dimanche 1 février 2009

:: Grève générale en Guadeloupe, des liens pour comprendre

Conséquence des rapports sociaux de notre époque, on assiste depuis belle lurette à la disparition d’un discours de classe des champs politique et intellectuel. Le champ journalistique n’est évidemment pas épargné : ne vivant pas en autarcie dans quelques sphères miraculeusement indépendantes des rapports de force qui se jouent dans la société, il est donc lui aussi très malade. La preuve en est quotidienne, sur chaque sujet qui touche de près ou de loin les réalités sociales de notre monde. 
Il n'y a donc pas de quoi être surpris de la quasi-absence sur les ondes ou dans la presse d'éclairages pertinents sur la grève générale qui touche la Guadeloupe depuis le 20 janvier. Dans les circonstances actuelles, le public doit donc se contenter du strict minimum : des images inutiles d'un abrutis excédé forçant un barrage routier et/ou les propos, tout aussi inutiles, d'un secrétaire d'Etat aux affaires coloniales. Et cela dans le meilleur des cas seulement : dans la presse de référence, en l’occurrence dans Le Monde du 3 février, pas une ligne sur l’une des plus importantes mobilisations ouvrières de ces dernières décennies.
Oh, bien sûr, on pourrait simplement interpréter ce silence comme la preuve d’une presse résolument placée du côté de l’ordre. Certes. Des journalistes qui nous donnent chaque jour la preuve que leur ignorance crasse ne relève pas simplement de l’abrutissement involontaire mais bien davantage d’un exercice de style consistant à dire le monde ainsi que les puissants veulent l’entendre, de tels cuistres ou fieffées crapules ne manquent pas. Mais cela ne touche, à mon sens, qu’une part minoritaire du champ. Les autres, tout simplement, s’en foutent, ne comprennent pas la lutte des classes ou ont tout bonnement raté l’avion du sous-ministre…

Pour comprendre ce qui se passe en Guadeloupe, je vous donc donne quelques liens. D'abord dans Combat Ouvrier (l'équivalent sur l'île de Lutte ouvrière) dont l'un des principaux militants, Jean-Marie Nomertin, dirige sur place la CGT. Dans cet article, intitulé Le point sur le mouvement, on apprend que : 

