mercredi 24 novembre 2010

:: Oui à la "dictature du prolétariat"

Pour beaucoup, la "dictature du prolétariat", c'est de l'histoire ancienne. La considérant dépassée, le PCF l'a abandonné en 1976 (pour préparer l'union de la gauche) et la LCR en 2003 (pour préparer l'union de la gauche anticapitaliste et la création du NPA). Il ne faudrait pourtant pas l'oublier : la notion de "dictature du prolétariat" constitue aujourd'hui plus que jamais un des aspects fondamentaux des valeurs défendues par les militants marxistes, léninistes et trotskystes. Le texte suivant, extrait d'une brochure de LO publiée en 1976, en explique les raisons : en montrant combien la notion de "dictature du prolétariat", loin d'être anachronique, reste aujourd'hui essentielle si l'on veut s'engager résolument dans la combat révolutionnaire contre la dictature mondiale des capitalistes.

1. — D'où vient le terme "dictature du prolétariat"
Cette idée-là a été l'une des idées originales de Karl Marx, l'un des fonda­teurs de la doctrine marxiste — le marxisme — à laquelle se réfèrent tous les partis socialistes, tous les partis communistes et bien d'autres encore dont les maoistes et les trotskystes et même certains États, comme l'URSS et les Démo­craties Populaires, ou la Chine et Cuba. Marx a même écrit que le mérite qui lui revient n'est pas d'avoir découvert l'existence des classes, ni leur lutte entre elles, ce que d'autres avaient fait avant lui, mais d'avoir démontré "que la lutte de classe conduit nécessairement à la dictature du prolétariat" (cité par Lénine). C'est donc une idée à laquelle Marx tenait particulièrement.

2. — Mais qu'est-ce qu'il entendait par là ?
Évidemment pas que le prolétariat devait construire un régime dont la liberté serait bannie.
D'abord, il faut dire que Marx utilisait ce mot de prolétariat pour désigner les ouvriers de l'industrie naissante à son époque. Il voulait un mot qui dis­tingue ces ouvriers des villes surpeuplées des habitants des villes du siècle d'avant qui étaient des artisans, c'est-à-dire des travailleurs certes, mais des travailleurs qui possédaient leur boutique et leurs outils, en un mot leurs instruments de travail.
Il voulait aussi les distinguer des travailleurs de la terre du Moyen-Age, qui ne possédaient rien et étaient vendus avec la terre qu'ils cultivaient : les serfs. Les serfs étaient un reste du Moyen-Age, mais les ouvriers de l'industrie étaient un phénomène nouveau, une classe nouvelle, apparue avec les débuts de l'industrialisation, qui allait en augmentant à l'époque de Marx et qui existe encore largement aujourd'hui, alors que les serfs n'existent plus et qu'il faut chercher pour trouver un artisan dans les villes modernes.
Il fallait aussi un mot qui distingue les ouvriers de l'industrie des paysans libres, qui possédaient leur terre ou la louaient librement et qui sont martres chez eux.
Le prolétaire est celui qui travaille, en ville, dans l'industrie, c'est-à-dire pas chez lui mais chez un autre, et qui ne possède ni les instruments avec lesquels il travaille — l'usine — ni le produit de son travail, contrairement à l'artisan et au paysan. Marx a utilisé le mot de prolétaire parce que, dans l'ancienne Rome, les prolétaires étaient ces citoyens romains qui étaient certes des citoyens libres comme les autres, mais qui ne possédaient rien à eux et qui devaient donc accepter de travailler pour d'autres, comme des esclaves, qui étaient normalement les seuls à devoir travailler. C'est-à-dire des gens qui avaient la liberté . . . d'être esclaves.
marx2.jpgLe mot a eu beaucoup de succès puisque, de nos jours, il n'est pas besoin d'un volume pour savoir ce qu'est un "prolo" dans le langage des faubourgs.

3. — Alors, cette dictature du prolétariat, c'était sans doute qu'à force d'être malheureux, les prolétaires devaient se venger ?
Mais non. Pas du tout. Pour Marx, il n'était question ni de vengeance, ni de privation de liberté pour les non-prolétaires et encore moins pour les prolétaires évidemment.
Marx a défendu toute sa vie la démocratie et même, d'ailleurs, la démo­cratie bourgeoise, puisqu'il a passé une partie de sa vie sous la dictature prussienne.
Mais c'est exprès qu'il employait ce terme, car il pensait que, quand les ouvriers et les bourgeois combattaient l'absolutisme prussien, ils se battaient contre la même dictature, mais ne combattaient pas pour la même démo­cratie.
Et c'est pour bien distinguer la démocratie des ouvriers de celle des bourgeois que Marx parlait de dictature du prolétariat.
Marx voulait mettre en garde les ouvriers pauvres et incultes contre la démocratie des bourgeois qui, dans la réalité, est une démocratie seulement pour les riches. Dans cette démocratie, les ouvriers auraient certes plus ou moins la liberté, mais comme le prolétariat de Rome, ils auraient surtout la liberté d'être esclaves, la liberté de se faire exploiter pour permettre aux autres de profiter de la démocratie.

4. — Mais pourquoi, quand même, parler de dictature ?
Ce que disait Marx, c'est que, par exemple, Rome avait été à certains moments de son histoire un empire, c'est-à-dire une dictature, et à d'autres une république, c'est-à-dire une démocratie, mais qu'à tout moment, dictature ou démocratie, l'esclavage, légal, avait existé. Et les esclaves, Ies9/10èmesde la population, étaient privés de tous les droits, et la démocratie ou la dicta­ture pour 1/10ème de la population, cela ne changeait pas le fait que c'était tout le temps la dictature pour les esclaves. Marx disait que la démocratie des citoyens romains, comme la dictature d'un empereur sur les citoyens romains, reposaient l'une et l'autre, de toute façon, sur la dictature — démocratique ou autocratique — des esclavagistes sur les esclaves.
Par exemple, on parle, pour la France d'avant 1789, de monarchie absolue. C'est par opposition à une époque encore antérieure qu'on appelait la féoda­lité, où la monarchie n'était pas absolue, c'est-à-dire que le roi avait moins de pouvoir personnel.
Mais est-ce que, sous la monarchie absolue, les serfs avaient moins de liberté que pendant la féodalité ? Eux, pas du tout. Ils n'étaient pas concernés par la chose et, dans la mesure où ils le furent, il y avait même un peu moins d'oppression pour eux après qu'avant.
Non, ceux qui étaient seulement concernés, c'étaient les nobles qui participaient à peu près démocratiquement, entre eux, au pouvoir sous la féodalité et subissaient la dictature du roi sous la monarchie absolue.
Alors, Marx a enseigné que la démocratie bourgeoise la plus libérale, la république parlementaire la plus démocratique, étaient des démocraties pour la classe bourgeoise, qui gouverne alors démocratiquement entre ses membres, mais que cela cachait toujours plus ou moins bien la dictature économique — voire militaire et policière — de la bourgeoisie sur le prolétariat et sur les autres classes pauvres.
Par exemple, dans la France d'aujourd'hui, nous avons le droit d'aller chaque semaine de Paris à Nice ou de Brest à Strasbourg et même plus loin si nous le voulons. Il ne nous faut ni passeport intérieur comme en URSS, ni autorisation. Nous en avons le droit, et c'est déjà bien, c'est vrai. Mais le pouvons-nous ? Non. Nous n'en avons — tous ceux qui liront cette brochure — sûrement pas les moyens. Les bourgeois, eux, le peuvent. Ils sont de ce point de vue plus libres que nous. Plus exactement, ils peuvent profiter pleinement de toutes les libertés. Dans le même ordre d'idées, chacun d'entre nous a le droit d'aller faire un tour dans le Concorde. Mais à part quelques-uns à qui on a fait l'aumône d'un passage gratuit — il y en a même un qui en est mort de saisissement — ce n'est que quelques favorisés qui pourront le faire réel­lement. Ceux-là sont plus libres que les autres, ceux sur qui s'exerce la dic­tature de l'argent, voire du chômage.
Le promoteur qui vend des appartements sur plans à des dupes dont il encaisse les économies et qui lève le pied — en Concorde, cela va plus vite — en laissant dupes et appartements en plans, n'est-il pas, et, surtout, ne restera-t-il pas plus libre que la mère de famille qu'on emprisonne parce qu'elle n'a pas payé quelques traites de sa télévision, et qui ne sait même pas qu'on est en démocratie et qu'avec une simple carte d'identité, elle aurait le droit de quitter la France, de partir à l'étranger. Et c'est pourquoi, alors que tout le monde est libre en France, il y a finalement dans les prisons énormément plus de pauvres que de riches.

