Le blog de @recriweb - "Les éléments authentiquement révolutionnaires disposent encore d'un certain délai, vraisemblablement assez bref, pour prendre conscience, pour se rassembler, pour préparer l'avenir" [Trotsky, 22 avril 1936]
mercredi 30 mars 2016
:: 12 Mars 1956 : Le PCF votait les pouvoirs spéciaux au gouvernement Guy Mollet
:: Février 1956 : Le rapport « secret » de Khrouchtchev
Le 24 février 1956, alors que le 20ème congrès du Parti Communiste de l'Union soviétique (PCUS) s'achevait, son premier secrétaire, Nikita Khrouchtchev y lut, à huis clos, devant des délégués auxquels il fut interdit de prendre des notes, un «rapport sur le culte de la personnalité et ses conséquences». Bien que ce rapport fût qualifié de «secret», son contenu ne tarda pas à filtrer.dimanche 29 novembre 2015
:: La dictature du prolétariat, ou la démocratie la plus large
Contre la dictature de la bourgeoisie, la dictature du prolétariat
Contre la démocratie bourgeoise, la démocratie ouvrière
L'exemple de la révolution russe et des soviets : la démocratie pour les plus larges masses
:: La bourgeoisie domine toute la société
L'État, un instrument aux mains des trusts
Si l'État, si tout son appareil de hauts fonctionnaires, de militaires, de diplomates est au service de la grande bourgeoisie, c'est parce qu'il a été et qu'il est conçu, fabriqué, sélectionné pour cela par la bourgeoisie elle-même.
L'information et la culture sous contrôle... ou sous influence
Aujourd'hui, bien peu de choses, parmi tout ce qui se lit, s'écrit, s'écoute ou se regarde, échappe au contrôle ou à l'influence de la grande bourgeoisie.
La dictature des propriétaires des moyens de production
Ce pouvoir fondamental sur la société, qui lui vient de son contrôle de l'économie, qui lui vient de la propriété privée des gigantesques moyens de production modernes, la bourgeoisie ne le partage pas. Dans la plus démocratique des démocraties bourgeoises, la démocratie s'arrête à la porte de l'atelier, du bureau, de l'usine.
De la dictature économique à la dictature politique
La démocratie parlementaire est la forme de gouvernement que la bourgeoisie préfère car elle lui permet de régler démocratiquement les conflits en son sein et d'amortir les revendications sociales.
vendredi 20 novembre 2015
:: L'année 1917 et la révolution russe
L'année 1917, l'année trouble, disait Poincaré ; entendez par là l'année où la bourgeoisie vit se dresser devant elle, pour la première fois depuis le début du conflit, le spectre de la révolution.
Depuis près de trois ans, la guerre piétinait. Vingt-huit pays belligérants, ayant mobilisé 74 millions d'hommes, s'affrontaient de la Flandre à la Suisse, du golfe de Finlande à la Mer Noire, dans les Balkans et en Asie Mineure.
Les patriotes professionnels avaient chanté la guerre fraîche et joyeuse. Mais dans la boue des tranchées, les soldats qui avaient pu y croire perdirent vite leurs illusions. Le conflit semblait ne devoir jamais se terminer ; des milliers, des millions d'hommes tombaient dans des offensives meurtrières, pour quelques mètres carrés de fange et de barbelés.
Alors, peu à peu, pénétra dans la conscience des soldats la conviction profonde qu'eux seuls pourraient mettre fin à la tuerie.
En mars 1917, pour la première fois, des mutineries éclataient dans la flotte allemande. Elles furent réprimées.
Mais en Russie, le 4 mars (23 février suivant le calendrier Julien en vigueur dans l'Empire des tzars), à l'occasion de la « journée internationale des femmes », la grève générale éclatait à Pétrograd. La plus grande partie de la garnison passait du côté des insurgés et, en cinq jours, l'autocratie s'écroulait.
Certes, le gouvernement provisoire qui se formait alors ne représentait en aucune manière les intérêts des travailleurs. Serviteur fidèle, bien que gêné par les événements, de la bourgeoisie et des propriétaires fonciers, il entendait ne rien changer à l'ordre social existant, et maintenir le pays dans la guerre.
Mais les masses s'étaient organisées. Elles avaient formé leurs soviets. La révolution ne faisait que commencer.