  • La grève est totale dans toutes les grandes entreprises. Dans d'autres, plus petites comme certaines compagnies d'assurance ou un peu plus grandes comme la BNP, un certain nombre d'employés ont repris le travail, partiellement ou totalement. Dans les banques, seuls ceux de la BFC autour de la CGTG sont en grève totale et permanente. Dans les autres établissements, certains se remettent en grève ou au travail d'un jour à l'autre.
  • Dans les deux grands centres commerciaux: Carrefour des Abymes et Carrefour de Baie-Mahault, super marchés et boutiques sont fermés pour cause de grève.
  • Les travailleurs de l'EDF sont en grève et procèdent à des coupures tournantes. En gros, deux heures de coupure par jour par rotation géographique. Pour ceux de la Générale des eaux, c'est le même principe qui a été adopté.
  • Les agents hospitaliers qui peuvent difficilement faire une grève effective sont mobilisés. Ils ont dressé une tente devant le CHU de Pointe à Pitre et se rassemblent autour après le service minimum et les obligations imposées par les soins à donner aux malades. Ils sont nombreux à se joindre aux manifestations, nombreux à venir aux meetings.
  • Les journalistes et animateurs de RFO ont rejoint la grève générale depuis trois jours. Les programmes sont perturbés mais les grévistes ont décidé eux-mêmes de retransmettre en direct les négociations à la télévision.
  • Toute la zone dite industrielle de Jarry qui concentre des centaines de petites entreprises et près de 8000 travailleurs est quasi morte. 
  • Les transporteurs aussi sont en grève. Il n'y a pas de transports en commun. De toute façon, aucune station d'essence ne fonctionne. Les travailleurs y sont en grève en une sorte d'alliance tactique avec les gérants des stations services. Personne ne veut l'ouverture de nouvelles stations- service automatisées avec carte de crédit et self service. Les gérants n'en veulent pas en raison de la concurrence et les travailleurs non plus pour éviter la contagion de ce genre de stations et les risques de licenciements progressifs des pompistes et des employés des magasins de ces stations.
  • En Guadeloupe, ce sont encore les pompistes qui font le service d'essence aux conducteurs et cela concerne des centaines de jeunes travailleurs. Ce mouvement des travailleurs des stations service est organisé et tenu particulièrement par le syndicat UTPP-UGTG (Union des travailleurs des produits pétroliers).
    Les lycées, l'université sont fermés sans qu'on sache combien d'enseignants sont réellement en grève, le recteur ayant décidé de fermer les établissements sans attendre les décisions prises par les personnels dans chaque lycée.
  • A l'université Antilles Guyane, les personnels enseignants et ouvriers ont créé un comité de grève. Les examens ont été reportés à une date ultérieure.
  • Les travailleurs municipaux sont en grève dans les grandes villes totalement comme aux Abymes, la plus grande ville de la Guadeloupe ou partiellement. Signalons à Goyave, la grève des municipaux qui est totale depuis déjà plusieurs semaines, bien avant le début de la grève générale. Dans beaucoup de communes, les bureaux sont fermés.
A lire également 
  • sur le site 1000 babords Depuis douze jours en Guadeloupe : grève générale et illimitée"Silence médiatique en métropole !! Depuis douze jours en Guadeloupe une grève générale et illimitée bloque complètement l’île, qui pour info est également un département français. Les magasins, comme les stations essence, ne sont plus ravitaillés. L’administration est en grève, les écoles fermées, des manifestations regroupant entre 40000 et 50000 personnes défilent à Pointe-à-Pitre (l’île compte 400 000 habitants...) et dans les autres communes (Basse-Terre, Le Gosier, ...) depuis le 20 janvier. Il s’agit d’un mouvement social sans précédent !" (...). 
  • Pour compléter, vous trouverez dans Rouge un éditorial de Krivine  et dans LO une série d'articles factuels assez completsGuadeloupe : la grève générale se poursuit et se renforce. [LO]  : "la grève générale se poursuit en Guadeloupe depuis le 20 janvier. Cette grève a été préparée et déclenchée par un collectif d'organisations, au nombre de 49 aujourd'hui, regroupées sous le nom de Lyannaj kont pwofitasyon (liaison contre l'exploitation outrancière). Ces organisations sont syndicales (UGTG, CGTG, CTU, FO, CFDT), politiques avec le Parti Communiste, Combat Ouvrier, l'Alliance nationale Guadeloupe , l'UPLG et d'autres, des unions de producteurs, des transporteurs, le syndicat des pêcheurs et des associations culturelles très populaires en Guadeloupe, dont les groupes Akiyo, Kamodjaka et Voukoum." (...). Guadeloupe - Les trois grands centres de ralliement des grévistes et Guadeloupe - Une négociation animée. Extrait de ce dernier : "Les milliers de gens qui ont suivi ce « débat-négociation » ont été très satisfaits de voir ceux qui les représentent dénoncer avec vigueur et conviction les méfaits des patrons et du capitalisme, dénoncer des marges inexplicables sur les produits, bien au-delà des prétendus frais d'approche dû à notre éloignement de l'Europe. Ils étaient contents de voir dénoncer l'appétit de subventions et de défiscalisations de ces gens-là et leur refus de toute amélioration des salaires des travailleurs, dont un grand nombre vivent avec des emplois précaires, bien au-dessous du smic actuel, et souvent à la limite ou au-dessous du seuil de pauvreté. Les signes d'encouragement et d'adhésion se multiplient dans la population pauvre envers la grève  ! L'attitude pleine de fermeté et de détermination des deux responsables de l'UGTG et de la CGTG exprimait la volonté de milliers de grévistes et de milliers de pauvres qui soutiennent la grève et qui veulent qu'elle tienne bon jusqu'à ce que ce patronat arrogant et méprisant cède sur les revendications de salaire, et que l'État cède sur le problème de l'augmentation du smic conformément au coût de la vie locale".
  • Vous pouvez également prendre connaissance sur le site du syndicat UGTG de la plate forme de revendications -- dans l'Humanité, son dirigeant, Jean-Marie Nomertin (et militant de Combat ouvrier) donne ici un entretien. Dans Rue89, vous pouvez lire un entretien avec un des leaders du mouvement, Elie Domota. Dans L'Humanité encore, quelques articles également sont à lire : La Guadeloupe rassemblée dans la grève générale et   Guadeloupe : la grève générale se poursuitEnfin, une série de reportages vidéos sont visibles sur ce site. 
Dans Combat ouvrier, on apprend que se sera peut-être le tour de la Martinique de rejoindre le mouvement à partir du 5 février. En attendant, en France, les organisations syndicales ont décidé de ne rien faire pour amplifier le mouvement du 29 février. Elles attendent, disent-elles, de voir ce que Sarkozy va dire à la télé, alors qu'elles savent très pertinnement que, quoi que le président jacasse, il s'agira pour le gouvernement, dans le fond, et dans tous les cas, de favoriser le patronat et de faire payer la crise aux travailleurs. Misère...

samedi 17 janvier 2009

:: whostalkin, outil de veille efficace














Depuis une semaine, j'utilise de plus en plus systématiquement Whostalkin, un métamoteur qui effectue ses recherches simultanément sur une quantité de ressources vraiment impressionnante. Principalement, sur toutes les plateformes web 2.0, par exemple Friendfeed et Twitter, mais également sur les forums, les sites d'informations, les communautés de vidéos en lignes les plus connues (Youtude, Dailymotion, etc.), les principaux site de partage de photos (Flickr, Picasa, etc.) et de bookmarks (Delicious, Reddit, etc.). Bref, un outil de veille qui risque bien de devenir vite indispensable et de rendre Google de plus en plus accessoire. A noter toutefois que Whostalkin ne propose pas encore de grandes possibilités de configuration (la présentation des résultats est encore sommaire, le choix des langues n'est pas proposé, etc.), mais parions que cela ne saurait durer...

PS : dans le même genre, mais en beaucoup plus sélectif (mais avec la recherche sur Diigo en plus !), vous pouvez également essayer conversations.net...

jeudi 1 janvier 2009

:: Les avatars de la IVe Internationale après la mort de Trotsky

Après la dissolution de la LCR, quelques rappels historiques (LO, 1988) :

Après la mort de Trotsky, le fil humain reliant les militants de la Quatrième Internationale avec la génération révolutionnaire des années 1920 fut en fait rompu.