5. — Alors, Marx voulait sans doute dire qu'il valait mieux la dictature avec le prolétariat, voire avec le socialisme ou le communisme, que la démocratie avec la bourgeoisie, avec le capitalisme ?
Cela, c'est ce que disaient ses ennemis de son temps. Mais cela ne le faisait pas changer d'idée, ni de terme. Car ce qu'il voulait dire, c'était autre chose. D'abord, il disait que la démocratie (bourgeoise bien sûr, car il n'y en avait pas d'autre) c'était le meilleur régime que pouvait espérer la classe ouvrière sous la dictature de la bourgeoisie ; et que, de toutes les formes que pouvait prendre cette dictature de fait, c'était la démocratie la plus souhaitable et la plus utile pour la classe ouvrière.
Mais ce qu'il voulait surtout, c'est que la classe ouvrière n'oublie jamais que la plus démocratique des républiques bourgeoises cachait cette dictature et qu'en conséquence, si la classe ouvrière avait un jour à prendre le pouvoir — et Marx considérait cela comme inéluctable — elle ne devrait pas oublier de se donner les moyens et la force de conserver et de consolider ce pouvoir. Aussi, derrière le régime démocratique qu'elle installerait — bien plus démocratique encore que celui de la bourgeoisie — elle devrait installer la dictature du pro­létariat, afin de garantir et de sauvegarder la démocratie pour les pauvres.
Il ne s'agissait pas d'empêcher riches et bourgeois de profiter de la liberté ou de la démocratie, il s'agissait de les empêcher d'en profiter plus que les autres, voire de confisquer l'une ou l'autre à leur profit exclusif.

6. — N'aurait-ce pas été de meilleure propagande de trouver un autre terme ?
Sur le plan de la propagande, cela aurait été sûrement meilleur. D'ailleurs, d'autres, du vivant et après la mort de Marx, s'en sont rendu compte et ont fait de la propagande surtout avec le terme de démocratie socialiste, pour l'opposer à démocratie bourgeoise. Mais nous verrons cela plus loin, avec Lénine.
Pour Marx, l'avantage de l'expression "Dictature du prolétariat", c'est que cela mettait en garde les travailleurs sur les illusions qu'ils auraient pu avoir sur le passage pacifique du capitalisme au socialisme. Le Parlement, c'est la façade : derrière il y a l'armée, la police, tout un tas d'hommes armés qui obéissent au Parlement dans certaines circonstances et ne lui obéissent plus à d'autres. L'État, c'est eux. Ils sont les mercenaires de la bourgeoisie et la classe ouvrière devra les remplacer complètement si elle veut aller du capita­lisme au socialisme. On l'a vu avant guerre en Italie, en Espagne, en Allemagne et, il n'y a pas si longtemps, au Chili. Il ne suffit pas d'être majoritaire au Parlement, il faut encore avoir les armes et que la bourgeoisie n'en ait plus. C'est cela le message de Marx et c'est cela qu'il voulait rappeler en parlant de dictature du prolétariat.

7. — Oui, mais Marx n'avait pas connu le fascisme, par exemple, ni le stali­nisme et, après les expériences que nous avons faites depuis cinquante ans, le mot dictature évoque vraiment trop de choses sinistres.
C'est un peu ce que dit Marchais. Mais c'est oublier que Marx avait vécu au temps de la dictature de Bismarck, qu'à l'Est de l'Europe il y avait le Tsar en Russie, un pays où le servage n'était même pas officiellement aboli et qui, en plus, opprimait la Pologne ; c'est oublier qu'au moment même où il écrivait tout cela, en juin 1848, on fusillait les ouvriers dans les rues de Paris, qu'en mai 1871, après la Commune de Paris, Thiers en fit encore massacrer 50.000, sans compter ceux qu'il envoya au bagne. Alors, la dictature,Karl Marx la connaissait. Mais c'est justement parce qu'il la connaissait qu'il voulait mettre les ouvriers en garde : la démocratie bourgeoise fusillait les ouvriers, en 48 comme en 71. Alors, il fallait que la classe ouvrière se révolte, détruise l'État de la bourgeoisie, construise le sien (son armée) et installe une forme de démocratie bien plus large et bien plus libre que celle de la bourgeoisie, mais derrière laquelle veilleraient les fusils et les hommes de l'État ouvrier, c'est-à-dire une démocratie derrière laquelle il y aurait la dictature du prolétariat, comme il y a la dictature de la bourgeoisie derrière la plus républicaine des républiques chilienne, espagnole ou française. Sinon, la démocratie était un piège et ceux qui seraient massacrés seraient toujours les mêmes : ceux qui n'ont pas les armes. Ce que Marx voulait dire, pour que ce soit gravé dans la tête de chaque ouvrier, c'est qu'il fallait installer un nouveau régime, démo­cratique oui, mais avec ce changement fondamental que les armes seront entre les mains des prolétaires et pas entre celles des mercenaires de la bourgeoisie.

8. - Et Lénine ?
Lénine voyait la chose exactement comme Marx. Il a surtout insisté pour rappeler cet enseignement de Marx que ses successeurs, les sociaux-démocrates justement, ceux qu'on appelle aujourd'hui les socialistes, avaient quelque peu passé sous silence.
Le principal ouvrage de Lénine sur la question a été écrit en août 1917, au cœur de la Révolution Russe, et en pleine guerre mondiale : il était destiné à combattre les idées répandues par les sociaux-démocrates.
Ces derniers, comme le nom qu'ils avaient l'indique, mettaient l'accent sur la démocratie et oubliaient volontairement de distinguer le capitalisme avec dictature de la bourgeoisie du passage au socialisme avec dictature du prolé­tariat. Pour eux, depuis le début du siècle, le passage du capitalisme au socia­lisme devait se faire graduellement, par la conquête démocratique de la majo­rité au Parlement. En Europe, il y avait, avant 1914, de grands partis sociaux-démocrates ; et en particulier en France et en Allemagne. Tout d'ailleurs semblait leur donner raison jusqu'en août 1914, où a éclaté la Première Guerre Mondiale.
Alors, le Parti Social-Démocrate Allemand découvrit que l'Allemagne (de Guillaume II) avait comme ennemi ... le tsar autocratique de toutes les Russies. Qu'il fallait donc que le parti des ouvriers allemands mette en veilleuse la lutte des classes et aide l'empereur d'Allemagne, paraît-il allié des ouvriers, à tordre le cou du Tsar.
En France, le Parti Social-Démocrate, qui rencontrait peu de temps auparavant les camarades allemands dans la même organisation internationale (la llème Internationale) décida qu'il devait faire une Union Sacrée avec la bourgeoisie française, jusqu'à la victoire, contre le militarisme allemand et son empereur. On oublia pudiquement qu'on était allié avec le Tsar et avec le roi d'Angleterre ...
En Angleterre, d'ailleurs, les socialistes firent de même, ainsi qu'en Italie, en Belgique et dans toute l'Internationale. Les syndicats allemands, les Trades Unions anglais, la C G T française rivalisèrent de patriotisme pour envoyer les prolétaires, qu'ils étaient censés représenter et défendre, aller s'entretuer pour la gloire des généraux de chaque nation et des capitalistes et des ban­quiers de tous les pays.
C'est ainsi que, petite histoire mais triste réalité, lorsque les soldats alle­mands étaient bombardés par les Anglais et qu'un obus n'explosait pas, ils pouvaient lire sur le fonds de l'engin "licenced Krupp" ; le fair-play des marchands de mort anglais exigeait non seulement de payer des royalties — des intérêts — par l'intermédiaire des banques suisses neutres pour des brevets Krupp aux magnats allemands de l'armement, mais encore de le dire ouver­tement.
Et les ouvriers anglais, qui travaillaient dans les usines d'armement an­glaises, suaient, au nom de la défense de la patrie, des profits dont une partie allait aux capitalistes allemands. Les soldats allemands qui mouraient sous les obus avaient le privilège de savoir que cela rapportait encore un peu à leurs exploiteurs.
Les Français, eux, avaient la consolation de savoir que leurs obus, Schneider du Creusot, de Wendel, etc, étaient bien français et que les intérêts des capitalistes français et allemands étaient inconciliables. Mais c'est justement pour cela qu'il y avait la guerre, c'est pour les intérêts de Schneider et de de Wendel qu'ils se battaient et mouraient.
Voilà la situation où la classe ouvrière d'Europe avait été conduite par la social-démocratie, en cette année 1917 où Lénine avait voulu rappeler que la démocratie bourgeoise c'était en fait la dictature de la bourgeoisie et qu'il n'y aurait pas d'émancipation de la classe ouvrière sans renversement des rôles.