Les insurgés furent moins heureux en France. En mai, après l'échec de la meurtrière offensive Nivelle sur le Chemin des Dames, la révolte éclatait. Les éléments de 54 divisions se soulevèrent, désertèrent, refusèrent tout service, arborèrent les drapeaux rouges, réclamèrent la paix, menacèrent de marcher sur la capitale. Il n'existait plus que deux divisions sûres entre Soissons et Paris.
La révolte fut brisée, la répression, dirigée par Pétain, sanglante. Et pendant des mois, alors que la révolution continuait à se développer en Russie, plus aucun soulèvement ne se produisit dans les armées en guerre.
Mais le printemps de 1917 avait au moins montré à la bourgeoisie sur quelle poudrière elle était assise.
Il avait aussi montré qu'il ne suffisait pas d'une mutinerie pour en finir avec la guerre, qu'il fallait une véritable révolution, brisant le pouvoir des classes dominantes. Or, s'il suffit de mutins pour faire une mutinerie, il faut des révolutionnaires pour faire une révolution, et il faut même un parti révolutionnaire.
Mais en Russie, il y avait un parti révolutionnaire ; il y avait ce parti bolchévik qui, depuis trois ans, prêchait la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile.
Le parti n'en connut pas moins une période de flottement, au lendemain de Février, lorsque certains dirigeants, dont Staline, prétendirent l'amener à une politique de soutien du gouvernement provisoire.
Mais dès le retour d'émigration de Lénine, en avril, il fit sien le mot d'ordre : « Tout le pouvoir aux soviets », considérant ceux-ci comme l'embryon du futur État prolétarien.
En fait, bien peu de choses pouvaient empêcher les masses de prendre leur propre sort en mains, si ce n'est leurs préjugés, et les illusions qu'elles nourrissaient sur les autres partis se réclamant du socialisme : les menchéviks et les socialistes-révolutionnaires.
Au début, c'étaient ces derniers qui détenaient la majorité dans les soviets, et les bolchéviks n'en constituaient qu'une faible minorité. Mais dans les mois qui suivirent, les masses purent faire l'expérience de ce que valaient les promesses des menchéviks et des S-R.
Les travailleurs réclamaient du pain, mais le gouvernement provisoire, soutenu par ces partis, se montrait incapable de conjurer la catastrophe imminente, parce qu'il se refusait à prendre des mesures radicales contre les spéculations de la bourgeoisie.
Les paysans voulaient la terre, mais on leur demandait d'attendre l'Assemblée Constituante et, quand ils voulaient s'emparer eux-mêmes des terres qu'ils cultivaient, on leur envoyait les gendarmes.
Les soldats réclamaient la paix, et le gouvernement du socialiste Kérensky se lançait dans la folle aventure de l'offensive de Juin.
Aussi, malgré la répression qui s'abattit sur les bolchéviks après les Journées de Juillet, leur influence ne cessa-t-elle de croître. Fin août, ils étaient majoritaires dans les soviets de Pétrograd et de Moscou et, les uns après les autres, ceux des villes industrielles allaient tomber entre leurs mains.
L'heure de la révolution prolétarienne avait sonné.
Rien ne ressembla moins à un putsch, au coup de main d'une minorité agissante, que l'insurrection d'Octobre. Ce fut l'insurrection des masses, en ce sens que, même si, sur le plan militaire, elle ne fut exécutée que par une minorité, l'immense majorité des travailleurs et des soldats en avait compris la nécessité.
Et pour eux, ce fut, pourrait-on dire, une insurrection légale. Du moins du point de vue de la légalité soviétique, la seule qui comptait désormais.
En effet, si la date du 25 octobre 1917 restera à jamais liée au souvenir de la première révolution prolétarienne victorieuse, et cela en dépit du changement de calendrier, le processus insurrectionnel s'amorça en réalité plus de 15 jours auparavant.
Le divorce entre le soviet de Pétrograd et le gouvernement provisoire fut effectivement consommé le 7 octobre, lorsque le soviet, qui s'opposait à l'éloignement de la garnison, créa son Comité Militaire Révolutionnaire, et nomma ses commissaires auprès de toutes les unités, isolant ainsi complètement Kérensky et l'État major.
