Le blog de @recriweb - "Les éléments authentiquement révolutionnaires disposent encore d'un certain délai, vraisemblablement assez bref, pour prendre conscience, pour se rassembler, pour préparer l'avenir" [Trotsky, 22 avril 1936]
mercredi 19 janvier 2011
samedi 15 janvier 2011
:: 15 janvier 1919 : assassinat de Karl Liebknecht et de Rosa Luxemburg
Texte de Trotsky en réaction à l'assassinat de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht par une milice du gouvernement social-démocrate [source : Le Forum des amis de Lutte Ouvrière]
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Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg, Léon Trotsky, 18 janvier 1919
L'inflexible Karl Liebknecht
Nous venons d'éprouver la plus lourde perte. Un double deuil nous atteint.
Deux chefs ont été brutalement enlevés, deux chefs dont les noms resteront à jamais inscrits au livre d'or de la révolution prolétarienne : Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg.
Le nom de Karl Liebknecht a été universellement connu dès les premiers jours de la grande guerre européenne.
Dans les premières semaines de cette guerre, au moment où le militarisme allemand fêtait ses premières victoires, ses premières orgies sanglantes, où les armées allemandes développaient leur offensive en Belgique, détruisaient les forteresses belges, où les canons de 420 millimètres promettaient, semble-t-il, de mettre tout l'univers aux pieds de Guillaume II, au moment où la social-démocratie officielle, Scheidemann et Ebert en tête , s'agenouillait devant le militarisme allemands et l'impérialisme allemands auxquels tout semblait se soumettre — le monde extérieur avec la France envahie au nord et le monde intérieur non seulement avec la caste militaire et la bourgeoisie, mais aussi avec les représentants officiels de la classe ouvrière — dans ces sombres et tragiques journées, une seule voix s'éleva en Allemagne pour protester et pour maudire : celle de Karl Liebknecht.
Et cette voix retentit par le monde entier .En France, où l'esprit des masses ouvrières se trouvait alors sous la hantise de l'occupation allemande où le parti des social-patriotes au pouvoir prêchait une lutte sans trêve ni merci contre l'ennemi qui menaçait Paris, la bourgeoisie et les chauvins eux-mêmes reconnurent que seul Liebknecht faisait exception aux sentiments qui animaient le peuple allemand tout entier.
Et cette voix retentit par le monde entier .En France, où l'esprit des masses ouvrières se trouvait alors sous la hantise de l'occupation allemande où le parti des social-patriotes au pouvoir prêchait une lutte sans trêve ni merci contre l'ennemi qui menaçait Paris, la bourgeoisie et les chauvins eux-mêmes reconnurent que seul Liebknecht faisait exception aux sentiments qui animaient le peuple allemand tout entier.
Liebknecht, en réalité, n'était déjà plus isolé : Rosa Luxembourg , femme du plus grand courage, luttait à ses côtés, bien que les lois bourgeoises du parlementarisme allemand ne lui aient pas permis de jeter sa protestation du haut de la tribune, ainsi que l'avait fait Karl Liebknecht. Il convient de remarquer qu'elle était secondée par les éléments les plus conscients de la classe ouvrière, où la puissance de sa pensée et de sa parole avaient semé des germes féconds. Ces deux personnalités, ces deux militants, se complétaient mutuellement et marchaient ensemble au même but.
Karl Liebknecht incarnait le type du révolutionnaire inébranlable dans le sens le plus large de ce mot. Des légendes sans nombre se tissaient autour de lui, entourant son nom de ces renseignements et de ces communications dont notre presse était si généreuse au temps où elle était au pouvoir.
Karl Liebknecht était — hélas ! nous ne pouvons plus en parler qu'au passé — dans la vie courante, l'incarnation même de la bonté et de l'amitié. On peut dire que son caractère était d'une douceur toute féminine, dans le meilleur sens de ce mot, tandis que sa volonté de révolutionnaire, d'une trempe exceptionnelle, le rendait capable de combattre à outrance au nom des principes qu'il professait. Il l'a prouvé en élevant ses protestations contre les représentants de la bourgeoisie et des traîtres social-démocrates du Reichstag allemand, où l'atmosphère était saturée des miasmes du chauvinisme et du militarisme triomphants. Il l'a prouvé lorsque, il leva, sur la place de Potsdam, à Berlin, l'étendard de la révolte contre les Hohenzollern et le militarisme bourgeois.
Il fut arrêté. Mais ni la prison, ni les travaux forcés n'arrivèrent à briser sa volonté et, délivré par la révolution de novembre, Liebknecht se mit à la tête des éléments les plus valeureux de la classe ouvrière allemande.
· Rosa Luxembourg — Puissance de ses idées.
Le nom de Rosa Luxembourg est moins connu dans les autres pays et en Russie, mais on peut dire, sans craindre d'exagérer, que sa personnalité ne le cède en rien à celle de Liebknecht.
Petite de taille, frêle et maladive, elle étonnait par la puissance de sa pensée.
J'ai dit que ces deux leaders se complétaient mutuellement. L'intransigeance et la fermeté révolutionnaire de Liebknecht se combinaient avec une douceur et une aménité féminines, et Rosa Luxembourg, malgré sa fragilité, était douée d'une puissance de pensée virile.
Nous trouvons chez Ferdinand Lassalle des appréciations sur le travail physique de la pensée et sur la tension surnaturelle dont l'esprit humain est capable pour vaincre et renverser les obstacles matériels ; telle était bien l'impression de puissance que donnait Rosa Luxembourg lorsqu'elle parlait à la tribune, entourée d'ennemis. Et ses ennemis étaient nombreux. Malgré sa petite taille et la fragilité de toute sa personne, Rosa Luxembourg savait dominer et tenir en suspens un large auditoire, même hostile à ses idées. Par la rigueur de sa logique, elle savait réduire au silence ses ennemis les plus résolus, surtout lorsque ses paroles s'adressaient aux masses ouvrières.
· Ce qui aurait pu arriver chez nous pendant les journées de juillet
Nous savons trop bien comment procède la réaction pour organiser certaines émeutes populaires. Nous nous souvenons tous des journées que nous avons vécues en juillet dans le murs de Pétrograd, alors que les bandes noires rassemblées par Kérensky et Tseretelli contre les bolcheviks organisaient le massacre des ouvriers, assommant les militants, fusillant et passant au fil de la baïonnette les ouvriers isolés surpris dans la rue. Les noms des martyrs prolétariens, tel celui de Veinoff, sont encore présents à l'esprit de la plupart d'entre nous. Si nous avons conservé alors Lénine, si nous avons conservé Zinoviev, c'est qu'ils ont su échapper aux mains des assassins. Il s'est trouvé alors parmi les menchéviks et les socialistes-révolutionnaires des voix pour reprocher à Lénine et à Zinoviev de se soustraire au jugement, tandis qu'il leur eût été si facile de se laver de l'accusation élevée contre eux, et qui les dénonçait comme des espions allemands. De quel tribunal voulait-on parler ? De celui probablement auquel on mena plus tard Liebknecht, et à mi-chemin duquel Lénine et Zinoviev auraient été fusillés pour tentative d'évasion ? Telle aurait été sans nul doute la déclaration officielle. Après la terrible expérience de Berlin, nous avons tout lieu de nous féliciter de ce que Lénine et Zinoviev se soient abstenus de comparaître devant le tribunal du gouvernement bourgeois.
· Aberration historique
Perte irréparable, trahison sans exemple ! Les chefs du parti communiste allemand ne sont plus. Nous avons perdu les meilleurs de nos frères, et leurs assassins demeurent sous le drapeau du parti social-démocrate qui a l'audace de commencer sa généalogie à Karl Max ! Voilà ce qui se passe, camarades ! Ce même parti, qui a trahi les intérêts de la classe ouvrière dès le début de la guerre, qui a soutenu le militarisme allemand, qui a encouragé la destruction de la Belgique et l'envahissement des provinces françaises du Nord, ce parti dont les chefs nous livraient à nos ennemis les militaristes allemands aux jours de la paix de Brest-Litovsk ; ce parti et ses chefs — Scheidemann et Ebert — s'intitulent toujours marxistes tout en organisant les bandes noires qui ont assassiné Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg !
Nous avons déjà été les témoins d'une semblable aberration historique, d'une semblable félonie historique, car le même tour a déjà été joué avec le christianisme. Le christianisme évangélique, idéologie de pêcheurs opprimés, d'esclaves, de travailleurs écrasés par la société idéologie du prolétariat , n'a-t-il pas été accaparé par ceux qui monopolisaient la richesse par les rois, les patriarches et les papes ? Il est hors de doute que l'abîme qui sépare le christianisme primitif tel qu'il surgit de la conscience du peuple et des bas-fonds de la société, est séparé du catholicisme et des théories orthodoxes par un abîme tout aussi profond que celui qui s'est maintenant creusé entre les théories de Marx, fruits purs de la pensée et des sentiments révolutionnaires, et les résidus d'idées bourgeoises dont trafiquent les Scheidemann et les Ebert de tous les pays.
· Le sang des militants assassinés crie vengeance !
Camarades ! Je suis convaincu que ce crime abominable sera le dernier sur la liste des forfaits commis par les Scheidemann et les Ebert. Le prolétariat a supporté longtemps les iniquités de ceux que l'histoire a placés à sa tête ; mais sa patience est à bout et ce dernier crime ne restera pas impuni. Le sang de Karl Liebknecht et de Rosa Luxembourg crie vengeance ; il fera parler les pavés des rues de Berlin et ceux de la place de Potsdam, où Karl Liebknecht a le premier levé l'étendard de la révolte contre les Hohenzollern. Et ces pavés — n'en doutez pas — serviront à ériger de nouvelles barricades contre les exécuteurs de basses oeuvres, les chiens de garde de la société bourgeoise — contre les Scheidemann et les Ebert !
· La lutte ne fait que commencer
Scheidemann et Ebert ont étouffé, pour un moment, le mouvement Spartakiste (communistes allemands) ; ils ont tué deux des meilleurs chefs de ce mouvement et peut-être fêtent-ils encore à l'heure qu'il est leur victoire ; mais cette victoire est illusoire, car il n'y a pas encore eu, en fait, d'action décisive. Le prolétariat allemand ne s'est pas encore soulevé pour conquérir le pouvoir politique. Tout ce qui a précédé les événements actuels n'a été de sa part qu'une puissante reconnaissance pour découvrir les positions de l'ennemi. Ce sont les préliminaires de la bataille, mais ce n'est pas encore la bataille même. Et ces manoeuvres de reconnaissance étaient indispensables au prolétariat allemand, de même qu'elles nous étaient indispensables dans les journées de Juillet.
· Le rôle historique des journées de juillet
Vous connaissez le cours des événements et leur logique intérieure. A la fin de février 1917 (ancien style), le peuple avait renversé l'autocratie, et pendant les premières semaines qui suivirent, il sembla que l'essentiel était accompli. Les hommes de nouvelle trempe qui surgissent des autres partis — des partis qui n'avaient jamais joué chez nous un rôle dominant — ces hommes jouirent au début de la confiance ou plutôt de la demi-confiance des masses ouvrières.