9. — Mais Lénine n'a-t-il pas mis un peu plus l'accent sur la dictature et un peu moins sur la démocratie ?
Les sociaux-démocrates étaient, comme partout en Europe, au pouvoir au moment où Lénine écrivait son livre. Et en Russie, ce n'était pas mieux qu'ailleurs, la duperie était encore pire.
Quelques mois auparavant, en effet, les ouvriers, les paysans et les soldats russes excédés par la guerre avaient renversé, spontanément le tsarisme. Des soviets — on dirait aujourd'hui des comités — d'ouvriers, de soldats, de pay­sans avaient un peu partout remplacé le pouvoir disparu.
Un gouvernement, composé en grande partie de sociaux-démocrates, s'était formé. Il avait, après quelques hésitations, proclamé la République et voulait organiser l'élection d'une Assemblée constituante destinée à rem­placer les soviets. Mais, en attendant, il continuait la guerre, laissant les généraux tsaristes en place, ne touchait pas au corps des officiers et laissait les soldats sous leur autorité.
C'est alors qu'il y eut la seconde Révolution Russe, celle d'Octobre 17, qui porta le parti de Lénine jusque-là minoritaire au pouvoir, à travers le pou­voir de cette multitude de comités d'usines, de quartiers, de casernes, de régiments, de villages, ce qu'on appela pour cela le pouvoir des soviets, et qui fut la première dictature du prolétariat et des paysans pauvres du monde.
Et Lénine, s'il était fier de cette dictature du prolétariat, c'est à cause de sa démocratie ; voici ce qu'il en écrivait :
« La démocratie prolétarienne est un million de fois plus démocratique que « n'importe quelle démocratie bourgeoise ; le pouvoir des soviets est des « mi/fions de fois plus démocratique que la plus démocratique des républiques bourgeoises.,.
« Parmi les pays bourgeois les plus démocratiques, en est-il un seul dans le « monde où, dans sa masse, l'ouvrier moyen, le salarié agricole moyen ou, « en général, le semi-prolétaire des campagnes, c'est-à-dire le représentant « de fa masse opprimée, de l'énorme majorité de la population, jouissent, « ne serait-ce qu'à peu près, d'une liberté aussi grande qu'en Russie soviétique « d'organiser des réunions, dans les meilleurs locaux, d'une liberté aussi « grande d'avoir, pour exprimer leurs idées, défendre leurs intérêts, les plus « grandes imprimeries et les meilleurs stocks de papier ; d'une liberté aussi « grande d'appeler justement des hommes de leur classe à gouverner et à « "policer" l'État ?».

10. — Alors, en URSS, c'est la dictature du prolétariat ?
Au temps de Lénine, indiscutablement. Le mot figure même dans la première constitution de la République Soviétique, la Constitution de 1918, dont l'article 9 dit :
« Le principal but de la Constitution [...], pour la période transitoire actuelle, consiste dans l'établissement de la dictature du prolétariat urbain et rural et de la paysannerie la plus pauvre sous la forme d'un pouvoir soviétique pan-russe puissant en vue de l'écrasement total de la bourgeoisie, de l'abolition de l'exploitation de l'homme par l'homme et de l'instauration du socialisme, où il n'y aura ni division en classes ni pouvoir d'État ».
Et à l'époque, nous l'avons vu, cette dictature se présentait comme une démocratie large, riche, complète pour la classe ouvrière et pour les classes populaires, qui disposaient alors de tous les moyens pour exercer toutes les libertés.
Mais, par la suite, le régime russe a vu apparaître, dans ses organes diri­geants, le pouvoir sans partage d'une petite minorité d'hommes sur l'appareil de l'État. Cela a été la période de la dictature stalinienne et, à l'apogée de cette dictature en 1936 — les années où elle fut la pire, où il n'y eut plus aucune liberté pour la classe ouvrière ni pour personne — Staline fit rédiger une nouvelle Constitution où le mot dictature du prolétariat ne figurait plus.
Dans l'actuelle Constitution soviétique, cette notion n'a pas été réintro­duite.
On peut estimer qu'il y a la même distance entre le régime russe et la démocratie prolétarienne qu'entre le fascisme et la démocratie bourgeoise. Le régime russe représente quand même, d'une façon déformée, la dictature du prolétariat, tout comme le fascisme représente la dictature de la bour­geoisie ; mais, dans un cas comme dans l'autre, il n'y a aucune liberté pour personne. Mais, comme on le voit alors, même les dirigeants de l'URSS n'osent pas parler de dictature du prolétariat pour leur régime, ils préfèrent que sa Constitution ressemble à une Constitution bourgeoise, comme c'est le cas actuellement. Et, là encore, on peut se rendre compte que la Constitution dite libérale de l'URSS actuelle cache les camps de concentration et les hôpitaux psychiatriques policiers, alors que la Constitution de 1918, qui se revendiquait de la dictature du prolétariat, représentait la liberté.

11. — Depuis quand le terme de "Dictature du prolétariat" figurait-il dans les statuts du Parti Communiste Français ?
Depuis sa création en 1920. L'Internationale Communiste avait été créée en 1919 à cause de la faillite de la Deuxième Internationale et des partis sociaux-démocrates qui la composaient. Les dirigeants de ceux-ci avaient par­ticipé à presque tous les gouvernements des pays belligérants et même, dans l'immédiat après-guerre, dirigèrent très souvent la répression anti-ouvrière.
Les travailleurs, les révolutionnaires ne pouvaient pas rester dans ces partis et dans la Deuxième Internationale. C'est pourquoi la Troisième Internatio­nale s'est créée.
Mais il fallait que les partis et les hommes qui adhéreraient à cette Troi­sième Internationale aient rompu avec la mentalité et les pratiques des chefs sociaux-démocrates. Il fallait qu'ils ne soient pas seulement attirés par la vague d'enthousiasme qui poussait tous les ouvriers révolutionnaires du monde à soutenir la Russie des Soviets. C'est pourquoi la Troisième Internationale imposa 21 conditions à accepter pour y appartenir, et l'une de ces conditions était de se prononcer pour la dictature du prolétariat. C'était donc, pour des gens qui furent à l'origine des partis et de l'Internationale Communiste, un critère déterminant pour se distinguer des sociaux-démocrates — ceux qu'on appela par la suite socialistes, pour les distinguer des communistes.
Nous avons vu que, de Marx à Lénine, ce critère a été d'importance.

12.— Comment le Parti Communiste Français justifie-t-il l'abandon de la dictature du prolétariat dans ses statuts ?
D'abord avec des arguments soi-disant de "bon sens". Marchais a dit : « Le mot dictature a une signification insupportable » et « Même le mot prolétariat ne convient plus ». Mais on l'a vu, pour Marx, la dictature avait déjà une signification insupportable et, s'il l'employait quand même, c'est parce qu'il considérait qu'il était vital pour les travailleurs de comprendre qu'ils auraient à se défendre. On a vu que ce n'était incompatible, ni pour Marx, ni pour Lénine avec la plus large démocratie pour tous, mais garantie par la force au service des travailleurs. Marchais le sait bien ; s'il ne se donne pas la peine d'expliquer ce que signifie la dictature du prolétariat pour un marxiste, ce n'est pas parce que le terme le gêne — pourquoi le gênerait-t-il d'ailleurs aujourd'hui plus qu'hier — c'est pour des raisons bien plus pro­fondes. Et c'est la principale explication. Marchais a dit : « L'expression de "Dictature du prolétariat" ne recouvre pas la politique du P C F aujourd'hui. Ce n'est pas seulement une question formelle, c'est une question de fond ».
Cela veut dire que, pour le P C F, la dictature du prolétariat est incom­patible avec la ligne qu'il défend, à savoir la participation du Parti Commu­niste au gouvernement aux côtés des socialistes. C'est-à-dire la politique des sociaux-démocrates qu'a combattue Lénine et contre laquelle s'est constituée la Troisième Internationale. Cette politique n'est, au mieux, qu'un moyen de faire supporter aux travailleurs les maux du capitalisme en les endormant avec
des promesses et, au pire, de laisser le champ libre aux menées bellicistes de la bourgeoisie comme en 1914, ou de lui laisser préparer les pires dictatures comme au Chili.

13. — Mais n'est-ce pas quand même à cause des affaires comme celle de Pliouchtch ou à cause des camps de concentration que le P C F veut se démarquer de ce qui se passe en Union Soviétique en abandonnant le terme de dictature du prolétariat ?
Si c'était réellement les camps de concentration et les hôpitaux psychia­triques pour oppositionnels qui préoccupaient le P C F, on ne pourrait qu'ap­plaudir des deux mains à ce qu'il cherche à s'en démarquer.
Mais ces camps de concentration ne datent pas d'aujourd'hui. Leur exis­tence était largement connue, ne serait-ce que par les témoignages des com­munistes authentiques qui y furent enfermés en raison de leur opposition au stalinisme. Et cela depuis trente ou quarante ans déjà ! Non seulement le P C F ne s'en est jamais fait l'écho, mais il criait à la calomnie. Il n'y a pas si longtemps, il justifiait franchement l'absence de libertés en URSS et la terreur policière, quand il n'en chantait pas les louanges.
Bien des travailleurs se souviennent avec quel acharnement le P C F présentait l'insurrection ouvrière de Budapest en 1956 comme un soulève­ment fasciste, pour mieux justifier l'intervention des chars de l'URSS. Lorsque, en 1968, les mêmes chars sont intervenus en Tchécoslovaquie, le P C F avait une attitude plus prudente. Mais s'il est allé cette fois-là jusqu'à désapprouver timidement cette intervention, il en est resté là.
Alors, bien sûr, on pourrait se dire qu'il vaut mieux tard que jamais et que, cette fois-ci, le P C F veut réellement que des affaires comme celle de Pliouchtch n'aient plus lieu en Union Soviétique.
Mais ce n'est justement pas le P C F qui a porté à la connaissance de l'opinion publique l'affaire Pliouchtch, ce n'était pas lui qui était à l'origine de la campagne pour sa libération.
Il s'est simplement résolu à s'associer à une campagne qui sensibilisait l'opinion publique.
Il a simplement saisi l'occasion et le prétexte pour, sous une justification libérale, accomplir un nouveau pas dans la voie du compromis et de la servilité vis-à-vis des hommes politiques de la bourgeoisie française.