Aucun ordre désormais ne fut plus exécuté sans l'accord des autorités soviétiques. Le soviet se trouvait être le pouvoir de fait. II n'y avait pas un grand pas à franchir pour balayer le gouvernement fantoche. Sous couvert de la préparation de la défense du deuxième congrés des soviets, qui devait tenir ses assises fin octobre, s'organisait l'insurrection.
Celle-ci fut déclenchée dans la nuit du 24 au 25 octobre. Au matin, les bolchéviks étaient maîtres de la plupart des bâtiments publics. Mais ce n'est que dans la nuit suivante que le Palais d'Hiver, siège et dernier bastion du gouvernement provisoire, tomba à son tour.
A la même heure était réuni le Congrès des soviets des députés ouvriers et soldats de toute la Russie. Ce n'étaient pas des députés bien habillés, fleurant le parfum à la mode et arborant de luxueuses serviettes de maroquin.
C'étaient des ouvriers du rang, des soldats en grossier uniforme, des paysans barbus. Et c'est sans doute pour cela qu'ils firent ce qu'aucun gouvernement n'avait encore jamais fait dans l'Histoire : qu'ils traduisirent immédiatement en acte le programme du parti majoritaire, les promesses faites aux masses.
Le premier décret adopté concernait la Paix. Le congrès des soviets proposait à tous les belligérants d'entamer immédiatement des négociations pour la conclusion d'une paix sans annexion ni indemnité, et, en premier lieu, afin d'arrêter, dès l'ouverture des pourparlers, les massacres sans nom de la guerre, une trêve de trois mois.
Mais la révolution ne s'adressait pas qu'aux gouvernements : elle s'adressait aux peuples, aux travailleurs et plus particulièrement, disait-elle, « aux ouvriers conscients des trois nations les plus avancées de l'humanité et des États les plus importants engagés dans la guerre, l'Angleterre, la France et l'Allemagne », et elle les appelait « à mener jusqu'au bout la lutte pour la paix, et en même temps, la lutte pour l'affranchissement des masses laborieuses et exploitées de tout esclavage et de toute exploitation ».
Et quand le Congrès, après avoir adopté cet appel, se leva, quand tous les délégués, debout, entonnèrent l'Internationale, ce ne fut pas seulement l'hymne des travailleurs qui retentit, ce fut vraiment, par-dessus les tranchées, par-dessus les villages incendiés, par-dessus les vastes champs où des millions d'hommes assassinés dormaient de leur dernier sommeil, par-dessus l'Europe en flammes, l'appel à la révolution qui jaillit. « Debout les damnés de la terre », jamais peut-être les vieilles paroles de l'Internationale n'avaient été aussi chargées de sens.
(LO, 1967)
lundi 9 novembre 2015
:: Le 7 novembre 1917, les ouvriers prenaient le pouvoir en Russie
Le 7 novembre 1917, le 25 octobre selon le calendrier en vigueur dans l'ancienne Russie, alors que l'Europe, pour la quatrième année consécutive était plongée dans les horreurs de la Première Guerre mondiale, les délégués des ouvriers, des soldats et des paysans russes, réunis en congrès à Pétrograd, prenaient le pouvoir : le premier État ouvrier était né. Une période nouvelle s'ouvrait, pleine d'espoir pour les masses opprimées de toute la Russie et du monde entier.
Telle n'est certes pas la façon de voir des historiens ou
journalistes bourgeois actuellement. Pour une bonne partie d'entre eux,
elle n'aurait été qu'un putsch fait par les seuls bolcheviks. Le «
totalitarisme » du régime mis en place par Lénine expliquerait la
dictature de Staline qui s'imposa plus tard.Qu'en mars (février) 1917, les ouvriers russes et les paysans, massivement enrôlés dans l'armée, soient parvenus à abattre la dictature la plus réactionnaire d'Europe, le tsarisme, ces intellectuels défenseurs de l'ordre bourgeois seraient prêts à le voir d'un bon oeil. Mais que ces mêmes classes pauvres aient voulu bien plus et que, contrairement à bien des révolutions du passé, les ouvriers n'aient pas laissé les politiciens bourgeois s'installer seuls dans les fauteuils du pouvoir, que ces ouvriers n'aient pas remis leur sort entre les mains du seul gouvernement bourgeois, qu'ils aient en un mot construit leur propre pouvoir, suscite encore leur indignation, quatre-vingt-dix ans plus tard. Les ouvriers en armes, voilà ce qui est à leurs yeux du totalitarisme.