En tous cas, les dirigeants de la Quatrième Internationale qui devinrent les exécuteurs testamentaires officiels de Trotsky n'étaient pas en situation de transmettre l'héritage organisationnel et la pratique révolutionnaire des meilleures années de la Troisième Internationale. A plus forte raison de les faire fleurir et fructifier.

Au mieux ceux qui restèrent fidèles jusqu'au bout au trotskysme maintinrent la filiation révolutionnaire théorique, la lettre du programme révolutionnaire. C'est déjà sans doute quelque chose alors que tant d'autres rejetèrent même cela après un temps plus ou moins long. C'est grâce à eux qu'aujourd'hui encore, il y a des militants et des groupes trotskystes, des gens qui se réclament du communisme révolutionnaire et de la révolution prolétarienne dans le monde entier. Mais c'est bien insuffisant pour créer un nouveau parti de la révolution mondiale prolétarienne, but déclaré et raison d'être de la Quatrième Internationale.

Bien sûr, dans les années qui suivirent immédiatement la mort de Trotsky il y eut pour les organisations, pour les militants de la Quatrième Internationale, les difficultés dramatiques dues à la guerre mondiale. Mais

cela n'explique pas tout, et surtout pas l'inefficacité de la Quatrième Internationale dans l'immédiate après-guerre. Car la Quatrième Internationale avait justement été créée en fonction de ces perspectives-là.

Après la mort de Trotsky, l'histoire de la Quatrième Internationale et du mouvement trotskyste est l'histoire d'un courant idéologique qui peut se vanter sans doute d'avoir des partisans sur toute la planète, mais toujours peu nombreux et pratiquement sans poids et sans impact sur la classe ouvrière et le mouvement ouvrier et même presque sans liens avec eux.

C'est ce fossé qui le sépare de la lutte de classe réelle, qui elle évidemment n'a pas cessé même si le courant marxiste révolutionnaire ne comptait pratiquement plus, qui a donné au mouvement trotskyste cette couleur particulière que ses adversaires se sont si souvent et tant plu à souligner pour tenter de démontrer qu'il est dépassé et ne peut plus subsister qu'à l'état de petite secte ridicule et impuissante.

Et c'est vrai que l'histoire de la Quatrième Internationale, que nous ne ferons pas ici dans les détails, pourrait être souvent réduite à une suite de querelles sur des définitions ou des slogans et à une successions de scissions qui réjouissent tant nos adversaires et désolent tout autant nos amis.

Mais c'est que pour des militants qui n'ont ni impact sur la lutte de classe réelle, ni lien avec le mouvement ouvrier réel, la tentation est grande de se payer de mots puisqu'ils sont sevrés d'action. On peut tout dire quand on ne fait rien. Et on peut tout aussi bien se séparer quand on n'a pas plus d'impact ensemble que chacun de son côté.

Mais le pire c'est que, dès que Trotsky eut disparu, les politiques suivies par la IVe Internationale, la plupart de ses groupes nationaux, puis les différentes scissions qui se réclamaient d'elle, n'ont plus été qu'une suite d'errements à la remorque des courants dominants sous prétexte d'efficacité. Ils ont été justifiés de diverses façons, quelquefois présentés comme de simples tactiques, d'autres fois théorisés politiquement.

Mais toutes aboutirent d'une manière ou d'une autre, à abandonner en partie ou en totalité, le principe de la politique communiste révolutionnaire : la nécessité de préserver et de défendre ou même de construire l'indépendance politique et organisationnelle du prolétariat. Et cela quelles que soient par ailleurs les situations politiques diverses et quelles que soient les alliances possibles à court ou à long terme; et, découlant de cela, la nécessité de préserver et de défendre l'indépendance politique et organisationnelle du parti ouvrier révolutionnaire, du parti des communistes prolétariens.

Ce fut au contraire une suite de politiques suivistes vis-à-vis de forces politiques qui ne représentaient pas ou plus la classe ouvrière et qui aboutissaient à aligner non seulement les militants trotskystes derrière ces forces mais aussi à contribuer à imposer la politique anti-prolétarienne de celles-ci à la classe ouvrière.

Ainsi, par exemple, dès la guerre et l'occupation, différents groupes trotskystes français se rangèrent-ils derrière la Résistance, c'est-à-dire derrière les nationalistes staliniens ou gaullistes.

Et quand, vers 1950, Michel Pablo proposait à la IVe Internationale de s'intégrer dans les organisations staliniennes ou social-démocrates, sous prétexte que ce seraient celles-ci qui pouvaient seules jouer un rôle révolutionnaire, même malgré elles, dans les années, dans “les siècles” même qui allaient suivre, écrivait-il, ce n'était pas seulement dû à une brusque panique devant la situation, bien difficile il est vrai, créée aux révolutionnaires par la guerre froide. C'était aussi tout simplement un développement poussé certes vraiment très loin, dans le droit fil des politiques suivistes menées depuis dix ans.

Le Secrétariat Unifié de la Quatrième Internationale, et Pablo lui-même d'ailleurs, devaient dans les années suivantes revenir peu à peu sur leur politique et leur théorie outrancières des années 50, mais pas sur la recherche systématique des forces politiques susceptibles de remplacer et le prolétariat révolutionnaire, et le parti communiste révolutionnaire qu'ils renonçaient à créer dans les faits, sinon toujours dans les paroles.

