mais des lueurs d'espoir. Zimmerwald permit pour la première fois à ces minorités de tisser des liens.

Un premier pas

Ce furent des socialistes de pays neutres qui prirent l'initiative de la conférence, se heurtant à l'opposition des dirigeants des partis socialistes des pays belligérants, pour qui il n'était pas question de discuter avec un ennemi, fût-il lui aussi socialiste. Ce fut donc à Zimmerwald que le socialiste suisse Robert Grimm organisa la première conférence contre la guerre. Bien des militants n'avaient pu s'y rendre, au premier rang desquels Karl Liebknecht, mobilisé, qui adressa un message. Les délégués étaient peu nombreux. Il ne leur fallut que quatre voitures pour gagner la montagne. Des rapports furent présentés sur la situation dans les différents pays, une déclaration commune contre la guerre rédigée par les délégués français et allemands. Mais le plus important fut le manifeste que la conférence adressa aux travailleurs de tous les pays.

Celui-ci donna lieu à des débats passionnés car, au-delà de leur commune opposition à la guerre, les divergences étaient importantes entre les délégués. Une partie d'entre eux, qui composait le courant pacifiste, avait pour objectif prioritaire la fin de la guerre, sans en préciser les moyens, et la renaissance de la Deuxième Internationale, quitte à accepter pour cela une «amnistie réciproque», comme ironisait Lénine. Mais pour les internationalistes révolutionnaires, regroupés autour de Lénine justement, la perspective était tout autre. Elle était la révolution. «Les socialistes ont pour devoir... de chercher à transformer la guerre impérialiste entre les peuples en une guerre civile des classes opprimées contre leurs oppresseurs, en une guerre pour l'expropriation de la classe des capitalistes, pour la conquête du pouvoir politique par le prolétariat, pour la réalisation du socialisme», précisait le projet présenté par Lénine. Dans ce combat, la Deuxième Internationale avait définitivement fait faillite.
À l'égard des chefs socialistes passés à l'union sacrée, aucune attitude conciliatrice n'était possible. Il n'était pas question de recoller les bouts, comme l'auraient voulu les pacifistes, mais d'une lutte implacable qui, à terme, ne pouvait conduire qu'à la création d'une nouvelle Internationale. «Dans ce petit village de la montagne suisse, écrivit Trotsky, Lénine posa les premières pierres de l'Internationale révolutionnaire.»

Un texte de compromis fut rédigé par Trotsky et adopté à l'unanimité. Lénine estimait en effet que les bolcheviks et la gauche internationaliste «avaient réussi à faire admettre nombre d'idées fondamentales du marxisme révolutionnaire», c'est pourquoi il vota le texte. «Le Manifeste, expliquait-il, constitue un pas en avant vers la lutte effective contre l'opportunisme, vers la rupture et la scission avec lui. Ce serait du sectarisme que de renoncer à ce pas en avant avec la minorité des Allemands, des Français, des Suédois, des Norvégiens et des Suisses.»

Vers la révolution

Effectivement, le premier pas fait à Zimmerwald fut suivi de bien d'autres. Dans l'immédiat, la conférence resta ignorée de la grande masse des ouvriers et des soldats, la censure des gouvernements et des partis socialistes se combinant pour en étouffer l'écho. Mais, avec leurs faibles moyens, les internationalistes réussirent à la faire connaître à ceux qui, dans le mouvement ouvrier, se posaient des questions. Rosmer décrit ainsi comment leur situation s'en trouva modifiée en France: «En provoquant un réveil général, la conférence de Zimmerwald a atteint son but essentiel, elle a tiré le mouvement ouvrier de la honteuse torpeur de l'union sacrée... On peut déjà dire que le règne du socialisme de guerre est fini, bien qu'il faudra un long temps encore pour l'abattre. Mais il ne cessera plus de décroître, alors que le phare de Zimmerwald rassemblera des forces grandissantes.» Les horreurs de la guerre, la difficulté de l'existence à l'arrière allaient donner vie à la perspective tracée par Lénine à Zimmerwald: transformer la guerre impérialiste en révolution.