Mais justement, la force de cette révolution, ce fut de ne pas s'arrêter en chemin.
L'aboutissement de huit mois de révolution
Au lendemain des journées de mars (février) 1917, les députés bourgeois de la Douma, un parlement créé du temps du tsar, et les partisans du régime tsariste avaient formé un gouvernement « provisoire ». Mais au même moment les ouvriers s'étaient, de leur côté, organisés dans des conseils (soviets en russe). Composés de délégués ouvriers élus et révocables, ils étaient bien plus démocratiques que des parlements bourgeois. Et surtout, ils constituaient des formes de pouvoir au travers desquels la population pouvait imposer directement sa volonté.
Lénine voyait déjà alors, en ces soviets, les futurs organes du pouvoir ouvrier. Dans sa première Lettre de loin, le 7 mars, Lénine écrivait : « À côté de ce gouvernement (le gouvernement provisoire) qui n'est au fond qu'un simple commis de la "firme" de milliardaires "Angleterre-France" dans la guerre actuelle, a surgi un gouvernement ouvrier, le gouvernement principal, non officiel, encore embryonnaire, relativement faible, qui représente les intérêts du prolétariat et de toutes les couches pauvres de la population des villes et des campagnes. C'est le soviet des députés ouvriers de Pétrograd, qui cherche des liaisons avec les soldats et les paysans. »
En mars 1917, dans l'enthousiasme de la victoire sur le tsarisme, dominait encore l'illusion que soutenir le gouvernement provisoire serait le meilleur garant des acquis révolutionnaires. Mais au cours du printemps et de l'été 1917, les illusions allaient progressivement tomber.
Le rôle du Parti Bolchevique et le programme révolutionnaire de Lénine
Si les socialistes de l'époque, mencheviks et socialistes-révolutionnaires, qui étaient au début majoritaires dans les soviets, contribuaient à renforcer ces illusions, il y avait un autre parti qui défendait la nécessité absolue pour le prolétariat de prendre le pouvoir : le Parti Bolchevique.
Après une période de flottement en son sein au début de la révolution, dès le retour d'émigration de Lénine, en avril 1917, il fit sien le mot d'ordre : « Tout le pouvoir aux soviets ».
Au départ, les bolcheviks étaient minoritaires dans les soviets. Mais
les masses firent vite l'expérience de ce que valaient les promesses
des autres partis et du gouvernement bourgeois.Les travailleurs réclamaient du pain, mais ce gouvernement se montrait incapable de conjurer la catastrophe parce qu'il se refusait à prendre des mesures radicales contre les spéculations de la bourgeoisie. Les paysans voulaient la terre, mais on leur demandait d'attendre et, lorsqu'ils voulaient s'emparer eux-mêmes des terres qu'ils cultivaient, ils étaient durement réprimés. Les soldats réclamaient la paix, mais le gouvernement dirigé par un socialiste, Kérensky, se lançait dans une offensive en juin.
Si Lénine défendait la nécessité absolue pour le prolétariat de prendre le pouvoir, ce n'est pas parce qu'il ignorait que la classe ouvrière était minoritaire en Russie par rapport à l'immense masse des paysans. Il savait que, seule de toutes les forces sociales et politiques en présence, elle était capable d'assurer les tâches mises à l'ordre du jour par la révolution : la paix, le pain, la terre.
L'insurrection à l'ordre du jour
La politique des bolcheviks attirait l'hostilité farouche des dirigeants de l'armée et de la bourgeoisie, mais aussi des politiciens libéraux ou socialistes réformistes. Le journal le Times de Londres titrait à l'époque : « Le remède contre le bolchevisme, ce sont les balles ».
En juillet 1917, profitant d'une journée de manifestations dans la capitale, les tenants de l'ordre bourgeois essayèrent de mettre le Parti Bolchevique hors-la-loi. Lénine dut se réfugier en Finlande et Trotsky, l'autre principal dirigeant du Parti Bolchevique fut jeté en prison. Mais la répression ne réussit pas à briser la montée révolutionnaire. Après une courte période de découragement, celle-ci reprit. Les ouvriers de Pétrograd, organisés par les bolcheviks, firent échec à une tentative de coup d'État militaire du général Kornilov.