C'est ainsi que les trotskystes ont essayé de prendre le sillage tout à tour, de Tito, de Mao, du - FLN algérien, de Castro, d'HoChiMinh, d'Arafat, de l'ANC sud-africaine ou de Tjibaou. Et nous en passons bien d'autres et qui n'étaient pas des meilleures.

Chacun de ces choix fut en général, reconnaissons-le, combattu par une partie du mouvement trotskyste. Ce sera, hélas, le plus souvent au nom d'un autre choix, pas meilleur et tout aussi opportuniste. A l'exemple des deux fractions du Parti Communiste Internationaliste d'alors, les ancêtres respectifs de la LCR et du PCI d'aujourd'hui, qui, dans les années 50 s'opposaient résolument parce qu'elles avaient choisi d'appuyer, la première le FLN algérien, la seconde son concurrent, le MNA, c'est-à-dire deux mouvements nationalistes qui n'avaient rien, ni l'un, ni l'autre, de socialiste ou de prolétarien.

Le résultat, c'est que cinquante ans après la fondation de la IVe Internationale, son bilan est mince : pas plus d'audience dans la classe ouvrière, pas plus d'impact dans la lutte de classe, des forces pas plus nombreuses, simplement sans doute un peu plus divisées.

Pour ne pas être injuste cependant, et surtout à l'intention de tous ceux qui ricanent au seul mot de trotskysme, il faut quand même rappeler que celui-ci est le seul courant qui se soit maintenu à la gauche du stalinisme.

C'est sans doute une preuve de la validité du programme trotskyste.C'est aussi certainement dû aux qualités de militants qui, malgré des politiques grossièrement erronées et en contradiction avec ces politiques, ont défendu le programme dans des conditions difficiles.

Pour pouvoir mener et défendre librement une politique qui refusait tout compromis sur la question fondamentale de l'indépendance politique et organisationnelle du prolétariat révolutionnaire, Lutte Ouvrière s'est construite indépendamment des diverses organisations se réclamant de la IVe Internationale.

Mais elle s'est construite sur le programme trotskyste. Et elle s'est construite aussi en relation avec le mouvement trotskyste, malgré des divergences profondes avec celui-ci. C'est-à-dire que l'existence de militants et de groupes, en France et dans le monde, qui continuaient à défendre le programme trotskyste, même s'ils menaient par ailleurs une politique en contradiction avec celui-ci, a compté et nous a aidés. Nous le savons et le reconnaissons. C'est pour ces raisons que nous nous rangeons dans le mouvement trotskyste, que nous nous en sentons pleinement solidaires malgré ce que nous considérons comme ses faiblesses.

C'est pour ces raisons que nous sommes trotskystes, pleinement et sans réserve.

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[ Extrait du CLT 27, “50 ans après la fondation de la IVe Internationale. Quelle perspective pour les militants révolutionnaires internationalistes ?” (septembre 1988)]

vendredi 28 novembre 2008

:: “Il n’y a pas d’évasion possible”

Extrait du l'exposé du Cercle Léon Trotsky n° 27 du 30 septembre 1988 : “50 ans après la fondation de la IVe Internationale. Quelles perspectives pour les militants révolutionnaires internationalistes ?” [extrait proposé par le Forum des Amis de Lutte Ouvrière]

C'est à nous, trotskystes, tels que nous sommes, autant que nous sommes aujourd'hui, que revient la tâche de faire retraverser aux vieilles expériences révolutionnaires, c'est-à-dire au savoir-faire prolétarien et internationaliste, le no-man's land entre les générations militantes, pour permettre enfin au mouvement ouvrier mondial de redémarrer sur des bases politiques supérieures à celles des années 30.

Une gageure ? Oui, sans doute. Comme toutes les entreprises humaines qui valent la peine qu'on se batte pour elles. Mais une gageure en effet. Car cet héritage politique que nous a légué Trotsky avant son assassinat et dans lequel les différents groupes trotskystes ont puisé plus ou moins partiellement, n'est pas simplement une doctrine ou un programme de formules toutes faites à adapter au goût du jour.

Le bolchévisme, disait Trotsky pour son propre compte, «n'est pas une doctrine, mais un système d'éducation révolutionnaire pour l'accomplissement de la révolution prolétarienne». Nous pouvons en dire tout autant du trotskysme.

Et toute la question est là : nous, les trotskystes, aurons-nous la volonté, l'âpreté, l'audace intellectuelle et politique et l'acharnement humain pour retrouver, pour réinventer dans l'action militante et l'action révolutionnaire, ce système d'éducation révolutionnaire dont parlait Trotsky, afin de le communiquer à toute la génération combattante qui surgit aujourd'hui dans les rangs des opprimés ?

Un défi à relever

Voilà le défi que nous, révolutionnaires internationalistes actuels, avons à relever : enflammer pour nos idées internationalistes toute cette génération combattante, qui malgré l'épreuve de l'histoire et des révolutions nationales fourvoyées, a acquis artificiellement une nouvelle tradition selon laquelle le nationalisme serait progressif.