Mais Pétrograd se trouvait comme il le fallait — à la tête du mouvement ; en février, comme en juillet, il représentait l'avant-garde appelant les ouvriers à une guerre déclarée contre le gouvernement bourgeois, contre les ententistes, c'est cette avant-garde qui accomplit les grandes manoeuvres de reconnaissance.
Elle se heurta précisément, dans les journées de juillet, au gouvernement de Kérensky.
Ce ne fut pas encore la révolution, telle que nous l'avons accomplie en octobre : ce fut une expérience dont le sens n'était pas encore clair à ce moment à l'esprit des masses ouvrières.
Les travailleurs de Pétrograd s'étaient bornés à déclarer la guerre de Kérensky ; mais dans la collision qui eut lieu, ils purent se convaincre et prouver aux masses ouvrières du monde entier qu'aucune force révolutionnaire réelle ne soutenait Kérensky et que son parti était composé des forces réunies de la bourgeoisie, de la garde blanche et de la contre-révolution.
Comme il vous en souvient, les journées de juillet se terminèrent pour nous par une défaite au sens formel de ce mot : les camarades Lénine et Zinoviev furent contraints de se cacher. Beaucoup d'entre nous furent emprisonnés ; nos journaux furent bâillonnés, le soviet des députés ouvriers et soldats réduit à l'impuissance, les typographies ouvrières saccagées, les locaux des organisations ouvrières mis sous scellés ; les bandes noires avaient tout envahi, tout détruit.
Il se passait à Pétrograd exactement ce qui s'est passé en janvier 1919 dans les rues de Berlin ; mais pas in instant nous n'avons douté alors de ce que les journées de juillet ne seraient que le prélude de notre victoire.
Ces journées nous ont permis d'évaluer le nombre et la composition des forces de l'ennemi ; elles ont démontré avec évidence que le gouvernement de Kérensky et de Tseretelli représentait en réalité un pouvoir au service des bourgeois et des gros propriétaires contre-révolutionnaires.
· Les mêmes faits se sont produits à Berlin
Des événements analogues ont eu lieu à Berlin. A Berlin, comme à Pétrograd, le mouvement révolutionnaire a devancé celui des masses ouvrières arriérées. Tout comme chez nous, les ennemis de la classe ouvrière criaient : « Nous ne pouvons pas nous soumettre à la volonté de Berlin ; Berlin est isolé ; il faut réunir une Assemblée Constituante et la transporter dans une ville provinciale de traditions plus saines. Berlin est perverti par la propagande de Karl Liebknecht et de Rosa Luxembourg ! » Tout ce qui a été entrepris dans ce sens chez nous, toutes les calomnies et toute la propagande contre-révolutionnaire que nous avons entendues ici, tout cela a été répandu en traduction allemande par Scheidemann et Ebert contre le prolétariat berlinois et contre les chefs du Parti communiste, Liebknecht et Rosa Luxembourg . Il est vrai que cette campagne de reconnaissances a revêtu en Allemagne des proportions plus larges que chez nous, mais cela s'explique par le fait que les Allemands répètent une manoeuvre qui a déjà été accomplie une fois chez nous ; de plus, les antagonismes de classes sont plus nettement établis chez eux.
Chez nous, camarades, quatre mois se sont écoulés entre la révolution de février et les journées de juillet.
Il a fallu quatre mois au prolétariat de Pétrograd pour éprouver la nécessité absolue de descendre dans la rue afin d'ébranler les colonnes qui servaient d'appui au temple de Kérensky et de Tseretelli.
Quatre mois se sont écoulés après les journées de juillet avant que les lourdes réserves de la province arrivassent à Pétrograd, nous permettant de compter sur une victoire certaine et de monter à l'assaut des positions de la classe ennemie en octobre 1917 ou en novembre, nouveau style).
En Allemagne où la première explosion de la révolution a eu lieu en novembre, les événements correspondant à nos journées de juillet la suivent déjà au début de janvier. Le prolétariat allemand accomplit sa révolution selon un calendrier plus serré. Là où il nous a fallu quatre mois, il ne lui en faut plus que deux.
Et nul doute que cette mesure proportionnelle se poursuivra jusqu'au bout. Des journées de juillet allemandes à l'octobre allemand il ne se passera peut-être pas quatre mois comme chez nous ; Il ne se passera peut-être pas deux mois.
Et les coups de feu tirés dans le dos de Karl Liebknecht ont, n'en doutez pas, réveillé de puissants échos par toute l'Allemagne . Et ces échos ont dû sonner comme un glas funèbre aux oreilles des Scheidemann et des Ebert.
Nous venons ici de chanter le Requiem pour Karl Lieblnecht et Rosa Luxembourg. Nos chefs ont péri. Nous ne les reverrons plus. Mais combien d'entre vous camarades, les ont-ils approchés de leur vivant ? Une minorité insignifiante.
Et néanmoins, Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg ont toujours été présents parmi vous.
Dans vos réunions, dans vos congrès vous avez souvent élu Karl Liebknecht président d'honneur . Absent, il assistait à vos réunions, il occupait la place d'honneur à votre table. Car le nom de Karl Liebknecht ne désigne pas seulement une personne déterminée et isolée, ce nom incarne pour nous tout ce qu'il y a de bon, de noble et de grand dans la classe ouvrière, dans son avant-garde révolutionnaire.
C'est tout cela que nous voyons en Karl Liebknecht. Et quand l'un d'entre nous voulait se représenter un homme invulnérablement cuirassé contre la peur et la faiblesse ; un homme qui n'avait jamais failli — nous nommons Karl Liebknecht.
Il n'était pas seulement capable de verser son sang (ce n'est peut-être pas le trait le plus grand de son caractère), il a osé lever la voix au camp de nos ennemis déchaînés, dans une atmosphère saturée des miasmes du chauvinisme, alors que toute la société allemande gardait le silence et que la militarisme primait. Il a osé élever la voix dans ces conditions et dire ceci : « Kaiser, généreux, capitalistes et vous — Scheidemann qui étouffez la Belgique, qui dévastez le nord de la France, qui voulez dominer le monde entier — je vous méprise, je vous hais, je vous déclare la guerre et cette guerre je la mènerai jusqu'au bout.
Camarades si l'enveloppe matérielle de Liebknecht a disparu, sa mémoire demeure et demeurera ineffaçable !
Mais avec le nom de Karl Liekbnecht celui de Rosa Luxembourg se conservera à jamais dans les fastes du mouvement révolutionnaire universel.
Connaissez-vous l'origine des légendes des saints et de leur vie éternelle ? Ces légendes reposent sur le besoin qu'éprouvent les hommes de conserver la mémoire de ceux qui, placés à leur tête, les ont servis dans le bien et la vérité ; elles reposent sur le besoin de les immortaliser en les entourant d'une auréole de pureté.
Camarades, les légendes sont superflues pour nous ; nous n'avons nul besoin de canoniser nos héros — la réalité des événements que nous vivons actuellement nous suffit, car cette réalité est par elle-même légendaire.
Elle éveille une puissance légendaire dans l'âme de nos chefs, elle crée des caractères qui s'élèvent au-dessus de l'humanité.
Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg vivront éternellement dans l'esprit des hommes. Toujours, dans toutes les réunions où nous évoquions Liebknecht nous avons senti sa présence et celle de Rosa Luxembourg avec une netteté extraordinaire — presque matérielle.
Nous la sentons encore, à cette heure tragique, qui nous unit spirituellement avec les plus nobles travailleurs d'Allemagne, d'Angleterre et du monde entier tous accablés par le même deuil, par la même immense douleur.
Dans cette lutte et dans ces épreuves nos sentiments aussi ne connaissent pas de frontières.
· Rosa Luxembourg et Karl liebknecht sont nos frères spirituels
Liebknecht n'est pas à nos yeux un leader allemand, pas plus que Rosa Luxembourg n'est une socialiste polonaise qui s'est mise à la tête des ouvriers allemands… Tous deux sont nos frères ; nous sommes unis à eux par des liens moraux indissolubles. Camarades ! cela nous ne répéterons jamais assez car Liebknecht et Rosa Luxembourg avaient des liens étroits avec le prolétariat révolutionnaire russe.
La demeure de Liebknecht à Berlin était le centre de ralliement de nos meilleurs émigrés.
Lorsqu'il s'agissait de protester au parlement allemand ou dans la presse allemande contre les services que rendaient les impérialistes allemands à la réaction russe c'est à Karl Liebknecht que nous nous adressions. Il frappait à toutes les portes et agissait sur tous les cerveaux — y compris ceux de Scheidemann et d'Ebert — pour les déterminer à réagir contre les crimes de l'impérialisme.
Rosa Luxembourg avait été à la tête du parti social-démocrate polonais qui forme aujourd'hui avec le parti socialiste le Parti Communiste.
En Allemagne, Rosa Luxembourg avait, avec le talent qui la caractérisait, approfondi la langue et la vie politique du pays ; elle occupa bientôt un poste de plus en vue dans l'ancien parti social-démocrate.
En 1905, Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg prirent part à tous les événements de la révolution russe. Rosa Luxembourg fut même arrêtée en sa qualité de militante active puis relâchée de la citadelle de Varsovie sous caution ; c'est alors qu'elle vint illégalement (1906) à Pétrograd où elle fréquenta nos milieux révolutionnaires, visitant dans les prisons ceux d'entre nous qui étaient alors détenus et nous servant dans le sens le plus large de ce mot d'agent de liaison avec le monde socialiste d'alors. Mais en plus de ces relations toutes personnelles, nous gardons de notre communion morale avec elle — de cette communion que crée la lutte au nom des grands principes et des grands espoirs — le plus beau souvenir.
Nous avons partagé avec elle le plus grand des malheurs qui aient atteint la classe ouvrière universelle — la banqueroute honteuse de la IIe Internationale, au mois d'août 1914. Et c'est avec elle encore que les meilleurs d'entre nous ont élevé le drapeau de la IIIe Internationale et l'ont tenu fièrement dressé sans faillir un seul instant.
Aujourd'hui, camarades, dans la lutte que nous poursuivons, nous mettons en pratique les préceptes de Karl Liebknecht et de Rosa Luxembourg. Ce sont leurs idées qui nous animent quand nous travaillons, dans Pétrograd sans pain et sans feu , à la construction du nouveau régime soviétiste ; et quand nos armées avancent victorieusement sur tous les fronts c'est encore l'esprit de Karl Liebknecht et de Rosa Luxembourg qui les anime.