Ces mois d'expériences révolutionnaires avaient consolidé la conscience des travailleurs et renforcé leur détermination. Cela se traduisit par des succès des bolcheviks à presque toutes les élections, car l'une des grandes différences entre les soviets et les assemblées parlementaires bourgeoises, c'est que leurs députés n'étaient pas élus pour cinq ou six ans, mais pouvaient être remplacés quand la politique qu'ils défendaient n'avait plus l'approbation de leurs mandants. En particulier, dès le début du mois de septembre, la direction du soviet de Petrograd passa aux bolcheviks, ainsi que celle du soviet de Moscou peu après.
La situation permettait que le pouvoir passe aux mains des soviets. L'insurrection armée était à l'ordre du jour. Elle fut déclenchée dans la nuit du 6 au 7 novembre 1917. La prise des bâtiments où s'était retranché ce qui restait du gouvernement discrédité fut, sur le plan militaire, réalisé par un nombre réduit d'ouvriers et de soldats révolutionnaires. Mais pour autant, cela ne ressembla en rien au coup de force d'une minorité. Car dans le pays l'immense majorité des travailleurs et des soldats avaient compris la nécessité de l'insurrection. Et ils la soutenaient, faute de quoi la révolution n'aurait jamais pu consolider son pouvoir.
Les premières mesures du pouvoir soviétique
Le premier des décrets du nouveau pouvoir révolutionnaire concernait la paix. Il proposait à tous les gouvernements une paix immédiate et sans annexion. Mais c'est aux peuples qu'il en appelait pour imposer cette paix.
Le deuxième décret concernait la terre : l'expropriation sans indemnité des biens des propriétaires fonciers et des domaines de l'Église. Les paysans étaient appelés à appliquer la mesure et à en décider des modalités : les soviets de paysans étaient incités à organiser eux-mêmes le partage des terres expropriées qui leur étaient confiées.
Le pouvoir des soviets ne nationalisa pas les entreprises industrielles et commerciales au début. Mais il les soumit au contrôle des travailleurs.
La force de ce nouveau pouvoir, en un mot, était de répondre aux aspirations de dizaines de millions d'hommes en transformant en acte leur volonté de changer leur sort.
Le 7 novembre 1917, la Russie était devenue le premier bastion d'une révolution qui allait ébranler le monde.
samedi 24 octobre 2015
:: Nuremberg, octobre 1946 : le vrai procès de la guerre mondiale n'a pas été fait
Le 1er octobre 1946, au terme de presque un an de débats, de centaines de milliers de témoignages et de déclarations, le tribunal international réuni à Nuremberg, en Allemagne, rendait son verdict. Sur 21 dirigeants de premier rang de l'Allemagne nazie, accusés de "complot, de crimes contre la paix, de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité", onze étaient condamnés à mort et exécutés (sauf Goering qui s'était entre-temps suicidé), sept à des peines de prison et trois étaient acquittés.
Ce verdict avait pour fonction de désigner aux peuples du monde les
responsables de la Deuxième Guerre mondiale et de ses ravages, avec
toute la solennité d'un tribunal représentant les quatre grandes
puissances victorieuses.Mais c'était surtout un cérémonial, destiné à occulter le fait que les responsables de cette boucherie impérialiste se trouvaient aussi bien du côté des juges que du côté des accusés.
Les populations sous le choc
En 1946, tout le monde était sous le choc des massacres, des destructions provoqués par la guerre : les villes et les gares détruites, les morts et les déportations qui avaient frappé chaque famille. Six millions de Juifs avaient été exterminés ; l'Allemagne avait eu 8 millions de morts, 7 millions de prisonniers, ses villes étaient en ruines. A Nuremberg, le procès s'était ouvert dans les rares bâtiments publics de la ville qui étaient encore debout. Cette même désolation, la plupart des autres pays, en Europe, en Orient, l'avaient subie.