:: Tweet Grid ou la veille grâce à Twitter

Grâce à un système de visualisation paramétrable en multi-fenêtres (1, 3, 6 ou 9 fenêtres, verticales ou horizontales), Tweet Grid offre la possibilité de surveiller en temps réel et simultanément (et selon la langue de votre choix) toutes les discussions sur Twitter se rapportant à vos thèmes ou mots clés préférés. 
Petits détails qui ont leur importance : vous pouvez évidemment twitter directement sur Tweet Grid et faire connaitre votre veille à tous vos followers.
Au final, un outil de veille assez impressionnant qui donne peut-être une idée de ce à quoi pourrait ressembler nos médias de demain...

vendredi 14 novembre 2008

:: Newsified : digg, delicious, reddit, youtube, etc. en un coup d'oeil

Le social bookmarking est sans doute l'avenir du web. Sur ce point, je partage l'opinion des auteurs de MediaLink, pour qui "l’humain est un meilleur agrégateur que la machine, (...) plus à même que les robots de faire le tri dans la masse exubérante de contenus et d’informations produits quotidiennement".

C'est dans cet esprit que s'inscrit Newsified qui propose, depuis peu, de visualiser efficacement le meilleur des contenus de Digg, Delicious, Reddit, Metafilter et Youtube sur cinq pages différentes. Cinq pages où l'ensemble des données sont agrégées et classées en fonction des mots clés les plus populaires et sur autant de colonnes. Tout cela est actualisé en temps réel et c'est vraiment pas mal du tout.

En attendant un outil similaire pour les digg-likes francophones...

:: Player.icio.us, moteur de recherche "intelligent"

Un petit gadget, mais une très bonne idée.

D'abord, Player.icio.us est un petit moteur de recherche qui travaille uniquement sur les bases de données de Delicious et de Magnolia. Un outil "intelligent" donc, qui ne s'appuie que sur les ressources sélectionnées, enregistrées et classifiées par les internautes eux-mêmes.

Ensuite, au lieu de vous offrir les résultats comme le feraient Delicious ou Magnolia eux-mêmes, Player.icio.us fait défiler sur votre écran tous les sites les plus populaires pour le tag ou mot clés recherché (2 ou 3 secondes pour chaque pages). Si l'un d'eux vous intéresse, il suffit de cliquer dessus... Une manière comtemplative de veiller : vous vous installez et n'avez plus qu'à attendre qu'une petite pépitte se présente à vous (explication et vidéo, en anglais, à cette adresse).

Enfin, il est possible d'affiner la recherche en dirigeant Player.icio.us sur les comptes de vos bookmarkers préférés.

Je vous le disais : une très bonne idée.

jeudi 13 novembre 2008

:: Veiller avec Twitter # 2 (Monitter)

J'évoquais hier deux outils pour être informé de la citation de certains mots ou l'évocation de certains thèmes sur Twitter. Ce travail de veille est également possible grâce à Monitter.

Ce service vous permet, en effet, de mener simultanément, sur une même page, une recherche sur trois mots clés différents employés sur le réseau Twitter. En outre, pour chacun de ces mots clefs (que vous pouvez multiplier à loisir), il vous est possible de générer un flux rss. Enfin, Monitter peut se décliner sous la forme d'un widget à intégrer facilement sur votre blog.

Un outil de recherche à découvrir donc. En attendant la nouvelle version qui, parait-il, est prévue pour très bientôt.

mardi 11 novembre 2008

:: Veiller avec Twitter # 1 (Twitterel & tweetscribe)

Pour compléter l'excellent papier mis en ligne par Outils froids sur Scribd intitulé "26 Services Veille Twitter - 26 web services to watch on Twitter", je voudrais évoquer deux outils gratuits qui, pour être "petits" et simples, n'en sont pas moins d'une très grande utilité.

Le premier est Twitterel qui vous permet, après inscription de vos coordonnées, d'être informé instantanément sur Twitter (directement ou via un message privé) des messages ayant employé les mots ou expressions que vous avez décidé de surveiller. Ainsi, si vous souhaitez prendre connaissance de tous les messages échangés sur Twitter dans lesquels se trouve, par exemple, le mot (ou "keyword") "médiaculture", il vous suffit préalablement d'en informer twitterel qui ensuite fera le boulot pour vous.

Même principe pour Tweetscribe, qui à la différence toutefois de Twitterel, vous proposera un flux RSS de l'ensemble des messages possédant les mots ou expressions qui vous intéressent.

Twitter, dont le succès est grandissant, devient un véritable outil de veille : il ne s'agit pas seulement d'y clamer ses humeurs passagères ou de dire "ce que vous faites" à ceux qui la plupart du temps s'en cognent, mais aussi de faire connaître à tous ses "followers" le fruits de ses découvertes sur le net, et, réciproquement, d'être tenu informé des bonnes trouvailles des autres. Dans cette perspective, Twitterel et TweetScribe le complètent de manière efficace et pourraient bien rendre Twitter de plus en plus indispensable...

dimanche 9 novembre 2008

:: sur Diigo, les dernières sauvegardes (weekly)