A Berlin, l'avant-garde du Parti Communiste n'avait pas encore pour se défendre de forces puissamment organisées ; elle n'avait pas encore d'armée rouge comme nous n'en avions pas dans les journées de juillet quand la première vague d'un mouvement puissant mais organisé fut brisée par des bandes organisées quoique peu nombreuses. Il n'y a pas encore d'armée rouge en Allemagne mais il y a une en Russie ; l'armée rouge est un fait ; elle s'organise et croît en nombre tous les jours. Chacun de nous se fera un devoir d'expliquer aux soldats comment et pourquoi ont péri Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg ce qu'ils étaient et quelle place leur mémoire doit occuper dans l'esprit de tout soldat, de tout paysan ; ces deux héros sont entrés à jamais dans notre panthéon spirituel.
Bien que le flot de la réaction ne cesse de monter en Allemagne, nous ne doutons pas un instant que l'octobre rouge n'y soit proche.
Et nous pouvons bien dire en nous adressant à l'esprit des deux grands défunts : Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht, vous n'êtes plus de ce monde, mais vous restez parmi nous ; nous allons vivre et lutter sous le drapeau de vos idées, dans l'auréole de votre charme moral et nous jurons si notre heure vient, de mourir debout face à l'ennemi comme vous l'avez fait, Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht.
Léon TROTSKY
vendredi 14 janvier 2011
jeudi 13 janvier 2011
:: [il y a 140 ans, la Commune de Paris] La guerre civile en France, par Karl Marx
L'anniversaire de la Commune de Paris, l'occasion de (re-)lire La guerre civile en France.
Après la Pentecôte de 1871, il ne peut plus y avoir ni paix, ni trêve entre les ouvriers de France et ceux qui s'approprient le produit de leur travail. La main de fer d'une soldatesque mercenaire pourra tenir un moment les deux classes sous une commune oppression. Mais la lutte reprendra sans cesse, avec une ampleur toujours croissante, et il ne peut y avoir de doute quant au vainqueur final - le petit nombre des accapareurs, ou l'immense majorité travailleuse. Et la classe ouvrière française n'est que l'avant-garde du prolétariat moderne.
lundi 10 janvier 2011
:: alignement de la gauche derrière la social-démocratie [opération en cours]
Extrait de l’article consacré à la "situation intérieure" dans la Lutte de classe 132 (Congrès LO, décembre 2010)
Le « tout sauf Sarkozy » est cependant le dénominateur commun de tout ce qui se réclame peu ou prou de la gauche et de la « gauche de la gauche ». Il est évident que le seul candidat qui ait une chance de l’emporter au deuxième tour contre le candidat de la droite, quel qu’il soit, ne pourra sortir que des rangs du Parti socialiste. Mais dans la foulée de l’élection présidentielle auront lieu les élections législatives où, compte tenu du mode de scrutin, les ambitions des unes et des autres formations se réclamant de la gauche ne pourront être satisfaites qu’à travers des accords avec ce parti, le nombre de députés que pourront espérer les compagnons de route du PS dépendant du nombre de circonscriptions gagnables que celui-ci leur abandonnera.
Les Verts, mis en appétit par leurs succès lors des élections européennes et régionales, n’ont pas l’intention de se contenter des trois sièges qu’ils avaient obtenus en 2007. Cohn-Bendit en revendique 50. Yves Cochet, le député Vert de Paris, 80. Mais à supposer que la direction du PS accepte, il n’est pas sûr que plusieurs dizaines de députés socialistes soient prêts à se faire hara-kiri pour satisfaire les ambitions des écologistes.
Du côté du Parti communiste, la situation est encore plus complexe du fait de son partenariat avec le Parti de gauche de Mélenchon au sein du Front de gauche. Le PCF a certes déjà annoncé lors de la fête de l’Humanité la candidature d’un député du Puy-de-Dôme inconnu du grand public, mais c’est seulement une manière de dire qu’il pourrait présenter un candidat au cas où… et ni son nouveau secrétaire national, Pierre Laurent, ni Marie-George Buffet n’ont fait acte de candidature. En fait la direction du PCF, douchée par le résultat de Marie-George Buffet en 2007 (moins de 2 % des voix), n’a aucune envie de récidiver. Mais elle ne veut pas disparaître – du moins jusqu’à l’approche des élections – derrière Mélenchon, d’autant que la base militante du parti est loin d’être unanime sur la politique consistant à se fondre dans le Front de gauche.
Mélenchon, sénateur de l’Essonne (depuis 1986) et ancien ministre de Jospin (de 2000 à 2002) a certes le vent en poupe. Il peut espérer rassembler sur son nom au premier tour les voix de tous ceux qui, dans l’électorat social-démocrate ou à « la gauche de la gauche », reprochent au PS d’être trop peu radical. Mais il l’a dit, il est toujours prêt à participer à un gouvernement « de gauche », comme il l’a fait dans le passé… pourvu que le PS fasse appel à lui.
Quant au NPA qui est déchiré par des querelles internes, non seulement à cause de l’affaire du voile, mais aussi entre ceux qui pensent qu’aucun accord avec le Parti socialiste n’est possible, et ceux qui sont partisans d’une collaboration avec tous les courants de gauche, il n’a dans cette affaire qu’une importance marginale.
D’une manière ou d’une autre, sans que l’on puisse aujourd’hui en préciser les modalités et les limites, c’est une nouvelle mouture de l’union de la gauche ou de la gauche plurielle que ces gens-là nous préparent aujourd’hui, même s’ils ont assez d’imagination pour trouver une nouvelle appellation pour cet alignement derrière la social-démocratie.
samedi 8 janvier 2011
:: La seule alternative politique : le renversement de l’ordre capitaliste
La période qui vient sera marquée par des attaques de plus en plus violentes de la bourgeoisie contre la classe ouvrière et sans doute plus largement encore contre les classes populaires. Les limites en seront définies par les rapports de forces. Les attaques de la bourgeoisie ne découlent pas d’une option politique particulière et encore moins de l’étiquette de l’équipe politique momentanément au pouvoir. Elles découlent de puissants intérêts de classe.
Le rôle laissé aux dirigeants politiques est d’appliquer la politique nécessaire à la bourgeoisie et de la justifier s’ils en éprouvent le besoin d’un point de vue électoral. Par-delà leurs étiquettes variées, tous les gouvernements d’Europe mènent une politique d’austérité plus ou moins grave, plus ou moins brutale. Ce seul constat indique les limites des promesses de changement au cas où le Parti socialiste arriverait au pouvoir par les élections de 2012, flanqué ou pas du Parti communiste et du Parti de gauche.
La bourgeoisie a toutes les cartes en main pour imposer sa politique face à la crise, mais en même temps elle fait la démonstration qu’il n’y a pas d’autre réponse aux conséquences de la crise sur la base de la propriété privée des entreprises et des banques qu’un nouveau renforcement de la toute-puissance des groupes financiers et la régression pour les classes laborieuses.
Le seul programme qui ouvre une perspective, c’est celui dont les différents objectifs, répondant aux problèmes cruciaux de l’heure du point de vue des classes exploitées, conduisent en même temps à la remise en cause de la domination de la bourgeoisie sur la société. Ce programme ne deviendra une force que lorsque les masses s’en empareront. Quand et comment ? Personne ne peut le dire aujourd’hui. Les attaques de la bourgeoisie déclencheront nécessairement des réactions plus ou moins violentes, plus ou moins conscientes, de la part des victimes de sa politique. Un véritable programme de lutte doit répondre aux questions soulevées par la lutte elle-même.
Lorsque la classe ouvrière se met en branle pour défendre ses conditions d’existence, un programme de lutte révolutionnaire devient indispensable.
Face au développement du chômage, catastrophique sur le plan matériel pour ceux qui le subissent et aussi facteur de décomposition sociale, il faut imposer la répartition du travail entre tous sans diminution de salaire et l’interdiction des licenciements.
Face à la démolition du pouvoir d’achat des salariés, aggravée encore par les prélèvements de l’État et la détérioration des services publics, il est vital d’imposer l’échelle mobile des salaires et des retraites.
Face à la crise financière, il faut exproprier les banques, les unifier en une seule institution bancaire contrôlée par la population.
Et, surtout, face à l’irresponsabilité de la classe capitaliste, il faut contester sa mainmise sur l’économie et imposer le contrôle des travailleurs et de la population sur les entreprises et sur l’économie.
Il est inutile de tenter de deviner quand et sous quelle forme viendra une réaction de la classe ouvrière suffisamment massive pour modifier radicalement le rapport de forces avec la bourgeoisie. Mais la crise et ses conséquences constituent une rude école, et c’est la violence des attaques de la bourgeoisie qui pousse à la révolte.
Le mouvement de septembre-octobre 2010 malgré ses limites dues à la fois aux limites de la mobilisation elle-même et à sa direction syndicale réformiste, malgré la modestie des objectifs mis en avant et l’apparent échec même par rapport à ces objectifs modestes, est devenu une lutte politique, une réaction de la classe ouvrière contre la bourgeoisie. Elle a révélé aux yeux d’une fraction importante de la classe ouvrière, plus ou moins clairement, que la crise, la gravité des attaques de la bourgeoisie, ne laissent pas de place aux corporatismes et que seule l’action collective permet de retrouver la combativité et la conscience d’appartenir à une même classe sociale. C’est une leçon précieuse. Le rôle des révolutionnaires dans la période qui vient est de s’appuyer sur cette expérience collective, l’expliciter et montrer qu’elle indique la voie de l’avenir pour la classe ouvrière. À condition que la classe ouvrière ne se laisse pas détourner vers des impasses, à commencer par celle de l’électoralisme, les changements électoraux présentés comme une voie pour le changement.
La classe ouvrière vient de montrer, fût-ce pour le moment à une échelle modeste, qu’elle a la possibilité de peser directement sur la politique de la bourgeoisie par des moyens qui lui sont propres, les grèves, les manifestations. Il appartient aux révolutionnaires de défendre et populariser l’idée que mettre en avant des objectifs susceptibles de préserver les conditions d’existence de la « seule classe productive de la société » (Trotsky) est non seulement légitime mais nécessaire. Seule la classe ouvrière peut, en allant jusqu’au bout de la défense de ses intérêts matériels et politiques, mettre en cause la domination de la bourgeoisie sur la société.