Et les effets de la guerre n'étaient pas près de disparaître, même lorsque les derniers prisonniers libérés des camps furent rentrés chez eux et que les 10 millions de Russes, de Polonais et d'Allemands déplacés par les modifications de frontières eurent trouvé une terre d'accueil. Le travail intensif, dangereux, à peine payé, et le ravitaillement rationné furent le lot quotidien de la majorité de la population durant des années.
A tous ces désastres, il fallait trouver des responsables.
Les grands patrons pro-nazis épargnes
C'est à cela qu'allait servir le procès des dignitaires nazis jugés à
Nuremberg. C'était bien évidemment des crapules, des organisateurs de
la guerre et des massacres. Mais ce conflit mondial n'était pas né
uniquement des décisions de cerveaux malades des dirigeants allemands.
Il était le produit de l'affrontement des intérêts économiques entre
impérialismes rivaux pour l'appropriation des colonies et des marchés.
Il avait opposé, au départ, deux pays presque dépourvus de colonies,
l'Allemagne et l'Italie, aux deux principales puissances coloniales, la
Grande-Bretagne et la France.Mais, pour faire oublier ces racines économiques de la guerre, le procès évitait soigneusement de s'en prendre aux patrons allemands, pourtant responsables d'avoir financé, armé, poussé au pouvoir les nazis. Il avait été envisagé d'accuser le patron sidérurgiste Gustav Krupp, qui était tout un symbole de cette attitude. Mais les alliés vainqueurs décidèrent de dissocier son cas, "pour raisons de santé".
Les responsabilités escamotées
Il ne s'agissait donc pas, comme on voulait le faire croire, d'oppositions entre démocraties et nazisme ou fascisme. D'ailleurs les dirigeants anglais et français avaient dès le début montré le plus grand respect pour les régimes de Mussolini et de Hitler, qui avaient si bien su mater leur classe ouvrière. "Plutôt Hitler que le Front Populaire", rabâchaient la droite et le patronat français. Mais bien sûr ces sympathies n'empêchaient pas que les affaires restent les affaires, et il n'était pas question de céder la Tunisie, le Maroc ou les colonies d'Afrique centrale.
Les Etats-Unis étaient, quant à eux, entrés dans la guerre fin 1941 pour donner un coup d'arrêt à la mainmise japonaise sur l'Asie du Sud-Est.
Les dirigeants staliniens, dans leur cécité politique et militaire, avaient signé un pacte avec Hitler, qui s'était traduit par l'écrasement et le partage de la Pologne, sans leur éviter l'invasion par l'armée hitlérienne. Il était parmi les pendus de Nuremberg, ce même Ribbentrop qui avait signé avec Molotov le 23 août 1939, sous l'oeil paternel de Staline, le pacte germano-soviétique.
S'agissant de crimes de guerre, les Alliés ne s'étaient pas privés d'en commettre : massacres de civils, bombardements terroristes, camps de concentration... La guerre avait même vu aux Etats-Unis une recrudescence de l'antisémitisme, entre autres formes de racisme. Leur guerre à eux aussi avait été une sale guerre, car c'était, elle aussi, une guerre contre les peuples.
Ces responsabilités et ces complicités avec les criminels nazis, c'est ce que le procès de Nuremberg tentait d'escamoter. Au même moment, un cérémonial identique se déroulait à Tokyo. Les Etats-Unis et la Chine de Tchang Kaï-chek organisaient le procès à grand spectacle de 28 dirigeants japonais, désignés comme les responsables de la guerre dans le Pacifique.
Dans tous les pays européens qui avaient été occupés par les troupes allemandes, des procès d'épuration se tenaient, qui prétendaient éliminer les mauvais dirigeants et visaient à exonérer tous les autres. Que ce soit en France, en Belgique, en Italie, en Autriche ou en Allemagne même, cette épuration aboutit, au prix de quelques condamnations médiatiques, à consolider l'essentiel de l'appareil d'Etat. Car par ailleurs, les nazis allemands ou autrichiens furent blanchis par milliers, et aussitôt recyclés dans le nouvel appareil d'Etat "démocratique". En France, Papon ne fut pas le seul à s'en tirer ; il fut même nommé "compagnon de la Libération" !