14. — Mais à qui le P C F voulait-il plaire en abandonnant la dictature du prolétariat et en se démarquant de l'Union Soviétique ? Au Parti Socia­liste ?
Non. Tout en étant associés par le Programme commun, le Parti Commu­niste et le Parti Socialiste sont également concurrents. Ils veulent gagner les mêmes électeurs. On voit que, depuis deux ans, le Parti Socialiste progresse dans l'électorat et, en particulier, au détriment du Parti Communiste. Une partie des électeurs, partisans du Programme commun, considèrent que puisque le programme est le même, il vaut encore mieux voter pour le parti qui dénonce le stalinisme et la dictature en URSS que pour celui qui a l'air de s'en réclamer. En se démarquant de l'Union Soviétique, le P C F ne cherche pas à faire plaisir au P S, il cherche au contraire à lui enlever un argument. Mais dans cette concurrence entre P C F et P S, le résultat le plus clair c'est que le P C F ressemble de plus en plus au Parti Socialiste.
Etre associé au stalinisme est sans doute un handicap pour le P C F dans sa rivalité avec le Parti Socialiste, même aux yeux d'une partie de l'opinion ouvrière. Mais renoncer à la dictature du prolétariat, ce n'est pas rompre avec le stalinisme et ses méthodes. Ce n'est pas la dictature du prolétariat qui a éloigné certains ouvriers du P C F, ce sont les méthodes staliniennes ... Or, ces méthodes, le P C F n'y renonce pas. Par contre, abandonner la référence à la dictature du prolétariat, c'est renoncer à construire la démocratie pour les ouvriers. En faisant cela, le P C F choisit dans son programme et ses statuts de ressembler encore un peu plus au parti de Jules Moch, Guy Mollet, Defferre et Mitterrand.

15. — Veut-il plaire alors à l'opinion publique bourgeoise ?
Fondamentalement, oui. Le Parti Communiste Français veut accéder au pouvoir dans le cadre de la société existante. Or cette société est dominée par la bourgeoisie.
Alors le P C F ne peut devenir un parti respectable comme les autres qu'en étant admis, comme tel, par la bourgeoisie.
A plus forte raison, le P C F ne peut espérer parvenir au gouvernement, ce conseil d'administration des affaires politiques de la bourgeoisie, qu'avec l'accord entier de celle-ci.
Et l'opinion publique bourgeoise, celle qui est de droite comme celle qui se prétend de gauche, reproche au P C F à la fois ses liens avec l'Union Soviétique et ses références, même formelles, à la révolution et au commu­nisme. Abandonner explicitement certaines de ces références, comme la dictature du prolétariat, et se démarquer de l'Union Soviétique, est une manière pour le P C F de montrer publiquement qu'il est sensible aux exi­gences de la bourgeoisie, et qu'il est prêt à les satisfaire.

16. — L'abandon de la référence à la dictature du prolétariat changera-t-il quelque chose pour le Parti Communiste ? Aura-t-il plus de chances de devenir un parti de gouvernement ?
Cela n'est même pas dit.
En abandonnant cette référence, le P C F a fait un pas de plus pour montrer à la bourgeoisie qu'il renie ses origines et qu'au fond il n'y a pas de raison qu'il subisse un traitement à part, puisqu'il ressemble de plus en plus au Parti Socialiste qui, lui, est accepté par la bourgeoisie comme un parti à part entière.
Mais le P C F n'est pas au bout de ses peines. La bourgeoisie veut plus encore. Elle veut que le P C F fasse la preuve qu'il est prêt, tout comme le Parti Socialiste, à perdre toute influence dans la classe ouvrière plutôt que de faire quelque chose de gênant ou de nuisible à la bourgeoisie.
Elle veut que le P C F fasse la preuve qu'il n'est plus sensible à des criti­ques venues de sa gauche, comme il l'est encore aujourd'hui.
En 1968, par exemple, le P C F, par l'intermédiaire de la C G T, a joué un rôle décisif dans la généralisation de la grève. Pourquoi a-t-il agi de cette ma­nière, ce que la bourgeoisie lui a reproché par la suite ?
Parce qu'il craignait d'être débordé sur sa gauche, parce qu'il craignait de perdre de l'influence sur la classe ouvrière et peut-être même de se saborder, comme il s'est sabordé en milieu étudiant pour s'être opposé à la lutte des étudiants.
Eh bien, la bourgeoisie demande au P C F d'être prêt à se saborder, plutôt que de nuire aux intérêts des possédants.
Mais pour donner ces preuves à la bourgeoisie, le P C F sera obligé de sacrifier son audience dans les usines, de sacrifier tout ce qui fait qu'aux yeux des travailleurs, il apparaft plus comme le parti des travailleurs que le Parti Socialiste.
Quand il ressemblera complètement au Parti Socialiste, alors la bour­geoisie pourra l'accepter. Mais il ne lui servira alors plus à rien.

:: Lire Le Capital de Karl Marx

La division du travail étant ce qu'elle est, il n'est pas toujours évident de trouver le temps nécessaire pour lire Le Capital dans son intégralité. En attendant donc les vacances, voici une solution provisoire et (relativement) simple : la lecture des résumés proposés et des extraits rassemblés par Julien Borchardt en 1919.

Dans sa préface, Borchardt explique les raisons qui l'ont poussé à faire ce travail :

Connaître ce livre est [...] le devoir strict de quiconque veut comprendre ou, à plus forte raison, influencer l’évolution de notre temps.
Devoir, cependant, qui n'est pas des plus faciles à remplir. Celui qui veut lire Le Capital se heurte à une foule de difficultés. Oui, on peut le dire, pour le profane il est absolument illisible. Or la plupart des hommes sont nécessairement des profanes.
Il y a d'abord l'immensité de l'ouvrage. Les trois volumes qui le constituent ne comptent pas moins de 2.200 grandes pages imprimées. Qui peut lire ces 2.200 pages, à moins de vouloir en faire un objet d'étude spéciale et de délaisser toute occupation professionnelle ?
A cela s'ajoute un mode d'expression particulièrement difficile à suivre. Ce zèle excessif qui voudrait montrer sous un jour favorable tous les côtés d'un grand homme a fait dire que Marx, écrivain, avait un style clair, direct et facile.
Cela n'est même pas juste pour ses plus petits écrits, rédigés pour des journaux. Mais l'affirmer de ses ouvrages d'économie, c'est tout simplement dire une contre-vérité. Pour comprendre son mode d'expression, il faut un effort de pénétration en profondeur, une grande tension de l'esprit, un contact plein d'amour avec l’oeuvre, et condition également indispensable, de vastes connaissances spéciales dans le domaine de l'économie politique. La raison de cette difficulté est fort aisée à reconnaître.
L’oeuvre de Marx représente un immense travail de pensée. Tout lui était familier de ce que la science économique avait réalisé avant lui, et il en a énormément accru les matériaux par ses recherches personnelles ; tous les problèmes de l'économie, il les a repensés, et ce sont justement les plus difficiles d'entre eux auxquels il a donné des solutions nouvelles. Tout son esprit, toute son énergie se trouvaient à tel point absorbés par le contenu qu'il n'accordait pas d'importance à la forme. A côté de l'abondance des pensées qui ne cessaient de l'occuper, l'expression lui paraissait indifférente. De même, il n'avait sans doute plus le sentiment que quantité des choses qui lui étaient familières et lui paraissaient évidentes pouvaient receler les plus grandes difficultés pour les autres, pour ceux qui ne possèdent point d'aussi grandes connaissances. D'autant plus qu'il n'aura guère songé, sans doute, à écrire pour des profanes. C'est une oeuvre de spécialiste, une oeuvre de science qu'il voulait donner.
Quoi qu'il en soit, il reste que la difficulté de l'expression ne peut être surmontée qu'en y employant une somme de temps et de travail dont le profane ne saurait, par définition, disposer.
A quoi s'ajoute encore une troisième difficulté, la plus importante. L’oeuvre de Marx, de la première à la dernière ligne, est d'une seule venue; les différentes parties de sa doctrine dépendent si étroitement les unes des autres qu'aucune d'entre elles ne saurait être bien comprise sans la connaissance des autres. Quiconque entreprend la lecture des premiers chapitres ne peut naturellement savoir ce que contiennent les chapitres ultérieurs et doit donc nécessairement acquérir une image fausse de la doctrine tant qu'il n'a pas étudié les trois volumes jusqu'à la fin.
Cette difficulté est encore accrue du fait que Marx n'a pas pu terminer son oeuvre.
Il n'a définitivement rédigé que le premier volume du Capital, paru en 1867. Les deux autres tomes n'ont été publiés qu'après sa mort, par son ami Friedrich Engels. Or, ces deux derniers volumes étaient loin d'être prêts pour l'impression, de sorte que Engels a souvent inséré dans le texte les esquisses où Marx jetait, une première fois, ses idées sur le papier. Il en résulte d'innombrables répétitions. Le lecteur non prévenu – et le profane ne saurait l'être – voit avec surprise la même pensée reparaître sans cesse, sous de nombreux termes, dix fois, quinze fois et davantage encore, sans qu'il en perçoive la raison. Cela explique que les savants eux-mêmes se contentent d'ordinaire de lire le premier volume, et qu'ils sont amenés à mal comprendre ce que Marx a voulu dire. Il en va de même, bien plus encore, pour le profane, pour l'ouvrier, par exemple, qui après avoir dépensé un effort peut-être considérable, dans ses heures de loisir, pour lire jusqu'au bout le premier volume, évitera prudemment la lecture du second et du troisième.
Toutes ces raisons m'avaient, dès avant la guerre, amené à penser qu'il était urgent de rendre lisible Le Capital pour la masse de ceux qui aspirent à en connaître le contenu sans être à même, pour ainsi dire, d'y sacrifier une partie de leur travail et de leur vie. Il ne s'agit pas, bien entendu, de populariser la doctrine de Marx, de procéder à l'une de ces vulgarisations qui consistent à ce qu'un autre expose librement, en essayant de le rendre compréhensible, ce que Marx lui-même enseigne. De tels travaux existent en suffisance. (Souvent, d'ailleurs, ils souffrent du fait que leur auteur n’a lui-même lu que le premier volume, ne considérant pas les deux autres comme essentiels.) Mais il s'agit au contraire de laisser Marx parler lui-même, de présenter son propre ouvrage, ses propres paroles, de manière à ce que tout le monde, avec un peu de temps et de peine, soit en mesure de les comprendre.
Telle était la tâche que je me représentais en esprit depuis des années. La guerre et ses loisirs obligatoires m'en ont accordé le temps nécessaire. J'en présente le résultat au publie et dois encore exposer pour quelles raisons je me suis considéré comme capable d'un tel travail, et de quelle façon j'ai procédé.
Pour lire des extraits du Capital, suivre ce lien.