Les tâches immédiates des révolutionnaires sont doubles : participer pleinement aux diverses formes de lutte de la classe ouvrière, mais aussi défendre en son sein par la propagande, par les discussions sous toutes les formes, le programme révolutionnaire, c’est-à-dire le programme qui, à travers le combat pour la défense des intérêts vitaux de la classe ouvrière, s’engage dans la lutte pour le renversement de l’ordre bourgeois. C’est dans le combat sur ces deux terrains que surgira le parti communiste révolutionnaire indispensable pour incarner et pousser cette lutte jusqu’à son aboutissement.
lundi 6 décembre 2010
:: De la nécessité du parti révolutionnaire [par Lénine, 1895] #5
Ce point du programme est le plus important. C'est le point principal, parce qu'il montre ce que doivent être l'activité du parti qui défend les intérêts de la classe ouvrière, et celle de tous les ouvriers conscients. Il montre comment l'aspiration au socialisme, la volonté d'en finir avec l'éternelle exploitation de l'homme par l'homme, doivent se rattacher au mouvement populaire engendré par les conditions d'existence que créent les grandes fabriques et usines.Par son activité, le Parti doit seconder la lutte de classe des ouvriers. La tâche du Parti n'est pas d'imaginer de toutes pièces des moyens inédits de venir en aide aux ouvriers, mais de s'associer à leur mouvement, d'y porter la lumière, d'aider les ouvriers dans la lutte qu'ils ont déjà engagée. La tâche du Parti est de défendre les intérêts des ouvriers et de représenter les intérêts de l'ensemble du mouvement ouvrier. Comment doit se manifester l'aide aux ouvriers en lutte ?Le programme déclare que cette aide doit consister, tout d'abord, à développer la conscience de classe des ouvriers. Nous avons déjà dit comment la lutte des ouvriers contre les fabricants devient une lutte de classe du prolétariat contre la bourgeoisie.Ce qu 'il faut entendre par conscience de classe des ouvriers ressort de ce que nous avons dit à ce propos. La conscience de classe des ouvriers, c'est la compréhension par ceux-ci du fait que pour améliorer leur sort et réaliser leur émancipation, il n'est d'autre moyen que de lutter contre la classe des capitalistes et des fabricants qui sont apparus avec les grandes fabriques et usines. C'est ensuite la compréhension du fait que les intérêts de tous les ouvriers d'un pays sont identiques, solidaires, que tous ces ouvriers constituent une même classe, distincte de toutes les autres classes de la société. C'est, enfin, la compréhension du fait que, pour parvenir à leurs fins, les ouvriers doivent nécessairement chercher à influer sur les affaires de l'État, comme l'ont fait et continuent de le faire les grands propriétaires fonciers et les capitalistes.Comment cette compréhension vient-elle aux ouvriers ? Ils la puisent constamment dans la lutte même qu'ils engagent contre les fabricants et qui se déploie de plus en plus largement, s'intensifie et entraîne un nombre croissant d'ouvriers à mesure que se développent les grandes fabriques et usines. Il fut un temps où l'hostilité des ouvriers contre le capital ne s'exprimait que par un sentiment confus de haine pour leurs exploiteurs, par la vague conscience de leur état d'oppression et de leur esclavage, par le désir de se venger des capitalistes. Leur lutte se traduisait alors par des révoltes isolées d'ouvriers qui détruisaient les bâtiments, brisaient les machines, malmenaient les administrateurs de la fabrique, etc. C'était la première forme du mouvement ouvrier, sa forme initiale, et elle était nécessaire, car la haine du capitaliste a été, de tout temps et en tous lieux, la première impulsion qui a porté les ouvriers à se défendre. Mais le mouvement ouvrier russe n'en est plus à cette forme primitive. Dépassant le stade de la haine confuse pour le capitaliste, les ouvriers ont commencé à comprendre l'antagonisme d'intérêts qui oppose la classe des ouvriers à celle des capitalistes. Ils n'éprouvent plus un vague sentiment d'oppression : ils ont commencé à se rendre compte de quelle manière et par quel moyen le capital les écrase, et ils se dressent contre telle ou telle forme d 'asservissement, imposent une limite à la pression du capital, se défendent contre l'avidité du capitaliste. Au lieu de se venger des capitalistes, ils passent à la lutte pour arracher des concessions, ils présentent à la classe des capitalistes une revendication après l'autre, exigent de meilleures conditions de travail, l'augmentation des salaires, la réduction de la journée de travail. Chaque grève concentre tour à tour l'attention et les efforts des ouvriers sur telle ou telle des conditions où se trouve placée la classe ouvrière . Chaque grève amène à discuter de ces conditions ; elle aide les ouvriers à porter sur elles une appréciation raisonnée, à comprendre comment se traduit en l'occurrence la pression du capital et comment on peut lui tenir tête. Chaque grève enrichit d'une expérience nouvelle l'ensemble de la classe ouvrière. Si elle réussit, elle lui montre la force de l'union et incite les autres à profiter du succès de leurs camarades. Si elle échoue, elle conduit à analyser les raisons de cet échec et à rechercher de meilleures méthodes de lutte. Ce passage des ouvriers à une lutte énergique pour satisfaire leurs besoins vitaux, pour arracher des concessions au capital, pour obtenir de meilleures conditions de vie, un salaire plus élevé et la réduction de la journée de travail, a déjà commencé dans toute la Russie. Il marque un grand pas en avant des ouvriers russes ; c'est donc à cette lutte, au concours qu'il convient de lui apporter, que doit être surtout consacrée l'attention du Parti social-démocrate et de tous les ouvriers conscients. L'aide aux ouvriers doit consister à leur indiquer les besoins vitaux essentiels pour la satisfaction desquels ils doivent lutter, à analyser les causes de l'aggravation particulière de la situation de telle ou telle catégorie d 'ouvriers, à leur expliquer les lois ouvrières et les règlements dont la violation (jointe aux subterfuges frauduleux des capitalistes) soumet si souvent les ouvriers à un double pillage. Cette aide doit consister à formuler avec plus de précision et de netteté les revendications des ouvriers et à les énoncer publiquement, à choisir le meilleur moment pour résister et la méthode de lutte, à analyser la situation et les forces des deux parties en présence, à examiner s 'il ne serait pas préférable de recourir à une autre méthode de lutte (envoi d 'une lettre au fabricant, démarche auprès de l'inspecteur ou du médecin, selon les circonstances, s'il n'est pas plus expédient d'appeler directement à la grève, etc.).Nous avons dit que le passage des ouvriers russes à cette forme de lutte représente un grand pas en avant. Elle engage le mouvement ouvrier dans le bon chemin et elle est la garantie de ses succès futurs. Dans cette lutte, les masses ouvrières apprennent, premièrement, à discerner et à analyser les différentes méthodes d'exploitation capitaliste, à les confronter aux dispositions de la loi, à leurs propres conditions d'existence et aux intérêts de la classe capitaliste. En analysant les formes et les cas particuliers d'exploitation, les ouvriers apprennent à comprendre le rôle et la nature de l'exploitation dans son ensemble, ils apprennent à comprendre un régime social fondé sur l'exploitation du travail par le capital. Deuxièmement, dans cette lutte, les ouvriers font l'essai de leurs forces, apprennent à s'unir, apprennent à comprendre la nécessité et l'importance de l'union. L'extension de cette lutte et la multiplication des conflits entraînent fatalement l'élargissement de la lutte, un sentiment plus développé de l'unité, de la solidarité, d'abord parmi les ouvriers d'une localité déterminée, puis parmi les ouvriers de tout le pays et, enfin, la classe ouvrière tout entière. Troisièmement, cette lutte développe la conscience politique des ouvriers. En raison de leurs conditions d'existence, les masses ouvrières ne peuvent pas, n'ont ni le loisir ni la possibilité de réfléchir aux questions politiques. Mais la lutte des ouvriers contre les fabricants, pour leurs besoins quotidiens, les pousse d'elle-même, inévitablement, à s'occuper de questions politiques, à se demander comment l'État russe est gouverné, comment et au profit de qui sont promulgués les lois et les règlements. Tout conflit au sein de la fabrique met nécessairement les ouvriers en conflit avec les lois et les représentants du pouvoir. Les ouvriers entendent alors pour la première fois des " discours politiques ". Ne serait-ce que des inspecteurs du travail, quand ceux-ci leur expliquent que le subterfuge grâce auquel le fabricant les a pressurés se fonde sur l 'application stricte d'un règlement sanctionné par les autorités compétentes et qui laisse au fabricant toute liberté de pressurer les ouvriers ; ou encore que les brimades du fabricant sont parfaitement légales, car il ne fait qu'user de son droit et s'appuie sur telle ou telle loi approuvée et couverte par le pouvoir. Aux explications politiques de MM. les inspecteurs s'ajoutent parfois celles, plus utiles encore, de M. le ministre rappelant aux ouvriers qu'ils sont tenus de nourrir des sentiments d' " amour chrétien " pour le fabricant afin de le remercier de gagner des millions grâce à leur travail. Après ces explications des représentants du pouvoir, quand les ouvriers ont pu constater directement quels sont ceux que ce pouvoir protège, viennent les socialistes, qui fournissent leurs explications par tracts ou autrement, de sorte qu'à chaque grève les ouvriers parfont leur éducation politique. Ils apprennent à comprendre non seulement les intérêts particuliers de la classe ouvrière, mais aussi la place particulière qu'elle occupe dans l'État. Voici donc quelle doit être l'aide que le Parti social-démocrate peut apporter à la lutte de classe des ouvriers : développer la conscience de classe de ces derniers en soutenant le combat qu'ils mènent pour leurs besoins vitaux.La seconde forme d'aide doit consister, ainsi qu'il est dit dans le programme, à concourir à l'organisation des ouvriers. La lutte que nous venons de décrire exige que les ouvriers soient organisés. L 'organisation devient nécessaire en cas de grève, afin d'augmenter les chances de succès, pour les collectes en faveur des grévistes, pour l'institution de caisses ouvrières, pour la propagande parmi les ouvriers, pour la diffusion de tracts ou d'appels, etc. Elle est plus nécessaire encore pour se défendre contre la police et la gendarmerie, pour mettre à l'abri de leurs poursuites les associations ouvrières et leurs activités, pour diffuser parmi les ouvriers livres, brochures, journaux, etc. Apporter une aide dans tous ces domaines : telle est la seconde tâche du Parti.La troisième est d'indiquer le but véritable de la lutte, c'est-à-dire d'expliquer aux ouvriers en quoi consiste l'exploitation du travail par le capital, sur quoi elle repose, comment la propriété privée de la terre et des instruments de travail condamne les masses ouvrières à la misère, les oblige à vendre leur travail aux capitalistes et à leur abandonner sans contre-partie tout ce que l'ouvrier produit en sus de ce qui est nécessaire à son entretien ; d'expliquer enfin comment cette exploitation conduit inévitablement les ouvriers à engager une lutte de classe contre les capitalistes, dans quelles conditions se déroule cette lutte, quel est son objectif final, bref, d'expliquer ce qui est résumé dans le présent programme.