C'est que les Etats avaient besoin de personnel qualifié et efficace, de hauts fonctionnaires, mais aussi de policiers, de militaires, d'administrateurs pour mener leur politique. Les Etats-Unis et l'URSS de leur côté avaient fait une ample moisson de scientifiques et d'espions allemands. Et il y avait de l'ouvrage pour tous ces gens-là : en juillet 1946 eurent lieu les essais nucléaires américains à Bikini ; en septembre, la Grande-Bretagne déclenchait la guerre civile contre la Résistance grecque ; en novembre, la flotte française écrasait Haiphong sous les bombes.
Les puissances impérialistes, qui venaient de condamner les responsables allemands de la guerre mondiale, entendaient bien continuer à maintenir leur empire sur la planète entière.
Vincent GELAS (LO n°1733)
mercredi 30 septembre 2015
:: 26 septembre 1939 : le PCF est dissous
Le
26 septembre 1939, le président du Conseil, le radical Daladier (on
dirait aujourd'hui le Premier ministre), signait un décret-loi
prononçant la dissolution du Parti Communiste. Depuis le 25 août, la
presse de celui-ci était empêchée de paraître ; ses journaux l'Humanité
et Ce Soir avaient été saisis, puis suspendus, et les militants qui
collaient des affiches ou distribuaient des tracts étaient
systématiquement pourchassés ou arrêtés.Alors qu'il avait été en 1935 l'inventeur de la formule du « Front populaire » qui avait sauvé la mise d'un Parti Radical en plein recul électoral à la veille des élections de 1936, le Parti Communiste se retrouvait trois ans après isolé, attaqué par tous les partis - et ses anciens alliés socialistes n'étaient pas les derniers à s'en démarquer. La bourgeoisie, à qui le secrétaire général du Parti Communiste, Thorez, avait rendu de signalés services pendant la vague de grèves de 1936, en proclamant « il faut savoir terminer une grève », ne se montrait pas plus reconnaissante.
DU PACTE LAVAL-STALINE...
Après la prise du pouvoir par Hitler en 1933, Staline, conscient du danger que représentait pour l'URSS le choix que venait de faire la bourgeoisie allemande, avait cherché des soutiens auprès des « démocraties » occidentales. Cela aboutit au pacte franco soviétique Laval-Staline, avec pour conséquences le renoncement du PCF à toute agitation antimilitariste et le ralliement à la défense nationale. Jusqu'en 1938, le PC défendit une politique visant à intégrer l'URSS dans un « front international contre Hitler » et proclamait : « Il faut une collaboration honnête, loyale, loyale avec l'URSS, si l'on veut défendre la France. » Cela conduisit le PC à approuver les budgets militaires.
Avec la montée ouvrière qui avait suivi février 1934, le PC avait vu ses effectifs se gonfler. Il revendiquait 300 000 membres. Il avait, en 1938, 72 députés et deux sénateurs, était à la tête de plus de 3 000 municipalités ainsi que de nombreux syndicats et fédérations, au sein de la CGT, même si la majorité y appartenait encore au Parti Socialiste.
Mais les accords de Munich, en septembre 1938, montrèrent que la bourgeoisie française, malgré son alliance formelle avec l'URSS, entendait tout faire pour laisser les mains libres à l'est à l'Allemagne hitlérienne. Dès lors, le PCF, lié à l'URSS, lié aussi à la fraction la plus combative de la classe ouvrière, devenait un ennemi à éliminer.
Le 13 novembre 1938, une série de décrets détruisit ce qui restait des acquis des grèves de 1936. Au nom de la « défense nationale », la semaine de 40 heures était annulée par le rétablissement de la semaine de six jours et l'obligation d'effectuer des heures supplémentaires non majorées. La grève du 30 novembre, baroud d'honneur organisé par la CGT, se solda par une catastrophe pour la classe ouvrière : 800 000 travailleurs furent mis à pied, 10 000 licenciés et inscrits sur une « liste rouge » qui leur interdisait de retrouver un emploi. Bien évidemment, beaucoup de militants ouvriers du PC figuraient dans le lot, et la presse lança dès décembre une campagne pour demander l'interdiction du PC.
Devant le renforcement du danger de guerre, la bourgeoisie voulait mettre au pas la classe ouvrière, rendre toute résistance de celle-ci impossible.