:: Engels : à propos de la dialectique de Hegel

Le texte est peu connu. En 1859, dans le journal Das Volk (Berlin), Friedrich Engels rend hommage à la dialectique hégélienne :

Engels« Ici, une autre question devait être résolue, qui n’avait rien à faire avec l’économie politique en elle-même. Comment fallait-il aborder cette science ? D’un côté, nous avions la dialectique hégélienne, sous sa forme totalement abstraite, et « spéculative » où Hegel l’avait laissée ; d’un autre côté, la méthode vulgaire, redevenue à la mode, qui est pour l’essentiel la méthode métaphysique de Wolff, avec laquelle les économistes bourgeois ont écris leurs gros livres incohérents... La dialectique de Hegel, dans sa forme existante, état totalement inutilisable. Elle était essentiellement idéaliste, et il s’agissait ici du développement d’une conception du monde, plus matérialiste que toutes les précédentes. Elle partait de la pensée pure, et il s’agissait de partir des faits les plus têtus. Une méthode qui, selon ses propres déclarations, « allait du néant au néant à travers le néant » ne pouvait absolument pas avoir sa place ici sous cette forme. Mais elle était pourtant, de tous le matériel logique existant, le seul morceau auquel on pouvait se relier. [...] Cette grandiose conception de l'histoire était la présuposition théorique directe de la nouvelle conception matérialiste, et à cause de cela déjà il existait un point d'attache pour la méthode logique également »

:: Comment (un militant communiste doit-il) lire ?


Un militant "est organisé dans ces recherches, dans ces études, dans ces connaissances politiques. Il devient scientifique en fait.
L'important, c'est de lier ça à la réalité, à la lutte des classes bien réels et aux luttes idéologiques de notre époque, à ce qui est dans l'air du temps, dans l'opinion publique, à ce qui est quotidien pour les travailleurs. Au bout du compte, c'est répondre à nos collègues, à leurs questions, à leurs problèmes. Et puis ne pas perdre de vue qu'on construit un parti prolétarien, qu'il faut convaincre quelques uns de nos collègues à entrer dans le militantisme. [...] Ce n'est pas uniquement un travail personnel, individuel. [...]
Faut avoir en tête de se rapprocher de nos collègues de boulot, d'élever le niveau politique de nos camarades de travail, d'être à leur écoute. Parfois, ils ont des formules très pertinentes. Parfois ce qu'ils formulent confusément, nous pouvons le formuler clairement et faire avancer les choses. Ca peut être en science, en problèmes familiaux, dans l'explication d'un conflit entre un chef et un collègue, l'explication d'une grève, de l'histoire, de l'actualité politique nationale ou internationale.
Aprés un militant ça prend grave du recul. Les grands révolutionnaires ont écrit des livres théoriques sur de nombreux sujets... philosophiques, scientifiques, historiques, économiques, politiques. Ils t'expliquent aussi bien ce qui est important comme ce qui secondaire, de moindre importance. Suivant le niveaux de conscience qu'il y a autour de nous, bah, on entraîne nos proches d'où ils sont à des stades supérieurs de compréhension de la réalité, du monde, de la nature, de l'Univers. C'est l'effet que ça me fait quand je lis Engels par exemple.
Pour en arriver là, la documentation en amont est aussi méthodique, chronologique, comme un archiviste, comme un scientifique. L'essentiel, c'est de voir le mouvement des choses qu'on étudie. Les livres, les journaux qu'on lis, on ne les lis plus n'importe comment, tout azimut, mais on planifie nos lectures, on se fixe des "programmes de documentation" sur tel ou tel sujet pour bien le maîtriser, pour bien comprendre ses mouvements internes, pour en apprendre le plus précisément à nos camarades, à nos collègues. Quand j'entends ou lis les copains, c'est cette rigueur que je perçois, que je comprends.
En fin, ce qui est claire, c'est qu'on ne fait pas trop les choses suivant notre feeling, mais plutôt : on prépare, on prend du recul. Au début, je reconnais, ça part un peu en freestyle, vu qu'on est passionné et qu'on veut tout savoir d'un coup. Au fur et à mesure, nos recherches s'affinent [...].
Et puis, faut pas oublier à expliquer les limites, ouvrir les perspectives, les mouvements à venir, futur possible, ce pourquoi on milite.
[source : jedi69]

:: La seule « régulation » que connaissent les capitalistes et leur personnel politique consiste à pressurer les classes populaires

Alors que chaque jour apporte l'annonce d'une ou plusieurs nouvelles faillites bancaires et que le système financier mondial risque l'effondrement général, dirigeants politiques et spécialistes auto-proclamés nous disent désormais que tout peut revenir comme avant, à condition de mettre en place des régulations appropriées. C'est bien la dernière duperie en vogue, qui tente de faire croire qu'on pourrait soigner une maladie mortelle avec ce remède miracle.

Mais il n'y a pas d'un côté de méchants capitalistes financiers et de l'autre de bons capitalistes industriels, comme le disent à l'unisson Sarkozy et les dirigeants socialistes. Ce sont les mêmes. Tout d'abord c'est l'argent des industriels qui alimente les banques et parfois c'est une seule et même famille qui cumule tous les rôles. Ainsi la famille de Wendel, dont le fleuron est aujourd'hui le baron Seillière, président du patronat européen. Ces anciens barons de l'acier ont reconverti tous leurs capitaux dans un fonds de pension spéculatif, le groupe Marine-Wendel, qui achète et revend des actifs industriels ou des produits financiers au gré de la spéculation.

En réalité, il n' y a qu'un système économique capitaliste, miné par des contradictions qu'il est bien incapable de surmonter. Les capitalistes ne produisent pas pour satisfaire les besoins des populations, ils produisent pour vendre à un prix qui leur permet de réaliser le profit. C'est ce qu'ils appellent le marché solvable. Seulement, ils ignorent l'étendue ou les limites de ce marché où tous s'affrontent. Et la seule régulation qu'ait jamais connue le capitalisme, c'est la crise, où faute d'acheteurs à bon prix, on ferme les usines et on jette à la rue les ouvriers par dizaines ou centaines de milliers.