[Lénine,"Exposé et commentaire du projet de programme" #5, 1895]
:: De la nécessité de l'internationalisme ouvrier [par Lénine, 1895] #4
[Lénine, "Exposé et commentaire du projet de programme" #4, 1895]L'union et la cohésion de la classe ouvrière ne sont pas confinées aux limites d'un seul pays ou d'une seule nationalité : les partis ouvriers des différents États proclament hautement la complète identité (solidarité) des intérêts et des objectifs des ouvriers du monde entier. Ils se réunissent en congrès, présentent à la classe des capitalistes de tous les pays des revendications communes, instituent une fête internationale (le 1er Mai) de tout le prolétariat uni qui lutte pour son émancipation, rassemblent la classe ouvrière de toutes les nationalités et de tous les pays en une grande armée du travail. Cette union des ouvriers de tous les pays est rendue nécessaire par le fait que la classe des capitalistes, qui exerce sa domination sur les ouvriers, ne borne pas celle-ci au cadre d 'un seul pays. Les relations commerciales entre les différents États se développent et se resserrent ; le capital passe constamment d'un pays à l'autre. Les banques, qui concentrent d'énormes capitaux qu'elles recueillent partout et répartissent entre les capitalistes sous forme de prêts, perdent leur caractère national et deviennent internationales ; elles rassemblent des capitaux provenant de tous les pays et les répartissent parmi les capitalistes d'Europe et d'Amérique. De gigantesques sociétés par actions se constituent en vue de fonder des entreprises capitalistes non plus dans un seul pays, mais dans plusieurs à la fois ; on voit apparaître des sociétés capitalistes internationales. La domination du capital est internationale. Aussi la lutte des ouvriers de tous les pays pour leur émancipation ne peut, elle aussi, être couronnée de succès que si les ouvriers combattent ensemble le capital international. Voilà pourquoi, dans sa lutte contre la classe des capitalistes, l'ouvrier russe a pour camarades l'ouvrier allemand, l'ouvrier polonais et l'ouvrier français, de même qu'il a pour ennemis les capitalistes russes, polonais et français. Ainsi, depuis quelque temps, les capitalistes étrangers transfèrent très volontiers leurs capitaux en Russie ; ils y établissent des succursales de leurs fabriques et de leurs usines, fondent des sociétés pour créer de nouvelles entreprises. Ils se jettent avec avidité sur un pays jeune où le gouvernement se montre plus bienveillant et plus complaisant pour le capital que partout ailleurs, où ils trouvent des ouvriers moins unis qu'en Occident, moins capables de leur tenir tête, où le niveau de vie des ouvriers, et par conséquent leur salaire, est beaucoup plus bas, de sorte que les capitalistes étrangers peuvent réaliser des bénéfices fabuleux, inconnus dans leurs pays. Le capital international a déjà étendu sa main également sur la Russie. Les ouvriers russes tendent la main au mouvement ouvrier international.
:: De la nécessité de l'expropriation de la classe capitaliste [par Lénine, 1895] #3
[Lénine, "Exposé et commentaire du projet de programme" #3, 1895]la fabrique intensifie et généralise l'exploitation des ouvriers, en fait tout un " système ". Bon gré mal gré, l'ouvrier a maintenant affaire non à tel ou tel patron particulier qui lui impose sa volonté et ses brimades, mais à l'arbitraire et aux brimades de toute la classe des patrons. L 'ouvrier se rend compte qu 'il n'est pas opprimé par tel ou tel capitaliste, mais par l'ensemble de la classe des capitalistes, car toutes les entreprises pratiquent la même méthode d'exploitation dont aucun capitaliste ne saurait s'écarter : s 'il lui venait à l'idée, par exemple, de réduire le temps de travail, les marchandises lui reviendraient plus cher qu'à son voisin, qui oblige l'ouvrier à travailler plus longtemps pour le même salaire. L 'ouvrier ne peut désormais améliorer son sort qu'en s'attaquant à l'ensemble du régime social conçu en vue de l'exploitation du travail par le capital. Il voit maintenant se dresser contre lui non pas l'injustice particulière de tel ou tel fonctionnaire, mais l'injustice du pouvoir d'État lui-même, qui prend sous sa protection la classe des capitalistes et promulgue en faveur de cette classe des lois auxquelles tous doivent obéir. Par suite, la lutte des ouvriers des fabriques contre les fabricants se transforme inéluctablement en une lutte contre toute la classe des capitalistes, contre tout le régime social fondé sur l 'exploitation du travail par le capital. Aussi la lutte des ouvriers prend-elle un caractère social et devient-elle une lutte engagée au nom de tous les travailleurs contre toutes les classes qui vivent du travail d'autrui . Elle inaugure donc une ère nouvelle de l'histoire russe et apparaît comme l'aurore de l'émancipation des ouvriers.Que trouve-t-on à la base de la domination qu'exerce la classe des capitalistes sur la masse des travailleurs ? La possession par les capitalistes, à titre de propriété privée, de l'ensemble des fabriques, usines, mines, machines et instruments de travail ; le fait qu'ils détiennent d'énormes étendues de terre (moins d 'un demi million de propriétaires possèdent plus du tiers des terres dans la Russie d'Europe). Les ouvriers, qui n'ont ni instruments de travail ni matières premières doivent vendre leur force de travail aux capitalistes qui ne leur paient que ce qui est indispensable à leur entretien et empochent le surplus produit par le travail : ils ne paient de la sorte qu'une partie du temps consacré au travail, et s'approprient le reste. L 'accroissement de richesse provenant du travail en commun d'une masse d'ouvriers ou des perfectionnements apportés à la production, échoit à la classe des capitalistes, et les ouvriers, qui peinent de génération en génération, restent des prolétaires dépourvus de tout. Aussi n'existe-t-il qu'un moyen de mettre fin à l'exploitation du travail par le capital : abolir la propriété privée des instruments de travail, remettre aux mains de la société toutes les fabriques, les usines et les mines, ainsi que tous les grands domaines, etc., et organiser une production collective socialiste dirigée par les ouvriers eux-mêmes. Ce sont les travailleurs eux-mêmes qui bénéficieront alors des fruits du travail collectif, et ce qui excédera la quantité nécessaire à leur entretien sera employé à satisfaire les autres besoins des ouvriers, à développer intégralement toutes leurs aptitudes et à donner à tous des possibilités égales de jouir des progrès de la science et de l'art. Voilà pourquoi le programme indique que c'est la seule issue possible de la lutte engagée par la classe ouvrière contre les capitalistes. Et, pour cela, il est nécessaire que le pouvoir politique, c'est-à-dire la direction de l'État, passe des mains d 'un gouvernement placé sous l'influence des capitalistes et des grands propriétaires fonciers, ou composé directement de représentants désignés par les capitalistes, aux mains de la classe ouvrière.Tel est le but final de la lutte de la classe ouvrière, telle est la condition de son émancipation complète. C'est ce but final que doivent s'efforcer d'atteindre les ouvriers conscients et unis
:: La domination du capital sur le travail [par Lénine, 1895] #2
[Lénine, "Exposé et commentaire du projet de programme" #2, 1895]A l'heure actuelle, le travail salarié, le travail pour un capitaliste, est devenu la forme de travail la plus répandue. La domination du capital sur le travail s'est étendue à la grande masse de la population, non seulement dans l'industrie, mais encore dans l'agriculture. C'est cette exploitation du travail salarié, fondement de la société moderne, que les grandes fabriques portent à son plus haut degré de développement. Toutes les méthodes d'exploitation utilisées par tous les capitalistes dans toutes les branches de l'industrie et dont pâtit toute la population ouvrière de Russie, sont concentrées ici, à la fabrique, où elles s'aggravent, deviennent la règle, embrassent tous les aspects du travail et de la vie de l'ouvrier, déterminent toute une organisation, tout un système grâce auquel le capitaliste fait suer à l'ouvrier sang et eau. Pour être plus clair, prenons un exemple : en tous lieux et de tout temps, quiconque s'embauche pour un travail se repose les jours de fête observés dans la région. Il en va tout autrement à la fabrique : quand elle a embauché un travailleur, la fabrique dispose de lui à sa guise, sans tenir compte de ses habitudes, de son train de vie, de sa situation de famille, de ses besoins intellectuels. Elle le fait travailler quand elle en a besoin, l'oblige à plier toute sa vie à ses propres exigences, le contraint à fractionner son repos et, avec le système du travail par roulement, à travailler la nuit et les jours fériés. La fabrique se permet tous les abus possibles et imaginables en ce qui concerne le temps de travail, en même temps qu'elle applique son " règlement " et ses " méthodes " auxquels tout ouvrier est tenu de se conformer. Le régime à la fabrique est conçu de façon à tirer de l'ouvrier toute la somme de travail qu'il peut fournir, et cela le plus vite possible, pour ensuite le flanquer à la porte ! Autre exemple. Quiconque s'embauche pour un travail s'engage naturellement à obéir au patron, à exécuter les ordres qu'on lui donnera. Mais tout en s'engageant à exécuter tel ou tel travail en un temps donné, il ne renonce aucunement à sa volonté ; s'il trouve les exigences de son patron injustes ou excessives, il le quitte. La fabrique, elle, exige que l'ouvrier fasse le sacrifice total de sa volonté ; elle instaure une stricte discipline, oblige l'ouvrier à commencer et à quitter le travail à la sonnerie, s'arroge le droit de le punir elle-même et lui inflige une amende ou une retenue sur son salaire pour toute infraction au règlement qu'elle a elle-même institué. L'ouvrier devient le rouage d'un énorme mécanisme : il doit être aussi docile, soumis, privé de volonté qu'une machine.
:: Comment unir les ouvriers ? [par Lénine, 1895] #1
L'union devient une nécessité pour l'ouvrier contre qui se dresse maintenant le grand capital. Mais comment unir une masse d'hommes que le hasard a rassemblés et qui sont étrangers les uns aux autres, même s'ils travaillent dans une même fabrique ? Le programme indique les conditions qui préparent les ouvriers à s'unir, développant en eux la capacité et la volonté de s'unir. Ces conditions sont les suivantes : [...] Ensuite, le travail en commun de centaines et de milliers d'ouvriers accoutume ces derniers à discuter ensemble de leurs besoins et à agir en commun, car il met en évidence le fait que tous les ouvriers sont placés dans la même situation. 3) Enfin, le passage continuel des ouvriers d'une fabrique à l'autre les amène à comparer les conditions et le régime en vigueur dans les différentes entreprises, à les confronter, à se persuader que l'exploitation y est partout la même, à emprunter aux autres ouvriers l'expérience qu'ils ont acquise dans leurs conflits avec le capitaliste, renforçant ainsi leur cohésion et leur solidarité. Ces conditions, prises dans leur ensemble, ont fait que l'apparition des grandes fabriques et usines a entraîné l'union des ouvriers. [...] Les grèves et les soulèvements isolés des ouvriers constituent à l'heure actuelle, dit le programme, le phénomène le plus répandu dans les fabriques russes. Mais à mesure que le capitalisme se développe et que les grèves se multiplient, celles ci deviennent insuffisantes. Les fabricants prennent contre elles des mesures générales : ils concluent des alliances entre eux, font venir des ouvriers d'ailleurs, sollicitent le concours des autorités qui les aident à écraser la résistance des ouvriers. Les ouvriers ont affaire non plus à un fabricant isolé, mais à toute la classe des capitalistes appuyée par le gouvernement. Toute la classe des capitaliste s engage la lutte contre toute la classe des ouvriers en cherchant à prendre des mesures générales contre les grèves, en demandant au gouvernement des lois contre les ouvriers, en transférant fabriques et usines dans des régions plus reculées, en distribuant du travail à domicile et en recourant à mille autres expédients et subterfuges contre les ouvriers. L 'union des ouvriers d'une fabrique, voire d'une industrie, est insuffisante pour riposter à toute la classe des capitalistes, et l'action commune de toute la classe des ouvriers devient nécessaire. C'est ainsi que les soulèvements isolés des ouvriers font place à la lutte de toute la classe ouvrière. La lutte des ouvriers contre les fabricants devient une lutte de classe . Un même intérêt unit tous les fabricants : maintenir les ouvriers sous leur dépendance et leur payer le salaire le plus bas. Les fabricants se rendent compte, eux aussi, qu'ils ne peuvent défendre leur cause que par l'action commune de toute leur classe, qu'en exerçant leur influence sur le pouvoir d'État. Les ouvriers sont de même liés entre eux par un intérêt commun : ne pas se laisser écraser par le capital, défendre leur droit à l'existence et à une vie réellement humaine. Et ils se persuadent, eux aussi, de la nécessité de s'unir, d'agir ensemble en tant que classe - en tant que classe ouvrière - et d 'exercer à cet effet une influence sur le pouvoir d'État.
