
Aux côtés de Lénine, Trotsky avait été l'un des dirigeants les plus
populaires de la révolution russe de 1917. En mars 1918, il mit sur pied
l'Armée rouge qui permit au jeune État ouvrier russe de repousser les
armées des puissances impérialistes et de la contre-révolution qui
cherchaient à l'étrangler.
Tous les dirigeants bolcheviks étaient convaincus que l'avenir du
jeune État ouvrier était lié au développement de la révolution
internationale, en particulier dans les bastions impérialistes, les pays
développés comme l'Allemagne, la France et l'Angleterre. C'est pourquoi
ils proclamèrent dès mars 1919 la Troisième Internationale, qui se
voulait le parti mondial de la révolution, dont Trotsky rédigea le
manifeste de fondation.
Lorsque le reflux de la vague révolutionnaire s'opéra, au début des
années vingt, l'URSS se retrouva isolée, épuisée, exsangue. Dans ce
contexte, la classe ouvrière et les paysans pauvres ne réussirent pas à
garder leur contrôle sur l'État né de la révolution, sur le parti et ses
dirigeants. Une couche de bureaucrates se développa, qui aspirait à la
pause, à profiter des quelques avantages matériels que sa position lui
donnait. Ces gens-là abandonnaient la perspective et le combat pour la
révolution mondiale au profit d'un repli sur une base nationale, résumé
par la formule stalinienne clamant que la « construction du socialisme »
était possible « dans un seul pays ». À la tête de cette bureaucratie,
Staline fut son expression politique.
Dès la mort de Lénine en janvier 1924, Staline et ceux qui le
soutenaient se lancèrent dans une virulente campagne de calomnies contre
les compagnons de Lénine qui restaient fidèles à l'internationalisme et
contre Trotsky. Ces derniers furent écartés, avant d'être déportés,
éliminés, fusillés. Trotsky était exclu du parti en octobre 1927 et
déporté en Asie centrale, avant d'être déchu de sa nationalité
soviétique et expulsé d'URSS en janvier 1929. Les prétendues démocraties
occidentales furent nombreuses à lui refuser asile et, sur cette
planète qui était devenue « sans visa » pour le dirigeant
révolutionnaire, le Mexique finit par l'accueillir. C'est là, à des
milliers de kilomètres de Moscou, que l'assassin commandité par Staline
l'atteignit mortellement, après des années de traque.
Jusqu'à sa mort et partout où il passa, quelles que soient les
conditions dans lesquelles il se trouvait, Trotsky poursuivit son
combat. Il ne se contenta pas d'être parmi les premiers à dénoncer le
stalinisme et ses crimes, alors que nombre de prétendus démocrates
applaudissaient le régime. Il en expliqua les racines, analysa la
dégénérescence de la première révolution ouvrière victorieuse,
dégénérescence dont il montra que les causes n'étaient dues ni aux
méthodes du Parti Bolchevik, ni à la classe ouvrière russe, mais à
l'isolement et à l'épuisement du pays après les années de la Première
Guerre mondiale, de la révolution et de la guerre civile. Et c'est cette
analyse qui était porteuse d'avenir, parce qu'elle critiquait avec
lucidité ce qui était en train de se passer en URSS tout en défendant
les acquis de la révolution d'octobre, en se réclamant du marxisme
révolutionnaire et sans tourner le dos au mouvement ouvrier et à la
perspective communiste. Mais au contraire, en se servant du marxisme,
Trotsky armait les militants qui critiquaient l'évolution stalinienne de
l'URSS d'un outil déterminant pour comprendre ce qui se passait, sans
renier leur idéal.
En août 1940, Staline avait enfin réussi à abattre celui qui
incarnait l'expérience de la révolution et des débuts du mouvement
communiste mondial à travers les premières années de la Troisième
Internationale, l'Internationale Communiste. Depuis, le stalinisme en
tant que tel a exposé aux yeux de tous son visage abject et antiouvrier,
jetant un grave discrédit sur les idées communistes. Si ces idées n'ont
pas disparu, si année après année des militants les ont transmises à
d'autres, c'est grâce au combat mené par Trotsky et sa petite cohorte de
partisans.
En assassinant Trotsky, Staline ne réglait pas - contrairement à ce
qui a beaucoup été dit - une rivalité personnelle, mais s'efforçait de
tuer l'idée même du communisme révolutionnaire et de
l'internationalisme. En cet été 2010, alors que le capitalisme en crise
démontre sa complète faillite, il est important de rappeler que les
idées de la révolution, les idées du communisme que nous a léguées
Trotsky existent toujours. Ce sont les nôtres ! L'avenir de l'humanité
ne peut appartenir à ce système barbare qu'est le capitalisme, fait
d'injustice, de famine, de misère et d'obscurantisme. Il appartient au
communisme.
Lucien Plain (LO n°2194)
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