Depuis des dizaines d'années, au moins depuis la fin des années 1960, préoccupés de maintenir le taux de leurs profits, les capitalistes se sont de plus en plus tournés vers des opérations purement financières. Ils ont pu croire que leur jeu pouvait durer un temps illimité. Mais ils n'ont fait ainsi que retarder les échéances. Les crises se sont succédé, en particulier les crises financières avec des conséquences plus ou moins importantes sur la production. Aujourd'hui, les capitalistes sont face à une crise financière générale, à un niveau jamais vu, dont les conséquences ne font que s'approfondir au fil des semaines dans l'ensemble des secteurs de l'économie.

Cette impossibilité de surmonter les contradictions propres au système capitaliste a à plusieurs reprises entraîné le monde à la catastrophe. Les conflits mondiaux qui ont ensanglanté le vingtième siècle avaient pour raison fondamentale ce fonctionnement irresponsable, impossible à réguler.

Depuis qu'il existe, le véritable mouvement ouvrier, celui qui a lutté pour l'émancipation des travailleurs, a combattu les illusions réformistes en tout genre, toujours remises au goût du jour. L'affirmation de Marx a été sa devise, « socialisme ou barbarie », et sa seule perspective a été l'expropriation de la classe capitaliste pour instaurer sur les ruines de ce système failli le socialisme et le communisme.

La seule « régulation » que connaissent les capitalistes et leur personnel politique consiste à pressurer toute la population pour lui extorquer les milliards qu'ils ont perdu au casino de la spéculation. Car, appeler « régulation » le fait de ponctionner 700 milliards de dollars aux États-Unis, des centaines de milliards en Europe, sur le dos de tous avec l'aide des États, pour renflouer les caisses des capitalistes, est un mensonge dans les termes ; c'est tout simplement de l'extorsion de fonds, voire du vol en bande organisée, à la mode des mafias. Mettre en avant cette prétendue régulation miracle ne sert qu'à détourner les travailleurs de leurs vrais ennemis et des vraies solutions. La seule issue est bien de reconstruire une société où l'on produise pour satisfaire les besoins de toutes les populations, en permettant à chacun de produire selon ses moyens et de consommer selon ses besoins. Cette société-là, ce sera la société communiste, qui se construira sur les ruines de cette société capitaliste qui n'a vraiment que trop duré.

:: "La société pourrit alors et sa putréfaction dure parfois des dizaines d'années"...

"On aurait tort de croire que les classes révolutionnaires ont toujours assez de force pour faire la révolution, une fois que cette révolution est arrivée à maturité en vertu des conditions du développement économique et social. Non, la société humaine n'est pas aménagée d'une façon aussi rationnelle et aussi "commode" pour les éléments avancés. La révolution peut être mûre sans que les forces des révolutionnaires appelés à l'accomplir soient suffisantes ; la société pourrit alors et sa putréfaction dure parfois des dizaines d'années"
[Lénine, Oeuvres, t. 9, 1905, p. 380]

:: Lula, grand serviteur de la bourgeoisie brésilienne

Au revoir Lula !
La politique de Lula et de ses gouvernements a été dans l’exacte continuité de celle de son prédécesseur de droite, Cardoso, favorisant les secteurs de la finance et des exportations. Sous sa présidence, les banques ont réalisé des bénéfices jamais vus. En 2005 par exemple, Bradesco et Banco do Brasil réalisaient près de 2 milliards de dollars de profits chacun. L’ensemble des groupes bancaires ont, sous la présidence de Cardoso, réalisé 20 milliards de dollars de profits cumulés, et 100 milliards sous celle de Lula. Les forts taux d’intérêt ont attiré les capitaux des financiers du monde entier. Le taux directeur est aujourd’hui de 9,50 %, le plus haut du monde, après avoir longtemps frôlé les 20 %. Cette année, plus de 45 milliards de dollars sont entrés dans le pays. Ces investisseurs ont toute liberté pour rapatrier les intérêts et dividendes engrangés.

Les secteurs en pointe sont les exportateurs de matières premières minières et agricoles. En 2005, la compagnie minière Vale do Rio Doce réalisait 3,5 milliards de dollars de profit. Le Brésil est le premier exportateur mondial de café, sucre, alcool, jus d’orange, viande de bœuf et de poulet, et un très gros producteur de soja, de maïs, de viande de porc. Dans un discours, Lula a qualifié de "héros" les gros planteurs de canne à sucre qui se spécialisent dans la production d’éthanol carburant. Pour étendre les surfaces consacrées en particulier au soja, à la canne à sucre et à l’élevage bovin, les grands exploitants agricoles, qui sont souvent des trusts impérialistes, massacrent la forêt amazonienne, avec ou sans l’accord des autorités, refoulant ou exterminant pour cela les tribus indiennes, et réduisent leurs salariés à un véritable esclavage dans leurs fazendas. Le gouvernement a tout un plan pour "libérer" l’Amazonie des lois et règlements qui en limitent l’appropriation et l’exploitation. Une première mesure a été prise, qui cède au privé à des prix d’ami 60 millions d’hectares de terres publiques.

La production du secteur agro-industriel atteint les 400 milliards de dollars, plus que le PIB de l’Argentine, et ses exportations étaient en 2008 de 72 milliards. Le gouvernement Lula a tout fait pour le favoriser. En 2008, quand la crise bancaire réduisait les financements, il lui a accordé 13 milliards de prêts, puis encore 9 milliards en mars 2009. Pour lui complaire, il l’a laissé utiliser pour les agrumes des pesticides interdits dans le monde entier, qui ont empoisonné des milliers de gens, et il a légalisé l’emploi à grande échelle des OGM, à la grande déception des écologistes qui le soutenaient.

Mais le secteur industriel n’a pas non plus été oublié, même s’il alimente le marché intérieur et exporte moins. Il a crû de 18 % en un an. L’an passé, sous prétexte de les aider à surmonter la crise, le gouvernement a fait cadeau aux entreprises et aux banques de plus de 140 milliards d’euros d’argent public. À lui seul le secteur automobile a été exempté de plus de 400 millions d’euros d’impôts. La condition était de maintenir l’emploi : le lendemain de cette annonce, PSA annonçait le licenciement de 250 travailleurs… et conservait l’exemption d’impôt.

Lula et le PT dans l’opposition critiquaient les privatisations réalisées par Cardoso. Les prix de vente étaient souvent scandaleusement bas : Vale do Rio Doce, évalué à plus de 40 milliards de dollars, était vendu pour 1,5 milliard en 1997. Son bénéfice était de 3 milliards en 2007 ! Une fois au pouvoir, Lula s’est bien gardé de revenir sur ces privatisations. Il a au contraire systématiquement encouragé les partenariats public-privé (PPP), où le public fournit les fonds et le privé encaisse les profits. Et tant pis si l’intervention du privé dans les services publics provoque des dysfonctionnements scandaleux, comme la panne qui, dans la nuit du 10 au 11 novembre 2009, a pendant plusieurs heures privé de courant la moitié des Brésiliens, provoquant dans les grandes villes un chaos indescriptible.

La bourgeoisie brésilienne est donc prospère comme elle ne l’a jamais été et elle le manifeste en affichant un luxe choquant pour le reste de la société. Le marché des jets privés, des hélicoptères pour les déplacements en ville, des voitures blindées et des gardes du corps est florissant. Le magasin Daslu de Sao Paulo, spécialisé dans le commerce de luxe et auquel seuls les riches ont accès, a ouvert des filiales dans d’autres capitales d’État qui offrent désormais une clientèle suffisante pour justifier une installation.

Lula au pouvoir, cela a été tout profit pour la bourgeoisie, et cela s’est traduit cette année par un appui sonnant et trébuchant à la candidate du PT, Dilma Rousseff. Début septembre elle avait déjà reçu pour sa campagne 20 millions de dollars des grandes entreprises, alors que son concurrent­ de droite, José Serra, n’en avait eu que 14. Les bourgeois ont une certaine reconnaissance du ventre.
Un journaliste de la Folha de Sao Paulo écrivait en mai 2005 : "On n’a pas encore pu distinguer Lula de Fernando Henrique Cardoso." La remarque est toujours valable aujourd’hui.

Extrait de la Lutte de classe 131

mardi 23 novembre 2010

:: La véritable alternative politique à Sarkozy n’est pas l’élection d’un président socialiste

Extrait du bilan du mouvement du 7 septembre (LDC n°131).

[...]

L’offensive contre la classe ouvrière ne s’arrêtera pas et ne pourra que s’accentuer. La crise est loin d’être terminée. Personne ne peut même affirmer que sa phase la plus dure est derrière nous. Le patronat continuera à profiter du chômage pour aggraver les conditions de travail, pour bloquer, voire réduire les salaires et, de façon générale, pour aggraver l’exploitation.
 
Quelle que soit la répartition de la plus-value extraite de la classe ouvrière, entre les activités productives et les activités financières, la plus-value partagée vient de toute façon de l’exploitation elle-même. Pour maintenir et à plus forte raison pour augmenter la plus-value globale, le capitalisme n’a rien inventé d’autre depuis ses origines que l’accroissement de l’exploitation. À cela s’ajoutera inévitablement dans la période à venir la pression croissante des gouvernements, c’est-à-dire des États eux-mêmes, quelle que soit l’étiquette de ceux qui gouvernent, pour rembourser au système financier les sommes faramineuses qu’ils ont empruntées pour le sauver.
 