Posted from Diigo. The rest of my favorite links are here.
  • Sources, outils et astuces pour veiller avec Google Reader dans le domaine des sciences de l’information et des bibliothèques "Je l’ai annoncé il y a quelques temps : je n’utilise plus Netvibes, je suis passé à Google Reader. Il me fallait un outil qui permette de traiter efficacement un grand nombre de sources. Je suis très satisfait de ce changement après plusieurs mois d’utilisation. Cependant, Google Reader n’est pas exempt de défaut et peut être amélioré de manière significative avec des scripts Greasemonkey très simples à installer. Ces scripts permettent par exemple d’améliorer significativement l’ergonomie de cet outil : mettre de la couleur, classer les items par popularité, de prévisualiser les articles directement dans l’agrégateur sans sortir de la page, comme pour Netvibes. Si vous ne savez pas ce qu’est Greasemonkey, vous pouvez aller ici, c’est très bien expliqué. Notez qu’en installant cette extension pour firefox : Better google reader conseillée par Laurent en commentaire (merciii) vous pourrez installer directement plusieurs fonctions supplémentaires pour Google reader ! C’est la manière la plus simple d’améliorer cet agrégateur. En voici une petite liste (...)

  • Vers un renouveau de la critique sociale [Multitudes Web] par Luc Boltanski, Eve Chiapello : Entretien réalisé par Yann Moulier Boutang... YANN MOULIER BOUTANG - "J’ai dit ailleurs (La Quinzaine Littéraire de la deuxième quinzaine de janvier 2000) ce que je trouvais dans votre ouvrage de profondément novateur dans l’espace culturel français : un renversement radical de la perspective critique. Vous ne vous contentez pas de l’idée classique de la récupération par le capitalisme de la contestation, vous allez plus loin en montrant dans la partie rétrospective reconstructrice de votre ouvrage l’ampleur de la crise interne du capitalisme aussi bien dans les entreprises que dans la société et surtout vous soulignez à quel point cela résultait de la conjonction libératrice de la critique sociale (l’égalité) et de la critique artiste (l’autonomie et la liberté). Quel rôle positif ou négatif ont joué dans ce diagnostic pour l’un comme pour l’autre les grandes écoles de pensée, les outils théoriques que vous avez eu à votre disposition pour penser la société actuelle et son devenir ?" (...) / tags: sciences, gauche, morale, constructivisme, temps, analyse, sociologie, capitalisme, contestation

  • Firefox pour la veille [document pdf] / tags: veille, outils, firefox, extensions

  • Répertoire des liens d'extrême gauche en france / tags: gauche révolutionnaire, extrême-gauche, bookmarks, portail

mercredi 5 novembre 2008

:: Ne se faire aucune illusion sur Obama # 2

Je vous livre ici d'autres articles susceptibles de tempérer l'enthousiasme dominant :

  • "Le jour où rien ne changea (Agnès Maillard repris par AgoraVox)"
  • [extrait] "Autrement dit, l’élection d’Obama devrait maintenir l’illusion quelque temps de plus, cristalliser les espérances et les énergies, mais nous avons déjà dépassé le point de non-retour depuis longtemps et l’atterrissage devrait être d’autant plus amer et violent que l’enthousiasme et la foi dans le changement qui permet de revenir en arrière seront forts ce soir".

  • "Rien ne va plus, les jeux sont faits."
  • [extrait] "Nous n’y croyons plus. Il n’y aura pas de rédemption, pas de nouvelle aire mondiale d’un pacifisme enfin œcuménique. Ces niaiseries ne changeront pas la donne et la donne est viciée. Plus la donne est viciée et plus il faut enrober le spectacle de ce jeu en trompe-l’oeil de causes totales, absolues, indiscutables".

  • ""Obamania" : la fête sera bientôt finie"
  • [extrait] "Si le candidat démocrate trouve souvent grâce aux yeux des européens, Obama a été propulsé au rang d'idole. Pourtant, son protectionnisme économique et son laxisme sur les questions internationales risquent de plonger le Vieux Continent dans une dangereuse précarité".

  • "États-Unis : un système électoral bien verrouillé" (LO)
  • [Extrait] "le facteur le plus sélectif dans la désignation du président demeure l'argent. C'est même ce qui assure que celui qui héritera de la charge pour quatre ans, ou pour huit s'il est réélu, aura eu au préalable l'aval des possédants, dont il défendra ensuite évidemment les intérêts essentiels". Lutte ouvrière dans sa dernière édition, dans son éditorial intitulé "Obama élu, Bush désavoué, les travailleurs devront forcer les capitalistes à payer la crise", précise : "Contrairement à son slogan électoral qui promet le changement, Obama gouvernera, comme tous ses prédécesseurs, en fonction des intérêts de la grande bourgeoisie américaine. Comment imaginer que la puissante bourgeoisie américaine qui domine non seulement les États-Unis mais aussi, à certains égards, le monde entier, puisse jouer la défense de ses intérêts politiques sur les aléas d’une élection ?".

