mercredi 15 octobre 2008

:: bigspy ou de la veille avec un écran de veille ::

Bigspy est un site de visualisation, en temps réel, de l'ensemble du flux Digg : sur fond noir, les articles défilent au rythme des votes qu'ils reçoivent ; et plus l'article est "diggé", plus grande est sa police de caractère. C'est particulièrement bien foutu.
Ceci dit, il faut être un peu marteau pour aller se planter volontairement devant ce type de spectacle, aussi impressionnant soit-il : Digg charrie pas mal de superflu et il n'y est donc pas si fréquent d'y débusquer des informations pertinentes.
Il existe toutefois un moyen de l'utiliser sans se forcer et de laisser faire la chance : installer Bigspy en "screensaver" (écran de veille ou économiseur d'écran : le logiciel est téléchargeable en haut à droite de votre écran bigspy). Après la pause et avant de reprendre votre activité normale, un petit passage en revue de ce qui se dit sur la toile (en particulier aux Etats-Unis, c'est le problème), et hop ! "Echap" pour retourner aux choses sérieuses.

Vous verrez, il y a d'autres formes de visualisation possibles : arc, pics, swarm et stack...

mardi 14 octobre 2008

:: BHL, un "personnage relativement accessoire" # 1 ::

Mais un personnage qui témoigne assez bien (tant par ses ouvrages que par les enthousiasmes qu'ils suscitent) de la particulière vacuité intellectuelle de notre époque. C'est donc une bonne idée du Monde Diplomatique de sortir sur son site un dossier complet sur BHL : "Bernard-Henri Lévy, qui aime beaucoup l’Amérique, connaît sans doute l’expression « work in progress ». Elle signifie, grosso modo, chantier en construction. Chacun des ouvrages de cet auteur suscite un déluge d’articles louangeurs présentant ses propos ou analyses comme autant de fulgurantes transgressions de l’idéologie dominante. Plutôt que de s’obliger à commenter chaque année cet invraisemblable tintamarre qui a pour mérite involontaire de rappeler à intervalle régulier le caractère mafieux de la critique « littéraire » en France, Le Monde diplomatique a constitué un dossier. Davantage que sur un personnage relativement accessoire, il espère informer ainsi sur un épiphénomène significatif de la vie intellectuelle. Son acteur principal et ses très nombreux complices".

L'occasion pour moi de proposer quelques liens sur l'inénarrable :

A écouter aussi sur le site non officiel de Là-Bas si j'y suis, l'émission de Daniel Mermet :

lundi 2 juin 2008

:: Sur la conception matérialiste de l’histoire… [Engels, 1880]

062008

Extrait du chapitre 3 de SOCIALIME UTOPIQUE ET SOCIALISME SCIENTIFIQUE

engels1862.gif

La conception matérialiste de l'histoire part de la thèse que la production, et après la production, l'échange de ses produits, constituent le fondement de tout régime social; que dans toute société qui apparaît dans l'histoire, la répartition des produits, et, avec elle, l'articulation sociale en classes ou en ordres se règle sur ce qui est produit et sur la façon dont cela est produit ainsi que sur la façon dont on échange les choses produites. En conséquence, ce n'est pas dans la tête des hommes, dans leur compréhension croissante de la vérité et de la justice éternelles, mais dans les modifications du mode de production et d'échange qu'il faut chercher les causes dernières de toutes les modifications sociales et de tous les bouleversements politiques; il faut les chercher non dans laphilosophie, mais dans l'économie de l'époque intéressée. Si l'on s'éveille à la compréhension que les institutions sociales existantes sont déraisonnables et injustes, que la raison est devenue sottise et le bienfait fléau, ce n'est là qu'un indice qu'il s'est opéré en secret dans les méthodes de production et les formes d'échange des transformations avec lesquelles ne cadre plus le régime social adapté à des conditions économiques antérieures. Cela signifie, en même temps, que les moyens d'éliminer les anomalies découvertes existent forcément, eux aussi, à l'état plus ou moins développé, dans les rapports de production modifiés. Il faut donc non pas, disons, inventer ces moyens dans sa tête, mais lesdécouvrir à l'aide de son cerveau dans les faits matériels de production qui sont là

jeudi 8 mai 2008

:: Lukacs, une régression du marxisme ?