[Lénine, "Exposé et commentaire du projet de programme" #1, 1895]
jeudi 2 décembre 2010
:: Grèce, Irlande, Portugal, ou comment plonger des populations entières dans la pauvreté pour sauver les financiers
- Irlande : la colère dans la rue http://bit.ly/gR54jq De la dictature des possédants & des arrières-pensées des leaders syndicaux
- Irlande: la corde au cou de la pop. laborieuse http://bit.ly/idS7jw Ou comment les chacals de l'UE+ FMI vont piller les caisses de retraites.
- République d'Irlande - L'austérité encore aggravée http://bit.ly/gpllPr Ou comment les classes laborieuses vont être écrabouillées sévère
:: 1976 : adresse au mouvement trotskyste (par LO) + correspondance avec le le Secrétariat Unifié de la Quatrième Internationale
POUR METTRE FIN A L'EMIETTEMENT DU MOUVEMENT TROTSKYSTE INTERNATIONAL
Cette adresse signée par Combat Ouvrier (Antilles), Spark (U.S.A.), l'Union Africaine des Travailleurs Communistes Internationalistes et Lutte Ouvrière, invitait toutes les organisations trotskystes reliées ou non à l'un des organismes internationaux existants, à une rencontre se donnant pour but la mise en place d'un cadre de discussion et de travail en commun ouvert à tout le mouvement trotskyste.
Paris, février 1976
Lutte Ouvrière (France), Spark (U.S.A.), Combat Ouvrier (Antilles), U.A.T.C.I. (Afrique)
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A la suite de l'adresse au mouvement trotskyste, publiée dans l'annexe précédente et de la proposition faite à toutes les organisations qui se réclament du trotskysme de tenir une conférence internationale, le Secrétariat Unifié de la Quatrième Internationale nous avait fait parvenir la lettre suivante que nous publions ci-dessous, avec la réponse des quatre groupes signataires de l'adresse.
LETTRE DU SECRÉTARIAT UNIFIÉ
RÉPONSE DE L.O., C.O., U.A.T.C.I., THE SPARK
Chers camarades,
Nous avons bien reçu votre lettre en date du 9 mars et qui fait suite à la proposition que nous avions faite à toutes les organisations se réclamant du trotskysme de tenir à Paris, au mois de mars dernier, une conférence internationale exploratoire. Cette conférence, rappelons-le, avait pour but d'examiner les conditions dans lesquelles un cadre organisationnel international pourrait être mis sur pied qui permettrait à la fois de confronter les politiques et les programmes des différents groupes et des différents courants, et aussi d'établir des liens entre eux et d'élaborer d'éventuelles actions communes.
En attendant votre réponse, veuillez recevoir, chers camarades, nos salutations communistes.
Combat Ouvrier, Lutte Ouvrière, The Spark, U.A.T.C.I.
Cette adresse signée par Combat Ouvrier (Antilles), Spark (U.S.A.), l'Union Africaine des Travailleurs Communistes Internationalistes et Lutte Ouvrière, invitait toutes les organisations trotskystes reliées ou non à l'un des organismes internationaux existants, à une rencontre se donnant pour but la mise en place d'un cadre de discussion et de travail en commun ouvert à tout le mouvement trotskyste.
Près de quarante ans après la fondation de la IVe Internationale, le mouvement trotskyste est le seul à l'échelle internationale qui, sur le plan de ses références programmatiques fondamentales, se réclame de la nécessité d'une organisation et d'une politique prolétariennes indépendantes, et se donne pour but l'instauration de la dictature révolutionnaire du prolétariat.
D'autres courants qui se réclament plus ou moins explicitement de la révolution prolétarienne —en particulier les différentes variantes des groupes dits “capitalistes d'Etat”— ne se sont jamais structurés à l'échelle internationale et en ont même abandonné l'idée dans les faits. Ils ne sont jamais parvenus à élaborer une ligne politique propre, se définissant pour la plupart par rapport au courant trotskyste, dont la majorité est d'ailleurs issue.Quant aux groupes dits “maoïstes”, s'ils existent dans la quasi totalité des pays, et s'ils ont même une audience notable dans un certain nombre de pays sous-développés, ils représentent —lorsqu'ils représentent quelque chose- des courants populistes visant ouvertement à mettre la classe ouvrière à la remorque d'intérêts bourgeois. Lorsqu'elles parviennent à se développer, l'abandon explicite du terrain de classe en fait des organisations qui représentent d'autres intérêts que ceux du prolétariat.
Le fait d'avoir maintenu, au moins sur le plan des références programmatiques, la continuité politique du mouvement révolutionnaire, successivement incarnée par l'Association Internationale des Travailleurs de Marx et d'Engels, par la Deuxième
Internationale jusqu'à la Première Guerre Mondiale, par l'Internationale Communiste des années 1919-1923, puis par l'Opposition de Gauche et par la IVe Internationale fondée par Léon Trotsky ; le fait d'être le seul mouvement à l'avoir maintenue dans une période difficile, contre le réformisme classique, contre le stalinisme, contre différentes variantes du “tiers-mondisme” se parant de phrases marxistes, est certainement l'actif de loin le plus important du mouvement trotskyste international.
C'est grâce au maintien de cette filiation politique que, après des décennies d'absence d'une influence véritable du courant révolutionnaire sur le mouvement ouvrier, de nouvelles générations de révolutionnaires prolétariens peuvent être formées et éduquées.
Mais force est de constater que le mouvement trotskyste n'est pas parvenu à se donner une direction internationale vivante, compétente et efficace, et qui soit reconnue comme telle par l'ensemble des forces du mouvement trotskyste.
L'émergence d'une Internationale, d'un parti mondial de la révolution, reconnu comme direction par des fractions importantes du prolétariat lui-même, dépasse certes, pour une large part, le problème de la seule volonté ou de la compétence des organisations révolutionnaires prolétariennes. Elle ne dépend pas de la seule capacité de ces organisations à se mesurer sur le plan idéologique et pratique aux tâches de l'heure.
Par contre, la responsabilité des organisations du mouvement trotskyste est déterminante dans le fait qu'il n'existe pas même une direction internationale correspondant au niveau des possibilités et du degré de développement du mouvement. L'incapacité de maintenir l'unité organisationnelle du mouvement et l'incapacité de sélectionner une direction internationale reconnue par tous les groupes trotskystes, sont évidemment les deux aspects d'un même problème.
L'émiettement du mouvement trotskyste se manifeste par une pléthore de directions internationales concurrentes et d'audience variable ; par l'existence d'un grand nombre d'organisations trotskystes qui n'appartiennent à aucun des organismes internationaux existants; par les liens souvent formels voire fictifs à l'intérieur même de chacun de ces organismes internationaux.
Aucune organisation trotskyste responsable et soucieuse de ce que le mouvement trotskyste joue le rôle qui devrait être le sien, ne peut s'accommoder de cette division, de cette dispersion qui n'est pas motivée par une justification programmatique.
Une partie des désaccords qui existent au sein du mouvement trotskyste porte certes sur des questions d'une importance capitale. Mais c'est justement au sein d'un mouvement trotskyste capable de surmonter ses sectarismes et ses ostracismes, permettant la confrontation des idées à une large échelle, que ces analyses divergentes pourraient être valablement discutées.
C'est précisément sur l'état actuel du mouvement trotskyste, sur l'analyse des causes de son émiettement, sur un bilan critique de son évolution depuis la mort de Trotsky, qu'une telle confrontation apparaît de toute évidence d'une nécessité vitale et urgente.
Aucune proclamation, adresse ou appel unilatéral ne pourra résoudre un problème qui concerne l'ensemble du mouvement trotskyste.
Il est indispensable qu'un cadre international où une telle confrontation puisse avoir lieu, soit mis en place. Et proposer cela n'est nullement incompatible avec le fait de militer en direction d'une Internationale fonctionnant selon les règles du centralisme démocratique. Car c'est au contraire en agissant pour mettre fin à l’émiettement du mouvement trotskyste que l'on peut agir pour construire une organisation internationale centralisée et démocratique.
Cette organisation sera-t-elle créée à partir d'une des organisations internationales existantes à l'heure actuelle ? Sera-t-elle le fruit d'une restructuration plus vaste et sur d'autres bases ? La confrontation portera en particulier sur ce point sur lequel de grandes divergences séparent des organisations qui appartiennent à des organismes internationaux entre eux et d'avec celles qui n'y appartiennent pas.
Mais le point de départ de cette discussion doit être le fait incontestable qu'une organisation internationale ayant une autorité politique sur l'ensemble du mouvement trotskyste n'existe pas. Il faut y parvenir à partir de ce qui existe. Il faut construire l'organisation internationale centralisée démocratique à partir de la dispersion actuelle.
Le centralisme démocratique dans l'organisation internationale à construire ne sera pas suspendu en l'air. Il ne pourrait pas être seulement une affaire de statuts. Il exige un accord programmatique fondamental. Mais il exige aussi une confiance politique entre les groupes qui la composent et une confiance de ces groupes et de leurs militants dans la direction.
Cette confiance entre groupes, dans les directions respectives des autres, n'existe pas à l'heure actuelle. A moins qu'un des groupes soit capable de diriger des luttes significatives du prolétariat de son pays et de démontrer dans les faits qu'il mérite la confiance politique des autres, le sectarisme qui marque les relations entre organisations trotskystes à l'heure actuelle ne permettra jamais de surmonter les méfiances mutuelles.
Cette méfiance ne pourra être surmontée que par une confrontation loyale des points de vue et par une pratique commune qui, commencées dans les domaines possibles aujourd'hui, devront pouvoir s'élargir par la suite jusqu'à englober l'ensemble des activités de ces groupes.