  • Affrontera-t-il les véritables maîtres du pays (complexe militaro-industriel, multinationales, etc.) ?
  • [extrait] "Plus que jamais, et quelle que soit la joie que l’on peut éprouver à savoir le camp de Bush et des néo-conservateurs battu, on a envie de murmurer « prolétaire sauve-toi toi-même ! » Mais pour que le prolétaire puisse « se sauver lui-même, il lui faut une organisation collective, et pas une situation qui le laisse spectateur d’un happy end télévisuel ! »"

  • "Obama et l'empire"
  • [extrait] "Dans tous les cas, ceux qui critiquent le rôle des États-Unis dans le monde ne doivent donner prise à aucune illusion de « changement » substantiel. Tandis qu’une présidence Obama serait tactiquement contrainte de dévier de la ligne de Bush & Co, qui se comportent ouvertement comme des seigneurs de guerre et des bandits, il n’y aura pas de rupture stratégique avec la quête constante de la domination mondiale des États-Unis ni avec les impératifs de l’empire". Lire aussi : "Politique étrangère : que peut changer Obama ?"

lundi 3 novembre 2008

:: ne se faire aucune illusion sur Obama

Le monde des communications est en perpétuelle mutation, mais les illusions et toutes les formes d'obscurantisme se portent à merveille. A vrai dire, il n'y a pas de contradiction : là où le capital ne rencontre pas vraiment d'obstacles sociaux, il n'y a pas vraiment de raison que les connaissances accomplissent d'immenses progrès ou que les moyens d'informations favorisent et nourrissent une réflexion véritablement critique sur l'ordre sociale. Aussi, la gauche en France considera-t-elle avec intérêts l'opinion du cuistre Attali, les mêmes iront jusqu'à considérer Royal comme une militante en faveur du monde du travail, certains iront jusqu'à soutenir qu'il est possible de moraliser le capitalisme tout en acceptant la régle du marché, de l'exploitation et de la spéculation, etc.

Mais le plus surprenant, aujourd'hui, à mes yeux, c'est l'enthousiasme avec laquelle nombreux sont ceux qui - et dans la blogosphère en particulier - se sentent tous émoustillés par l'obamania ambiante. Alors qu'il n'y a vraiment pas de quoi pavoiser : Obama est pour la peine de mort, défend le commerce libre des armes, inspire le New-York Times et BHL ; il a Sarkozy pour modèle et fait rêver Wall Street ; pire, il a trouvé le moyen de faire fantasmer le PS !... D'autres racontent même, sans rire, qu'il est "un homme de gauche, notamment par ses ambitions redistributrices sur le plan social" alors qu'il ne sera, sans doute, qu'un président soucieux, à l'instar de ces prédécesseurs -- le démocrate Clinton, par exemple, qui a privatisé les services sociaux à tour de bras --, soucieux de défendre résolument les profits du capital dans son pays comme dans le reste du monde. Quitte à alimenter des guerres dans cette perspective. Quitte à rendre le monde toujours un peu plus pourri. Imaginer le contraire, c'est prendre un produit du storytelling pour la réalité...

Je vous livre ici quelques articles qui ont le mérite de remettre Obama à sa place : du côté de ceux dont les partisans d'un monde meilleur n'ont strictement rien à attendre :


jeudi 30 octobre 2008

:: Les portails francophones d'information "alternative"

Il existe quelques portails francophones (ou "agrégateurs de news") qui permettent d'accéder directement à tout ce qui se dit sur la toile en dehors des circuits mainstream de l'information. Le premier d'entre eux, et aussi le plus ancien, est Rezo.net (dit aussi "le portail des copains"). Lancé, je crois, par les animateurs de feu [uZine] et du Magazine de l'Homme moderne, mais surtout tenu aujourd'hui par des personnes de sensibilités différentes qui indexent leurs trouvailles quand elles le jugent nécessaire, ce portail est probablement le meilleur moyen de penser les réalités de notre monde sans se contenter des grands médias. Il puise ses sources dans les publications de la gauche alternative classique (écologiste ou réformiste radicale : Le Monde Diplomatique, Le Plan B, etc.) et dans celles, bien que moins nombreuses, de la gauche révolutionnaire (WSWS, CQFD, voire parfois Lutte Ouvrière), mais il fait également référence aux sites, toujours décalés et souvent contestataires, tenus par des chercheurs ou des journalistes indépendants. Un site incontournable, en somme, dont on regrettera simplement la maquette verdâtre qui commence à se faire un peu vieillotte.

Plus récent, et venu de Belgique : Mouvements.be. Dans un esprit semblable à celui de Rezo, une très bonne adresse (l'ergonomie du site est assez impressionnante) qui partage de nombreuses sources avec le Portail des copains.

A noter aussi l'Autre Reseau qui, en dépit de l'objectif affiché par son titre, ne parvient pas réellement à se distinguer de Rezo.net. Une différence à la rigueur : il s'était manifesté à son lancement en reprenant avec gourmandise les papiers de El Burlador et de Jacques-Marie Bourget contre SinéHebdo...

Je vous donne ici leur fil RSS (feed) à installer dans votre agrégateur :
- Rezo (la sélection) et Rezo (la totale)
- Mouvements.be
- L'autre Réseau

mercredi 22 octobre 2008

:: Shifd, un carnet de notes online ::