"Il faut résorber la dette publique" est déjà et sera de plus en plus le cri de guerre des gouvernements pour justifier toutes les politiques d’austérité. Et, dans tous les pays, la dette publique est d’un montant tel que, même en cas d’amélioration de la situation économique, elle n’est pas près d’être résorbée.
 
Il est évident que le changement éventuel de président de la République ou de majorité gouvernementale ne changerait rien au problème. Les gouvernements socialistes des autres pays d’Europe ne se comportent pas différemment des autres. La raison en est simple. La crise exacerbe la violence de la bourgeoisie contre la classe ouvrière. Pour protéger un tant soit peu les tra­vailleurs contre cette offensive, il faudrait prendre des mesures radicales contre le grand patronat, ce que les gouvernements socialistes ne feront pas.
La simple possibilité d’un retour au pouvoir rend le Parti socialiste extrêmement prudent. Il prend soin de ne pas faire de promesses qui, si elles étaient prises au mot par les travailleurs, pourraient gêner le patronat. Sur la question des retraites, il est significatif que le Parti socialiste n’en fait qu’une : celle de ramener à 60 ans l’âge légal pour pouvoir partir en retraite. Même cette promesse, l’avenir nous dira s’il la tiendra ou pas. Mais il se garde bien de promettre le droit de partir à la retraite à 60 ans avec une pension complète.
 
Significatif est également le débat qui se déroule en ce moment dans le Parti socialiste. Les propositions de Benoît Hamon, porte-parole de ce parti et chef de file de son aile gauche, ont déclenché, paraît-il, des tirs de barrage de la part de Hollande, Sapin et quelques autres sur le "coût des mesures proposées". Pourtant ce que le rapport de Hamon a de plus radical se limite à son intitulé : "Sur l’égalité réelle des chances" ! Et Hollande d’insister : "Avant d’établir ce rapport, il aurait fallu évaluer les marges de manœuvre dont on peut disposer." Il n’est pas difficile de deviner que lesdites marges de manœuvre, en particulier dans le domaine social, c’est le grand patronat qui les définit.
 
Le souvenir que le gouvernement Jospin a laissé est encore assez présent dans une partie importante de la classe ouvrière pour que les travailleurs ne s’attendent pas à être protégés par un gouvernement socialiste. Les votes en faveur du Parti socialiste seront surtout des votes contre Sarkozy. Cela fait longtemps d’ailleurs que toute la stratégie électorale du Parti socialiste se limite à l’argument, formulé ou subliminal, que "notre candidat quel qu’il soit est le seul à être en situation de battre Sarkozy". Avec, on le voit dans les sondages, une prime sur ce terrain à Strauss-Kahn qui a le plus de chances de l’emporter mais dont bien malin est celui qui pourrait dire en quoi consiste son côté "homme de gauche".
 
Mais non seulement le Parti socialiste au gouvernement ne sera pas meilleur que la droite, mais il ne se gênera pas pour utiliser, en plus du crédit dont il peut disposer en propre auprès des travailleurs, le crédit des directions syndicales pour faire accepter aux travailleurs des mesures d’austérité supplémentaires. Aussi, si les directions syndicales ont quelques raisons d’espérer trouver, avec un gouvernement de gauche, une meilleure place pour elles-mêmes, l’entente entre elles et le gouvernement de gauche ne se fera pas à l’avantage de la classe ouvrière, mais à son détriment.
 
[...]
 
La classe ouvrière ne peut défendre ses intérêts qu’en intervenant elle-même dans la politique, directement, de tout son poids, dans l’économie, par ses propres armes, par les grèves, par les occupations d’usines, par les manifestations.
 
La véritable alternative politique à Sarkozy n’est pas l’élection d’un président socialiste. Il mènera sensiblement la même politique que Sarkozy, même si les mots pour la justifier sont différents. La bourgeoisie qui détient tous les leviers de l’économie ne lui laisserait pas d’autre choix dans le cadre du sage jeu des institutions. La véritable alternative, c’est l’intervention collective et par en bas de la classe ouvrière elle-même pour faire retirer toute mesure défavorable à ses intérêts, quelle que soit l’étiquette du gouvernement qui la propose. La composition du gouvernement peut changer, comme peut changer son étiquette politique, sans qu’il cesse d’être "le conseil exécutif de la bourgeoisie".
 
C’est en apprenant à manier ses armes de classe, en apprenant à s’en servir sur le terrain politique, que la classe ouvrière pourra faire plus que se défendre : imposer une autre politique de classe, la sienne, au lieu des variantes à peine différentes de la politique de la bourgeoisie. Une politique qui, en cessant de respecter la propriété privée des moyens de production, les lois du marché et la dictature du profit individuel, ouvrira une autre perspective devant la société que le marasme dans lequel la maintient la bourgeoisie.

Lire la suite ici.

lundi 22 novembre 2010

   22 novembre 1918 : écrasement du Soviet de Strasbourg 
  Jack London : Le peuple de l'Abîme, le texte en .pdf : http://bit.ly/ceVDE8
"Comment je suis devenu socialiste" (Jack London, 1902)

:: LE VRAI VISAGE DU "COMITE FRANCAIS DE LIBERATION NATIONALE"

Après de longs et pénibles marchandages, qui ont duré plus de six mois, les émigrés gaullistes à Londres et les généraux de la défaite et du système vichyssois en Afrique du Nord sont arrivés à un compromis.

Giraud et son équipe parmi laquelle on comptait jusqu'hier encore en service actif les Peyrouton, les Noguès, les Boisson, les Pucheu, etc... représentent sur le terrain politique la tendance la plus réactionnaire de la bourgeoisie française de la Métropole et des colonies. La fraction Giraudiste par son passé et sa mentalité est entièrement dans la ligne de la politique de la "révolution nationale" vichyssoise, avec laquelle par ailleurs elle n'a rompu qu'au moment où l'évolution de la guerre mettait toutes les chances du côté de l'impérialisme anglo-saxon.

La fraction gaulliste représente l'autre côté de la médaille, la tendance "démocratique" de la bourgeoisie française, qui tente de gagner la guerre et la paix capitalistes en faisant "miroiter" aux masses laborieuses de France la résurrection de feu la IIIème République sur une base constitutionnelle et parlementaire. Elle est la fraction politique du capitalisme français la plus habile, la plus démagogique et par conséquent la plus dangereuse. Ayant exploité à fond les sentiments d'indignation, de colère et le désir ardent de liberté suscités par l'occupation brutale du pays qui souffre et qui saigne sous la botte de l'impérialisme allemand, le "Gaullisme" veut regrouper les classes laborieuses françaises, en déguisant sa physionomie capitaliste sous le masque trompeur du "libérateur national". Il est devenu ainsi, grâce surtout à la complicité criminelle des dirigeants staliniens, le principal courant politique en France qui cherche à substituer à la lutte de classes l'"union sacrée" contre l'ennemi extérieur : les "Boches".

De Gaulle, dans ses pourparlers avec Giraud, se montra plusieurs fois intransigeant, sachant bien les sentiments qui animent les classes laborieuses de France envers les généraux et les politiciens qui jusqu'à hier défendaient en Afrique du Nord la politique réactionnaire de Vichy.

La composition définitive du "Comité français de libération nationale" et les remplacements qui ont précédé et suivi sa constitution (renvoi de Peyrouton, Noguès, etc...) marquent dans les cadres du compromis une première victoire gaulliste. Pour qu'elle soit cependant complète, elle doit être couronnée par la main-mise gaulliste sur l'armée en Afrique du Nord qui constitue pour le moment la force essentielle de la fraction Giraudiste, et qui tranchera aussi en définitif la question de l'influence politique prépondérante. En tout cas, les nécessités imposées par la guerre, empêcheront très probablement une aggravation de la crise et maintiendront l'équilibre établi sur la base du compromis entre les deux généraux. Par ailleurs, la pression de l'impérialisme anglo-saxon s'exerce dans la même direction actuellement.

Les patriotes généraux et politiciens de Londres et de l'Afrique du Nord multiplient leurs appels, leurs promesses et leurs encouragements.

Patientons, "ils" viendront bientôt. Mais c'est la partie du capitalisme français liée économiquement avec l'impérialisme anglo-saxon qui se prépare à venir, et c'est pour restaurer l'ordre bourgeois d'avant-guerre sur une base matérielle et politique infiniment plus restreinte pour les prolétaires de France. Derrière le drapeau national du "Comité" français , derrière son armée et les armées "alliées" de l'impérialisme anglo-saxon, viendra la capitalisme et seulement le capitalisme, frère siamois du régime social de Vichy. Les prolétaires de France, comme par ailleurs les prolétaires de tout le continent, ne changeront que de maîtres par l'arrivée des "alliés".