Déplorant l'état actuel de dispersion du mouvement trotskyste et le sectarisme qui empêche d'engager des démarches pour y mettre fin, les organisations signataires ont pris l'initiative de s'adresser à l'ensemble du mouvement trotskyste, pour la mise en place d'un cadre international où puisse être discuté des voies et des moyens de créer un lieu de rencontre international au sein duquel puissent cohabiter toutes les tendances différentes du mouvement trotskyste.
Le cadre proposé par les signataires n'est pas destiné à être un organisme international supplémentaire, concurrent de ceux qui existent.
Il n'est pas non plus destiné à être un simple lieu de discussion, bien qu'il devra pouvoir pleinement jouer aussi ce rôle, en permettant de dégager les points d'accords et les points de désaccords entre groupes trotskystes participants et contribuer ainsi à la clarification indispensable au mouvement trotskyste.
Les signataires sont conscients que, pour dégager un programme politique pour la lutte révolutionnaire mondiale de notre époque, la confrontation loyale des points de vue est seulement une condition nécessaire. Au-delà, il est indispensable de pouvoir vérifier les positions de chacun à l'épreuve des luttes politiques. L'existence d'un programme adopté par l'ensemble du mouvement est liée à celle d'une direction internationale reconnue par le mouvement.
Les organisations signataires considèrent que, parallèlement à la discussion des problèmes importants du mouvement trotskyste, le cadre proposé devra examiner l'aide politique et organisationnelle que les différents groupes peuvent mutuellement s'apporter.
Il appartiendra aux groupes participants d'établir le degré de collaboration qu'ils souhaitent établir en fonction de leurs besoins et de leur capacité politique et organisationnelle.
Si, par-delà les divergences actuelles, les organisations participantes ont la volonté sérieuse d'œuvrer dans le sens d'une collaboration de plus en plus étroite ; si elles ont la préoccupation des problèmes politiques et organisationnels des autres groupes participants ; si elles font tout pour que, au-delà des rapports entre directions, des rapports de plus en plus étroits s'établissent par des échanges de militants, par la circulation de matériaux de discussion, etc…, alors pourront s'établir des relations de confiance sur laquelle il sera ultérieurement possible de fonder une discipline commune croissante ; alors seront sélectionnés et formés des dirigeants acceptés par tous.
Paris, février 1976
Lutte Ouvrière (France), Spark (U.S.A.), Combat Ouvrier (Antilles), U.A.T.C.I. (Afrique)
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A la suite de l'adresse au mouvement trotskyste, publiée dans l'annexe précédente et de la proposition faite à toutes les organisations qui se réclament du trotskysme de tenir une conférence internationale, le Secrétariat Unifié de la Quatrième Internationale nous avait fait parvenir la lettre suivante que nous publions ci-dessous, avec la réponse des quatre groupes signataires de l'adresse.
LETTRE DU SECRÉTARIAT UNIFIÉ
Chers camarades,
Nous avons reçu votre lettre circulaire du 10 février 1976. A notre avis, elle soulève deux problèmes différents.
La réunion du 14 mars 1976 concerne manifestement les groupements qui ne font pas partie d'une organisation internationale effective. Quelles que soient les faiblesses de la IVe Internationale en tant qu'organisation — faiblesses dont nous sommes conscients — la IVe Internationale existe, vit, se développe. Il n'y a donc aucune raison pour nous de participer à une réunion exploratoire avec des camarades qui semblent vouloir s'obstiner à nier ce fait évident.
Par contre, les préoccupations que reflète votre déclaration : "Pour mettre fin à l'émiettement du mouvement trotskyste international", correspondent aux nôtres. Quand vous regrettez "l'incapacité de maintenir l'unité organisationnelle du mouvement", nous le constatons comme vous. Quand vous ajoutez "l'incapacité de sélectionner une direction internationale reconnue par tous les groupes trotskystes", et l'existence d'une "pléthore de directions internationales concurrentes et d'audience variable", nous nous permettons deux remarques.
D'abord, même à l'époque de Trotsky, il n'a pas été possible de réunir tous les groupes qui se référaient au marxisme-révolutionnaire, alors que son autorité politique et morale était immense. Ne visons donc pas une unanimité impossible et qui pourrait apparaître comme un prétexte pour éviter de saisir la possibilité de mettre un terme aux dispersions inutiles.
Ensuite, c'est pour le moins faire preuve d'irréalisme que de mettre sur le même pied des "directions internationales" qui ne représentent qu'une poignée d'organisations nationales, auxquelles on peut tout au plus adjoindre quelques groupuscules insignifiants, et la IVe Internationale qui est présente dans plus de cinquante pays, qui regroupe des milliers de militants, manifestement la majorité des trotskystes à l'échelle mondiale. Elle a réussi à maintenir son unité organisationnelle internationale malgré —ou ne faudrait-il pas plutôt dire en fonction— des discussions politiques franches et passionnées dans ses rangs, menées dans le respect plein et entier de la démocratie prolétarienne, du droit de tendances, du refus d'interdire les fractions, et de la décision de mener certains débats sur des questions importantes de façon publique. Certes, il y a là une évolution par rapport à quelques épisodes de l'histoire antérieure du mouvement trotskyste international, évolution qui résulte précisément du renforcement de la IVe Internationale. Il y a aussi un processus d'apprentissage qui est en cours, sur lequel la discussion est possible et nécessaire et que nous ne prétendons ériger en modèle définitif ou idéal.
Nous sommes pleinement d'accord avec vous lorsque vous écrivez : "Une partie des désaccords qui existent au sein du mouvement trotskyste porte certes sur des questions d'une importance capitale. Mais c'est justement au sein d'un mouvement trotskyste capable de surmonter ses sectarismes et ses ostracismes, permettant la confrontation des idées à une large échelle, que ces analyses divergentes pourraient être réellement discutées".
Il en découle une conclusion évidente, c'est que le refus du maintien d'un cadre organisationnel commun est précisément le fond du sectarisme et de l'ostracisme organisationnel qui nous a fait tant de mal dans le passé et qui, aujourd'hui encore, provoque des dispersions sans justification principielle, car subordonnant l'accord programmatique à des divergences de tactique ou d'analyse conjoncturelles. Ceci sans vouloir diminuer l'importance des divergences politiques réelles qui existent aujourd'hui entre les groupes qui se réfèrent au trotskysme, même si quelquefois dans la pratique politique quotidienne, ces divergences sont moins accentuées que dans les polémiques fractionnelles à résonnance sectaire.
A notre avis, la question à laquelle tout groupe se référant au trotskysme doit répondre est la suivante : sa cohabitation avec la majorité sinon la quasi totalité des trotskystes est-elle oui ou non possible, à l'échelle nationale ou internationale, sur la base du centralisme démocratique, même lorsqu'il estime qu'il sera momentanément ou longtemps une tendance minoritaire, pourvu qu'il jouisse de tous les droits pour défendre ses positions propres à l'intérieur de l'organisation et occasionnellement, à des moments de discussion préparatoire à un congrès, même publiquement ? Est-il prêt à s'engager tout de suite dans des actions publiques communes qui constituent un test pratique de cette possibilité?.
Répondre "non" à cette question, c'est rendre la dispersion inévitable. Espérer l'unanimité politique, c'est évidemment utopique. D'ailleurs, plus le mouvement croîtra, plus se multiplieront les divergences tactiques et analytiques, au moins périodiquement. Plus il sera implanté dans la classe ouvrière et plus il sera soumis à des pressions contradictoires, liées au développement inégal de la lutte de classe à l'échelle internationale et même nationale.
Répondre "oui" à cette question c'est se prononcer en faveur d'un processus d'unification national et international sur la base du centralisme démocratique, processus que nous avons entamé en 1963 qui n'est point achevé, que nous cherchons à poursuivre et qui implique en tout cas que le centralisme démocratique s'applique à l'échelle internationale d'une autre manière qu'à l'échelle nationale, comme le précise nos statuts qui excluent la possibilité pour des congrès ou des directions internationales de modifier administrativement la composition des directions nationales ou de déterminer la tactique de sections nationales.
Nous sommes disponibles pour toute initiative qui cherche à étendre et à compléter ce processus d'unification. Nous sommes prêts à rencontrer une délégation de vos quatre organisations en vue de discuter de telles initiatives pratiques. Nous sommes évidemment opposés à toute initiative qui, sous prétexte de "discussions" ou de "regroupements", cherche à provoquer de nouvelles scissions.
A notre avis, une "large discussion politique" n'est pas nécessaire pour se prononcer sur cette question essentielle. Les cadres trotskystes sont parfaitement informés des divergences politiques existantes au sein du mouvement.
Une nouvelle discussion ne dévoilera rien d'inconnu. Cependant, nous ne mettons aucun veto de principe contre une discussion, mais pour nous l'essentiel n'est pas là. L'essentiel, c'est de se prononcer sur la possibilité d'un cadre organisationnel commun malgré les divergences parfaitement connues, et de préciser à quelles conditions c'est possible pour chaque groupe. Pour nous, ce débat est urgent et vital. Nous y défendrons la position défendue avec acharnement par Léon Trotsky entre 1933 et 1940: contre toute formule de "regroupement" international à la Bureau de Londres, fondé en fait sur la règle de l'unanimité et conduisant à la paralysie et l'abstention totales en ce qui concerne l'action internationale ; pour un renforcement de la IVe Internationale, non seulement politiquement, mais aussi en tant qu'organisation.
L'idée de discuter un projet de programme parmi tous ceux qui se réfèrent au marxisme révolutionnaire nous semble par ailleurs fort utile. Nous nous permettons cependant de signaler que la construction d'une organisation internationale qui soit, plus qu'une simple fédération de groupes nationaux, et d'une organisation internationale qui se construit parallèlement et conjointement aux organisations nationales, et pour nous partie intégrante du programme, reflet du caractère objectif de la lutte de classe, de la révolution sociale à l'époque impérialiste. Quiconque n'accepte pas cela, tombe tôt ou tard dans les travers de la pratique "national-trotskyste", qui aboutit tôt ou tard à des déviations politiques "national-trotskyste".
En attendant votre réponse, nous vous envoyons nos salutations communistes.
Secrétariat Unifié de la IVe Internationale
Bruxelles, le 9 mars 1976
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Chers camarades,
Nous avons bien reçu votre lettre en date du 9 mars et qui fait suite à la proposition que nous avions faite à toutes les organisations se réclamant du trotskysme de tenir à Paris, au mois de mars dernier, une conférence internationale exploratoire. Cette conférence, rappelons-le, avait pour but d'examiner les conditions dans lesquelles un cadre organisationnel international pourrait être mis sur pied qui permettrait à la fois de confronter les politiques et les programmes des différents groupes et des différents courants, et aussi d'établir des liens entre eux et d'élaborer d'éventuelles actions communes.
Votre lettre nous semble parfaitement mettre en lumière nos divergences sur la situation actuelle du mouvement trotskyste à l'échelle internationale, comme nos divergences sur la méthode proposée pour surmonter cette situation, et parvenir un jour à créer une véritable Quatrième Internationale.