Daniel MESCLA (LO n°1936)

:: 27 juillet 1953 : fin de la guerre de Corée. La partition de la péninsule imposée par les États-Unis

Le 27 juillet 1953, la signature d'un simple armistice mettait fin à la guerre de Corée en confirmant la division de la péninsule en deux territoires. Elle avait commencé trois ans plus tôt, quand la Corée du Nord comme celle du Sud entendaient imposer par la force la réunification du pays. Mais ce conflit Nord-Sud était dominé par d'autres enjeux, ceux du conflit entre les États-Unis et l'URSS qui menaçait de se transformer en un conflit mondial.
 
Sous la férule impérialiste

En 1916, les États-Unis avaient garanti leur mainmise sur les Philippines en abandonnant la Corée au Japon, qui en avait fait sa colonie. L'impérialisme japonais en avait pillé les matières premières, mais il y développa des industries, si bien qu'en 1945 la Corée était devenue la seconde économie d'Asie.
Le peuple coréen, comme d'autres peuples à la sortie de la guerre, aspirait à l'indépendance. Mais à la conférence de Yalta, en février 1945, le président américain Roosevelt avait imposé que la Corée reste sous « administration conjointe » des États-Unis et de l'URSS, alors alliés. Six mois plus tard, pour limiter l'influence de l'URSS, Washington imposait la partition de la péninsule en deux zones, de part et d'autre du 38e parallèle.

Dès la défaite du Japon, la République populaire fut proclamée à Séoul. Les États-Unis tentèrent de reprendre le contrôle du sud, où ils rétablirent l'administration et la police de l'époque japonaise. Ils interdirent les comités populaires, les organisations communistes, les syndicats et arrêtèrent en masse leurs militants. Ils installèrent la dictature de Syngman Rhee avec l'accord des grands propriétaires. En 1946, pendant des mois, l'armée américaine réprima sans ménagement le soulèvement des ouvriers et des paysans.

Au nord, le régime de Kim Il-sung, soutenu par l'URSS, puis par la Chine à partir de 1949, lança une réforme agraire et nationalisa les industries japonaises, tandis qu'au sud le régime défendait les grands propriétaires et réprimait la contestation populaire.

Les conflits frontaliers entre les dictatures du Nord et du Sud étaient incessants. La guerre éclata le 25 juin 1950 avec l'invasion de la Corée du Sud par les troupes nordistes. Pour se justifier, les dirigeants nord-coréens arguèrent d'une attaque du Sud quelques jours avant. Syngman Rhee n'était en effet pas avare de déclarations va-t-en-guerre.

Quant aux États-Unis, ils soufflaient le chaud et le froid. On était au début de la guerre froide. La politique américaine était celle du containment (l'endiguement), visant à empêcher toute avancée du « communisme ».

Le déroulement de la guerre

De juin à août 1950, l'offensive nordiste balaya les forces sud-coréennes et américaines, les repoussant jusqu'à la ville portuaire de Pusan à l'extrême sud-est de la péninsule. Mais les États-Unis, mandatés par l'ONU, réagirent. Le 15 septembre, à la tête d'une coalition de seize pays, dont la France, le général MacArthur lançait la contre-offensive. Avec le soutien de son aviation et de sa marine, il débarqua des troupes à Inchon, non loin de Séoul. Le 28 septembre, Séoul était repris, et le 30 les Nord-Coréens reculaient au-delà du 38e parallèlle, repoussés jusqu'au fleuve Yalou, frontière naturelle entre la Chine et la Corée du Nord.

MacArthur vit dans cette facile reconquête l'occasion d'infliger une défaite totale au « communisme ». Il plaida auprès de l'administration du président Truman le droit de franchir la frontière chinoise et de lancer des bombes atomiques sur le territoire de la Chine. On craignit alors une nouvelle guerre mondiale.
La Chine de Mao ZeDong réagit et mobilisa des centaines de milliers de soldats. Le 4 janvier 1951, les forces sino-coréennes reprenaient Séoul pour un temps. En mars-avril 1951, on était revenu au point de départ. MacArthur fut destitué. Des négociations s'ouvrirent qui allaient piétiner pendant deux ans, tandis que les opérations militaires se poursuivaient de part et d'autre. Finalement, l'armistice du 27 juillet 1953 reconfirma pour l'essentiel l'existence de deux Corée séparées par une zone démilitarisée au niveau du 38e parallèle.

Au moins un million de Coréens, et certainement bien plus, périrent durant cette guerre. La péninsule était dévastée, et particulièrement le Nord, qui supporta des bombardements incessants de l'aviation américaine. Près de 9 000 usines furent détruites, plus de 600 000 maisons, 6 000 écoles et hôpitaux, les ponts, les routes. On estime que 40 % du potentiel industriel de la Corée du Nord, plus industrialisée que le Sud, alors plutôt agricole, auraient été ainsi détruits.

