Le blog de @recriweb - "Les éléments authentiquement révolutionnaires disposent encore d'un certain délai, vraisemblablement assez bref, pour prendre conscience, pour se rassembler, pour préparer l'avenir" [Trotsky, 22 avril 1936]
:: Août 1968 à Prague : les tanks contre le "Printemps"
Le
21 août 1968, les tanks des troupes du pacte de Varsovie - qui
regroupait autour de l'URSS ses satellites d'Europe centrale et
orientale - envahissaient la Tchécoslovaquie pour mettre un terme à ce
qu'on appelait le " Printemps de Prague ". Les dirigeants du Kremlin voyaient d'un mauvais oeil les changements
qui se produisaient depuis des mois à la tête de la Tchécoslovaquie dite
" socialiste ", d'autant qu'ils s'accompagnaient d'un air de liberté
jamais vu pour sa population. Eux et les dirigeants des autres
Démocraties populaires (les pays de l'Est sur lesquels Staline avait
établi son emprise après 1945) craignaient qu'un tel exemple ne suscite
des émules dans la région.
Dans la période qui avait suivi la mort de Staline, l'État alors
unique des Tchèques et des Slovaques était sans doute, de toutes les
démocraties populaires, celui qui avait le moins causé de souci à
Moscou. Gottwald, le Staline tchèque, était mort la même année que le "
petit père des peuples ". Un autre stalinien, Novotny, lui avait succédé
sans que grand-chose ne change à la tête de la Tchécoslovaquie durant
15 ans.
L'équipe Novotny faisait figure d'anachronisme rescapé de la "
déstalinisation ". Mais à la direction du PC, des voix commençaient à
réclamer des réformes comme il y en avait eu en Hongrie ou en Pologne.
Des changements aussi, et d'abord que Novotny ne cumule plus les postes
de chef du parti et de chef de l'État.
Fin 1967, le congrès des écrivains tchécoslovaques mit sur la
sellette le régime et Novotny, sans que des arrestations pleuvent sur
les " fautifs ". Après une réforme économique, avortée aussitôt que
lancée, c'était un nouveau signe du fait que Novotny ne tenait plus
vraiment la barre.
Le printemps en janvier ?
C'est dans ce contexte qu'un membre de la direction, le Slovaque
Dubcek, s'imposa comme l'homme du compromis entre les clans du pouvoir.
Début janvier 1968, Novotny dut lui céder la tête du parti. En mars, il
perdit la présidence de la République. Et en avril, le quatuor "
réformateur " - Dubcek, Svoboda (chef de l'État), Smrkovsky (président
du parlement), Cernik (Premier ministre) - élimina l'ancienne équipe des
organes dirigeants.
Pour vaincre la résistance des novotnistes, Dubcek et ses alliés
avaient quêté l'approbation du Kremlin. Mais il avaient aussi l'appui de
la jeunesse universitaire, que Novotny avait fait matraquer fin 1967,
des écrivains et des journalistes, qui étalèrent sur la place publique
les turpitudes de l'ancienne équipe. Tout l'hiver, la population avait été tenue à l'écart des luttes au
sommet. Et cela servait d'argument à Dubcek qui, auprès de Moscou,
pouvait se targuer d'avoir la situation bien en main. Mais les choses
changeaient : l'effervescence de l'intelligentsia gagnait toute la
population.
Dans les universités, les usines, les bureaux, on se passionnait pour
les débats sur le passé, les réformes à venir, la " voie tchécoslovaque
vers le socialisme ", annoncée par Dubcek et vilipendée par Brejnev. La
nouvelle direction promettait d'abolir la censure (qui ne s'exerçait
déjà plus), d'épurer la police politique, de châtier les auteurs des
crimes staliniens, de donner plus de champ à l'Église. En écho aux
aspirations slovaques, l'État allait se doter d'une structure fédérale.
Autre projet : établir une distinction nette entre le gouvernement et le
parti.
Il s'agissait essentiellement de promesses. Mais elles soulevaient
d'espoir tout un peuple. Et il faisait bloc derrière Dubcek en qui il
plaçait sa confiance.
Le talon de fer de la bureaucratie russe
Si Dubcek contrôlait la situation en Tchécoslovaquie, et face aux PC
des " pays frères " se posait en apôtre de " la transition à une qualité
nouvelle de la société socialiste ", les dirigeants du pacte de
Varsovie, craignant que le vent de libéralisation qui soufflait à Prague
ne finisse par atteindre leurs pays, se faisaient de plus en plus
menaçants. Le 15 juillet, ils lancèrent un ultimatum, enjoignant aux
autorités de Prague de sévir contre " les forces antisocialistes
menaçantes ". Le 21 août, les tanks de l'armée soviétique passaient à
l'action.
Le camp des puissances impérialistes poussa des hauts cris. Mais il
n'était pas mécontent que la bureaucratie se charge à nouveau du sale
travail, en mettant un terme à une effervescence populaire au coeur de
l'Europe. Car ce phénomène aurait pu être contagieux. Dans les pays de
l'Est et peut-être au-delà. Après tout, la grève générale de mai-juin 68
en France venait juste de prendre fin. Et puis, au moment où
l'impérialisme américain était embourbé dans la guerre du Vietnam,
impopulaire aux États-Unis même, leurs dirigeants se frottaient les
mains : une fois encore, les héritiers de Staline donnaient du
socialisme l'image hideuse de leurs crimes.
La logique de la capitulation
En attendant, le secrétaire général du Parti Communiste d'Union
soviétique, Brejnev, se heurtait à un mur. La population tchécoslovaque
s'efforçait de paralyser l'armée d'invasion, s'adressant à ses soldats,
sabotant la signalisation routière. Face à cette unanimité agissante, le
Kremlin qui n'avait ni appui local, ni équipe de rechange, se trouvait
dans une situation difficile.
C'est Dubcek qui le tira d'embarras en signant " les accords de
Moscou ". Entérinant l'intervention, ils justifiaient l'occupation sous
prétexte d'éviter le pire. Cela n'évita pas le sang de couler quand des
jeunes affrontaient, seuls, les forces d'occupation et, de plus en plus
souvent, la police de Dubcek. Cela n'évita pas le désespoir de tout un
peuple qui, ayant placé ses espoirs dans un homme, le vit se faire le
complice de la " normalisation ". Jusqu'à ce que celle-ci étant
désormais en route, Dubcek, devenu inutile, soit éjecté de ses
fonctions.
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