La seule chose que vous offrez en substance, en effet, aux groupes et aux courants trotskystes qui ne sont pas affiliés à votre organisation internationale, c'est d'y adhérer. Comme si cela pouvait suffire à surmonter la situation actuelle du mouvement trotskyste. Il est vrai que vous trouvez peut-être celle-ci satisfaisante. Tant mieux pour vous dans ce cas-là. Mais nous pensons quant à nous qu'une direction internationale qui se bouche les yeux devant la réalité et les problèmes n'en est pas une.
Nous proposons à l'ensemble du mouvement trotskyste de travailler à la mise en place d'un cadre permanent de discussion, de confrontation, et de collaboration. Vous nous répondez : "A notre avis, la question à laquelle tout groupe se référant au trotskysme doit répondre est la suivante : sa cohabitation avec la majorité sinon la quasi totalité des trotskystes est-elle oui ou non possible, à l'échelle nationale ou internationale, sur la base du centralisme démocratique, même lorsqu'il estime qu'il sera momentanément pu longtemps une tendance minoritaire, pourvu qu'il jouisse de tous les droits pour défendre ses positions propres à l'intérieur de l'organisation et occasionnellement, à des moments de discussion préparatoires à un congrès, même publiquement? Est-il prêt à s'engager tout de suite, dans des actions publiques communes qui constituent un test pratique de cette possibilité ?".
Disons tout de suite que nous sommes, pour notre part, prêts, à tout moment, à mener des actions communes avec les autres groupes trotskystes, quelles que puissent être par ailleurs nos divergences avec eux. Les seules conditions qui nous semblent devoir être mises pour de telles actions sont que celles-ci soient entreprises sur des bases et un accord politiques clairs et qu'elles correspondent aux possibilités organisationnelles des groupes.
Mais c'est justement l'absence de liens internationaux, et l'absence d'un cadre organisationnel qui permettrait d'élaborer de telles actions, qui les rend actuellement, dans les faits, impossibles. Quelles actions publiques communes y a-t-il eu ces dernières années à l'échelle internationale, entre groupes trotskystes de courants différents ? Comment dans ces conditions un test pour vérifier si la cohabitation dans une même organisation internationale est possible ou non, pourrait-il donc être tenté ?
Votre réponse tourne donc le dos au vrai problème, précisément parce que vous vous obstinez à défendre le mythe d'une Quatrième Internationale actuellement existante qui serait votre organisation.
La réalité, c'est que, à l'heure actuelle, le mouvement trotskyste est dispersé, et même émietté. Même s'il est le plus important numériquement, le Secrétariat Unifié ne constitue que l'un des regroupements trotskystes internationaux. De nombreux groupes trotskystes —et des plus importants, comme le W.R.P. en Grande-Bretagne, l'O.C.I. et Lutte Ouvrière en France, par exemple— soient restent à l'écard, soit animent leur propre regroupement international. Et dans le cas des groupes qui adhèrent au Secrétariat Unifié, cette adhésion est plus formelle que réelle. La situation qui existe actuellement au sein de votre organisation internationale, avec la multiplication des scissions d'organisations nationales suivant la ligne de partage des divergences qui existent au sein du Secrétariat Unifié, et la prolifération des "groupes sympathisants" résultant de ces scissions, dément, dans les faits, toutes vos prétentions à fonctionner comme une organisation internationale centraliste démocratique.
La dispersion, l'émiettement du mouvement trotskyste, est un fait que personne ne peut nier. Le problème, c'est celui de comment dépasser et surmonter cette dispersion. On peut, bien sûr, nier le problème. C'est l'attitude de quelques-uns. Ils le font en général en déniant la qualité de trotskyste à tous les autres. Le Secrétariat Unifié, si nous comprenons bien, ne veut pas adopter cette attitude sectaire et aberrante.
Mais c'est pourtant une autre manière d'éluder le problème que d'y répondre simplement en disant "rejoignez le Secrétariat Unifié", ce que vous faites en substance dans votre lettre. C'est éluder le problème car c'est le supposer résolu.
Notre but, le but de tout trotskyste, est effectivement de construire une Quatrième Internationale, un parti mondial de la révolution fonctionnant sur les bases du centralisme démocratique. Mais cela reste le but à atteindre. Et il ne suffit pas, et il ne suffira pas de proclamations pour qu'il soit atteint.
Pour avoir un tel parti, il faut d'une part que les différentes sections nationales qui le composent aient des bases politiques communes, c'est-à-dire aient dégagé dans la lutte un programme et une pratique politiques communs, et d'autre part qu'existé une direction internationale reconnue comme telle par les différentes sections.
Ce sont justement les deux choses qui manquent aujourd'hui. C'est ce qui explique l'état de dispersion du mouvement.
Et parce qu'elles manquent un regroupement du mouvement trotskyste sur la base du centralisme démocratique tout de suite, est impossible. Au mieux une organisation internationale fonctionnant sur la base du centralisme démocratique ne peut que regrouper une minorité des groupes trotskystes, ceux qui ont eu l'occasion de travailler ensemble de se connaître et d'apprécier une direction.
Et le Secrétariat Unifié ne constitue même pas une telle organisation, car il ne fonctionne pas, réellement, sur la base du centralisme démocratique. Ses sections les plus puissantes ne continuent d'y cohabiter que parce qu'elles ont gardé, dans les faits, une autonomie presque complète, allant jusqu'à construire chacune leur propre regroupement international, leurs divergences éclatant au grand jour par l'éclatement des sections nationales plus petites qu'elles entraînent.
Cela ressort clairement, non seulement des faits, mais également de votre propre lettre.
Vous prétendez que votre organisation est régie par le centralisme démocratique. Et pourtant vous écrivez vous-mêmes que "le centralisme démocratique s'applique à l'échelle internationale d'une autre manière qu'à l'échelle nationale, comme le précisent nos statuts qui excluent la possibilité pour des congrès ou des directions internationales de modifier administrativement la composition des directions nationales ou de déterminer la tactique de sections nationales".
Qu'est-ce qu'une direction internationale qui ne peut pas déterminer la tactique des sections nationales ? En quoi mérite-t-elle le nom de direction ? En quoi en est-elle une ?
Bien entendu, nous ne reprochons nullement au Secrétariat Unifié d'admettre ainsi ses limites et de reconnaître dans les faits que, pour l'instant, il n'existe pas de direction internationale trotskyste. Mais que signifie d'autre ce passage de vos propres statuts sinon que les différentes sections nationales qui composent le Secrétariat Unifié sont à ce point méfiantes qu'elles ont codifié cette méfiance ou qu'elles demandent d'avance à la direction internationale de se déclarer sans pouvoir ? Et que signifie cela sinon que vous ne fonctionnez justement pas dans les faits de la manière dont vous prétendez le faire en théorie ?
N'est-il pas notoire que dans plusieurs pays il y ait en fait plusieurs groupes qui se déclarent section du Secrétariat Unifié, ou section sympathisante, et qui mènent dans le même pays des politiques contradictoires ? N'est-il pas vrai que les divergences qui divisent les tendances du Secrétariat Unifié s'expriment publiquement dans la presse de chacune d'elles y compris en dehors des périodes préparatoires à un congrès ? Que reste-t-il dans tout cela du centralisme démocratique, tel que vous-mêmes le concevez et le définissez ?
Comprenez-nous bien. Nous ne vous reprochons nullement les discussions publiques entre vos différentes tendances. Si nous avions un reproche à vous faire sur ce plan, ce serait plutôt d'avoir si longtemps prétendu imposer une unanimité de façade. Nous ne reprochons nullement au Secrétariat Unifié de maintenir des liens organisationnels entre des groupes qui ont de profondes divergences entre eux ou des organisations qui dans la pratique mènent des politiques différentes sinon opposées. Si nous vous reprochions quelque chose là, c'est d'avoir bien trop souvent dans le passé recouru à la scission ou à l'exclusion pour résoudre des divergences politiques.
Mais ce que nous vous reprochons c'est d'avoir une pratique d'un côté et des principes de l'autre. Nous vous reprochons de ne pas tirer les choses au clair, de ne pas reconnaître ouvertement la réalité, de maintenir une fiction. Et cette fiction est nuisible à l'ensemble du mouvement trotskyste. Ne serait-ce que parce qu'elle l'empêche de faire le point et le bilan. Et, pour qu'il n'y ait pas de malentendu, nous tenons à dire que nous pensons qu'il y a à ce bilan bien des choses positives, que le mouvement trotskyste, qui s'est maintenu contre vents et marées durant quarante ans de reflux du mouvement ouvrier révolutionnaire, peut mettre à son actif.
A quoi peut bien servir cette fiction d'une Quatrième Internationale centraliste démocratique, qui est pour l'instant encore bien au-dessus de nos moyens, à nous mouvement trotskyste international ? Dans le moins mauvais des cas à se jeter de la poudre aux yeux. Dans le pire à justifier le sectarisme, les ostracismes, les exclusions, et par là à empêcher certaines confrontations politiques mais aussi une certaine collaboration politique à l'échelle internationale.
Alors à notre tour de vous poser une question. Le Secrétariat Unifié est-il prêt — quels que soient par ailleurs les liens organisationnels qu'il maintienne entre les groupes qui le compose— à œuvrer pour aider à la fois à la confrontation des programmes et des politiques des différentes organisations qui se réclament du trotskysme et dans le même temps à l'élaboration des actions communes et la mise au point de l'aide politique mutuelle que ces organisations pourraient s'apporter ?
Répondre "oui" à cette question, c'est se dire d'accord pour mettre sur pied un cadre organisationnel international qui, sans prétendre être la Quatrième Internationale ni fonctionner sur la base du centralisme démocratique permettrait rétablissement de liens solides entre les groupes. C'est ce que nous proposions d'examiner en convoquant la conférence internationale de mars. Une nouvelle conférence doit avoir lieu en juin.
Le contenu de votre lettre, de même que le veto que le Secrétariat Unifié a mis à la participation des groupes qui lui sont liés à la dernière conférence semble signifier que vous répondez "non" à cette question. Cela semble signifier que le Secrétariat Unifié n'envisage des contacts réguliers et un travail qu'avec les groupes qui y adhèrent. Auquel cas cela signifie que vous entendez vous contenter de la situation actuelle du mouvement trotskyste et que vous vous refusez à examiner sérieusement la question de comment la dépasser et la surmonter.
De toute manière nous sommes persuadés que le mouvement trotskyste devra bien un jour ou l'autre examiner sérieusement la question que nous vous posons aujourd'hui. Evidemment le plus tôt serait le mieux. De même que le mieux serait que les groupes les plus représentatifs, donc parmi eux ceux composant le Secrétariat Unifié, s'attellent à la tâche.
En attendant votre réponse, veuillez recevoir, chers camarades, nos salutations communistes.
Combat Ouvrier, Lutte Ouvrière, The Spark, U.A.T.C.I.
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