À partir de là, et avec le soutien financier massif des États-Unis, la Corée du Sud distança le Nord, d'autant plus que ce dernier subissait un embargo l'isolant du marché mondial. La Corée du Nord survécut un temps avec l'aide de la Chine et des pays d'Europe de l'Est. Mais le rétablissement de relations entre la Chine et les États-Unis, puis la fin des régimes staliniens en Europe rendirent la situation dramatique pour la Corée du Nord. La pénurie énergétique entrava le fonctionnement des infrastructures. De mauvaises récoltes entraînèrent de graves pénuries alimentaires. Tout cela n'empêche pas Washington, jusqu'à aujourd'hui, de présenter ce pays exsangue comme une menace pour le monde entier !

Jacques FONTENOY (LO n°2350)

lundi 31 août 2015

:: Eté 1982 : l'invasion du Liban par Israël

Cinquième conflit proche-oriental impliquant Israël depuis sa création, l'invasion du Liban débutée le 4 juin 1982, fut une expédition de grande ampleur qui conduisit l'armée israélienne jusqu'à Beyrouth. Elle fit en quelques semaines des dizaines de milliers de morts dans la population libanaise et palestinienne réfugiée et causa des destructions sans nombre. L'occupation israélienne allait durer trois ans, et se prolonger par la présence de troupes jusqu'en 2000.

« Paix en Galilée » était le nom donné -- par antiphrase -- à l'opération militaire lancée sous les ordres du général Sharon, alors ministre de la Défense du gouvernement Likoud de Menahem Begin, et adepte de toujours de la manière forte. Officiellement, il s'agissait pour l'armée israélienne de s'assurer le contrôle d'une bande de 40 kilomètres au sud du Liban, de façon que les groupes palestiniens considérés comme des « terroristes » ne puissent pas atteindre le nord d'Israël de leurs roquettes.

Beyrouth-Ouest assiégé

En fait, après avoir balayé la faible armée libanaise, détruit les bases russes de missiles installées dans l'est du pays et écrasé les forces armées syriennes présentes, Sharon et ses troupes remontèrent vers le nord et atteignirent fin juin les portes de Beyrouth. Ce fut alors le début du siège de la partie occidentale de la capitale libanaise, où combattaient côte à côte les organisations de réfugiés palestiniens et les milices de la gauche. Les phalangistes, la droite chrétienne libanaise armée, prêtaient, eux, main forte aux soldats israéliens qui tentaient d'occuper Beyrouth-Ouest. Bombes au phosphore, au napalm, à fragmentation, à implosion, furent déversées sans répit sur une population affamée et assoiffée.
Le 1er août, Sharon donna l'assaut, avec l'appui de l'aviation et des chars. Le but de l'opération était de déloger les organisations palestiniennes, dont l'OLP de Yasser Arafat, qui avaient installé leurs quartiers généraux parmi les réfugiés palestiniens, dans la douzaine de camps de la partie ouest de Beyrouth, créés pour certains lors de leur expulsion en 1948.

Depuis la conclusion en 1979 des accords de Camp David, signés par le Premier ministre Begin et le président égyptien Sadate sous les auspices du président américain Carter, Israël n'avait rien fait pour que soit mise en place une autonomie administrative des territoires palestiniens occupés, pourtant prévue dans le cadre des accords. L'autre volet des accords de Camp David, la restitution à l'Egypte du Sinaï, était en revanche mise en oeuvre et libérait les troupes israéliennes de cette zone.

Pendant la restitution du Sinaï, Begin avait eu à faire face à des accusations de trahison, en référence à l'évacuation par la force des colons israéliens refusant de quitter leurs installations de Yamit, en plein Sinaï. Les offensives militaires de son gouvernement ne manquèrent pourtant pas en cette période : en 1978, l'armée israélienne était intervenue une première fois au Liban ; en 1981, l'aviation israélienne allait détruire la centrale atomique en construction de Tamuz en Irak -- acte de brigandage international qui n'entraîna que des protestations parfaitement platoniques de la part des alliés d'Israël et notamment des États-Unis. Israël allait aussi, en décembre 1981, annexer officiellement le Golan syrien qu'il occupait depuis 1967.