C'est le point de vue de Pierre Fougeyrollas, un ex du PCI, en 1979 [inSciences sociales et marxisme, Payot]. A discuter. Extrait :

A la différence des œuvres de Marx, d'Engels, de Rosa Luxemburg, de Lénine et de Trotsky dont nous avons rappelé qu'elles avaient été conçues en relation étroite avec le mouvement ouvrier et l'activité politique de construction du parti révolution naire, les textes du « marxisme occidental » ont été produits soit par des universitaires dent la formation intellectuelle s'était, pour l'essentiel, faite hors du mouvement ouvrier, comme dans les cas de Korsch et de Lukacs, soit par un dirigeant révolutionnaireemprisonné et mis par le fascisme hors d'état de militer effectivement, comme « fut le cas pour la plupart des œuvres de Gramsci. Aussi ces textts présentent-ils des traits spéculatifs qui ne permettent pas de les intégrer à la continuité à la fois pratique et théorique du marxisrre. En revanche, les recherches effectuées sous le signe du freudo-marxisme (Reich, Marcuse, Fromm) et les recherches accomplies par l'Ecole de Francfort (Adorno, Horkhei-mer, Benjamin) présentent avec le « marxisme occidental » des affinités électives qui n'échappent à personne.

[…]

Lukacs, par exemple, écrit : « Ce n'est pas la prédominance des motifs économiques dans l'explication de l'histoire qui distingue de façon décisive le marxisme de la science bourgeoise, c'est le point de vue de la totalité. La catégorie de la totalité, la domination déterminante, et dans tous les domaines, du tout sur les parties, constitue l'essence de la méthode que Marx a empruntée à Hegel et qu'il a transformée de manière originale pour en faire le fondement d'une science entièrement nouvelle… Le règne de la catégorie de la totalité est le porteur du principe révolutionnaire dans lascience ».

Que le marxisme ne se réduise pas à un « déterminisme économique » — formule naguère utilisée par Kautsky dans sa polémique contre Bernstein —, nous en sommes bien d'accord. Ne nous sommes-nous pas nous-même employé à montrer que, selon le matérialisme historique, les processus économiques de la production et de l'échange se déroulaient dans le cadre de rapports sociaux fondamentaux, essentiellement — depuis la production d'un surproduit — dans le cadre de rapports de classes qui les font ce qu'ils sont à partir d'un niveau déterminé des forces productives? Mais prétendre, à partir de là, comme le fait Lukacs, que ce qui caractérise par-dessus tout le marxisme, c'est le « point de vue de la totalité » et la mise en œuvre méthodologique de la « catégorie de la totalité », voilà qui est une tout autre affaire.

Sans doute le matérialisme historique refuse-t-il la conception et la méthode des « sciences sociales » qui séparent et, finalement, isolent les uns des autres les phénomènes économiques, les phénomènes politiques, les phénomènes culturels ou d'autres variétés de phénomènes sociaux. Et, en tant que le matérialisme historique, au contraire, analyse les divers processus sociaux en les intégrant à l'ensemble constitué par la « base réelle » et la « superstructure » de la vie sociale dans leur inséparabilité, son point de vue peut être caractérisé comme celui de la totalité. Mais cela ne suffit pas à définir le marxisme dans son originalité théorique et méthodologique et à le distinguer, par exemple, d'une conception totalisante de l'histoire comme celle de Hegel.

Non seulement, la catégorie de totalité ne permet pas de distinguer entre le matérialisme et l'idéalisme, mais en outre ce n'est pas elle qui est la catégorie fondamentale de la dialectique matérialiste; c'est, en fait, la catégorie de la pratique dont dérive le critère scientifique de l'unité de la théorie et de la pratique. Enfin, la totalité est vide sans son contenu qui se définit dialectiquement à partir de la catégorie de contradiction. Car lesformations sociales analysées effectivement par le matérialisme historique comme des totalités ne se spécifient que dans et par les contradictions fondamentales qui les font ce qu'elles sont, essentiellement — à partir de la division de la société en classes — par les contradictions de classe et la lutte de classe qui en résulte.

En fait, Lukacs opère, au nom d'une prétendue compréhension correcte du marxisme, une véritable régression de Marx à Hegel, et, plus généralement, de la théorie scientifique du prolétariat à une vision spéculative néo-hégélienne et passablement proche de l'idéologie de théoriciens des « sciences sociales », comme Dilthey et Weber, dont il n'a pas cessé de subir l'influence. L'analyse par Marx du fétichisme économique, dont le fondement se situe dans l'exploitation capitaliste du travail salarié, est remplacée dans Histoire et conscience de classe par une spéculation sur la réification qui prolonge, en fait, la conception idéaliste de Hegel selon laquelle l'aliénation serait consubstantielle à l'être même de l'homme.

Détachée des conditions matérielles de sa formation et séparée de l'effort historique du prolétariat pour se constituer en classe révolutionnaire en construisant des organisations indépendantes, la « conscience de classe », selon Lukacs, se confond avec le « point de vue » du prolétariat, comme point de vue de la totalité — celui de la bourgeoisie ne pouvant qu'être particulier, en raison de la particularité de ses intérêts de classe. Ainsi un jeu optique nous est proposé à la place des rapports de force étudiés par le matérialisme historique.