Même si elle fut décrétée à la suite de la mise en oeuvre du pacte germano-soviétique, l'interdiction du Parti Communiste fut aussi le dernier acte de la contre-offensive que la bourgeoisie avait menée contre la classe ouvrière pour reprendre tout ce qu'elle avait dû céder sous la frayeur en Juin 36.
... AU PACTE GERMANO-SOVIETIQUE
C'est cependant la politique internationale défendue par le Parti Communiste, qui servit de prétexte à la bourgeoisie française pour l'interdire.
Après la signature, le 23 août 1939, du pacte de non-agression entre l'Allemagne et l'URSS, les dirigeants du PC continuèrent un certain temps à clamer leur adhésion à la « défense de la patrie ». Le jour même où l'Humanité cessait de paraître, Thorez envoyait un communiqué dans lequel il déclarait que, « si Hitler, malgré tout, déclenche la guerre, qu'il sache bien qu'il trouvera devant lui le peuple de France uni, les communistes au premier rang, pour défendre la sécurité du pays, la liberté et l'indépendance des peuples ».
Il fallut en effet du temps aux dirigeants français pour prendre le virage, eux qui, depuis des années, avait substitué « l'antifascisme » à la lutte pour la révolution sociale. Le PC connut même nombre de désertions dans ses rangs, y compris parmi ses dirigeants, il vit s'éloigner nombre d'intellectuels, « amis de l'URSS », qui jusque-là n'avaient jamais critiqué la politique menée par Staline. Tous les partis le rejetèrent pour se rallier à l'Union sacrée avec la droite, à commencer par ses anciens alliés de la SFIO, qui ne furent pas les derniers à demander sa dissolution. Il en alla de même avec les dirigeants socialistes de la CGT qui déclaraient qu'« il n'est plus possible de collaborer avec ceux qui n'ont pas voulu condamner le pacte germano-soviétique ».
Entre-temps, l'impérialisme français était entré en guerre, le 1er septembre. Mais malgré le déchaînement de tous les autres partis contre le Parti Communiste, ses députés applaudirent le lendemain le discours de Daladier et votèrent l'augmentation des crédits militaires qu'il demandait. Le 19 septembre, lorsqu'on sut que les troupes de l'URSS avaient envahi l'est de la Pologne, le PC se retrouva complètement isolé. Il fut interdit le 26 septembre par un décret du gouvernement Daladier, et ses militants obligés de passer dans la clandestinité pour continuer à survivre politiquement.
En janvier 1940, les députés communistes qui étaient restés fidèles à leur parti furent déchus de leur mandat. En mars, le gouvernement présentait son bilan : en six mois, « 3 400 militants furent arrêtés, 500 fonctionnaires municipaux révoqués, 3 500 affectés spéciaux renvoyés au front, 1 500 condamnations prononcées ». Plus de 300 municipalités contrôlées par le PC furent dissoutes, 2 500 conseillers municipaux et 87 conseillers généraux démis de leurs fonctions, des centaines de fonctionnaires révoqués, des députés arrêtés à leur domicile ou assignés à résidence en vertu d'un décret du18 novembre, dit « loi des suspects », dirigé contre « les individus dangereux pour la défense nationale », c'est-à-dire les communistes. Parmi les militants communistes arrêtés, certains ne quittèrent les prisons françaises que pour être enfermés dans les prisons ou les camps nazis.
Enfin, le 8 avril 1940, le « décret Sérol » du nom du ministre de la Justice socialiste du gouvernement Reynaud, prévoyait la peine de mort pour « tout Français qui aura participé sciemment à une entreprise de démoralisation de l'armée ou de la nation ayant pour objet de nuire à la défense nationale ». Il visait là aussi le Parti Communiste qui, ayant fini de s'aligner sur la politique extérieure de Moscou, se faisait alors le défenseur d'une caricature du défaitisme révolutionnaire.
La « croisade des démocraties » avait commencé par la mise en place d'un régime qui après avoir piétiné toutes les libertés démocratiques finirait par remettre le pouvoir à Pétain. Elle s'achèverait, quelques années plus tard, avec l'entrée au gouvernement d'un Parti Communiste redevenu aux yeux de la bourgeoisie et de son personnel politique un allié indispensable pour remettre en selle l'appareil d'État bourgeois, pour imposer à la classe ouvrière de renoncer à toute revendication et de remettre en route au profit du patronat la machine économique.