L'aventure guerrière de Sharon et les protestations

La guerre du Liban prit rapidement l'allure d'une aventure guerrière dans laquelle les calculs politiques personnels d'Ariel Sharon jouaient leur rôle, celui-ci tentant de s'imposer comme l'homme fort d'Israël en étant celui qui obtiendrait l'évacuation des milices palestiniennes de Beyrouth. Celle-ci fut acquise en août avec la complicité des dirigeants occidentaux, notamment américains et français, qui envoyèrent là leurs contingents sous prétexte d' « interposition » entre Palestiniens et Israéliens. Cette évacuation correspondait d'ailleurs aux souhaits des dirigeants libanais et occidentaux. Après avoir réussi, malgré la disproportion des forces, à tenir tête un certain temps à l'armée israélienne dans les faubourgs de Beyrouth, les troupes de l'OLP durent embarquer pour la Tunisie.

Dans la foulée, Sharon voulut aussi imposer à Beyrouth un gouvernement vassal d'Israël. Une élection présidentielle fut organisée, sous la protection des troupes israéliennes, imposant à la tête du Liban le chef des Phalanges d'extrême droite, Béchir Gemayel. Sharon avait déjà formulé l'idée que l'armée israélienne devait se préparer à un rôle de super-gendarme intervenant de plus en plus, aux quatre coins du Moyen-Orient, pour y installer des régimes à sa dévotion. Mais Sharon avait présumé de ses forces. Après le scandale soulevé en septembre par le massacre des Palestiniens des camps de Sabra et Chatila, puis la mort de Béchir Gemayel dans un attentat, Israël dut finalement retirer ses troupes. La situation au Liban allait être réglée plus tard par d'autres, sous l'égide de la Syrie, de l'Arabie saoudite et des États-Unis.

L'invasion du Liban marqua les limites de la politique d'aventure guerrière choisie de plus en plus par les dirigeants israéliens. L'expédition du Liban entraîna une vague de manifestations sans précédent contre la guerre. On vit des centaines de milliers de personnes manifester en septembre 1982 après les massacres de Sabra et Chatila, opérés par les miliciens de la droite libanaise avec la complicité de l'armée israélienne occupant cette partie de Beyrouth. Le pouvoir israélien fut alors contraint de faire quelques pas en arrière. Malheureusement, cette mobilisation de la population israélienne n'alla pas jusqu'à imposer à ses gouvernements le changement radical qui aurait été indispensable.

Trente ans après, ceux-ci ont mené bien d'autres aventures guerrières, continuant à s'enfermer dans l'impasse d'une politique refusant toute paix avec les Palestiniens et voulant ainsi rendre impossible une véritable coexistence entre le peuple israélien et les peuples arabes voisins.

Viviane LAFONT (LO n°2299)

mercredi 8 juillet 2015

:: 6 juillet 1967 : guerre du Biafra [LO, juillet 2007]

Le 30 mai 1967, un colonel ibo proclamait l'indépendance de la province orientale du Nigeria sous le nom de République du Biafra. Cette sécession allait déboucher sur une longue et sanglante guerre civile qui, entre le 6 juillet 1967 et la mi-janvier 1970, fit près de 2 millions de morts. La famine provoquée par le blocus terrestre et maritime de la région sous contrôle biafrais rendit ce conflit tristement célèbre. Quant aux combattants, les uns croyaient défendre leur droit à un État indépendant, les autres croyaient défendre l'unité du Nigeria, mais ils moururent surtout pour les intérêts des trusts pétroliers.

À l'époque de son indépendance, en 1960, le Nigeria était l'un des pays les plus étendus et les plus peuplés d'Afrique. Il comptait 56 millions d'habitants et regroupait plus de 200 ethnies se rattachant à trois grands groupes : les Haoussas vivant au nord, les Yoroubas au sud-ouest et les Ibos au sud-est. Le colonisateur anglais avait utilisé les divisions ethniques pour établir un système fédéral qui fragilisait le pays. Dans les années qui suivirent l'indépendance, les dirigeants des trois régions officielles s'affrontèrent pour le contrôle de l'appareil d'État.