Les offres en ligne de carnets de notes (ou de Post-it Notes) sont nombreuses, mais je dois dire que Shidt, la solution proposée par le New York Times, est assez convaincante. Voilà six mois que je l'utilise et je n'ai pas ressentis la nécessité d'en changer.
De quoi s'agit-il ? D'abord, une application Adobe Air (pour Mac and Windows). Vos notes sont accessibles (donc consultables et modifiables) sans passer par votre navigateur : Shifd s'ouvrira dans une petite fenêtre sur votre bureau et c'est de là que vous pourrez conserver toutes les bonnes idées qui vous passent par la tête. La synchronisation est automatique et a lieu environ toutes les cinq minutes.
Bien sûr, vous pouvez également utiliser Shifd dans votre navigateur ou sur n'importe quel autre ordinateur : il vous suffit pour cela d'accéder à votre compte utilisateur. Qui plus est, il est possible de placer dans votre barre personnelle un bouton "shifd this", un bouton qui vous permetttra de mettre directement en notes vos sélections de pages internet, mais également de conserver les liens et les adresses (avec cartes). J'ajoute que Shifd, évidemment, est utilisable sur tous les appareils mobiles : d'ailleurs, officiellement, ce n'est pas un vulgaire "carnet de notes", mais un "service de synchronisation de contenus Mobile-to-PC"...
Enfin, en vrac :
  • vous pouvez partager vos notes ou vos liens sur Facebook, Digg, Reddit ou Delicious ;
  • un moteur de recherche est intégré qui vous permettra de vous retrouver dans vos notes ;
  • deux modes de visualisation sont proposés : "grid" (par catégories) et "list" (par ordre chronologique).
  • les moteurs de recherche Yahoo et Google peuvent être lancés de l'application
Seules réserves : Shifd est encore trop américain (il ne reconnait pas les numéro de téléphone portable européens). Et évitez de mettre des notes de trois pages : il n'en retiendra qu'une partie seulement...

lundi 20 octobre 2008

:: NTIC : des gadgets en pagaille, mais un progrès très relatif ::

Ils sont nombreux, décidément, ceux pour qui les progrès technologiques constitueraient nécessairement un progrès pour la société. C'est énervant.

En fait, le postulat sur lequel s’appuient tous ces ahuris tient dans un rejet frénétique de toute analyse d’ordre social, dans le rejet obsessionnel de toutes idées mettant en avant les rapports sociaux de production pour expliquer la marche des choses. Ce déni permet d’éviter de penser l’histoire en termes de contradictions de classes, ça rassure... Une révolution technologique, ça fait quand même moins désordre qu'une révolution tout court.

Une illusion obscurantiste, en fait. Car penser les forces productives (dont les nouvelles technologies d’information et de communication font partie) comme le moteur autonome de l'histoire, loin d’éclairer les spécificités de notre époque, c'est se mettre le doigt dans l'œil jusqu'au coude. A l’instar, par exemple, de tous ceux qui se pâment devant le « capitalisme cognitif », un supposé nouveau système de production dans lequel l’intégration, le développement et la médiatisation toujours plus poussée des connaissances (l’activité cognitive) constitueraient une composante à part entière de la production de valeur (de la plus-value sans la sueur, c’est pratique)...

En fait, les techniques ne sauraient entraîner à elles seules, de manière autonome, une nouvelle phase de progrès pour l’humanité. Quand rien ne s’oppose à ce que les nouvelles technologies ne servent qu’à gonfler le capital et divertir (et distraire) les consommateurs, le progrès ne peut être que tout à fait relatif. A plus forte raison quand cela fait déjà plus de trente ans que le capitalisme se révèle incapable de développer, à l’échelle mondiale, une industrie productrice de richesses et capable de satisfaire les besoins élémentaires de l’humanité (et accessoirement de reproduire son capital hors la bulle financière).

Oh bien sûr des investissements en biens d’équipement productifs, il y en a, mais, hors remplacement et modernisation du matériel ou rachat d’entreprises déjà existantes, ça ne représente pas grand chose. Parait même que l’impact sur la productivité des « nouvelles technologies » (ordinateurs, semi-conducteurs, puces électroniques, réseaux, téléphones mobiles, etc.) est, somme toute, accessoire...

Tout ça pour dire que le capitalisme qui se cache derrière nos beaux gadgets de l' "économie numérique" (internet, téléphonie mobile, réseaux sociaux, etc.) n’a pas fondamentalement changé de nature depuis un siècle. Il consiste toujours en l’application des bonnes vieilles recettes classiques d’intensification du travail et d’aggravation de l’exploitation (réduction et mise en jachère massive de la force de travail, pression du chômage de masse, intensification du travail, généralisation de la précarité et de la flexibilité, offensive contre les protections sociales, etc.). En fait de « société de l’information », c’est donc bien d’un capitalisme qui, dans un contexte de récession généralisée, s’emploie à durcir ses bonnes vieilles méthodes, qui domine. Un capitalisme qui, loin de muter – quelque soit l’ampleur remarquable des innovations dans le secteur des technologies de l’information et de la communication qu’on a connu ces dernières années –, n’a jamais cessé, partout, d’accentuer la violence sociale exercée sur le monde du travail.

Il ne s’agit donc pas, pour moi, de contester le fait que les nouvelles technologies de production du savoir, du traitement de l’information et de la communication des informations peuvent améliorer les pratiques à travers lesquels les hommes tentent de vivre ensemble. Mais pour que cela devienne réalité, il faudrait que les rapports sociaux s'inversent, que les hommes et les femmes qui travaillent et créent les richesses ne laissent pas les industriels leur imposer partout leur logique du profit à tout prix. C’est à cette condition que les nouvelles technologies pourraient réellement constituer un progrès : quand les moyens disponibles, aussi géniaux les uns que les autres, seront mobilisés pour débarrasser l'humanité de sa misère (tant physique qu'intellectuelle)...

D'accord, ce n'est pas demain la veille. Mais qu'espérer d'autre ?