Les prolétaires et les couches pauvres de paysans et de petits-bourgeois des villes aspirent à un changement radical de la situation, qui devient de plus en plus intenable sous le régime capitaliste. Mais rêver le retour de la "belle vie" de jadis avec les Daladier, les Blum, les Herriot, et les autres marionnettes "démocratiques" du capitalisme français  qui se sont vantés à Riom d'avoir brisé le mouvement prolétarien de 34 à 1939 et qui ont préparé la guerre, c'est oublier que la situation d'aujourd'hui est le résultat de toute la politique du capitalisme français sous la IIIème République. Le retour aux même conditions, que nous promet maintenant le "Comité français de libération nationale", signifiera le retour aux mêmes causes organiques qui, à travers une attaque frontale du capitalisme contre les positions économiques et politiques du prolétariat français ont provoqué la présente guerre.

La volonté des masses est autre, DOIT être autre : faire la Révolution socialiste, qui est la seule solution radicale, la seule issue, la seule chance de salut pour le prolétariat et les autres couches exploitées du pays. Face aux préparatifs fébriles des généraux et politiciens au service de l'impérialisme, qui oppriment l'Afrique du Nord et s'en font un tremplin pour rétablir la position privilégiée du capitalisme français face au drapeau tricolore des exploiteurs, le prolétariat activera sa lutte de classe et S'APPRETERA A HISSER SON DRAPEAU ROUGE DE LA REVOLUTION SOCIALISTE. En tendant la main aux ouvriers d'Allemagne, d'Italie et des Balkans, les ouvriers français libéreront d'un seul coup le pays de ses ennemis capitalistes intérieurs et extérieurs, en édifiant en commun l'ordre socialiste basé sur l'union fraternelle des peuples du continent, LES ETATS-UNIS SOCIALISTES D'EUROPE.

Barta, 13 juin 1943

vendredi 19 novembre 2010

Pour le Medef, l'élection présidentielle de 2012 ne sera jamais qu'une sorte de sans importance. Et la bourgeoisie peut dormir tranquille... 
La preuve en image :

 
 
 
 
 
 
 
[pour agrandir : c'est ici ; l'auteur du scan est dadavidov]
  La crise financière touche l'Irlande : une aubaine pour la bourgeoisie parasitaire
Grande Bretagne - Contre l'augmentation des frais de scolarité : Les étudiants en colère

lundi 15 novembre 2010

:: 15 novembre 1927 : exclusion de Trotsky du Parti Communiste de l'Union Soviétique

Le 15.11.1927, avant l'ouverture du XVème congrès du PC, la « Commission Centrale de Contrôle » prononce l'exclusion de Trotsky et de Zinoviev (ce dernier capitulera rapidement), Kamenev, Rakovsky, Smilga et d'autres sont exclus du Comité Central. Trotsky n'a pas été entendu, son exclusion du CC avait été décidée à l'issue du Plénum du CC du 21 au 23 octobre 1927, au cours duquel il était intervenu une dernière fois publiquement devant le parti.

Ci-dessous quelques extraits de cette intervention de Trotsky le 23, publiée, tronquée, par la Pravda et, en français, par l'Humanité du 2.11.1927, puis, in extenso, par Contre le Courant, le 2.12.1927.

(...) Le régime du Parti découle de toute la politique de la direction. Derrière les extrémistes de l'Appareil, se tient la bourgeoisie intérieure qui renaît. Derrière elle, se tient le bourgeoisie mondiale. Toutes ces forces pèsent sur l'avant-garde prolétarienne, l'empêchent de lever la tète, d'ouvrir la bouche. Plus la politique du Comité Central s'écarte de la ligne de classe. plus elle est obligée d'imposer, d'en haut, cette politique à l'avant-garde prolétarienne, par des mesures de coercition. C'est là qu'est l'origine du révoltant régime qui règne dans le Parti. Lorsque Martynov, Smeral, Rafès et Peper dirigent la Révolution chinoise et que Mratchkovsky, Sérébriakov, Préobrajensky, Charov et Sarkis sont exclus du Parti pour avoir imprimé et diffusé une plate-forme bolchéviste destinée au Congrès, ces faits ne sont pas seulement d'ordre intérieur du Parti. Non, dans ces faits, la mouvante influence politique des classes trouve déjà son expression.

Il est certain que la bourgeoisie intérieure fait pression sur la dictature du prolétariat et sur son avant-garde prolétarienne, sans doute moins hardiment, moins ouvertement, moins astucieusement que la bourgeoisie mondiale. Mais ces deux pressions vont de pair et s'exercent simultanément. Les éléments de la classe ouvrière et de notre Parti qui ont, les premiers, pressenti l'approche du danger, qui ont été, les premiers à en parler, c'est-à-dire les représentants de la classe ouvrière les plus révolutionnaires, les plus stoïques, les plus perspicaces, les plus irréductibles, forment, aujourd'hui, les cadres de l'Opposition. Ces cadres se développent dans notre parti comme sur le plan international.

(...) L'opposant exclu se sent membre du Parti et le restera. On peut, par la violence, arracher la carte du Parti au véritable bolchevik léniniste, on peut, momentanément, lui retirer ses droits de membre du Parti, il n'abandonnera jamais ses obligations de membre du Parti. Lorsque Janson demanda, au camarade Mrachkovsky, à la séance de la Commission Centrale de Contrôle, ce qu'il ferait lorsqu'il serait exclu du Parti, le camarade Mratchkovsky répondit : « Je continuerai comme par le passé. »
C'est ce que dira tout opposant, quel que soit le lieu d'où l'on puisse exclure : du Comité Exécutif de l'Internationale Communiste, du Comité Central du Parti Communiste de l'Union ou du Parti. Chacun de nous dit avec Mratchkvosky : « Je continuerai comme par le passé ».

Nous tenons la manette du bolchevisme. Vous ne nous en arracherez pas. Nous la ferons marcher. Vous ne nous amputerez pas du Parti, vous ne nous couperez pas de la classe ouvrière. Nous connaissons les répressions, nous sommes habitués aux coups. Nous ne livrerons pas la Révolution d'Octobre a la politique de Staline dont l'essence peut s'exprimer en quelques mots : Bâillonnement du noyau prolétarien, fraternisation avec les conciliateurs de tous les pays, capitulation devant la bourgeoisie mondiale.

Excluez-nous donc du Comité Central un mois avant le Congrès que vous avez déjà transformé en étroite réunion des gens de la fraction Staline ! Le 15e Congrès sera, au point de vue extérieur, une espèce de triomphe supérieur de la mécanique de l'Appareil. En réalité, il en marquera le complet effondrement politique. Les victoires de la fraction Staline sont les victoires des forces de classes étrangères sur l'avant-garde prolétarienne. Les défaites du Parti dirigé par Staline sont les défaites de la dictature du prolétariat. Le Parti le sent déjà. Nous lui viendrons en aide. La plate-forme de l'Opposition est sur la table du Parti ! Après le 15e Congrès, l'Opposition sera, dans le Parti, incomparablement plus forte qu'en ce moment. Le calendrier de la classe ouvrière et le calendrier du Parti ne coïncident pas avec le calendrier bureaucratique de Staline. Le prolétariat pense lentement, mais sûrement. Notre plate-forme accélérera ce processus. En dernière analyse, c'est le ligne politique qui décide, et non pas la main de fer bureaucratique.

L'Opposition est invincible. Excluez-nous aujourd'hui du Comité Central, comme hier vous avez exclu Sérébriakov et Préobrajensky du Parti, comme vous avez arrêté Fichelev et les autres. Notre plate-forme se frayera sa voie. Déjà, les ouvriers de tous les pays se demandent, avec la plus grande inquiétude, pour quelle raison, à l'occasion du 10e anniversaire de la Révolution d'Octobre, on exclut, on arrête les meileurs combattants de cette Révolution. A qui la faute ? A quelle classe ? A celle qui a a vaincu en Octobre, ou à celle qui appesantit sa pression tout en sapant la victoire d'Octobre ? (...)

Les poursuites, les exclusions, les arrestations feront de notre plate-forme le document le plus populaire, le plus près du coeur, le plus cher du mouvement ouvrier international. Excluez-nous, vous n'arrêterez pas les victoires de l'Opposition : elles seront les victoires de l'unité révolutionnaire de notre Parti et de l'Internationale Communiste.
Tout le passage incluant les extraits ci-dessus (soit plus de la moitié de l'intervention de Trotsky) fut remplacé, dans le compte-rendu de la Pravda, par la mention suivante, venant après l'indication d'un tumulte déchaîné :« Le camarade Trotsky continue à lire, mais on ne peut distinguer un seul mot ». Victor Serge rapporte la scène suivante : «...Yaroslavski lui jette à la tête un gros livre... L'insupportable voix sarcastique de Trotsky scande : Vos livres, on ne peut plus les lire, mais ils peuvent encore servir à assommer les gens... »
 
[source : le falo]