Les élections de 1965 exacerbèrent ces rivalités. Les résultats, entachés par des fraudes massives, donnèrent une majorité écrasante à l'Alliance Nationale Nigeriane (parti haoussa) alliée aux conservateurs yoroubas. Se sentant menacés, des officiers ibos organisèrent un coup d'État et placèrent le général Ironsi à la tête de l'État fédéral. Les leaders des principaux partis furent assassinés et les partis interdits.

Vers la sécession

En août 1966, Ironsi fut à son tour renversé et assassiné. Une junte militaire, originaire du nord et à majorité musulmane, prit le pouvoir et le remit au général Gowon. Dans le nord du pays, la tension monta entre musulmans, majoritaires, et chrétiens. Des massacres furent perpétrés contre des Ibos.

Entre temps la situation s'était considérablement compliquée avec la découverte d'importants gisements pétroliers dans le delta du Niger et au large des côtes orientales. Dès 1966, leur production, contrôlée par Shell, BP et American Overseas, atteignait 10 millions de tonnes par an. Deux tiers des puits se situaient dans la région peuplée majoritairement par les Ibos. Cet enjeu pétrolier était d'autant plus important pour eux que les récentes persécutions contre les ressortissants de leur ethnie dans le nord avaient provoqué un retour massif dans leur région d'origine, la région orientale précisément.

Le colonel Ojukwu, gouverneur militaire de cette région, fief des Ibos, refusa de reconnaître l'autorité de Gowon. Le projet de redécoupage que ce dernier préparait, qui aurait fait passer le pays de 3 à 12 régions et surtout privé les Ibos de la manne pétrolière, accéléra le divorce. Le 30 mai 1967, Ojukwu proclama l'indépendance du Biafra, avec Enugu pour capitale.

Le pouvoir fédéral ne pouvait accepter cette sécession. Début juillet 1967, les troupes fédérales passèrent à l'offensive.

Au début, l'armée biafraise remporta quelques succès. Elle compléta sa mainmise sur les ressources pétrolières en s'emparant en août 1967 de la région du centre-ouest qui concentrait un tiers des puits. Mais l'armée fédérale ne tarda pas à reprendre le dessus : Enugu tomba le 28 septembre 1967, Port Harcourt et ses champs pétrolifères le 24 mai 1968. Le Biafra ne fut bientôt plus qu'un réduit surpeuplé.

Le soutien de la France au Biafra... et surtout à ELF

Gowon reçut le soutien de l'URSS et, après quelques hésitations, de la Grande-Bretagne et des États-Unis. Le Biafra, lui, fut soutenu par la France et certains de ses vassaux africains comme le Gabon et la Côte-d'Ivoire, ainsi que par le Portugal, l'Espagne, l'Afrique du Sud et Israël.

En jouant la carte des sécessionnistes biafrais, De Gaulle comptait bien améliorer la position d'Elf face à ses concurrents anglo-américains pour l'exploitation du pétrole de la région. L'impérialisme français était d'autant plus enclin à soutenir la sécession qu'elle ne pouvait qu'affaiblir le Nigeria, qui constituait par sa taille, aux frontières de sa zone d'influence, un pôle d'attraction pour les petits États de la région.

Officiellement, le gouvernement français n'accordait qu'une aide " logistique " aux Biafrais, en réalité il leur fit passer des tonnes d'armes et de munitions, ainsi que des mercenaires et des conseillers militaires comme Bob Denard. Alors qu'avec la chute de Port Harcourt, le Biafra se trouvait non seulement privé d'accès terrestres mais également privé d'accès à la mer, l'impérialisme français organisa un pont aérien qui permit au Biafra de durer.

À partir d'août 1968, des millions de Biafrais se retrouvèrent coincés sur quelques milliers de kilomètres carrés, ce qui entraîna une gigantesque famine, ainsi que des épidémies meurtrières. Cette tragédie, qui fit près de 2 millions de morts parmi la population ibo, fut largement médiatisée, notamment en France où le gouvernement, au nom de l'aide humanitaire, en profita pour intensifier ses rotations aériennes... et ses livraisons d'armes clandestines.

Finalement, après trente mois d'affrontements, les dirigeants biafrais capitulèrent le 12 janvier 1970. Ojukwu quitta le pays. Grâce à l'argent du pétrole, le pays put se relever peu à peu des destructions de cette guerre civile.

Quant à la région du delta du Niger, elle reste aujourd'hui encore une zone convoitée par diverses bandes armées qui veulent s'approprier une partie de la manne pétrolière.

Roger MEYNIER (LO, juillet 2007)